CHAPITRE QUIIVZIÈME
La charge tentée par Publius sur le$ Parthes avait au reste donné un peu de relâche à l'armée.
Grassus, se voyant moins pressé qu'auparavant, avait rallié ses troupes qui, tout
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en conservant leurs rangs, s'étaient mises 'Bn retraite vers une suite de collines qui pouvaient quelque peu rompre Teffort de la cavalerie parthique.
Ses yeux étaient constamment tournés, par un double espoir, vers ce point où avai t disparu son fils j H par où il s'attendait à le revoir.
Publius, de son côté, avait dépêché plusieurs ordonnances à son père lui demandant du secours, mais les premiers envoyés étaient tombés sous les flèches des Parthes.
Au moment extrême, Publius avait renouvelé la même tentative.
Un Aièsédger éMit pértëBfU ed édnp
Eff ROBE DK CHAMttïtE ^91
pant k toîlle inortâ à travers les i*ângs en-- Demis, et atr moment où Crassus allait attèiiîdre là première de ces collines vers lesquelles il battait eii retraite, il avait fèrjoint CfaSéus qui voyant venir à lui un èâvalier aecoarànt à toute bride, s'était
arrêté pour l'attendre.
— Crassus, lui avait crié celui-ci, ton fils et les siens sont perdus si tu ne leur envoyés promptement du secours.
Puis, comme si le cavalier n'avait eu de fôf de que pour venif et prononcer ces paroles, il était tombé de cheval après les àvdir dites.
Crassus demeura un instant indécis, J>ùis la ùature remporta, et il ordonna à
292 LES GRANDS UOMMKS
Tarmée de marcher au secours de son fils.
Mais il n'avait pas fait cent pas dans la direction indiquée, que de tous côtés de nouveaux cris retentirent, on niènie temps que redoublait cet effroyable mugissement du tam-tam.
Les Romains s'arrêtèrent, s'attendant à un nouveau combat.
Alors reparurent les Parthes.
Us s'étendaient toujours circulairemeot autour des Romains, tandis que cependant un groupe plus épais marchait droit à eux.
Ce groupe était précédé d'un homme
EN KOBE DS GHÀMBRS 295
portant une tête au bout d'une lance, et cet homme criait :
— Quels sont les parents, quelle est la famille de celui dont voici la tête? On dit bien que son père s'appelle Crassus ; mais nous n'en croyons rien : il est impossible qu'un jeune homme d'un cœur si noble et d'une valeur si brillante que celui à qui appartenait cette tête soit le fils d'un père si lâche et si dépourvu de cœur.
Les Romains virent et reconnurent cette tête pour celle de Publius,
Mais personne ne répondit, excepté Crassus, qui jeta un cri de douleur, et cacha son visage derrière son bouclier.
91^4 XES aHANUS aOMMEp
Les Romains avaient dans cette journée vu des choses bien terribles, mais aucune qui leur brisât le cœur à Tégal de celle-ci.
Les pçaurs les plus forts frémirçot.
Les âmes les mieux trempées se trouvèîpent défaillantes.
^i bien qu'au milieu de toutes ce§ i^iy^ blessQS, ce fut le malheureux; père qui, le premier reprit courage.
11 regarda autour de lui d'un air résolu.
Puis,* voyant tout le monde abattu par la douleur plus encore que par la crainte :
. f Romains, s'ôcria-t-il, cette douleur ^^ regarde que moi !
BN ROBE BS CHAMBRB 295
^ La fortune et la gloire ;de Rome reposent en vous ; relevez donc la tète !
> Tqnlr que^ voub vivrez, Aome sera mttKAeet'invadnRiiei si vous avei> pitié d'u»
pare qui fiçrâ m) eafant fiimeux par son •oura^é^ dbang^œ vj^tre pitié en colère, et touniez^pette edèr^ eontr^ rennomi \
» Ne vous laissez point abattre par ce ^i'wrivej Wux qui tentent de grandes ciioaM doivent passer ^ar de grands malfairara^ oen'est point sans qu'il en ait coûté du sang que Lucullus a vaincu Tigrane et ^ Scîpieh Ahtîochu^. '
» Nos ancêtres ont perdu en Sicile mille
. vaîaseaiîx, et en Italie bon nombre de pré-
leurs et de généraux : n'oet-ils pas lou-
2t)6 LES GRANDS HOMIOS
jours fini par être les maîtres de ceux qui d'abord étaient vainqueurs?
D Ce n'est donc pas, croyez-le, par la faveur de la fortune, mais par une forint inébranlable, et parleur coui'age à a£Eron-:
ter les grands périls, que les Romains sont parvenus au degré de puissance qu'ils ont
aujourd'hui.
» Allons, soldats I le cri de guerre! et prouvons à ces bfirbares que nous sommes toujours les Romains mattres du monde I »
Et lui-même alors poussa le premier le
cri de guerre.
Mais ce cri n'eut qu'un écho faible, rare, inégal} languitfBiatttr ..,>.,
Au CQntraire, les Parthes y répondirent par un cri général, éclatant, sonore, plein de force-
Aussitôt Faction commença.
- La cavalerie parthique se répandit sur les ailes, prit l'armée en flanc, et recommença de faire pleuvoir cette épouvaiila-i^ ble grêle de flèches qui avait déjà coûté si cher aux Romains, tandis que la première ligne de l'ennemi, armée d'épieux, les resserrait dans un petit espace.
Mais au moins ces hommes armés d'épieux on pouvait les joindre. .
Quelques soldats romains, pour en finir plii5't6tavec l'agonie, se jetèrent sur eux,
Td% LBS «RANDS HOMMU
et alors ceux-là^ du moins, mottruFent cTunQ mort épouvantable mais prompte.
Le large fer des épieux passait au travers du corps de l'homme et p^élrait jusque dans le corps du cheval.
.. yp^vil des oçups si rudement portés mlU fi^rç^iâf^ ^^^ $pl4ats h h fois,
Le combat dura ainsi jusqu'à la nuit.
Lfis AoBUiinfli^taient près d^ tranta mille.
, }| fallait le tewps ipstériej poijur les
tuer.
Les Parthes se rétirèrent en criant :
CrBMiis, Çrasswi», fiovs l-foeordoqs
IH |IOU 9£ CHAMJIIIB S90
tBiié nuit pour pleurer ton fils^ à moins que la nuit te portant un bon conseil tu ne consentes à être conduit volontairement devant Orodès au lieu d'y être traîné de force.
-^prè^ quoi ils dresseront ie^r§ teintes ç^te à QOte des tentes romaineg, çomwç |)oyr ^^rder leurs prisonniers et ip\ir ôtey tout espoir de fuite.
Les Pçirthes passèrent la nuit eu piusique et en fêles.
QuwH aux Roipîtins leur nuit fut sombre et silencieuse.
JU^ Ui9 ç'oççupçftînl; pi d'w^evelir les l^fi^ m ^B panser les liesses.
Les blessures, on le savait bien» étaient inguérissables.
Nul ne pensait donc aux autres.
Chacun pleurait sur soi-même.
Et en effet il semblait impossible d'échapper à la mort, soit qu'on attendît le jour et le destin, soit qu'on essayât de fuir à travers des plaines sans bornes.
D'ailleurs, si l'on fuyait, que faire deiS blessés?
Les emporter, c'était rendre la fuite impossible.
Les laisser, c'était la rendre plus impossible encore, puisque leurs cris, leurs im-
£N R09£ DE CUAMBIIB * 501'
précatioDs^ en voyant qu'on les abandonnaity dénonceraient cette fuite à Tennemi.
Grassus était l'auteur de tous ces maux.
Cependant chacun voulait le voir et l'entendre : on espérait que de la suprême autorité, qui eût dû être la suprême intelligence, descendrait quelque rayon d'espoir.
Mais lui, retiré dans un coin de sa tente, couché la face contre terre, la tête voilée, il semblait la statue de rabattement I
Parce que deux hommes passaient avant lui dans la République, Pompée et César, il avait cru que tout lui manquait.
Et il venait de sacrifier des millieris d'hommes à cette ambition qui, au lieu de
302 Ms #ltà^rD^ HOSMKé
faire de hii le premiei* «dô së^ coftdtoyett* dans la glaire, en faisait le preWief paf \è malheur.
Les deux lieutenants Octavius et Cassius firent ce qu'ils purent pour relever le courage de Crassus, mais voyant que c'était peine inutile, ils résolurent d'agir sans loi.
lis rassemblèrent les centurions et les
chefs de bandes ; on prit l'avis de chacun, et Tavis de la majorité ifut qu'il fallait à l'instant même^ et sans bruit^ lever le camp et battre en retraite.
n n'y avait, à tout prendre, en s'orientant bien, que einq heures de mai'Ëhe pour arriver à la ville de CarrbUi
m 1I0M DE CHimm ZiVi
Un chef dé (^ftvalefie DOoimé^ Ignatius futchargé, oôfl pas de commander Favant-* garde, mais d'éclairer le pays avec trois cents cavaliers.
Il Sâvdt \e éhftrfllli, et rèpttttddn de flô pas faire faille ffittsSé routé ft rat^fûêè li ôd voulait le suivre.
U monta à cheval avec seâ faomuies et sortit du camp»
Mais alors ce que Ton avait pïévti ârfiva.
Les blessés s'aperçurent qu'on les abandonnait.
Us pouttàrent des clameurs qui| à Yioê-
304 LIS GRANDS HOMMMê
tant même, portèrent le désordre parmi ceux qui étaient sains et saufs.
Ceux qui avaient pris les devants s'imaginèrent, en entendant ces cris, que les Parthes venaient de faire invasion dans le camp romain et étaient à leur poursuite.
Ignatius et ses trois cents hommes prirent le galop.
Vers minuit, en effet, ils arrivèrent & Çarrhes.
Mais leur crainte était si grande, quils ne se crurent pas en sûreté derrière les murailles de la ville.
Ils se contentèrent de longer les remparts, en Criant aux sentinelles :
EN ROBE DE GHAMBllÉ 505
— Dites à (iopoûius, votre commandanl, qu'il y a eu une grande bataille entre Gras* sus et les Parthes.
Et sans donner aucun autre détail^ ils continuèrent (leur chemin, gagnèrent le pont, et mirent la rivière entre eux et l'ennemi.
On rapporta à Coponius ce qui venait d'arriver, et on lui répéta les paroles que semblait avoir jetées en passant l'esprit de la nuit. .
Alors lui comprit que cet avis lui avait été donné par des fuyards.
11 commanda en conséquence aux trou-
306 LEsaR. Boanms en ifopf d^bakbrs
pes de (urendri^ l^s armes , ^ oinyriiles Il^rles et s'av«^$a, d'une-, ti^i ^. peyiiprè^ dans le pays par lequel;, ^WS^ .4a ^^\^ il pensait que devait revenir le reste de l'armée de Gra$;sus,. ...
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