‹ Les grands GuignolsChapitre 18 sur 34 · REPRISE DE LA JUIVE · texte numérisé non relu

REPRISE DE LA JUIVE

pas, car là où la critique ne peut rien conseiller de sage et de pratique, elle ne doit point navrer le cœur d’un artiste d’un désespoir inutile. Mais j’ai vu le plus grand des ténors modernes, Rubini, qui n’avait commencé, dit-on, qu’avec une voix bien faible et bien légère, arriver par le travail et par l’étude au plus haut degré de puissance et d’énergie auquel aucun artiste se soit jamais élevé. Et qu’on n’aille pas croire que je jette le nom de Rubini à la, tête de M. Mairalt pour l’assommer d’un coup de massue; je voudrais lui indiquer seulement que parmi les modèles qu’il a dû se proposer, il fera mieux de choisir ceux qui ont dû leur gloire et leur talent à de longs et pénibles travaux, que ceux qui, abusant de leur force et de leurs dons naturels, ont fini par se briser avant l’âge et sans aucun profit pour l’art.

Je n’ai rien dit du premier essai de M. Mairalt dans Guillaume Teü. Je n’ai pas trouvé à placer un seul inot raisonnable entre des éloges sans mesure et des attaques sans justice. C’est là le grand écueil des artistes qui débutent dans les ouvrages consacrés par la tradition. Le public a marqué d’avance certains passages où il attend le chanteur. U a fait une corne à la

page, et si le débutant s’en tire à son honneur, il est sauvé, on n’a plus rien à lui demander. Certes, le fameux ul de poitrine est une superbe note et d’un immanquable effet; mais je ne suis point tenté de crier au miracle parce qu’un ténor a poussé le suivez-moi à pleins poumons, et je ne le crois point perdu parce qu’il ne peut arracher , sans douleur, Guillaume à ses fers. Ce sont là des accidents sur lesquels il serait absurde de juger un artiste. Je lui sais plus gré, pour ma part, d’avoir chanté doucement tel largo, d’avoir interprété telle phrase d’une manière moins hardie peut-être, mais plus égale et plus sensée, d’avoir suivi plutôt sa propre inspiration, que de s’être montré imitateur heureux et brillant plagiaire.

Malheureusement la grande masse du public ne l’entend pas ainsi. On ne fait silenee, on n 'écoute qu’aux endroits convenus. Puis, le bruit des conversations particulières reprend de plus belle jusqu’à ce que de nouveaux précipices s’ouvrent sous les pieds du chanteur. Cela rappelle ces deux parieurs qui suivaient un homme emporté par son cheval, non pas pour l’aider, mais pour voir où il se casserait le cou.

Dans la Juive, j’ai trouvé M. Mairalt ce qu’il était à

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