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L'OEUVRE DES SAINTS-ANGES

jusqu'à vingt et un ans. On les élève dans la crainle

de Dieu et dans l’habitude du travail. On les dresse

de bonne heure à la vie active et laborieuse des pauvres mères de famille, aux soins du ménage, aux différents services domestiques; on leur apprend, en un mot, à se suflire à elles-mêmes et à gagner leur vie honnêtement.

Cette œuvre sainte et généreuse ne se soutient que par des dons volontaires et des souscriptions annuelles. C’est à de pauvres petites créatures, si dignes de pitié et d'intérêt, que M lle Rachel est venue en aide avec son admirable talent. Mon Dieu!

qu’elle a été belle et sublime et magnifiquement vraie! Les dames de l’œuvre, voulant donner à la grande artiste un témoignage et un souvenir de leur reconnaissance, lui ont brodé un sac de voyage d’une élégance rare et d’un travail exquis. Gracieux présent, mais qui nous fait songer, avec regret, que M lle Rachel, profitant de son premier congé de six mois, va nous quitter bientôt pour porter dans des contrées lointaines la gloire et le reflet du génie de Corneille.

Autour de notre grande tragédienne s’étaient,

groupés des artistes d’élite, très-heureux de s’associer à une si belle et bonne action. C’étaient MM. Ravina et Ascher, deux pianistes d'un grand talent; M. Ponchard et sa charmante bru M me Charles Ponchard; M. Wilhmann, aussi bon graveur que chanteur distingué; MM. Triebert et Allard, qu’il suffit de nommer pour en faire l’éloge; et notre excellent Sainte-Foy de l’Opéra-'Ccmique, et M Ue Ida Bertrand, qui a dit avec une grande perfection la romance du Saule? et le brindisi de Lucrezia Borgia.

On a exécuté des choeurs allemands, sans accompagnement, qui ont produit sur l’auditojre une impression des plus vives. On a joué des fantaisies ravissantes, on a chanté des mélodies délicieuses ; mais ce qui a mieux valu que tout cela p'our les pauvres orphelines, c’est que M 11 ® Rachel, tout épuisée qu'elle était, a fait la quête avec une grâce et une patience charmantes, et bientôt l’on n’a plus su où mettre l’argent qu’on lui offrait de toutes parts, car, au lieu de solliciter le public, c’est le public qui se précipitait vers la célèbre quêteuse.

4 février i85l

THEATRE DE L’o PE R A-COM IQUE I BONSOIR, MONSIEUR pantalon! paroles de m. lockroy, musique de m. gri- SAR. — INAUGURATION DE LA SALLE BONNE-NOU- VELLE : ÉMILE PRUDENT. — CONCERTS ET SALONS.

— CANDIDATS A L’INSTITUT. — CONCERT A EDIM- BOURG. — THÉÂTRE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS, ETC., ETC.

Bonsoir, monsieur Pantalon ! — Bonjour, mademoiselle Colombinet — Lélio, soyez le bienvenu 1 — Carlin, que Dieu vous bénisse! Nous voici en pleine comédie italienne, et c’est le joyeux théâtre du Vénitien Gozzi qui va nous fournir les caractères et les types. Il ne faudrait pas cependant abuser de ce genre. Ceci soit dit sans aucune intention chagrine ; car nul n’a ri plus que moi dans la soirée de mercredi. Le début de la pièce est leste et vif. Une sérénade se fait

entendre sur le canal. Aussitôt trois portes s’ouvrent, et trois têtes de femmes curieuses et ravies s’avancent timidement pour écouter cette chanson d’amour, la canzon d'amore! C’est dame Lucrèce, l’épouse respectable et respectée du docteur Pancrazio; c’est sa jolie nièce Isabelle; c’est Colombi ne, l’immortelle soubrette. Chacune de ces trois filles d’Ève croit naturellement que la sérénade est pour elle. Attirées, comme l’aimant par le pôle, elles marchent tout doucement, sur la pointe du pied, vers la croisée entr’ouverte, et se heurtent nez à nez au milieu du salon. Surprise et confusion générales. Dame Lucrèce, dragon de vertu, sermonne avec beaucoup d’aigreur sa servante et sa nièce. Celle-ci s’excuse de son mieux ; Colombine ment comme un almanach. Entre, en ce moment, le docteur, et je vous prie de ne plus le perdre de vue, car jamais plus étonnant philosophe n’est sorti des universités de Pavie, de Bologne ou de Pise.

Ce docteur entre chez lui comme un homme qui ne sait ce qu’il fait, ce qu’il dit, ni où il va; il a tout plein les bras de flacons, de fioles et de carafes; il ne snit pas son chemin, il suit sa pensée, et sa pensée, la voici: « J’ai trop mis de jusquiame et d’aconit dans

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ma tisane; je voulais faire un narcotique, j’ai fait peut-être un poison 1 » Dame Lucrèce, outrée de dépit de ne pouvoir se faire entendre par ce mari automate, se retire en grondant. Isabelle et Colombine devisent tout haut de leurs amours, sans s’inquiéter le moins du monde de la présence du bonhomme absorbé dans ses drogues. La jolie pupille explique à sa confidente comme quoi elle n’épousera jamais le seigneur Lélio, que son oncle et tuteur lui destine, attendu qu’elle aime éperdument un écolier de Padoue dont elle ignore le nom, à la vérité; mais le nom ne fait rien à l’affaire, et Colombine, en excellente fille, encourage et affermit sa maîtresse dans ses projets de révolte. De temps à autre, au milieu de ce charmant babil, retentit la voix du docteur, comme le son d’un timbre monotone et fêlé: « Colombine, donne-moi ce flacon; Colombine, avance-moi cette chaise; Colombine, je crois qu’on a sonné. » Les jeunes filles ne se dérangent pas; c’est tout au plus si Colombine, irritée, jette à son maître un regard d’impatience. Celui-ci, avec la douceur d’un agneau, s’en va ouvrir lui-même la porte. Mais qu’est-ce donc? grand Dieu! Deux gondoliers à mine suspecte s’introduisent d’un pas furtif,

chez le docteur, et déposent dans sa propre chambre un grand panier d’un poids compromettant. C’est pour M lle Colombinel — De la part de qui? — De la part du seigneur Carlin. — Colombine et son maître craignant, avec raison, que dame Lucrèce ne trouve point de son goût des présents si lourds et si équivoques, poussent les gondoliers vers la porte, et leur recommandent la discrétion et le silence. Mais il est trop tard. Voilà l’irascible Lucrèce en face du fatal panier. Tout à coup, comme ces diablotins qui, poussés par un ressort, jaillissent d’une boîte à joujoux, un singulier jeune homme saute au cou de la dame et se met à lui faire la déclaration la plus étrange, la plus décousue et la plus insensée. — Monsieur, vous vous méprenez furieusement....— J’aime, j’aime, j’aime! répond l’enragé. — Monsieur, vous alarmez ma pudeur! — J’aime, j’aime, j’aime! — Monsieur, rentrez dans votre coffre et allez-vous-en comme vous êtes venu. — Eh bien ! vous le voulez, cruelle ! s’écrie d'un air tragique l’amoureux éconduit : me voici rentré dans ma boîte ; veuillez me faire porter à cette adresse.

Mais dès que Lucrèce a tourné les yeux, l’enlrepre*

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nant jeune homme sort de son panier et le remplit à la hâte de tout ce qui lui tombe sous la main, entassant les in-quarto sur les in-folios, Hippocrate sur Avicenne, Cicéron sur Plutarque, et Aristote sur Platon. Reviennent le docteur et Colombine. 11 s’agit de faire disparaître au plus vite la caisse accusatrice. On entend les pas de Lucrèce ; on s’empresse, on soulève le panier; on veut le faire tenir dans l’embrasure d'une croisée; le docteur s’y brise les reins; la force manque à Colombine. Patatra î la caisse tombe dans le canal.

C’est dans cet instant suprême que dame Lucrèce, poursuivie par ses remords, vient dire à son mari, de sa voix la plus douce et la plus émue: Mon ami, n’auriez-vous point vu traîner un panier? — Un panier ! non, vraiment; je n’y ai point pris garde: c’est si peu de chose qu’un panier... — Mais c’est que... mon ami... dans ce panier, il y avait... — 11 a avait... quoi? — II y avait un homme!

Qui n’a vu Ricquier, car c’est Ricquier qui joue le docteur, tressaillir et bondir à celte révélation terrible ; qui n’a vu sa figure se décomposer, ses cheveux se dresser d’horreur, ses orbites se dilater, ses lèvres blêmir;

qui n’a pas vu tout cela, ne peut se faire une idée du fou rire qui s’empare de la salle en présence de ce désespoir comique, de cette incommensurable épouvante. A partir de ce moment, la fatalité poursuit cet homme si paisible et si doux, et le poussede crime en crime ! Bientôt l’échappé du panier, qui n’est autre que Lélio lui-même, le fiancé d’Isabelle, se jette étourdiment dans les jambes du docteur. Le pauvrehomme, bien que son àme soit navrée d’une immense amertume, et qu’il n’ait point le cœur à la noce, fait le plus agréable accueil au prétendu de sa nièce. II va jusqu’à le régaler de son meilleur vin. Malédiction! Ce n’est pas du vin que contenait ce flacon, c’est la potion du docteur. Lélio se trouble, s’évanouit, s’affaisse. «J’en ai trop mis! » balbutie le médecin. — Monsieur, monsieur, dit Colombine effrayée, ce jeune homme se meurt ! — « Et de deux ! » répond Ricquier avec un accent impossible à décrire.

Vous n’êtes pas au bout de ces émotions poignantes. On fait disparaître le secondcadavre dans le fond d’un divan. Et voilà monsieur Pantalon qui arrive, Pantalon, le père de Lélio, Pantalon, qui, ne se doutant de rien, vient assister à la noce. Bonsoir, monsieur

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Pantalon 1 La maison est en désordre, le souper n’est pas prêt, la chambre n’est pas faite! Hélas! nous n’avons pas sujet d’être bien gais. Mais vous pouvez, en attendant, vous reposer sur ce divan.

— Monsieur, monsieur ! y pensez-vous ? s’écrie la pauvre Colombine; comment ! vous auriez le cœur de faire dormir le père sur ce divan, tandis que le fils est dessous !

A quoi le docteur répond avec un stoïcisme imperturbable :

— C’est le comble de l’horreur ! Mais que veux-tu que j’y fasse?

Là-dessus tous les personnages, un bougeoir à la main, souhaitent l’un après l’autre la bonne nuit à M. Pantalon. Quand c’est le tour du docteur, il s’avance d’un pas tremblant, et lui débite, avec beaucoup d’onction, cette moralité digne de Marc-Aurèle :

Ali I monsieur Pantalon t * La vie est un vase fragile;

Le briser, hélas t est facile.

On meurt jeune ou vieux... c'est so’on .i Bonsoir, monsieur Pantalon I

Je n’ai pas besoin de vous expliquer le dénoûment de la fable. Vous savez tous que Lélio n’est pas mort, que les deux fiancés s’épousent, et que le docteur Pancrace en est quitte pour la peur.

L’auteur des Porcherons , de l'Eau merveilleuse et de Cille, M. Albert Orisar, a dans tous ses ouvrages, mais surtout dans les ouvrages bouffes, un cachet d’originalité et de distinction qui ne permet pas de confondre sa musique avec celle de tout autre maître contemporain. L’ouverture de la partition nouvelle est un morceau achevé. De la clarté, de la mélodie, de la grâce, une grande simplicité de dessin, un goût exquis, telles sont les qualités qui ont frappé tout d’abord l’auditoire. Cette ouverture en mi bémol débute par un andante dont le motif revient dans le finale de la pièce; un solo de hautbois commence l’allégro,

dans lequel on remarque un chant de violons d’une

délicieuse fraîcheur.

, L’introduction en la bémol se compose d’une jolie sérénade, avec accompagnement de flûte et d’un petit

trio de femmes parfaitement en situation. La romance

d'Isabelle, accompagnée par le hautbois, est d’une couleur naïve et d’une mélodie distinguée. Suivent

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