CHAPITRE XI
Montcalm se plaint auprès de Vaudreuil de ses procédés. — Les agissements de Vaudreuil. — Montcalm lui envoie Bougainville. — Celui-ci croit avoir réussi dans sa mission conciliatrice. —Sa lettre au Ministre de la guerre. — Doreilest d'un avis différent, — Montcalm se décide à rester au Canada, — Il demande des secours. — Vaudreuil se joint à lui. — Hiver de1758-1759.— Cantonnement des troupes. — Bougainville et Doreil envoyés en France.— Lettre de Montcalm au Ministre de la guerre. — Situation en France. — Lettre de Helle-Isle à Montcalm. — Bougainville mal reçu par le Ministre de la
marine, — Reçu par le roi. — Bougainville chevalier de Saint-Louis. — Mémoires remis par lui sur les affaires du Canada. — 11 part de France en janvier 1759. — Arrive à
Quebec le 10 mai. — Il est colonel. — Pas de secours. — Montcalm nécessaire au Canada.— Instructions du Ministre de la guerre.
Malgré les succès remportés par Montcalm et malgré les maladresses accumulées par Vaudreuil comme à plaisir, ce dernier n'avait pas cessé de combattre par ses actes er par ses dénonciations le général qui lui portait ombrage. C'était une lutte sourde, mais continuelle contre le loyal soldat, exclusivement préoccupé des intérêts de la France dans la colonie,
Les choses en vinrent à ce point que Montcalm dut en écrire directement à M. de Vaudreuil. Le 2 août 1758, il lui adressa une lettre dans laquelle il lui disait: « J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que nous comptions n'avoir de tort ni l’un ni l’autre; il faut donc croire que nous l'avons tous les deux et qu'il faut apporter quelque changement à notre façon de procéder. (Archives de la marine). »
Vaudreuil n on- seulement suscitait tous les embarras inaginables à Montcalm, mais encore il le calomniait auprès du ministère.
En effet, il avait écrit que celui-ci n’avait pas su profiter de sa victoire, l’accusant ainsi de mollesse et d'impéritie, Montcalm lui répondit directement : « Au lieu d’un simple avis et d’un bon conseil, puisque vous croyez cette expédition avantageuse à la patrie, donnez-moi un ordre formel, et je partirai, ou venez vous-même prendre le commandement, et je vous suivrai »,
Mis au pied du mur, Vaudreuil ne répondit pas, mais il écrivit au ministre de la guerre : « M. de Montcalm pourra servir très heureusement en Europe. Personne ne rend plus de justice que moi à ses excellentes qualités; mais.il n’a pas celles qu’il faut pour la guerre de ce pays. Il faut avoir beaucoup de douceur et de patience pour commander les Canadieus et les sauvages. Le roi m’ayant confié la colonie, je ne peux m'empêcher de prévenir les suites fâcheuses que pourrait produire un plus long séjour
de M. le marquis de Montcalm... Les troupes de terre seront bien flattées de rester sous le commandement de M. le chevalier de Lévis. Ce qui m'autorise à vous renouveler la demande que j'ai l’honneur de vous faire en sa faveur du grade de maréchal de camp... Il réunit en lui toutes les qualités de l’officier général. 11 est généralement aimé; il mérite de l'être, M. de Bourlamaque sufit pour seconder M. le cheva lier de Lévis. »
Ce qui déterminait Vaudreuil à parler ainsi, c’est que Montcalm, homme absolument intègre et général victorieux, pouvait être écouté à Paris et ouvrir les yeux au gouvernement sur les malversations commises outre mer. Le chevalier de Lévis et Bourlamaque, tout aussi honnêtes que Montcalm, devaient avoir moins d'autorité.
Montcalm, de son côté, éditié sur les sentiments de Vaudreuil à son égard, crut devoir écrire toute sa pensée sur la conduite pleine de duplicité du gouverneur.
« Depuis la journée du 8, écrivait-il, rempli d'idées avantageuses que l’expérience à la guerre et la connaissance d’une frontière qu'il n’a jamais vue, lui feraient bientôt perdre, M. de Vandreuil ne cesse de m'écrire qu'il est possible avec de gros détachements de faire quitter à l’ennemi la position au fond du lac Saint-Sacrement. Je suis fondé à craindre qu’il ne présente cette idée chimérique et comme impossible que pour me compromettre, puisqu'il m’est revenu
indirectement qu’il avait écrit de la même manière l'année dernière sur la possibilité du siège du fort Lydius ou Edouard, Vous pouvez assurer S. M. que la diversité d'opinions ne nuira jamais (pour ce qui me regarde) à son service, C’est à cette diversité d'opinions et à la respectueuse soumission que j'y mets toujours que l’entreprise de Chouagen est due. Le marquis de Vaudreuil, après l'avoir souhaitée, était prèt d'y renoncer, el je ne le ramenai que par des mémoires, »
Montcalm déclare ici très nettement qu'il est convaincu que Vaudreuil, incapable comme homme de guerre, voudrait le lancer dans des entreprises qu’il sait irréalisables pour le perdre, sans souci du dommage qui pourrait résulter de ces folles équipées pour la colonie et pour la France
Montcalm comprenant le danger que ce désaccord permanent qui subsistait entre le gouverneur et lui, présentait pour la colonie, voulut tenter une démarche pour ramener la bonne harmonie, plus nécessaire que jamais, dans un moment aussi critique que celui où l’on se trouvait. Il était trahi au Canada, trahi à Paris dans les bureaux de la marine où l’on gardait ses dépêches. Le ministre de la guerre recevait les lettres qu'il lui écrivait, mais celui de la marine ne voyait jamais celles qu’il lui adressait. Les officiers de la colonie étaient seuls récompensés par suite des rapports de M. de Vaudreuil ; ceux de lParmée de terre, par contre étaient oubliés, les notes de
leur chef direct étant interceptées. L'armée souffrait. Montcalm crut devoir plaider sa cause auprès de Vaudreuil. Il envoya Bougainville au gouverneur pour tenter un raccommodement. Celui-ci s’empressa de déférer au désir du général ; il se rendit à Montréal plaida la cause qu’il était chargé de défendre, et recut les meilleures assurances de M. de Vaudreuil. 1! crut si bien avoir réussi dans sa négociation, qu'il en écrivit au maréchal de Belle-sle, ministre de la guerre. La nouvelle en effet, si elle avait été vraie aurait eu son importance.
À Montréal, le 10 août 1758,
a Des tracasseri: excitées entre les chefs par des subalternes intéressés à tout brouiller, pouvaient prodüire un refroidissement entre eux, toujours préjudiciable au plus grand bien des affaires. M. le marquis de Montcalm m'a envoyé ici avec ordre de lever toute difficulté, dissiper tout soupçon, donner toutes les explications, rétablir enfin entre M. le marquis de Vaudreuil et lui la bonne intelligence intérieure; car l’extérieure a toujours subsisté : et il a lâché que la colonie, l'Etat et le service ne souffrissent jamais de sa part de discussions particulières, M. le marquis de Vaudreuil m’àa paru dans les meilleures dispositions du monde à cet égard. Je n'ai pas eu de peine à le convaincre de la droiture des intentions de mon général. Il m'a assuré qu’il voulait
MONTCALM. 267 anéantir jusqu’à la trace de tous les rapports passés,
qu'il donnerait toujours à ceux qu’on lui pourrait faire encore la valeur qu'ils méritent et qu'il désirait vivre avec M. le marquis de Montcalm, non seulement avéc là confiance parfaite due à sa place, à ses talents et à soh expérience, mais encore avec l’amitié qu'on ne peut refuser à l'excellence de son cœur et la droiture de ses intentions. Les mêmes gens qui ne peuvent attacher à leur personne que cette exis+ tence vile et basse que donnent quelquefois les tracasseries entré les gens en place, les intrigants qui les font naître, qui d’ailleurs ont peut-être un intérêt pécütiaire et de concussion à ce que les conseils d'un homme, citoyen aussi intègre que juge éclairé, ne soient pas crus en tout, chercheront sans doute encore à tracassér ; ils essayeront de rompre ou d'altérer l'ünion qui me parait aujourd'hui parfaitement de bonne foi rétablie entre nos chefs. J'ai pris la liberté d’en avertir M le marquis de Vaudreuil, qui m'a assuré qu'il n'aurait jamais où hé croirait jamais avoir un sujet de plainte contre M. le marquis de Montcalm, qu'il ne s’en expliquât sur-lechamp directement avec lui-même. Cest le moyen que le levain fe fermente pas et que là cordialité subsiste, Je suis en droit de vous assurer que de son côté mon général a toujours la plus grande attention pour que rien ne la puisse rompre, et que même il continuera à faire toutes les avances qui lui paraitront à cet égard nécessaires, Il m’a ordonné de vous
rendre compte de ma commission ; elle est, je crois, remplie, et je repars pour l’armée. J'ai été flatté qu'il ait bien voulu me la donner, mon désir unique étant d’être employé continuellement et en tout genre à tout ce qui peut être utile au bien’ du service. Je suis, etc. ‘Dépôt de la guerre, vol, 3,499, pièce 24. — Original.) »
Bougainville, en répondant de Montcalm, avait .cent fois raison :; mais il n’en était pas de même quand il ajoutait foi ou assurance de M. de Vaudreuil. Celuici avait trop attaqué Montcalm; il lui avait trop suscité d’embarras et l’avait trop calomnié pour ne pas lui garder rancune de ses propres tous à son égard ; il était de plus trop circonvenu par son entourage, trop directement intéressé à défendre quand même les gens sans aveu qui avaient tout intérêt à nuire à l’homme intègre qui les génait dans leurs opérations, pour être en état de tenir les promesses qu'il faisait, et auxquelles, en les faisant, il savait bien devoir manquer bientôt.
Doreil lui, était loin d’avoir la même confiance que Bougainville, aussi écrivait-il presqu’à la même époque à M. le maréchal de Belle-Isle, ministre de ia guerre, une lettre dans laquelle il cherchait à le mettre en garde contre les manœuvres de M. de Vaudreuil.
A Québec, le 12 août 1758.
« Monseigneur, enfin la frégate va partir demain,
si le vent le permet; il est temps; nous voici au trente-cinquième jour du grand événement dont elle va porter la nouvelle (victoire de Carillon). Je dois avoir l’honneur de vous prévenir que M. Péan, capitaine aide-major de Québec, est chargé de la porter à M. de Moras et toutes les dépêches de M. le marquis de Vaudreuil et de M. Bigot, au grand regret du capitaine Canon (commandant de la frégate), qui avait compté sur cette commission. J'ai pressenti ce dernier pour l’engager à devancer M. Péan à la cour et à vous apprendre la nouvelle en même temps qu’à M. de Moras; il m’en a donné sa parole d'honneur ; en conséquence, je lui remets à la main une lettre pour vous, dont je lui ai donné lecture pour l’engager d’avantage à me tenir parole. Je lui remets de plus un ou deux paquets pour vous et pour M. de Crémille, et autant pour M. de Moras, afin qu’il soit autorisé à prendre des chevaux de poste sans retardement ; j’ai mis le surplus des dépêches de M. le marquis de Montcalm et des miennes dans des paquets avec plusieurs lettres particulières pour être ouverts au lieu du débarquement et mis sans affectation au premier bureau de poste, comme lettres de particuliers ; j’ai cependant dit au capitaine Canon que si, sans être aperçu de M. Péan, il peut, au moment de son arrivée en France, se charger de toutes nos dépêches pour la Cour, d'ouvrir le paquet et d’en faire le triage. Je prends toutes ces précautions pour que vous soyez aussitôt informé que le ministre de la
marine, que vous puissiez informer le roi, et pour éviter l'interruption où le retard de hos dépêches au bureau de la marine, chose qui est déjà arrivée. Nous vous supplions dé doter quelques marques de bonté et de satisfaction au capitaine Canon et de lui procurer quelque grâce s’il est possible,
« À l'égard de M. Péan, c'est un ofMicier vendu à M. de Vaudreuil et à M. Bigot, qui, depuis que nous sommes au Canada n’a pas fait uñe campagne et a toujours été constamment occupé aunrès d'eux de la partie des subsistänces pour laquelle il a été d’autant plus utile qu'il ÿ est intéressé. IL va porter la noüvélle d’une action où il n’était pas, et dont il ex sans doûte chargé de parler fort en détail ; sa mission s'étend vraisemblablement plus loin encore. Il passe en France, sous prétexte de prendre les eaux de Barège, pour des douleurs à un bras : je crois qu’il en à besoin, mais je suis convaincu qu’on ne l’aurait pas laissé aller cetté année, sans quelque raison particulière. Au surplus, c’est un officier qui doit vous être suspect, par ce que je viens de dire et parce qu'il à fait une fortune si rapide depuis huit ans, qu'on lui dontie deux millions.
« M, le marquis de Vaudreuil ne cesse de m'écrire pour me réitérer ses instances de vous représenter la nécessité de la paix cet hiver ; sans quoi, les choses restant sut le même pied où elles sont, les Anglais auront le Canada l’année prochaine. Nous sommes comme des malades à l’agonie, de qui fa Providence
et l’habileté du médecin prolongent les jours de quelques instants. Je compte que toutes les lettres par lesquelles j'ai l'honneur de vous rendre compte, en toute confiance et par devoir, des particularités dont il est essentiel que vous soyez informé, seront tenues dans le plus grand secret. Je suis, etc. (Dépôt de la guerre, vol. 3,499, pièce 98, original chiffré.) »
On voit par celte lettre à quels hommes Montcalm avait affaire. |
Les précautions minutieuses que prend Doreil pour que ses lettres parviennent au ministre prouvent que tous les moyens étaient bons à leurs adversaires. Vaudreuil retardait les courriers ou les supprimait. Les dépêches arrivaient-elles dans les bureaux de la marine, Delaporte et d’autres agents les faisaient disparaître. L'homme de confiance envoyé par Vaudreuil pour porter la grande nouvelle est un capitaine qui n'a jamais vu le feu et auquel les tripotages faits durant la guerre ont rapporté deux millions! Deux millions à un simple subalterne. Le procès qui sert d’épisode à toute cette malheureuse guerre du Canada, nous réserve d'autres surprises encore et des révélations bien autrement graves.
Quelques jours après, le 31 août, Doreil revient à la charge. 11 écrit encore au ministre de la guerre, mais cette fois, laissant de côté les faits particuliers, il insiste seulement sur un point : la nécessité de faire la paix, comme étant le seul moyen de sauver le Canada.
À Québec, le 31 août 1758.
« Il ne s’agit plus de se flatter ; le Canada est perdu, si la paix ne se fait pas cet hiver. Les Anglais ont, dès à présent, soixante mille hommes de troupes réglées ou provinciales en Amérique ; nous n’en avons pas cinq mille à leur opposer, terre et marine compris, dont il y a près de mille répandus dans différents postes et garnisons (c’est moins de un contre dix); nous n’avons jamais vu plus de deux mille Canadiens rassemblés ; le surplus a toujours été employé ou dans les postes des pays d’en haut, ou aux frontières, ou à des usages également contraires aux intérêts du roi et au bien du service. La prise de l’île Royale augmente déjà les moyens déjà trop puissants de l'ennemi pour barrer l'entrée du fleuve Saint-Laurent et empêcher tout secours d'Europe d'arriver et s’en venir par mer à Québec, peut-être se rendre maitre de tout le pays, l’an prochain, par le haut. La prise du fort Duquesne et des postes voisins ; celle du fort de Frontenac, à l’entrée du lac Ontario, où est toute notre marine des lacs, Chouagen, le fort Guillaume- Henry, dès à présent lui en assurent la conquête d'autant plus facilement qu'il peut, quand il voudra, augmenter encore ses forces considérablement. Les colonies anglaises sont en état de mettre sur pied, indépendamment des troupes, plus de deux cent mille hommes ; et en faisant marcher le ban et l’ar-
rière-ban du Canada, on n’en rassemblerait pas dix mille en état de porter les armes, ce qui, joint aux troupes réglées que nous avons, formerait un total de quatorze à quinze mille hommes; et pour pouvoir s’en servir à la guerre, il faudrait abandonner tous les travaux, l’entretien des postes pour la traite des pelleteries, la culture des terres, par conséquent renoncer aux récoltes, seule ressource pour ne pas mourir de faim. Tel est le vrai point de vue dans lequel le Canada doit être considéré à présent. On a toujours trop flatté le ministre de la marine et peut-être osera-t-on ie flatter encore. On pourra demander dix ou douze mille hommes de troupes, une flotte considérable de vaisseaux de guerre pour les escorter, ainsi que les vivres et munitions nécessaires ; cela pourrait à la vérité nous mettre en état de nous soutenir encore quelque temps et éloigner notre ruine totale ; mais le roi ne serait jamais dédommagé de la dépense énorme que ce nouveau secours OCCasionnerait ; la guerre continuant, le Canada finirait toujours par être pris un peu plus tard. Nous savons, à n’en pas douter, que la cour d’Angleterre, forcée par la fureur de la nation, est résolue à l’envahir à tel prix que ce soit, elle en a les moyens; elle les mettra en usage jusqu’à l’extrémité.
« D'ailleurs, la continuation de la guerre dans cet hémisphère est ruineuse pour le roi, plus encore par la mauvaise administration et la grande avidité que par les dépenses indispensables. Il est donc de né-
cessité absolue de ne penser qu’à faire la paix sans se rendre difficile pour les limites; il serait à souhaiter qu’on n’eût jamais pensé à les étendre en Acadie ni à l’élablissement du fort Duquesne. Pardonnez toutes ces réflexions d’un bon citoyen, à mon zèle pour le service du roi et à mon respectueux attachement pour vous; je les écris autant de la part de M. le marquis de Montcalm que de mon chef; et, si j'étais mon maître, je partirais pour avoir l’honpeur de vous en faire part de vive voix et vous instruire de mille choses très importantes qu'il serait trop long et trop hasardeux d’écrire. Ce serait un des services les plus essentiels que je puisse jamais rendre à l'Etat. La retraite de M. de Moras que nous venons d'apprendre et l'avènement de M. de Massiac au ministère (de la marine) peut favoriser le système de la paix. J'ai l'honneur d’être connu assez particulièrement du dernier pour me flatter de la confiance qu’il aura en moi, si je suis à portée de l’entretenir ; mais je n\e garderai bien de le fâire par lettre. C’est à vous seul que je dois m'adresser; je le fais en toute confiance, comptant assez sur vos bontés pour être persuadé que je ne serai pas compromis. J'ai eu l'honneur de vous annoncer M. Péan par ma lettre du 42 de ce mois ; regardez-le comme une des premières causes de la mauvaise administration et de la perte de ce malheureux pays. Je vous ai dit qu'il était riche de deux millions ; je n'ai osé dire de quatre, quoique d'après tout le pu-
blic je le pouvais, Ses richesses ne me portent pas plus d'envie que celles de beaucoup d'autres, mais j'en gémis par amour pour les intérêts et pour le service de mon maitre. Permettez-moi encore une fois de vous supplier de faire garder mes lettres dans le secret de votre cabinet ; le motif qui m'engage à vous apprendre de si tristes vérités est trop louable pour que je doive craindre d’en être l’injuste victime : d’ailleurs ayez la bonté de faire attention que je suis obligé, autant par devoir que par zèle, de suppléer ce que M. le marquis de Montcalm ne peut vous écrire de l’armée où il n’a pas son chiffre, S'il veut me permettre de passer en France cet automne, ce serait un grand bien; je vous en apprendrai davantage; rien ne souffrirait de mon absence par les ‘arrangements que je prendrais. Je suis, etc (Dépôt de la guerre. Vol. 3,499, pièce 45. Original chiffré). »
Le danger changea la résolution de Montcalm ; vainqueur, ilavait demandé son rappel ; en apprenant 20 désastres de Frontenac, du fort Duquesne et de Louisbourg, il écrivit au ministre :
« J'avais demandé mon rappel après la glorieuse journée du 8 juillet; mais puisque les affaires de la colonie vont mal, c’est à moi à tâcher de les réparer où d’en faire retarder la perte le plus qu’il sera possible. »
Notre succès de Carillon avait sans doute sauvé la colonie au moment où elle paraissait perdue. Mais ce n'était là qu’une sorte de temps d’arrêt et notre
situation n’en était pas meilleure pour cela. L'avenir était gros de nuages. La chèreté, la disette n’avaient pas diminué. Au mois de novembre, on payait le muid de vin, sept cents livres; le pain huit sous la livre ; le bœuf, vingt sous; le veau, vingt-cinq; le lard, quarante ; un chou, vingt sous ; le cent d’oignons, de dix à douze francs la livre ; une paire de souliers, vingt livres et tout le reste à l’avenant, Ces chiffres empruntés aux documents conservés au dépôt de la guerre, montrent combien était précaire notre Situation au Canada,
Montcalm écrivit au ministre de la guerre pour démontrer la nécessité d’un envoi de secours. Vaudreuil lui-même se joignit à lui pour demander que l’on vint en aide à la colonie dont les ressources étaient épuisées.
L'hiver de 1758 à 1759 était arrivé. Les troupes rentrèrent dans leurs cantonnements. En route, elles subirent une forte bourrasque sur le lac Cham- : plain. On les distribua chez l'habitant auquel on payait quinze francs par mois et par homme. L’armée installée dans ses quartiers d’hiver, les chefs tinrent conseil. On ne pouvait pas se dissimuler que toute résistance ultérieure serait impossible ou du moins inutile si l’on n’obtenait pas des renforts. On résolut d’envoyer en France des officiers chargés de rendre compte de la situation désespérée où l’on se trouvait et de demander avec instance les secours
nécessaires pour prolonger la lutte avec quelque chance de succès.
Montcalm, à grand'peine, avait obtenu du gouverneur que Bougainville et Doreil partiraient dans ce but. Quant à Vaudreuil, il envoya le capitaine Péan, son homme de confiance. La mission partit le 42 novembre 1758, Dorei! sur la flûte l’Outarde et Bougainville sur la Victoire.
Montcalm écrivit au maréchai de Belle-Isle, ministre de la guerre, pour le renseigner sur les officiers qui lui étaient envoyés et pour confirmer ce que ceux-ci pouvaient lui dire au sujet des besoins de la colonie.
Au camp de Carillon, le 24 octobre 1758.
«.… M. le marquis de Vaudreuil a voulu dans la circonstance envoyer un officier intelligent en état d'instruire, avec vérité de tout, le ministre de la marine, J'ai été assez heureux pour lui faire envoyer M. de Bougainville et lui faire agréer le passage de M. Doreil, commissaire ordonnateur, pour ses affaires. IL est à souhaiter que l’un et l’autre arrivent, et je vous prie d’ajouter foi à ce qu’ils vous diront. M. de Bougainville se propose de nous revenir, Car son zèle pour le service ne connaît aucune difficulté. M. Doreil est un commissaire habile, désintéressé, capable de travail il’aimant, homme de détail; je vous prie'de le bien traiter. jil laisse un nouveau
commissaire, le sieur Bernier, arrivé cette année: ainsi le service ne souffrira pas pour sa partie ; etil est à souhaiter que tous les deux et au moins un arrive en France, car ils passent sur des bâtiments différents.
« Il ne me reste qu'à vous parler des troupes et de leurs principaux officiers. Le ton du soldat est bon, malgré un peu d’indiscipline, ce qui est inévitable dans ce climat, vu l’exemple et la séparation dans les quartiers d’hiver. L’officier est à bout de ne pas voir arriver des grâces et de ne savoir comment vivre, surtout les lieutenants et qu'on n’ait aucun égard à mes présentations. Venez à notre secours. Je les soutiens par mon exemple, mon ton, mes paroles, monnaie qui finit par s’user. M. le chevalier de Lévis est un excellent second, dont je ne saurais vous écrire trop de bien. M. de Bourlamaque, très incommodé de sa blessure, court risque d’être hors de combat pour la campagne prochaine ; c’est un officier qui, au détail, envie de bien faire, joint beaucoup de théorie ; l’expérience le rendra très bon, et j’ai bien à me louer de ces deux officiers. M. le chevalier de Montreuil, major général, très estimable par son Courage, son sang-froid, ses sentiments, sa façon de vivre honnête et honorable, serait bien à la tête d’un corps ; brillant un jour d’affaire; mais il lui faudrait plus d'activité et de détail pour sa placez ; cependant je m'en sers avec utilité, et je vous prie d’accorder à ces officiers des grâces qui puissent
leur prouver les comptes exacts et vrais que j'ai l'honneur de vous rendre d’eux et de la façon distinguée dont ils servent le roi. M. de Pontleroy et Désandrouins sont deux ingénieurs très appliqués ; leur conduite désintéressée est à louer, mais a l'air de faire une épigramme dans cette colonie.
« Les officiers d'artillerie que l’on a envoyés de France ont été bien maltraités pour s’être expatriés; j'ai eu l'honneur de vous en écrire en détail et j'ai celui de vous solliciter de nouveau en leur faveur. Je vous renouvelle encore mes instances pour traiter favorablement un petit corps de troupes qui, j’ose dire, sert bien et avec gloire, et qui résiste depuis trois ans à des forces bien supérieures. |
« Je ne vous fais aucun pronostic sur notre situas lion et sur la campagne prochaine ; je m’en rapporte à ce que jai déjà eu l’honneur de vous écrire dans nes précédentes lettres, dont je vous ai adressé des expéditions par quadruplicata, et à ce que MM. de Bougainville et Doreil pourront vous dire.
« Croyez que je ne négligerai jamais rie pour le succès de la commission dont le roi m'a honoré. Ma santé a de la peine à résister aux fatigues. Heureux si je puis contribuer à conserver une colonie qui coùte autant à l'Etat. Je m’y dévoue entièrement ; je vous prie d’en assurer S. M. et d'être garant d'un ile sans bornes pour son service. Continuez-moi Yos anciennes bontés et me croyez avec un atta- . thement sans bornes et un profond respect, etc.
(Dépôt de la guerre. Vol. 3,499, pièce 153, original.) »
En France, la situation n’était pas bonne. Le gouvernement se préoccupait des échecs subis par n0s armes en Allemagne. Il n’y avait plus de finances, pas de marine. On était réduit aux expédients. L'administration, tout entière aux mains de gens médiocres ou malhonnêtes, ne trouvait rien pour réparer les fautes de généraux maladroits ou malheureux, battus sur terre et sur mer, Choiseul songeait à faire une descente en Angleterre. «A la grandeur d’un tel projet, dit Michelet, on devait tout sacrifier. Le vieux ministre de la guerre, Belle-Isle, annonça dés janvier, qu'on n’enverrait aucun secours aux Colonies. La flotte anglaise, avant avril, nous prit déjà la Guadeloupe. Au Canada, l’intrépide Montcalm, de Nimes, sans renforts, et sans espoir, lutta jusqu’au mois de septembre ; il fut tué, le pays perdu. »
En effet, le 19 février 1759, Belle-Isle écrivait à Montcalm qu’il ne pouvait lui envoyer de troupes de renfort: « Outre, lui disait-il, qu’elles augmenteraient la disette de vivres que vous n'avez que trop éprouvée jusqu’à présent, il serait fort à craindre qu’elles ne fussent interceptées par les Anglais dans ie passage; et, comme le roi ne pourrait jamais vous envoyer des secours proportionnés aux forces que les Anglais sont en état de vous opposer, les efforts que l'on ferait ici pour vous en procurer n'aurait d'autre effet que d’exciter le ministère de Londres à en faire
de plus considérables pour conserver la supériorité qu'il s’est acquise dans cette partie du continent. »
Quant à Berryer, le ministre de la marine, il fut moins parlementaire et reçut brutalement l’envoyé de Montcalm comme un importun qui nous gène dans un moment où l’on se trouve déjà dans l'embarras. « On était alors, dit Michelet, sous le ministère Berryer, l'État était dans une situation peu favorable et le ministre répondit à ce message en disant : «Quand « le feu est à la maison, on ne s’occupe pas des écu- «ries.— On ne dira pas du moins, Monsieur, répon- « dit Bougainville, que vous parlez comme un che- « val», C’est lui-même, poursuit Michelet, qui nous a räconté cette anecdote, en ajoutant qu’il alla faire faire aussitôt sa cour à Madame de Pompadour qui apaisa le ministre. »
Bougainville fut reçu par le roi à Versailles, le 8 janvier 1759 ; Louis XV lui donna la croix de Saint- Louis. [l avait remis quatre mémoires aux ministres. Le premier de ces mémoires établissait qu’il n’y avait auCanada que trois mille cinqcentshommes detroupes de terre, douze à quinze cents hommes de la marine et cinq à six mille Canadiens. On y démontrait qu'avec ces faibles ressources, il fallait défendre trois frontières d’une étendue considérable contre soixante mille Anglais bien pourvus de vivres et de munitions tandis qu’on n'avait à leur opposer qu'une dizaine de mille hommes privés de tout.
Le deuxième et le troisième mémoire se rapportaient aux besoins de la colonie.
Quant au quatrième, il était consacré tout entier à l'exposé d’un plan deretraite sur la Louisiane, dans le cas où Québec tomberait au pouvoir de l’ennemi,
Nous avons vu ce que les ministres avaient répondu.
Le résultat final de la mission du jeune officier, fat absolument négatif. Il partit en janvier 1759 et arriva à Québec le 10 mai de la même année, ne rapportant que des promesses vagues et dénuées de sanction. On Jui avait offert de l'avancement pour lui-même et un commandement en Europe devant l'ennemi; mais, pour ceux en faveur desquels il était venu plaider, on ne lui avait donné que de bonnes paroles et des assurances stériles de sympathie. Il refusa les faveurs qui lui étaient proposées, ne voulant pas qu'il püt être dit que, dans un intérêt personnel, il avait abandonné à leur malheureux sort au moment du plus grand danger ceux avec lesquels il avait jusquelà combattu et souffert et qui, plus que jamais, avaient besoin du dévouement et du courage de tous les braves gens.
En quittant la France, Bougainville écrivit à Me de Saint-Véran : « Presque toutes les grâces demandées par M. votre fils pour les troupes sont accordées. Leur traitement est augmenté, et M. de Montcalm aura de la part de la Cour toutes les choses qui peuvent lui rendre son emploi agréable, et j'ose croire qu’il aura toutes les facilités de faire
le bien sans être barré dans ses opérations. Malheureusement, il est bien tard ; et je crois que c'est le cas du médecin après la mort. Au moins, est-ce une chose satisfaisante pour M. de Montcalm et pour ses parents, que sa gloire est entièrement à couvert, et que la Cour, bien instruite de la position du Canada et de l’impuissance où elle est d’y établir même une infériorité moins monstrueuse, saura gré à son général de tous les instants dont il reculera la perte de cette nouvelle colonie.»
Le 10 mai 1759, Bougainville revint à Québec sur la frégate du capitaine Canon, accompagnée par seize bâtiments portant trois cent vingt-six recrues, des vivres et des munitions. C'était tout ce que la métropole avait pu faire en faveur de la malheureuse colonie.
Bougainville, comme nous l’avons vu, avait été fait colonel à la suite du régiment de Rouergue. Il rapportait l’annonce de quelques récompenses : A Montcalm, il remit un brevet de lieutenant-général, daté du 20 octobre 1758 avec des lettres flatteuses du ministre et l’assurance que son traitement et ceux des principaux officiers étaient augmentés. Mais il ne ramenait qu’un secours absolument insuffisant en hommes. Le gouvernement, quoique surabondamment averti du pillage auquel le pays était livré, ne prescrivait aucune mesure efficace, il n’exigeait aucune réforme et ne commandait aucune punition. Le ministre: Berryer s'était contenté de vaines me-
naces à l’endroit de l’intendant et il avait envoyé un commissaire pour examiner ses comptes. Mais il le laissait en fonction au lieu de le rappeler et de le mettre en jugement. Cette mansuétude coupable avait pour cause les rapports de Vaudreuil qui soutenait absolument Bigot. Berryer ne demandait qu’une chose, c’est ce que Belle-Isle avait écrit à Montcalm, à savoir de conserver, coûte que coûte et cela sans moyens de le faire, un pied au Canada.
En même temps et comme pour l’achever, le vaillant défenseur de la colonie apprenait qu’une de ses filles était morte. Mais laquelle ? Il l’ignorait ! Bougainville, qui avait appris la triste nouvelle en quittant le port, n’avait pu ni la contrôler ni la compléter. C'était un doute, plus cruel encore qu’une certitude : « Est-ce la pauvre Mirète qui me ressemblait et que j'aimais tant ? s’écrie le malheureux père.
Sur un mémoire présenté au ministre de la guerre qui demandait le rappel de Montcalm en donnant pour prétexte son état de santé, les dettes qu'il avait dù contracter et sa position fausse comme lieutenant-général, M. de Belle-fsle avait écrit de sa main : « Tout bien réfléchi, cet arrangement ne doit pas avoir lieu ; M. de Montcalm est nécessaire dans les circonstances présentes. »
Montcalm était nécessaire sans doute et le ministre avait raison de le constater; mais, des secours en vivres, en munitions et en hommes l’eussent été également, et cela on ne pouvait l’envoyer. Tout le
monde était d'accord, tout le monde avouait que la colonie était condamnée, qu’il était impossible de la défendre avec les maigres ressources dont on disposait; M. de Belle-Isle lui-même le reconnaissait en quelque sorte; mais il pensait que la prolongation de la Jutte, même sans espoir de succès, était une nécessité pour opérer une diversion et diviser les forces anglaises, C'est dans cet esprit qu’il écrivait à Montcalm :
«Comme il faut s'attendre que tout l'effort des Anglais va se porter sur le Canada et qu’ils nous attaqueront par les différents côtés à la fois, il est nécessaire que vous borniez votre plan de défensive aux points les plus essentiels et les plus rapprochés, afin qu’étant rassemblés, dans un petit espace de pays, vous Soyez toujours à portée de vous entresecourir, vous communiquer et vous soutenir. Il est de la dernière importance de conserver un pied dans le Canada. Quelque médiocre qu’en soit l’espace que vous pouviez conserver; il est indispensable de conserver un pied dans l'Amérique septentrionale, car si nous l’avions une fois perdu en entier, il serait comme impossible de je ravoir. C’est pour remplir cet objet que le roi compte, monsieur, sur votre zèle, votre courage et votre opiniâtreté et que vous mettrez en œuvre toute votre industrie et que vous communiquerez les mêmes sentiments aux officiers principaix et tout ensemble aux troupes qui sont sous vos ordres. M. Berryer (ministre de la marine), donne
les mêmes ordres à M. de Vaudreuil et lui prescrit de se conduire avec vous dans le plus grand concert, Vous devez en sentir, l’un et l’autre, toute la nécessité et toute la conséquence. J'ai répondu de vous au roi, et je suis bien assuré que vous ne me démentirez pas, et que pour le bien de l'Etat, la gloire de la nation et votre propre conservation, vous vous porterez aux plus grandes extrémités, plutôt que de jamais subir des conditions aussi honteuses qu'on à fait à Louisbourg, dont vous effacerez le souvenir. Voilà, monsieur, en substance, quelles sont les instructions äu roi et sa confiance est entière dans votre personne et toutes les qualités qu'il vous connaît. J’y ai bien confirmé S. M. par les témoignages que je lui ai rendus. Je vous souhaite, monsieur, une parfaite santé ; je ne suis point en peine du reste; soyez assuré aussi, monsieur, de tous les sentiments que j’ai pour vous et du désir que j'ai de me trouver à portée de vous en donner les marques. (Dépôt de la guerre, vol. 3540, page 16, autographe.) »
Cette lettre qui est un véritable arrêt de mort, M. de Moncalm y à fait honneur en donnant sa vie pour la défense de la colonie. Quant à Vaudreuil, bien loin d’avoir effacé le souvenir du désastre de Louisboureg, il l'a encore aggravé par une capitulation tout aussi honteuse à coup sûr mais bien autrement onéreuse encore par ses conséquences.
La conclusion qu’on devait tirer de tout cela, c’est qu’il fallait renoncer à tout espoir de secours et par-
tant de salut. Mais on enjoignait quand même à Montcalm de continuer la guerre et de conserver à tout prix un pied dans l'Amérique septentrionale, On le considérait lui et ses troupes comme des enfants perdus et sacrifiés, mais dont l’anéantissement devait servir à une diversion momentanée destinée à occuper le plus longtemps possible une partie des forces anglaises et par là même rendre à la mère-patrie un signalé service en divisant les forces de son ennemie.
Montcalm accepta sans murmurer le rôle qui lui était imposé. Il fit plus, il remercia M. de Belle-Isle pour les grâces accordées à lui et à ses troupes et ne se plaignit pas de la mission qui lui était donnée.
« Monseigneur, M. de Bougainville, arrivé à Québec le 40 mai, m’a remis les dépêches dont vous m'avez honoré en date du 23 septembre 1758 et le 19 février de cette année, avec les expéditions contenant les grâces que S. M. a bien voulu accorder à vos bataillons, et le remplacement aux emplois vacants, avec l’ordre de S. M. pour y pourvoir à l'avenir ; je puis vous assurer de mon attention scrupuleuse à suivre l’ordre et la justice.
« Je Suis aussi comblé que reconnaissant de la srâce que $. M. m'a accordée en m’avançant au grade de lieutenant-général ; cette grâce ajouterait à mon zèle pour son service, si la chose était possible.
«Je ne suis pas moins pénétré de reconnaissance pour toutes celles que vous avez procurées à MM. de Lévis, de Bourlamaque, de Senezergues, de
Montreuil, de Bougainville et au corps de troupes que j'ai l'honneur de commander ; nous ne sommes vraisemblablement pas éloignés d'événements qui nous mettront à portée de mériter de plus en plus les bontés de S. M., et j'ose vous répondre d’un entier dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou périr. Je vous prie d’en être le garant auprès de S. M., et de l’assurer de toute mon attention à concourir avec M. le marquis de Vaudreuil, son gouverneur général, et à écarter les plus petites choses qui pourraient altérer l’union et l’émulation entre les deux corps chargés de la défense de cette colonie et qui pourraient nuire au service de $. M. Je lui suis trop dévoué, par devoir, par affection et par amour-propre pour sa sacrée personne, pour n'avoir pas toujours présent devant les yeux tout ce qui peut intéresser la gloire de ses armes.
«M. de Bougainville est arrivé comblé de vos bontés; et dès le lendemain, nous avons appris que Ja plus grande partie de la flotte partie de Bordeaux, sous les ordres du capitaine Canon, est en rivière ; c’est toujours quelques vivres, quelques munitions ; quelques hommes, des bâtiments dont on peut tirer parti si l'ennemi vient à Québec, et le peu est précieux à qui n’a rien.
« Il ne me reste, en vous adressant les duplicata et triplicata de mes dépêches des 12 avril et 8 mai, que de vous renouveler les sentiments de réconnaissance qui ne finiront qu'avec ma vie. J'ai l'honneur, etc.
P.-S. — « Soyez tranquille sur ce que M. Doreil ne revient pas; employez-le, Monseigneur, utilement; M. Bernier le remplacera bien ici. (Dépôt de la guerre. Vol. 3,540, pièce 60. — Original.) »