REPRISE DE LA JUIVE
leur était égal. Qu’est-ce que c’était que Maralti? Quelques habitués des coulisses répandirent bientôt dans l’orchestre et dans les loges que c’était un jeune Italien de Toulouse, qui prononçait fort bien le français. Ils l’avaient surpris se disputant avec le portier du théâtre, qui ne voulait pas le laisser passer, sous prétexte qu’il ne comprenait pas son patois.
Au demeurant, je n’oublierai jamais cette représentation unique au monde et qu’on aurait pu appeler la Juive des Quatre Nations. La prima donna était espagnole, le cardinal allemand, le juif français, et le chrétien belge. Chacun chantait dans sa langue ou tout au moins avec son accent. Les chœurs étaient anglais, et l’orchestre italien. C’est ainsi qu’on devait monter les ouvrages sur lesquels on comptait beaucoup, à la tour de Babel. Malgré quelques légers malentendus qu’il n’était point facile d’éviter dans cette représentation polyglotte, M. Maralti remplit fort bien le rôle d’Éléazar, si bien, ma foi, que lorsque Mario reparut pour le chanter à son tour, il échoua complètement.
Ce M. Maralti, si vivement applaudi au théâtre de Covent-Garden, est le même, vous l’avez
deviné, qui vient de débuter à l’Opéra dans Guillaume Tell et dans la Juive , sous le nom de Mairalt, abréviation ou anagramme de Martial, à ce que l’on m'assure. Je commencerai par dire qu’on a fort bien fait d’attaeher M. Mairalt à l’Opéra, et qu’il faut l’y fixer et l’encourager par tous les moyens possibles, car il peut rendre au grand répertoire d’importants services. M. Mairalt a une nature de voix qui, soumise à un travail assidu, et corrigée par l’étude des inégalités qui la déparent, pourra défier les fatigues et les dangers des rôles les plus redoutables. M. Mairalt est un ténor de force, ce qui ne l’affranchit pas, comme on paraît le croire, de toutes les autres qualités de méthode, d’expression et de style qu’on exige d’un chanteur accompli. Plus quelques notes sont puissantes et sonores chez un artiste, plus on aperçoit les vides et les trous qui existent, tout à côté, dans le tissu vocal. Mais les belles voix de ténor sont si rares, que dès qu’on en rencontre une remplissant les conditions principales, le public est tout disposé à faire b(în marché du reste. Si les défauts qu’on a pu remarquer dans le débutant n’étaient point de ceux que l’exercice amoindrit et fait disparaître, je n’en parlerais même