REPRISE DK LA JUIVE
Londres, c’est-à-dire infiniment plus remarquable qu’il ne s’est montré dans Guillaume Tell. Il était d’abord plus rassuré, ce qui doit peser d’un grand poids dans la balance. Il a fort bien lancé cette déchirante apostrophe: 0 ma fille chérie I et a mérité les applaudissements dont on l’a couvert, non-seulement parce que cette phrase se trouve être écrite dans les plus belles cordes de sa voix, mais parce qu’il a su lui donner une expression touchante et vraie. Dans le chant large et posé de la Pâque , il a manqué d’ampleur, d’homogénéité et de style. Dans le trio du deuxième acte, j’ai saisi quelques notes bien accentuées et d’un bon sentiment comique. Dans l’andante du grand air: Rachel , quand du Seigneur , M. Mairalt m’a fait l'effet d’un équilibriste (je le supplie de ne pas le prendre en mauvaise part) qui craindrait à chaque instant de perdre son aplomb, mais qui finit par triompher de l’épreuve, aux grandes acclamations de. la foule. Il est impossible d’avoir plus d’élan, plus de passion et plus d’Ûme que M. Mairalt en a mis dans cette dernière explosion de la tendresse paternelle : Non, Rachel, tu ne mourras pas.
Il faut absolument que M. Mairalt, pour aller non
pas au plus pressé, mais au plus facile, soigne, aux représentations prochaines, sa tenue, son jeu, son costume. Sa robe est trop courte de trois doigts, sa barbe est mal attachée, ses bras le gênent, ses mains l’embarrassent. Avec un peu d’attention, j’en suis sûr, ces inconvénients auront bientôt disparu.
M lle Poinsot, qui débutait le même soir dans le rôle de Jtachel, est une grande et belle personne aux cheveux noirs, à l’œil bien fendu, à la démarche hardie, aux traits expressifs. Son costume de juive lui va à ravir, et par sa taille autant que par son assurance, elle domine la scène et la salle. M lle Poinsot, que nous avons vue bien jeune etbien modeste au Conservatoire, a fait de grands progrès. Ce qui lui a donné, dit-on, ces allures décidées,
c’est d’avoir joué, en provint, dans une troupe no-
made. Je n’en crois rien. M lle Poinsot avait en elle-même assez d’énergie et de ressources pour voler de ses propres ailes. Ce qui le prouve, c’est que la province n’a pas déteint sur elle. M Ue Poinsot, fort bien organisée, douée d’une voix vibrante, étendue, forte et franche, se sent née pour le théâtre et prend possession de la scène comme d’un