ÉMILE PRUDENT
désirables. Aujourd’hui, sous les moelleux contours de scs formes mélodiques, on sent le muscle et le nerf, et je ne pense point que le critique le plus exigeant trouve quelque chose à désirer après avoir entendu exécuter par Prudent sa magnifique fantaisie sut l’air de Guillaume Tell.
Le concerto-symphonie , déjà connu à Paris, n’a pas été accueilli avec moins de faveur qu’aux auditions précédentes. L’andante a été surtout couvert d’applaudissements. De même pour la chasse, morceau -d’une rapidité, d’une verve et d’une fougue extraordinaires, qu’il a fallu répéter. Une pastorale inédite pour piano et orchestre, nous a paru tout empreinte de parfums agrestes et d’une douce et calme poésie. On ne saurait trop féliciter Prudent des progrès qu’il a faits dans le maniement de l’orchestre, dans l’emploi des timbres, enfin dans l’art difficile de l’instrumentation. C’est là un grand obstacle pour tous les compositeurs, mais surtout pour un pianiste-exécutant, habitué à s’isoler, à s’absorber en lui-même, et à ne compter que sur Dieu et sur son piano.
On avait confié la partie vocale à deux chanteurs d’un talent consommé : Moriani et M me Dorus-
Gras. Oh leur a battu des mains, d’abord parce qu’ils le méritaient, ensuite parce qu’on n’était pas fâché de saisir cette occasion toute naturelle de se réchauffer.
Mais si l’on grelottait au bazar Bonne-Nouvelle, en revanche on étouffait à l’hôtel Monaco. Un grand concert a été donné dans ce palais resplendissant de lumières et de dorures par des Dames du monde , — je copie l'affiche, — et des amateurs , avec le concours d'artistes (hommes) du Théâtre-Italien et de ! Opéra-Comique, en faveur des sourds-muets.
Les artistes (hommes) étaient Calzolari, Hermann- * Léon, Wartel, Otîenbach. Les dames du monde (femmes ) étaient mademoiselle de Cré...., M ,le de Tour..., M lle Hu...
Il y avait aussi des chœurs ; mais avec tout le respect que je dois aux nobles amateurs qui en faisaient partie, ils auraient pu dire d’-eux-mêmes : Nous n’étions ni hommes ni femmes , nous étions tous Auvergnats.
Qu’importe! Il s'agissait d’une bonne œuvre; et nous devons nous incliner et nous taire. Des deux infirmités qui affligent les sourds-muets, nous ne plaignions, ce soir-là, que la seconde, car elle empêchait ces malheureux d’exprimer leur reconnaissance à