CHAPITRE HUITIÈME
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Ces violences avaient fait un contrepoids au meurtre de Clodius, de sorteque, comme •on le voit, Milon, apprenant le revirement qui se faisait en sa faveur, n'avait pas hésité à revenir à Rome.
I5ii LES GUANDS UOMMES
Une fois à Rome, il poursuivit sa candidature et fît distribuer publiquement à tous les citoyens qui voulurent les accepter, mille as par tête, trente-cinq francs dix-sept centimes de notre monnaie.
Mais ceslargessç^ ^'eurent aucun résul^ tat. Le meurtre de Clodius était entré trop profondément dans le cœur du peuple, une haine furibonde contre Milon avait jailli de la blessure. Vainement le tribun M. Cœlius, Q. Hortensius, T. Cicéron, Marcellus, Caton, Faustus Sylla prirent sa défense, rien
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de gravité qu'un sénstW67ÇQMÏlli^w4<^Wl
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qu'à Pompée, à qui, on se le rappelle, là
peuple avait porté les faisceaux, de prendre
• ' t gïmlfe que là Hépublîqûe éprouvât auctin
dommage.
Jusqu'à quel poinlPompéeét^iHlétran-:
ger à ces troubles ; c'est ce qu'il serait dif- ^W à& (JM*^. l^ ffat e^t que ce fut à lui
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Le 5 des calendes de mars, 23 février,
Pompée fut, par Tinterroi Servius Sulpicius proclanié consul unique, et prit à Tinstçint même possession de sa magistrature.
Une fois au pouvoir, Pompée comprit
io6 LES GIU.NOS HOMMES
lait à TiostaDt même rétablir la tranquil- Uté.
Or, par qui cette tranquillité étai(*^lle troublée?
Par ceux qui demandaient la mise en jugement de Milon.
En somme, Milon étaitril coupable ou du moins accusé d'avoir fait assassiner Glo^ dius?
Incontestablement.
Godius était-il citoyen romain?
Incontestablement encore.
Milon devait4l être poursuivi pour êtr^
puni s'il était reconnu coupaMe, acquitté s'il était reconnu innocent ?
IncoQtestablement toujours.
n résolut donc de mettre Milon en accu-*sation , quoique Milon fût son homme y quoique, en réalité, trois ans auparavant^ Milon eût été suscité par lui.
En conséquence, trois jours après son installation, il demanda un sénatus-consulte qui l'autorisât à établir deux tribunaux exceptionnels, deux espèces de cours prévôlales qui pussent juger plus activement et plus sévèrement que les tribunaux ordinaires.
. C'était essayer de la dictature.
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Pewonife îi'm ftiPtftt^;
Le tribun Cœlîus s'opposa de tout son pouvoir à répôctiot^; de des» #ih«ftl»iÉ fexceplionnels. Mais Pompée, sentant qu'il vfiAU poiiV mi iôù^ ëëat à qui H kp'ôrtait ïfétf qu'il ftl dé ïa diôlërtufé^ tidûrtù' c(ûM i»«rdtna Ifsfrfqtfinit^ à Rôrtlé, Pompèé dfé^ Clara que peit liri iirnpf Mt' f otJt)'o^^io'tt des tribuns, et que, si besoin était, il saurait défèncîre la République p*ar ïes armes.
• f^nv^' ftêpubliqité, elïé- âVSit , èft eifer^ Wte» besoin dTêtre défendue'.
' l/^^pj^ffsiiip^ du i^vâ>\m fut4tpufféep9f la pression des classes riches et airia^iî^M*tiques. La loi demandée par Pompée passa, deux tribunaux d'exceptiotf furent établis,
su lOMlB Dit XmAKtAÈ l5l)
el trois aèféiisatioûs fûrenl pariées coftt're
leédUiétifS dtstrdûhtêè.
L'une de violence, et dans celle-ci étaient c^ômpfîs ié taém'tre de Clodias fet les încendies de la curie Hostilie et de la basilique de Poreia.
L'autre de brigue ;
La troisième^ de captation de ^ufFrâgeft.
Le peuple élut L. Domilius Œnobarbus, quésiteur, pour le tribunal de violence et de brigue, et A. Torquatus, pour le tribunal de captation de suffrages.
Le quésiteuf 5 comme l'indique son nom, était à la fois ce que sont chez nous le juge d'instruction et le procureur impériaL
i60 us «fRANDS HOMMES
Ce fut i'ainé des Glodius, Appius Glodius, qui porta l'accusation de violence et de brigue.
Voici l'accusation portée par Âppius Clodius (1).
< Sous le troisième consulat de Cneius Pompée-le-Grand, seul consul, le vm des Ides d'avril — le 6 de notre mois d'avril à nous — devant les quésiteurs Domitius et Torquatus, Àppius Clodius déclare qu'en vertu de la loi Pompeïa sur la violence, il accuse T. Annius Milon, disant que le nommé Milon, le xui des calendes de février dernier — 20 janvier — a fait assassiner Clodius dans la caverne deCoponius,
(1) Voir l'excellent ouvrage de Désobry» iniilolé: Rome au êièelê tt auguste.
sur la voie Appienne. Il demande donc que, conformément à la loi Pompéia, il soit condamné à Tinterdiction de Teau et du feu- »
C'était FexiL On se souvient qu'un citoyen ne pouvait être condamné à mort.
Domitius reçut les noms d'Àppius Glodius comme accusateur, et d'Ànnius Milon comme accusé, et fixa la comparution au VI des ides d'avril — 8 avril.
Dix jours étaient donc accordés à Milon pour préparer sa défense.
L'audience, comme d'habitude, fut tenue sur le Forum,|au tribunal du préteur,
entre la voie Sacrée et le canaL Elle com- 111 11
i(r2 LES GRANDS HOMMES
mença dès la première heure du jour, c'est-à-dire à six heures du matin.
On eût dit que personne ne s*était couché à Rome dans la nuit du 7 au 8 avril, tant la. place était déjà encombrée de monde lorsque les premiers rayons du soleil parurent derrière les montagnes de la 3abl|[ie.
Celte mer mouvante avait monté pendant la nuil du pavé de la place aux marches des temples, qui semblaient des gradins faits exprès pour recevoir des spectaleurs, et des marches des temples à leur faîte, pas un toit qui ne fût couvert de eurieux qui ondulaient comme des moissons aériennes. Il y en avait sur la prison* publique, sur les temples de la Fortune et de
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la Concorde^ sur le Tabularium, sur les murailles du Capitule, sur la basilique de Paulus; sur la basilique Àrgentaria, sur l'arc de Janus^ sur celui de Fabius, sur la Grecostaze^ et jusque sur le mont Palatio.
Bien entendu que les trois-quarts de ces spectateurs ne pouvaient rien entendre dans le sens du mot ; mais pour les anciens Romains comme pour les Italiens modernes, voir, c'était entendre-
A six heures et demie du matin, un héraut monta sur la tribune, et annonça Taccusateur et l'accusé.
En effet; presque au même instant, Tun et Taulre comparurent-
Un murmure accueillit rapparition de
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Milou, moins encore parce que c'était le meutrier de Clodius qui apparaissait, que parce que Milon, dédaignant les usages habituels, n'avait laissé croître ni sa barbe ni ses cheveux, croissance qui, au reste, pour les cheveux surtout, eût été peu visible en dix jours, mais encore portait une toge élégante au lieu d'une toge sale et déchirée, comme c'était la coutume en pareil cas .
Il n'affectait point non plus cet air humble et soumis qu^ Rome l'accusé prenait devant ses juges.
V Ses amis et ses parents l'accompagnaient elrfaisaient, par leur maintien triste, par leur costume lacéré, un contraste complet avec lui.
Il avait six défenseurs, à la tète desquels marchait Cicéron, Y orateur de la cause.
L'accusateur, Taccusé et les défenseurs prirent leurs places.
Alors Dooiitius fit apporter de petites bpules sur lesquelles se trouvaient inscrits les noms de tous les citoyens portés sur un^ liste dressée par Pompée,
11 jeta toutes ces boules dans une corbeille, et en tira quatre-vingt-une qui donnèrent quatre-vingt-un noms, c'est-à-dire le total des juges fixé par la loi Pompéia.
Chaque juge, qui attendait à un endroit désigné tous ceux qui étaient portés sur la liste^ allait, au fur et à mesure que son
nom était appelé, prendre place dans Thémicycle, à moins qull ne présentât une excuse pouF se dispenser de juger.
Le tribunal formé, le quésiteur fit prêter serment aux juges.
Lui seul ne le prêta point, attendu qu'il n'est point juge prononçant jugemeiit^ mais instructionnaire, directeur des débats, rapporteur des débats, rapporteur des votes et applicateur de la loi.
D'habitude les débats s'ouvraient par le plaidoyer de l'accusateur, puis venait l'audition des témoins produits par lui.
Mais on était cette fois sous l'empire de la loi Pompéia, qui veut que Ton commence
par l'audition des témoins.
Les témoins furent donc d'abord entendus.
L'audition dura de sept heures du matin à quatre heures après midi.
Vers la dixième heure, le héraut annonça que les témoins avaient dit.
la journée tout entière avait été prise par cette première formalité.
La foula commengait à se retirer, lors-^que T. Munatius s'élança à 1» tribune, s'écriant :
— Peuple, c'est demain que Ton prononce sur le sort de l'infâme Milon, Ferme tes tavernes, et viens ici en masse, pour
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enipêclier que Tassassin n'échappe à une juste vengeance.
— Juges, s'écria à son tour Cicéron, vous l'entendez ! ces hommes que Qodius nourrissait de brigandages et de rapines, on les invite à venir ici, demain, vous prescrire votre arrêt ! Que cette menace, qu'on a eu l'impudence de vous faire, vous soit un avertissement de rendre pleine jus-
tice à un citoyen qui, pour le salut des honnêtes gens, a toujours bravé les bandits de toute espèce et les menaces quelles qu'elles soient.
On se sépara au milieu du plus effroyable tumulte.