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CHAPITRE QUATORZIEME

Les Partb^ s'arrêtèrent à distanoe : à deux cents pas environ.

Puis ils continuèrent de lancer leurs flèches de tous côtés à la fois, sans même avoir besoin dé tirer juste, tant les Ro-

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mains, par Tordre de bataille que leur avait fait prendre Grassus présentaient une masse compacte.

Chacune de ces terribles flèches portait donc dans un but vivant, frémissant, humain.

Les coups étaient d'une violence extrême.

Les arcs étaient si puissants, si grands, d'une courbure si flexible, qu'ils lançaient le trait avec une irrésistible impétuosité.

La situation et ai t eflt*ay ante.

S'ils restaient en place^ les Romains étaient criblés comme des cibles ; s'ils essayaient de se porter on avant, le point du

cercle sur lequel ils chargeaient cédait devant eux, et, tandis que ceux des Parthés qui fuyaient pour éviter leurs atteinte leur lançaient des flèches en fuyant, ceux qui restaient en place les criblaient de flèches sur les deux côtés qu'ils mettaient à dé(!Ouvert.

Une armée tout entière était prise comme dans un piège.

Cependant un espoir restait aux Ro-r mains : c'est que quand les Parlhes auraient épuisé leurs carquois, ils se retireraient.

Mais cet espoir ne fut pas de longue durée.

Des chameaux chargés de traits ûircu^

^70 us GRANDS HOMMES

lèrent dans les raogs, et les carquois vides se remplirent. , .

Alors Crassus comprit la profondeur dé Fabîme où il était tombé.

Il envoya une ordonnance à son âls.

Celui-ci avait beaucoup de cavalerie sous ses ordres et en outre ces Gaulois, qui, combattant presque nus, avaient les pjeds presqu'âussi légers que ceaic des fhavdux.

A tout prix, il fallait engager un combat corps à corps.

Le jeune homme, rugissant comme un lion entouré de chasseurs, n'attendait que

je» mooLenU

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Il prit treize cents cavaliers, et parmi eux les mille qui lui venaient de César; huit cohortes de soldats, moitié Romains, moitié Gaulois, et se jeta sur les Parthes qui caracolaient à côté de lui.

Ceux-ci, soit qu'ils ne voulussent pas soutenir le choc, soit qu'ils obéissent aux ordres du surena, cédèrent à l'instant zo^me.

— Ils fuient I cria Publius Crassus.

— Ils fuientl répétèrent les soldats.

Ht cavaliers et fantassins se mirent h la IMixrsuite da renneoMi-

A la tête de ces soldais qui semblaient

se dévouer furieusement à la mort, étaient Censorious et Megabacchus.

Un Romain, un barbare, son nom Tindique du moins.

L'un, remarquable par son courage et sa force, dit Piutarque ; l'autre par sa dignité sénatoriale et son éloquence.

Tous deux amis de Publius et du même ftge que lui.

Gomme l'avait |)ensé le jeune chef, l'infanterie ne resta pas en arrière.

Ce devait être une belle course, â travers le désert, que celle de ces cavaliers romains et celle de ces beaux Gaulois aux longs cheveux blonds, aux torses à moitié

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nus qui s'élançaient toujours riants audevant du danger, le rencontraient, luttaient avec lui et tombaient sans jamais reculer d'un pas.

C'était ainsi qu'à l'autre bout du monde

venaient de tomber sous le fer des soldats de César soixante mille Nerviens.

Mais, cette foie, c'étaient les Romains qui devaient périr et les barbares triompher.

Quaûd les Partilies virent céax qui les ponrsttivd^t hors de toute comomnica" tion avtîC le gros de l'arma, ils s'arrêtèrent.

Les Romains s'arrêtèrent de leur eôté,

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pensant qu'en les voyant en $i ppl^t nqpi^ bre l'ennemi ne résilierait pajsi \^ ooi^b^ corps à cQrps.

Mais il n'en fut point ainsi.

^.es Parlhes savaient adopté un mode de combat dont ils neyoulaient pas se départir.

l^a grosse cavalerie pajf Uii^ue tint ferme eneflet.

Mais que pouvaient Romains et Gaulois aveiîleurs^ javeline 4^ iroisi pi«(d# de long et leur courte ^pée, contre 4o9 bomines couverts de cuir oru et de for* . .

D'ailleurs, la cavalerie légère les avait complét«nen(^nveloppé§.

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Uû^ mer de a«ble brûlant était soulevée autour d'eux ; c% nUage ardent aveut- §^it et étouilait les Romwis en môme t^nps.

Puis, du milieu de ce nuage jaillissaient incessamment ces effroyables flèches, c'està-dire la mort:

JNpQ pas une mort douce et prompte, Staû lente et atroce.

Les Romains étaient frappés et n»

voyaient pas où frapper.

Cétait la foudre invisible, et mortelle quoique invisible.

Ils tournoyaient dans d'effroyables cercles, tombaient, se relevaient; par cette

ilif im. aiUMM HOMMES

espèce d'instinct qui fait que l'homme cherche rhomme, ils s'appuyaient les uns aux autres, et alors ils présentaient de nouveau ce but vivant, cette cible frémissante qu'aune lieue de là continuait d'offrir le gros de l'armée.

Les blessés se roulaient sur le sable embrasé, brisant dans leurs corps les flèches dont ils étaient criblés ; d'autres essayaient de les arracher eux-mêmes ou de les faire arracher par leurs compagnons, et tout leur corps frissonnait sous ses douleurs insupportables, sous ces déchirements de chairs que leur causaient les fers barbelés ; c'étaient des rugissements comme dans une arène, des rugissements de bêtes, et non des lamentations et des plaintes d'homme.

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Publius, au milieu de cette effroyable mêlée, de cet épouvantable tumulte^ donna l'ordre de charger.

Mais les soldats lui montrèrent leurs bras cloués à leurs boucliers, leurs boucliers cloués à leurs corps, leurs pieds cloués à la terre, de sorte qu'il leur était impossible de fuir, d'attaquer, et à quelques-uns môme de tomber.

Alors il chargea, désespéré, avec le peu d'hommes qui étaient encore sans blessures.

Il joignit la grosse cavalerie parthique.

Mais les armes des Romains, trop faibles, s'émoussaient sur ces chevaux et ces cavaliers de fer.

S7S LK8 ftlUNBS HOMlfKS

Les Gaulois, sur lesquels avait compté Pubiius^ furent dignes d'eux-mêmes.

Les Par thés frappaient avec des épieux CéS liottitûes è la tète nue, aux bras nus, «a torôft «u.

Ceux-ci se cramponnaiefit aux hoBuness^ les jetaient à bas de . leurs chevaux, las étouffaient entre leurs mains, ne pouYMt les blesser. »

D*autres sb igl'fôsèîent sotrà le tfefitre <îe* chevaux, trouvaient un endroit désâïD^é, y plongeaient leur courte épée, et fomllaient les entrailles de l'animal, jusqu'à ce qu'il tombât, <m tout au moins jetât son ^savalier pso* «terre, #t l'animel i:w>mM*6ant ^e douleur, écrasait sous s£S pieds tïatt-

lois et Partfees, qui mouraient embrassés par te haine, comme des amants le seraient par Tamour.

Au milieu dé tout cela, la soif, la soif dé- Ypr^Jitfi, î(j[ui feis^jt 40H<frir, le» iClaulpis surtpui, plus qup leurs i)l«$sure»p ces Gaulois habitués aux larges fleuves, aux majestueuses rivières, aux ruisseaui limpides.

Au bout d'une heure d'une effroyable boucherie^ îltte restait plias, de tout ce corps d'armée, que deux ou trois cejits

hommes. .

On pensa à se retirer.

~ Ces dëbf is nmtîlès jetèrent leurs regards autour d'etfi.

PubliuSy blessé à trois endroits, était encore debout sur son cheval, criblé de flèches.

On se réunit autour de lui.

Un mamelon de sable s'élevait à quel- ({ues pas de ce champ de bataille parthe.

Par une habitude de stratégie, les sur-" vivants se retirèrent et se massèrent sur ce mamelon.

On attacha les chevaux au centre.

Les hommes se serrèrent autour des chevaux, réunissant leurs boucliers comme une muraille.

Ils croyaient ainsi repousser plus facilement les attaques des barbar^. ;

Ils se trompaient; le contraire arriva.

Dans une plaine unie, le premier rang protège le second^ le second le troisième.

Là, au contraire, Tinégalité du terrain élevait le second rang au-dessus du premier, le troisième au-dessus du second, de sorte que ceux qui étaient derrière se trouvant découverts de la moitié du corps, tous étaient également exposés.

On vit la faute commise; il était trop tard pour la réparer.

Les soldats regardèrent Publius comme pour chercher dans ses yeux un dernier espoir.

— Mourons I leur répondit celui-ci.

UBS 4HlàMI)ft HOSUteS

Résignés, les soldats répétèrent :

Mourrai I

Ils attendirent les coups qu'ils ne pou-

^ioftt plus rendre. .

ïl y- avait la , au milieu de tous ces

hommes dévoués par Atteins aux dieux

infernaux, deux Grecs, deux habitants de

fe ville de Carrhes ; ils se nommaientHye-

ronime et Nicomachus ; ils conseillaient à

PiiiMitt^<cle:ç'ouv3rif im cb^a^n J^mant

celte muraille qui l'eji^^icJlïpiaH^ «t ii^ foK

vers Ichnes, ville située sur l'Euphrate, par

des chemins qtf ils connaissaient.

S'ils parvenaient à cette ville, qui m^ pris le parti des Romains, leur salut était assuré.

ftH KMi: DE CHAMBMS ^85

Publîus regarda autour d e lui .

n vit le champ de bataille couvert de mwlB elét mouraDt^, et, parmi ceux qui i'^ttl^raîent^ la (>lupaf t blessés et iuca^ pabljss 4? M suîvre«.

— Non, r^pondit-il aux deux Greos^ je resterai.

— Mais si lu restes,- répondirent-ils, la înort est inévitable.

— Il n'y a pas de mort assez terrible,

. • • • • répondit le jeune homme, pour faire abandonner à Publius ceux qui meurent avec lui. Quant à vous, ajouta-t-il, vous êtes des Grecs, non des Romains, sauvez-vous.

Et leur tendant sa ttiain ^âuCh^, tat sa

iîS^ LES GRANDS BOUMES

main droite était percée d'une flèche, il les congédia.

Les deux Grecs lancèrent leurs chevaux au galop, et disparurent dans le tourbillon de poussière soulevé par les Parthes.

L'un d'eux se sauva et arriva à Ichnes, où il raconta ce qui s'était passé, et comment il avait quitté Publius, et quels étaient

les derniers mots que le noble jeune homme lui avait dits.

Eux partis, Publius se retourna vers ceux qui l'entouraient :

— Maintenant, dit-il, comme il ne nous reste plus qu'à mourir, que chacun meure comme il l'entendra.

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Et, ne pouvant pas se tuer lui-même, blessé qu'il était à la main, il présenta le défaut de sa cuirasse à son écuyer, qui lui enfonça son épée dans le côté gauche.

Publius poussa un soupir et tomba.

Gensorinus mourut delà même manière.

Megabacchus se tua lui-même.

Ceux qui restaient se firent tuer jusqu'au dernier^ à l'exception de quelques-uns, que l'on prit vivauts, et qui donnèrent les détails de Tefiroyable catastrophe.

Les Parthes, ayant appris de leurs prisonniers le rang que tenait le jeune Publius Crassus, lui coupèrent la tête, la mirent au bout d'une pique, et marchèrent contre le gros de l'armée romaine.

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