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CHAPITRE XV

Pensions à Madame de Montcalm et à ses enfants. — Bougainville s'occupe de faire élever un monument au héros. — Lettre de son frère à l’Académie. — Inscription composée par elle. — Bougainville demande à Pitt l’autorisation de faire ériger le monument au Canada. — Réponse de Pitt. — Monument du comte de Dalhousie, de lord Aylmer. — Cérémonie à Québec.-— Hommage rendu à Montcalm par l’Assemblée natiotionale en 1790. — Tableaux et statues. — Portraits de Montcalm (le Père Martin, Bancroft, Bernier, Johnston, Pouchol, etc )

Le gouvernement français continua à Madame de Montcalm une partie de la pension de quatre mille livres qui avait été assignée à son mari.

Il laissait cinq enfants : deux garçons et trois filles. Chacun de ses enfants eut une pension de neufcents livres; l'aîné de ses fils, Paul-François-Joseph, né en 1756, oblint en outre le régiment de son pére. Il entra ensuite dans la marine, fit la guerre de l’indépendance américaine sdus les ordres de d'Estaing et de Suffren en qualité de capitaine ; fut nommé député aux Etats généraux, émigra en 1790 et finale-

ment mourut en Piémont, 1812. Le cadet eut une compagnie dans le régiment de Montcalm (4 janvier 1760). En 1773, une de ses filles, qui allait épouser le chevalier de Damas, reçut en outre une pension du roi de quatre mille livres.

Quant aux compagnons d’armes de Montcalm au Canada, ils voulurent, eux aussi, faire quelque chose pour la mémoire du héros et résolurent de lui élever un monument dans le pays même où il s’était illustré. Bougainville, son ancien aide de camp, alors hieutenant-colonel,était le promoteur de l’entreprise, Avant de mettre son prajet à exécution, il écrivit à l’Académie des Inscriptions la lettre suivante :

« Messieurs,

« Si les monuments décernés par la voix publique aux défenseurs de l'Etat, en Grèce et dans l'Italie, sont un des principaux objets de vos études, la plus noble de vos prérogatives est le droit que vous avez d’en consacrer de pareils à ceux de vos concitoyens que des qualités rares, des services importants, de grandes actions produites pour de grands motifs, ont rendus chers à la France, La nation se repose sur vous du soin que d'anciennes Républiques prenaient elles-mêmes ; c’est à vous qu’il appartient d’acquitter ce que l’on croit devoir aux hommes illustres qu’elle a perdus, mais qui sont morts en la servant,

« Le marquis de Montcalm mérite de vous cet honneur, Il a vécu trop peu pour la patrie, assez pour

sa propre gloire, puisqu'il n’est mort qu'après avoir eu le temps et les occasions de manifester à nos yeux des talents, un courage et une vertu que des épreuves décisives, et de plus d’un genre, ont mis dans tout leur jour. Nos ennemis, en même temps qu'ils prodiguaient les témoignages de la pius haute estime à leur chef tué dans la même affaire, ont comme nous pleuré notre général. Les habitants de leurs provinces, dont le nom de Montcalm fut la terreur, ont mêlé leurs regrets aux larmes de nos soldats, dont il était le père et l'exemple.

« Les Anglais, maîtres aujourd’hui des lieux où ses cendres reposent, veulent bien nous y laisser le droit d’y rendre un hommage public à la mémoire d’un homme qu’ils honorent autant que nous le regrettons. Le corps du marquis de Montcalm est déposé dans l’église des Ursulines, à Québec. Une inscription manque à sa tombe. Prêtez, messieurs, votre voix à la juste douleur des troupes qu’il commandait, aux regrets des Canadiens qu’il a défendus et aux sentiments que lui doit à jamais sa nation. »

L'Académie des Inscriptions composa, pour répondre à la demande de Bougainville, une inscription latine qui a été reproduite dans le Journal encyclopédique (n° de juin 1761) et dont nous donnons ici la traduction :

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