‹ Les grands hommes de la France [microforme]Chapitre 14 sur 43 · WOLF · texte numérisé non relu

WOLF

Le 30, les ennemis s'étant montrés à la pointe Lévis, On y envoya quelques sauvages pour les inquiéter dans leur établissement. Le dessein de M. le marquis de Moncalm était d’y faire passer, pendant la nuit, un corps pour les déloger de leurs positions; mais un de leurs déserteurs nous ayant assuré que nous serions attaqués la nuit même, on renonça à ce projet. On avait lancé, dès le 28, des brülots contre les navires anglais ; mais, soit terreur, soitincapacité de ceux qui les commandaient, ils ne produisirent aucun effet, le feu y ayant été mis à plus d’une lieuc de la flotte ennemie qui avait mouillé la veille en vue de notre Camp.

Les ennemis, maîtres de la pointe Lévis, travaillèrent aussitôt à s’y retrancher et établirent demême à la portée de leur camp une batterie de gros canons et de mortiers. Cette batterie tira jour et nuit sur la cité du 42 juillet au 18 septembre. Deux cent quarante maisons furent complètement incendiées. La basse ville fut réduite en cendres, la cathédrale fut brûlée et une partie de la haute-ville détruite. De notre côté, faute de munitions, on ne répondait que mollement au feu de l'ennemi.

Montcalm ne voulait pas dégarnir son front qu'il trouvait déjà trop étendu pour sa force. Cependant, sur la demande réitérée des Canadiens qui craignaient que le feu de cette batlerie ne finit par réduire en cendres toute la ville, et qui voulurent se charger seuls de cette mission, il détacha un corps d’environ quinze cents colons pris par préférence parmi les bourgeois de Québec qui étaient les plus intéressés à empêcher la destruction de la ville, 11 leur adjoignit soixante hommes de troupes réglées. Mais ce détachement, qui passa à la faveur de la nuit de l’autre côté de Québec, ne fut pas plutôt à portée de l'ennemi, qu’une terreur panique se répandit dans les rangs des miliciens ; quelques coups de fusil furent tirés ; trois ou quatre hommes furent blessés ; le reste prit peur et rentra précipitamment daus la place.

Nous les verrons, hélas, jouer le même rôle lors du combat suprême des plaines Abraham. Courageux, ils l’étaient, mais ils n'étaient pas fait pour combattre en rase campagne et les deux seules tentatives qui furent faites pour les employer, comme on aurait employé des troupes régulières, nous furent absolument néfastes.

Dés le 9 juillet, Wolf avait placé son camp plus en avant sur la pointe de la rive gauche de la rivière Montmorency. On nomma ce point le camp de l’ange Gardien. Le ravin de la chute séparait seul les deux armées. La rivière en cet endroit était un

véritable torrent et l’on ne pouvait la franchir à gué que trois mille pas plus haut.

Ambherst aurait dù arriver devant Québec en même temps que Wolf. Mais iks’avançait avec tant de prudence et de timidité qu'il ne parvint que le 22 au camp de Contre-Cœur, au nord du lac Saint-Laurent. Il avait avec lui cinq mille sept cent quarante-trois hommes de troupes et un chiffre au moins égal de miliciens. Ce corps de près de onze mille cinq cents hommes avait en outre une nombreuse artillerie.

Bourlamaque, qui était cantonné au lac Champlain, ne lattendit pas à Carillon. Il se replia sur Saint- Frédéric et ne laissa dans Carillon qu’un poste insignifiant qui devait attendre l’arrivée des Anglais pour faire sauter le fort dès qu'ils paraîtraient. C’est en effet ce qui fut fait le 26 juillet,

Bourlamaque, quelques jours après, fit également sauter Saint-Frédéric et alla se retrancher dans l'ile aux Noix, à l’entrée de la rivière Richelieu dans le lac Champlain. Cette manœuvre avait été décidée d'avance afin d’arrêter là la marche des Anglais.

Amherst, le preneur de places abandonnées, s’établit aux ruines de Saint-Frédérie, perdit son temps à relever les murs de cette position et à s’y retrancher. Ce ne fut qu’en octobre qu'il se décida à faire une pointe du côté de la rivière Richelieu. Il partit avec six mille hommes ; mais, s'étant trouvé dès le début de son expédition mis en déroute par une tempête, il revint passer l’hiver à Saint-Frédéric et y attendit

tranquillement et patiemment l'issue des événements.

Le général Prideaux, lui, avait fait route, comme nous l’avons vu, sur le fort’ Niagara. Il fut tué, durant le siège de cette place, le 20 juillet. L’investissement avait été entrepris le 6 ; nous avions !* Juatre cent soixante-cinq soldats et vingt-et-ui Canadiens commandés par le capitaine Pouchot. Lefortsupporta dix-huit jours de tranchée ouverte; les baslions furent brülés, les batteries démontées et finalement, la brêche étant praticable, il fallut mettre bas les armes. Le général anglais accorda les honneurs Imilitaires à cette vaillante garnison.

Le succès des Anglais dans l’ouest avait effrayé Vaudreuil à ce point qu'il envoya Lévis, le 40 août, avec six cents hommes au-devant de l’armée anglaise, afin de l'arrêter dans sa marche. Celui-ci éleva dans l'ile Orakoïnton un fort qui prit le nom de fort Lévis. Desandrouins y resta pour la défense et Lévis revint à Québec.

On reçut à peu près dans les premiers jours d’août, ajoute Joannèés, la nouvelle que M. de Bourlamaque avait évacué le fort de Carillon et celui de Saint-Frédéric, conformément à l’instructionqu'ilavait reçue, à l'approche du général 'Amherst,Faprès toutefois avoir fait sauter ces deux places. L'on apprit également que M. Pauchet, commandant à Niagara, avait capitulé après vingt-deux jours de’‘tranchée ouverte et aprés que le corps que M. de Lignery avait amené à son

secours eût été battu. Il n'avait pas fallu moins de douze mille hommes de l’armée d’Ambherst pour déloger deux mille cinq cents Français et Canadiens de l'ile aux Noix à l’entrée de la rivière Richelieu.

La défense avait été merveilleuse, héroïque, mais la colonie ne s’en trouvait pas moins ouverte de ce côté, car il n’y avait plus dans cette partie du Canada une seule place qui put protéger la frontière.

En juillet, Wolf publia un second manifeste ainsi conçu qu'il fit afficher à la porte de l’église Saint- Henri :

« De par $. ExC., major général James Wolf, commandant en chef des troupes de $S. M. Britannique sur la rivière Saint-Laurent.

«Son Excellence, piquée du peu d’égards que les habitants du Canada ont eu à son placard du 29 juin dernier, est résolu de ne plus écouter les sentiments d'humanité qui le portent à soulager des gens aveugles sur leur propre intérêt. Les Canadiens, par leur conduite, Se montrent indignes des offres avantageuses qu’il leur faisait. C’est pourquoi il a donné ordre aux Commandants de ses troupes légères et autres officiers àe s’avancer dans le pays pour y saisir et emmener les habitants et leurs troupeaux, et y détruire et renverser ce qu’ils jugeront à propos. Au reste, comme il se trouve fàché d'en venir aux barbares extrémités dont les Canadiens et les Indiens, leurs alliés lui montrent l’exemple, il se propose de

différer jusqu’au 10 d’août prochain à décider du sort des prisonniers envers lesquels il usera de représailles, à moins que, pendant cet intervalle, les Canadiens ne viennent se soumettre aux termes qu'il leur a proposés dans son placard, et par leur soumission toucher sa clémence et le porter à la douceur.

« Donné à Saint-Henri, le 25 juillet 1759.

« Joseph DALLING, major des troupes légères.»

Or, à ce moment, fin du mois de juillet, Wolf n’était pas plus avancé qu'au début du siège. Le second placard démontre que les Canadiens n’avaient pas répondu aux avances du général anglais. Quant à ses troupes, elles n'avaient pas fait un pas en avant, L’ennemi résolut alors d’attaquer.

Le mémoire de Joannès porte que, jugeant de son camp de la pointe Lévis, notre position trop avantageuse pour chercher à nous déposter de vive force, il tit passer un corps de ses troupes sur la rive gauche de la rivière de Montmorency et y construisit une batterie de cinquante grosses pièces d’artillerie, pour chercher à faire retirer notre gauche qu’elle enfilait et qui était appuyée à la rive droite de cette même rivière. M. le chevalier de Lévis, qui commandait dans cette partie jusqu’au ruisseau de Beaulort, se contenta de faire retirer le camp et de faire élever des traverses sur le feu des batteries, et l'on y monta dès ce temps la garde comme à la tranchée.

C’est à l’aide de ces batteries et de deux vaisseaux moutés de seize pièces de canon chacun, qu'ils firent échouer à marée haute, et d’un gros vaisseau dé soixante-quatorze pièces qu'ils avaient embossé, que les Anglais essayérent le 31 juillet de nous forcer dans cette partie, L'affaire s’engagea sur les onze heures du matin par une vive Canonnade de leurs vaisseaux et de leurs batteries, dont le feu se croisait, M. le chevalier de Lévis fit prendre les armes à l'aile gauche et donna avis à MM. les marquis de Vaudreuil et de Montcalm qui le firent renforcer de suite par les compagnies de grenadiers, et le régiment de Guyenne ; Montcalm se tint en mesure avec le reste des troupes pour se porter dans l'endroit que l’ennembi paraitrait vouloir attaquer. Sur les quatre heures du soir, le Corps qui était campé au saull Montmorency paraissait en colonne à la rive gauche de cette rivière, qui se trouva guéable à son embouchure à la marée basse. Ils attaquèrent conjointement avec les troupes qui avaient mis pied à terre sur les bassures que la mer découvre, et se dirigérent sur une redoute qui fut évacuée ; mais Le feu supérieur de nos retranchements les obligea de même de Pabandonner, après avoir perdu dans cette action sept à huit cents hommes de leurs meilleures troupes, lant tués que blessés et nous avoir fait rester sept heures sous le feu de quatre-vingts pièces d'artillerie.

Telle fut, d’après le mémoire de Joannès, cette journée du 34 Allet, qui a pris dans l’histoire le

nom de batulle de Montmorency et dans laquelle Wolf avait mis en batterie cent vingt-six pièces d'artillerie contre vingt qui garnissaient nos retranchements et avait tiré plus de trois mille coups.

Ceci paraissait devoir terminer la campagne et la terminer à notre avantage, Car ia Saison paraissait ne pas devoir permettre de continuer les opérations. Malheureusement pour nous il devait en être autrement.

Page 1