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CANDIDATS A L’INSTITUT

leurs nobles bienfaiteurs. Au reste, nous n’étions pas dans de meilleures conditions que les bénéficiaires , pour entendre la plupart des morceaux, qui ont dû être parfaitement exécutés. Les salons de l’hôtel Monaco sont arrangés de telle sorte que l’on voit de trois-quarts et l’on entend de profil. Grâce à cette heureuse disposition beaucoup de choses charmantes ont dû nous échapper. Cela nous a appelé ce joli passage de Labruyère :

« Arfure cheminait seule et à pied vers le grand portique de Saint-**, entendait de loin le sermon d’un carme ou d’un docteur qu’elle ne voyait qu’obliquement, et dont elle perdait bien des paroles. »

La critique est venue, ce soir-là, seule et en fiacre ; elle a vu, entendu obliquement; elle a perdu bien des notes et bien des paroles.

— L’institut de France doit donner bientôt un successeur à Spontini. Nous n’axons pas Ja prétention de former aussi notre liste et d’usurper un droit qui n’appartient qu’aux membres de la section musicale. Mais il nous est permis de faire des vœux pour tel ou tel candidat. Parmi les plus sérieux et les plus éminents candidats qui se présentent, nous saluons, avec

LES GRANDS GUIGNOLS une vive et cordiale sympathie, le nom de M. Ambroise Thomas. Ce maître, jeune encore et déjà populaire, est dans toute la force de son talent, dans tout l’éclat de son succès, et Ton peut dire, sans flatterie, que la

palme académique n’ajoutera rien ni à son mérite ni

à sa renommée.

— Pendant que Lisbonne applaudit M rae Stoltz , Vivier fait le soleil et la pluie à Edimbourg. Vous n’avez pas oublié ce spirituel artiste qui est au cor ce que Thalberg est au piano, ce que Godefroid est à la harpe, ce que Paganini était au violon. Vivier fait si bien chanter son instrument, que ses auditeurs ravis croient assister à un concert donné par des esprits invisibles, et l’illusion est d’autant plus facile, que le charmant virtuose tire, comme on sait, • de son cor quatre sons différents.

Mais qu’est-ce donc que ce prodige auprès des efforts d'un ténor qui joue vingt rôles à lui seul et avec un égal succès? C’est le grand théâtre de la Nouvelle- Orléans qui possède cette merveille. J’ai connu, dans le temps, ce ténor : il s’appelle M. Scott; c’était un jeune homme bien timide, bien modeste, doué d’une voix souple et belle; avec cela, comédien distingué.

THÉÂTRE DE LA NOUVELLE-ORLÉANS 309 J’avoue que, lorsqu’il était à Paris, je ne l’eusse point cru capable de sutlire à un vaste répertoire. C’était un charmant fenorino et voilà tout. Aujourd’hui, il joue avec la môme aisance les rôles sérieux et les rôles de demi-caractère : Shakspeare dans le Songe d une nuit d'èiè , le capitaine Lejoyeux dans le Val i Andorre, Jonas dans le Prophète, le Postillon de Longjumeau, et jusqu’à Gennaro dans Lucrèce Borgia!

J’ai tout dit, je crois ; je vous ai donné des nouvelles de Paris, de la banlieue et de l’étranger; j’ai parcouru l’ancien et le nouveau monde; il ne me reste plus qu’à vous annoncer deux des plus beaux concerts de la saison: celui de Gottschalk, et celui de Paul Julien. Après cela, si vous voulez entendre de la bonne et belle musique, dirigez-vous, mardi prochain, vers la salle Sainte-Cécile, à huit heures du soir. Vous vous trouverez fort bien de mon conseil et vous obligerez infiniment mon ami Berlioz.

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