‹ Les grands GuignolsChapitre 16 sur 34 · SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ PHILHARMONIQUE

— Mon confrère et ami Berlioz n’en est pas aux tambours. Il croit encore à Beethoven, à Mozart, à Weber, à Gluck, il croit même à Bornéo et Juliette , une de ses

meilleures compositions, qui n’a pas été exécutée de-

puis dix ans à Paris ! 11 s’entoure d’artistes d’élite. Il appelle à lui Roger, M llc Debré, M“ e Maillard, Léon Reynier , le jeune et charmant violoniste. Quel sera le prix de tant d'efforts? Hélas! je n’ose point promettre que la salle Sainte-Cécile croulera mardi prochain sous la foule empressée, et qu’on le reconduira chez lui à la lueur des torches !

26 janvier 1851.

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OPÉnA : LA JUIVE, M. MA1RALT, M lle POINSOT. — CONCERT DE BIENFAISANCE.

C’était l’été dernier, à Londres, au théâtre de Covent-Garden. On avait annoncé solennellement la première représentation de la Juive, opéra séria delsignor maestro Halévy, traduit en italien par un monsieur qui désirait garder l’anonyme. Le rôle d’Éléazar devait être chanté par Mario. C'était le grand attrait, la grande curiosité de la soirée. Aussi, de très-bonne heure, une double file de ces magnifiques équipages qu’on ne voit qu’en Angleterre, se dirigeait vers l’ancien marché de fruits, de légumes et

de fleurs, qui parfume et nourrit les artistes du théâtre voisin.

Des mendiants en habit noir, mais sans l’ombre de chemise, comme on n’en voit aussi qu’en Angleterre, postés tout le long du chemin, de Leicester-Square à Covent-Garden, offraient pour la somme de deux schillings le libretto de l’opéra nouveau , traduit, revu, et considérablement diminué.

J’étais placé au premier rang des stalles d'orchestre, et, avant le lever du rideau, j’entendis de l’autre côté de la toile quelques chuchotements qui ne me présageaient rien de bon. Enfin le rideau se lève, et un figurant très-pâle et très-décontenancé, après les trois saluts de rigueur, dit d’une voix tremblante :

« Ladies and gentlemen,

« Signor Mario, surpris par une indisposition subite, et se trouvant dans l’impossibilité de jouer, signor Maralti veut bien le remplacer dans le rôle d’Éléazar pour ne point faire manquer le spectacle. Signor Maralti chantera son rôle en français. »

A cette annonce inattendue, le bon public de Covent-Garden ne sourcilla pas. Ils étaient venus pour entendre Mario, ils allaient entendre Maralti. Cela

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