‹ LES GRANDS HOMMES CESARChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

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Un beau matio , Pompée sortit avec bonne escorte, et conduisit Quintus au Fo* rum.

Enorgueilli par line première victoire,

Qodius attaqua Pompée.

Mais cette fois il avait affaire aux vétérans de l'Espagne et de TÂsie;

Il fut battu.

Cependant, au milieu de la mêlée, Quintus fut grièvement blessé.

Cette blessure fut un coup de fortune pourCicéron.

En voyant Quintus blessé, le peuple comprit qu'il était temps d'arrêter Clodius.

D'ailleurs Rome ne vit plus que par secousses et par soubresauts.

Il B'y a plus ni sénat au Capitole, ni tribunaux aux basiliques, ni assemblée au Forum.

'nr^mmtifW^

Le sénat prend un grand parti*

Le retour de Cicéron est une question capitale.

Il convoque toute lltalie au Champ-de- Mars.

L'Italie tout entière votera et décidera entre Glodius et Cicéron.

Tout ce qui a droit de cité accourt à Rome, et dix-huit cent mille votes ordonnent son retour.

Ce fut un grand jour, un jour de fête pour toute Tltalie que celui où cette décision fut connue.

Gcéron avait reçu le décret du sénat qui convoquait le peuple au Champ-de-Mars.

Iff^^^-n

70 LES fiAANDS flOMMES

Il écrivait à Âtticus :

« On m'apporte des lettres de Quintus avec le sénatus-consulte où il est questioa de moi. J'ai Tintention d'attendre qu'il soit confirmé par une loi, et si cette loi m^est contraire, je me servirai de l'autorité du sénat. J'aime mieux manquer de la vie qbe dé la patrie. Quant à toi, viens nous n^ joindre au plus vite. »

Mais il était arrivé que le tribun Serra— nus s'était opposé au tiécret de rappel.

Cicéron Tavait su, et alors toute son énergie était tombée.

Quelques jours après cette premîèra l«t** tre à AlticuS; il écrit cette seconde ;

« D'après tes lettres. et d'après la chose elle-même, je vois que tout est perdu. Je te prie de ne pas manquer aux miens dans leur malheur. Ainsi que tu me l'écris, je te verrai donc bientôt. »

Enfin, il se décida à partir de Dyrrachium, la veille des Nones d'août, jour même où fut pubUé le décret de son rappel.

II arriva à Brindes le jour des Nones.

Il y trouva sa fille TuUie, qui était venue au-devant de lui.

<]'était, par hasard, le jour de sa naissance et le jour de la fête de la colonie.

Ce fUt donc fête pour tout le inonde.

7i LES GRANDS HOMMES

A Brindes, il apprit que la loi avait passé à une écrasante majorité, à f unanimité presque.

Il quitta Brindes avec une escorte qui non-seulement lui fut votée par les magistrats, mais qui s'offrit d'elle-môme.

A chaque pas, sur la route, il était arrêté par des populations qu'on envoyait pour le féliciter.

Pendant tout le trajet, il n'y eut pas,

dans les villes que traversait le rappelé, un

individu de nom ou de qualité qui ne vînt

^au-rdevant de lui, à moins qu'il ne fut trop

compromis dans le parti contraire.

De la porte Gapene, par laquelle il ren-

trait, il aperçut les degrés des temples couverts par la population^ et, dès qu'elle le reconnut, cette population éclata en cris de joie.

Ce^ cris de joie raccompagnèrent jusqu'au Forum.

Au Forum, TafOuence était si considérable, qu'il fallut employer les licteurs pour lui ouvrir un passage jusqu'au Capitole.

Deux ou trois fois, il faillit être étouffé.

Le lendemain, jour des Nones de septembre', il se rendit au sénat 6t lui adressa « ses remercîments.

Depuis deux jours, les vivres avaient subi une hausse considérable.

74 l£s guands hobimes

D'abord quelques voix, excitée? par Clodius, crièrent que c'était déjà Finfluence du retour dd Gcéron qui se faisait sentir.

Mais ces voix furent étouffées.

Le sénat s'était déclaré en permanence*

Bôiftucoup dêgèns désiraient que Pompée fût chargé dte approvisionnements de la ville- . ^

Le retour de Cicéron avait ravivé le crédit de Pompée.

La multitude criait à Cicéron :

— Pompée 1 Pompée 1 propose Pompée l

Cicéron ût âgae qu'il voulait parkr.

KN ROBE Dfi CHÀMinE 7S

Tout le monde se tut.

Il y avait si longtemps qu'on n'avait entendu sa voix, que la voit deCioéron qu'on avait si souvent entendue^ allait être quel^ que chose de nouveau.

Gicéron parla^ et parla bien.

Il est vrai que c'est lui qui le dit, et qu'il

n'a pas l'habitude de se dénigrer.

Feeici ùccwiûte êeniéntiam ^ dissi:

Conformément à son avis on rédigea un sénatus-consulte pour engager Pompée à

prendre la direction des vivres.

A la looturo du s^kiAtUâ-oôssulte, «t a»

nom deCicéroQ qui le proposait^ le peuple éclata en applaudissements.

Le lendemain, Pompée accepta, mais il fit ses conditions.

n se chargeait, pour cinq années, des approvisionnements de Rome.

Mais il voulait quinze lieutenants, nommant Gicéron le premier.

En conséquence, les consuls dressèrent un projet qui donnait, pour cinq ans, à Pompée, la surintendance des vivreà par toute la terre.

Les gens raisonnables trouvaient déjà que c'était très bien ainsi, lorsque BlélHus

m hùBE DE CSSAHBEE 71

en proposa un second, qui joignait au pre* mier le pouvoir de disposer de toutes les ressources financières de Tempire , des flottes et des armées dont il avait besoin, et qui subordonnait à la sienne Tautorité des gouverneurs de province.

Gicéron se taisait, cela ne le regardait plus.

Puis, lui qui connaissait Pompée, Vhomme aux deux portes^ mieux que personne, peutêtre trouvait-il que c'était pousser Tengouement un peu loin.

Le lendemain, il y eut un grand débat sur les maisons de Gicéron, tant sur celles gui avaient été purement et simplement

?8 uf ffHAifM iremas

rasées par Glodius^ que sur celle où Fon avait bâti un temple à la Liberté.

. Il s'9gissftit de n^ pas tomber ^^m ^ sacrilège en expropriant uq dieu oia yipiç déesse.

La question fut soumise aux pontifes, qui décidèrent que :

c( Si celui qui disait avoir consacré Vempla' cément n^avait agi ni en vertu (Tune prescrip^ iion générale j ni en vertu (f un mandat nomi* natif émanant d^une loi ou écrit dans un plé^ biscite, la restitution en pouvait être cpérée sans porter atteinte à la religion. »

saint Ordre des Jésuites I il est donc Yrai que tu ne remontes pas à Ignace d6

BN MM BB CHAMBU 1^

Leyola seulement , et que ta fondation sa perd dans la nuit des temps (

Grand débat à ce propos.

Clodius parle trois heures pour prouver qu'il a eu le droit de fairt ce qu'il a fait. Mais le peuple romain est un peuple artiste à tout prendre : il trouve que Clodius joue mieux de l'épée que d^ la parole, et qu'en fait de paroles, Cicéron est le maître de Clodius. [Il siffle Clodius, et le décret, passe.

Il est arrêté que la maison de Cicéron lui sera rendue, que le portique de Catulus sera rétabli apx frais de l'État.

Puis on alloue à Cicéron, comme dôm-

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Hiages-intérôts, deux millions de sesterces pour la maison de Rome. '

Cinq cent mille sesterces pour celle de Tusculum.

Deux cent cinquante mille pour celle de Formie.

Six à sept cent mille livres de notre monnaie environ. *

Et Gicéron et tous les honnêtes gens trouvent que c'est bien peu.

Quœ œstimatio non modo vehementer ab optimOj quoque sed etiam a plèbe reprehen^ ditur.

Clodius est battu au sénat comme il Ta été sur la place publique.

Mais Glodius n'est pas homme à lâcher ainsi la partie ; le 4 des Nones de novembre, il rassemble les débris de son ancienne ar« mée du temps qu'il était tribun, et tombe avec ces débris sur les maçons et les tailleurs de pierre occupés à la reconstruction de la maison de son ennemi, les chasse et avec les moellons assiège la maison do Quintus, et finit par y mettre le feu.

Tout cela, remarquez-le bien, se passe dans Rome, au grand jour, et il y a un sénat, des consuls, des préteurs, des tribuns.

n est vrai que Pompée est parti pour acheter du blé.

Le 3 des Ides de novembre, nouvelle attaque, m G

S2 UU aiUNDS «OMMC^:

Cîcéfon descendait, escorté de sès clients et de sa cour de chevaliers, la voie Sacrée:

Clodius paraît à TimproViste et se rue suf Cicéronj en poussant des cris féroces.

Ses hommes soat armés de pierres,, de bâtons etd'épées.

Cicéron se sauve tout naturellement.

ïl trouve la porte du Vestibule de Tfettius ouverte et s'y réfUgie iavec une partie dô sa suite.

Là on se barricade et Ton. tient en res-

pect les bravi de (Clodius. ,

' Des renforts arrivent à GicéroTi) Glddius a le dessous. i

tH 1Uȣ DE CHAMSRE S5

. ~ J'aurais pu le faire tuer, dit Cicéron, mais je commeuce par la*^èle j la cjiirurgie me fatigue.

— ip$e ôtddi pôtûit, sèd ego dkih curari incipio, chirurgiœ tœdêt.

Voyez-vous, le vantard !

Cicéron a eu tort d'épargner Clodius, car, la veille des Ides de novembre, voilà iCMttS ^!lise met m têt& de brûler la fibaison de Milon sur le mont Oéimatus^ et eek en plein soleil, à la cinquième heure du jour.

U ft recruté à nouveau parmi les esclaves :

les gueux dont parle Zafrari,dans Ruy-BlM,

8i LES GRANDS HOMME»

sont des rois de Tlnde -comparés à ceux qai hurlent derrière Clodius .

Ils ont des épées, des boucliers, des torches : le quartier-général du chef est dans la maison de P. Sylla.

Mais Miion a été prévenu ; il a deux maisons dans le même quartier; une qu'il tf achetée de ses deniers, l'autre qu'il tient de la succession d'Annius.

Dans celle-ci, Q; Flaccus s'est renfermé avec une garnison.

La garnison, Q. Flaccus en tête, fait une

sortie.

Cette sortie met en déroute la horde de Clodius.

EN AOBE 1)£ CUAMBRE 85

Clodius s'enfuit^ et, à son tour, se cache dans la maison de P. Sylla.

On le cherche de la cave au grenier, mais inutilement.

. Ce n'est point par la diète, comme Cioéron, que Flaccus et Milon comptent le trai-ter, c'est par le scalpeL

Le lendemain, le sénat se rassemble.

Godius ne bouge pas.

Milon accuse Oodius.

Mais les comices vont avpir lieu, Clodius va se faire noqimer édile, maire d'une des mairies de Rome ; que dites^vous du magistrat? Et une fois édile, non -seulement ii

ne pourra plus être jugé, mais il prévient d'avance qu'il mettra Rome à feu et à sang.

C'est sa profession de foi.

Le jour des comices arrive, Mîlon déclare les augures déftivorables; on ne votera donc que le lendemain.

Le lendemain, avant le jour, Mllon est au Ghamp-de-Mars.

Le Champ-de-Mars, on se le rappelle, est le tapis vert sur lequel on joue aux élections.

Aujourd'hui, il sera le ebamp âebatttine où se décidera la question entre Miton el Clodius.

EN BOBI DE CHAMinS S7

Que Clodius paraisse, il est mort. Clodius ne paraît pas.

Le lendemain, 1] des cçl^pdes, MUon serend, avant Faurore, aux comices.

Tout à coup il aperçoit Metellus, qui passe tout courant.

•i Quel est ce Metellus? Cicéron n'en dit rien. Ce n'est pas- Metellus Celer, l'ancien consul, Metellus le Rapide ^ le beau-frère de Clo^U8^ W rival de GatiaUe, de César, de tous les amants de sa femme enfin?

Non, en 595 jl s'est déclaré contre son beau-frère, et il est mort subitement.

itemandeiz; ioui haut de quelle mort, et

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Ton vous repondra : Sa femme Ta emppr sonné.

Metellus essayait de gagner le Champ-de- Mars par des rues détournées.

Milon court, le rejoint, lui signifie la protestation comme tribun.

Metellus se retire au milieu des huées.

Le 10 des Calendes, c'est marché, pas d'assemblée par conséquent.

, Le 8 novembre rassemblée aura lien.

Le 8 novembre, à la neuvième heure de la nuit, Milon est déjà à son poste.

Au reste, Oodius est un homme perdu, son vestibule est presque vide ; une vieille

lanterne éclaire quelques misérables en guenilles.

11 n'y aura pas de comices, ou du moins il n'y aura de comices que si Clodius est accusé par Milon.

Si Milon rencontre Qodius dans la rue, -/T) . Clodius est un homme mort. ';

C'est Gcéron qui en prévient Atticus.

— - Si se inter viam obtulerity occisum ni ah ipso MiUmCj video.

Tout cela finit, cette fois du moins, par une violente colique de Cicéron, qui dure dix jours, et qu'il met sur le compte des champignons et des choux de Bruxelles qu'il a mangés au festin augurai de Lentulus.

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