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CHAPITRE II

Guerre de la succession d'Autriche, — Campagne de Bohème comme ide de camp de La Fare. — Chevalier de Saint- Louis. — Colonel d’Auxerrois, — Siège de Prague. — Mont-

calm en Italie, — Siège de Plaisance. — Montcalm blessé. — Retraite. — Montcalm à Montpellier, — A la Cour, — Brigadier, — En Piémont. — Révolution de Gènes. — Bataille

d'Exiles. — Montcalm blessé, — Conférences de Bréda. — Déclaration de guerre aux Etats de Hollande. — Révolution des Pays-Bas. — Continuation de la guerre. — Succès des Anglais. — Paix d’Aix-la-Chapelle. — Montcalm rentre en France, — Mestre de camp. — Séjour dans sa famille. — — Guerre de sept ans. — Résumé. — Les Anglais en Amérique.

La question de la succession d'Autriche ralluma la guerre. À Ja mort de Charles VI, Louis XV s'était uni à la Prusse pour contester à Marie-Thérèse ses droits légitimes et les revendiquer en faveur de l'électeur de Bavière, Charles-Albert., L'armée française entra en Allemagne. Le régiment de Montcalm ne faisait pas partie des contingents désignés pour faire campagne. Il devait rester en France.

Mais le jeune officier, qui était alors au fond du Languedoc, en apprenant que les opérations allaient

commencer, accourut à Paris; il obtint de faire la guerre en «'alité d'aide de camp du marquis de la Fare et fit toute la campagne de Bohême, Sa belle conduite lui valut Ja croix de Saint-Louis, le 21 juillet 1741 et le grade de colonel du régiment d’Auxerrois le 6 mars 1742.

Durant cette campagne il assista au siège de Prague et fit la connaissance de Chevert, le héros de l’escalade de Prague, qui devint alors son ami et avec lequel il resta en correspondance jusqu’à l’époque de sa mort.

De Bohême Montcalm passa en Italie,

« La paix de Dresde venait d’être conclue. Délivrée de Frédéric, Marie-Thérèse fit passer de nouvelles troupes (30,000 hommes) en Italie par le Tyrol et le Trentin pendant l'hiver de 1746. Charles-Emmanuel, revenant de l'Autriche, se mit aussi en campagne.

« Les troupes de limpératrice-reine, dit Voltaire, d’un côté, les piémontaises de l’autre, gagnèrent du terrain partout. Des places perdues, des échecs redoublés, diminuërent l’armée française et espagnole, et enfin la fatale journée de Plaisance la réduisit à sortir avec peine de l'Italie, dans un état déplorable.

« Le prince de Lichtenstein commandait l’armée de l’impératrice.. le maréchal de Maillebois n'était point d'avis d'attaquer... mais le comte de Goges lui montra des ordres précis de la cour de Madrid. (Mail-

lebois dui obéir à l’infant don Philippe, généralissime des armées combinées.) Le général français attaqua (16 juin 1746) trois heures avant le jour et fut long temps vainqueur à son aile droite qu’il commandait ; mais, l'aile gauche ayant été enveloppée par un nombre supérieur d’Autrichiens, le général d'Harembure blessé et pris et le maréchal de Maillebois n'ayant pu le secourir assez tôt, cette aile gauche fut entièrement défaite et on fut obligé, après neuf heures de combat, de se retirer sous Plaisance.

« La perte des Espagnols, des Français et de quelques régiments napolitains, fut de plus de huit mille hommes tués ou blessés et on leur fit quatre mille prisonniers. Enfin l’armée du roi de Sardaigne arriva et alors le danger redoubla ; toute l’armée des trois couronnes de France, d'Espagne et de ARDIS courait risque d’être prisonnière,

« À ce moment, Philippe V, roi d’Espagne, mourut (12 juillet 1446.) Cette nouvelle arrivée à l’armée après sa défaite, augmenta l’embarras. On ne savait si Ferdinand VI soutiendrait son frère don Philippe. Ce qui restait de cette florissante armée des trois couronnes courait risque, plus que jamais d’être enfermé sans ressource : elle était entre le PÔ, le Lambro, la Tidone et la Trébie. Se battre en rase Campagne, ou dans un poste, contre une armée supérieure est très ordinaire; sauver des troupes vaincues et enfermées est très rare : c’est l'effort de l’art militaire, Le comte de Maillebois, fils du maréchal,

osa proposer de se retirer en combattant, il se chargea de l’entreprise, la dirigea sous les yeux de son père et en vint à bout. L'armée des trois couronnes passa toute entière, en un jour et une nuit, sur trois ponts, avec quatre mille mulets chargés et mille charriots de vivres et se forma le long de la Tidone. Les mesures étaient si bien prises que le roi de Sardaigne et les Autrichiens ne purent l’attaquer que quand elle fut en état de se défendre. Les Francais et les Espagnols Soutinrent une bataille longue et opiniâtre, pendant laqueile ils ne furent point entamés. Cette journée, plus estimée des juges de Part qu’éclatante aux yeux du vulgaire, fut comptée comme une journée heureuse parce que l’on remplit Pobjet proposé : cet objet était triste, c'était de se retirer par Tortone et de laisser au pouvoir de l'ennemi Plaisance et tout le pays. De toute cette grande armée qui devait subjuguer l'Italie, 1l ne restait que seize mille homme effectifs à Tortone. »

Le régiment de Montcalm faisait partie du contingent français en Italie. Il en avait été nommé colonel en 1743 et s'empressa de quitter la Bohème pour aller se mettre à sa tête. Il fit toute cette campagne sous les ordres de Maillebois et fut grièvement blessé sous les murs de Plaisance le 43 juin 1746. Peu s’en est fallu même que sa carrière ne prit fin dans cette fatale journée.

« Nous avons eu hier, écrivit-il à sa mère, le 14, une affaire fâcheuse. Nous avons nombre d'officiers

généraux et colonels tués ou blessés, Je suis des derniers avec cinq coups de sabre; heureusement aucun n’est dangereux, à ce que l’on nrassure et je le juge par les forces qui me restent, quoique j'aie perdu de mon sang en abondance, ayant une artère coupée, Mon régiment que j'avais rallié deux fois est anéanti. »

On voit par cette lettre que Montcalm ne s'était pas épargné. De son régiment rallié deux fois par lui et deux fois ramené au feu, il ne restait rien et luiméme grièvement blessé, atteint de cinq coups de sabre, il était hors de combat. La simplicité même de sa lettre, le naturei et l’absence de toute emphase avec ICsquels il annonce ces nouvelles à sa mére, démontrent le caractère fortement trempé de celui qui debutait ainsi dans là carrière dans laquelle il devait S'illustrer,

Les résultats de cette fatale journée de Plaisance élaient désastreux. C'était une des batailles les plus sanglantes de cette campagne. Elle faisait rentrer le Milanars sous l’obéissance de Marie-Thérèse el nous avions huit mille hommes tant tués que blessés.

Les blessures reçues devant Plaisance obligèrent Montcalm à rentrer en France en 1746. I se rendit à Montpellier, où il se fit soigner. Et, au commencement de l'année suivante (1747), il se présenta à la cour, Louis XV, pour reconnaitre les services qu'il avait rendus, 1e nomma brigadier, le 28 mars.

Montcalm trouva dans celte faveur un nouveau

stimulant pour son zèle, Il n’était pas encore entièrement remis de ses blessures quand il apprit que son régiment reformé était désigné pour marcher avec le chevalier de Belle-Isle en Piémont. Il partit aussitôt pour l'Italie.

«.… La révolution arrivée à Gênes, dit Frédéric IT dans son Histoire de la guerre de sept ans, fit à la vérité manquer l'expédition du comte de Browne sur Toulon; cette révolution se fit par hasard. Les Autrichiens maltraitaient quelques bourgeois qui travaillaient à embarquer de l'artillerie pour Antibes; le peuple s’ameuta, soutint ses concitoyens insultés et, dans les premiers accès de sa fureur, il chassa le marquis de Botta et toute la garnison autrichienne de Gênes. Ge contre-coup fit manquer l’armée de Provence de vivres et de munitions et obligea M. de Browne à se retirer de cette province, Il mit à son tour le siège devant Gênes et cette ville le soutint sans succomber ; la France y envoya des secours sous M. de Boufflers et, depuis, sous le duc de Richelieu, qui prirent tous deux de si justes mesures qu’ils rendirent inutiles les efforts des Autrichiens. Les troupes combinées des Français et des Espagnols sous M. (le chevalier) de Belle-Isle (qu’il ne far£ 53 confondre avec le maréchal) voulurent, après la r°traite de M. de Browne, se rouvrir le chemin d’'I ali,

« Pour pénétrer en lialie, dit Voltaire, malgré les armées d'Autriche et de Piémont, quel chemin fal-

lait-il prendre ? Le général espagnol La Mina voulait qu’on tirât à Final par le chemin de la côte du Ponant, où l’on ne peut aller qu’un à un (c'est la Corniche) ; mais il n’avait ni canon ni provisions : transporter l'artillerie française, garder une communication de près de quarante marches par une route aussi serrée qu’escarpée, où tout doit être porté à dos de mulet; être exposé sans cesse au canon des vaisseaux anglais: de telles difficultés paraissaient insurmontables. On proposait la route de Démont et de Coni ; mais, assiéger Coni était une entreprise dont tout le danger était inconnu. On se détermina pour la route de col d’Exiles, à près de vingt-cinq lieues de Nice, et on résolut d’emporter cette place. Cette entreprise n’était pas moins hasardeuse, mais on ne pouvait choisir qu’entre des périls. Le comte de Belle-Isle saisit avidement cette occasion de se signa ler (son frère le maréchal, menaçait en même temps les cols de la Stura); il avait autant d’audace pour exécuter un projet que de dextérité pour le conduire: homme infatigable dans le travail du cabinet et dans celui de la campagne. II part donc et prend son chemin en retournant vers le Dauphiné et s’enfonçant ensuite vers le col de l'Assiette, sur le chemin d’Exiles ; c’est là que vingt et un bataillons piémontais l’attendaient derrière des retranchements de pierre et de bois, hauts de dix-huit pieds sur treize pieds de profondeur et garnis d’artillerie. »

«Les Français s’approchèrent les premiers, dit Fré-

déric IH, du col de l'Assiette. M. de Belle-[sle trouvant ce poste faiblement défendu le jugea insultable ; il manda les Espagnols pour attaquer à forces réunies et les Espagnols différérent trois Jours avant de le joindre. Cela donna le temps au roi de Sardaigne de renforcer ceux qui défendaient cette gorge, qu'il lui était Si important de conserver : sur cela, les Espa: gnols arrivérent et quoique les conjonctures ne fussent plus les mêmes que lorsque M. de Belle-fsle les avait mandés, il n’en voulut pas avoir le démenti; il attaqua les sardois., »

« Pour emporter ces retranchements, reprend Voltaire, le comte de Belle-Isle avait vingt-huit bataillons et sept canons de campagne, qu'on ne put guère placer d’une manière avantageuse, On s’enhardissait à cette eutreprise par le souvenir des journés de Montalban et de Chàteau-Dauphin, qui semblaient justitier tant d'auduce. Il n’y à jamais d’altaques entièrement semblables, et il est plus difficile encore et plus meurtrier d'attaquer des palissades qu’il faut arracher avec les mains sous un feu plongeant et continu que de gravir et de combattre sur des rochers ; enfin, ce qu’on doit compter pour beaucoup, les Piémontais étaient très aguerris et l’on ne pouvait mépriser les troupes que le roi de Sardaigne avait commandées (19 juillet 4747). Le combat dura deux heures, c’est-à-dire que les Piémontais tuèrent deux heures de suite sans peine et sans danger tous les Français qu’ils choisirent, M. d’Arnaud,

maréchal de camp, qui menait une division, fut blessé à mort des premiers avec M. de Grille, major général de l’armée.

« Parmi tant d’actions sanglantes qui signalèrent cette guerre de tous côtés, ce combat fut un de ceux où l’on eut le plus à déplorer la perte prématurée d’une jeunesse florissante, inutilement sacrifiée. Le comte ce Goas, colonel de Bourbonnais, y périt. Le marquis de Donge, colonel de Soissonnais, y reçut une blessure dont il mourut six jours après. Le marquis de Brienne, colonel d’Artois, ayant eu un bras emporté, retourna aux palissades en disant : «il m’en reste un autre pour le service du roi»; et il fut frappé à mort. On compta trois mille six cent quatrevingt quinze morts, et mille six cent six blessés : fatalité contraire à l'événement de toutes les autres batailles, où les blessés sont toujours le plus grand nombre. Celui des officiers qui périrent fut très grand : presque tous ceux du régiment de Bourbonnais furent blessés ou moururent et les Piémontais ne perdirent pas cent hommes.

« Belle-Isle désespéré arrachait les palissades, et blessé aux deux mains, il tirait des bois encore avec les dents, quand enfin il reçut le coup mortel. Il avait dit Souvent qu'il ne fallait pas qu’un général survécut à la défaite, et il ne prouva que trop que ce sentiment était dans son cœur. Les blessés furent menés à Briançon, où l’on ne s’était pas attendu au désastre de cette journée, M. d’Audiffret, lieutenant du roi,

vendit sa vaisselle d'argent pour secourir les malades : sa femme, prête d’accoucher, prit elle-même le soin des hopitaux, pansa de ses mains les blessés et mourut en s'acquittant de ce pieux office : exemple aussi triste que noble et qui mérite d’être consacré dans l’histoire. » Frédéric II dans son Histoire de la guerre de sept ans rend justice à Belle-Isle. « Le public, dit-il, souvent injuste, rempli de préjugés et apparemment mal instruit, taxa cette entreprise de témérité, qui, n'étant que hardie, aurait réussi Si M. de Belle-Isle eût pu exécuter son projet lorsqu'il le conçut, et si la lenteur des Espagnols ne Iti eût pas fait perdre les lauriers qu’il était prêt à cueillir, »

Voltaire qui ne s’émeut pas facilement revient encore sur le combat d’Exiles pour en déplorer l'is= sue et défendre lui aussi la mémoire de Belle-Isle attaquée. « .… Quand nous apprenons, dit-il, que dans le cours de nos succès, un revers, tel qu’en ont éprouvé dans tous les temps les plus grands capitaines, a suspendu le progrès de nos armes, alors tout est désespéré ; alors on affecte de craindre, quoiqu'on ne craigne rien en effet, Nos reproches amers persécutent jusque dans le tombeau le général dont les jours ont été tranchés dans une action malheureuse. El savons-nous quels étaient ses desseins, ses ressources ? et pouvons-nous, de nos lambris dorés, dont nous ne sommes presque jamais sortis, voir d’un coup d'œil juste le terrain sur lequel on à combattu ? Celui que vous accusez a pu se

tromper ; mais il est mort en combattant pour voust quoi ! nos livres, nos écoles, nos déclamations historiques, répéterout sans cesse le nom d’un Cynégire, qui, ayant perdu les bras en saisissant une barque persane, l’arrêtait encore vainement avec les dents; et nous nous bornerions à blâmer notre compatriote (Belle-Isle), qui est mort en arrachant ainsi les palissades des retranchements ennemis, au combat d'Exiles, quand il ne pouvait plus les saisir de ses mains blessées,

« Remplissons-nous l'esprit, à la bonne heure, de ces exemples de l'antiquité, souvent très peu prouvés et beaucoup exagérés; mais qu’il reste au moins place dans nos esprits pour ces exemples de vertu, heureux où malheureux, que nous ont donnés nos concitoyens. Le jeune Brienne, qui, ayant le bras fracassé à ce combat d’Exiles, monte encore à l'escalade en disant : cil m'en reste un autre pour mon roi et pour ma patrie », ne vaut-il pas bien un habitant de PAttique ou du Latium? Et tous ceux qui s’avancent à là mort ne pouvant la donner aux ennemis, ne doivent-ils pas nous être plus chers que les anciens guerriers d’une terre étrangère? N'ont-ils pas même mérité cent fois plus de gloire en mourant sous des boulevards inaccessibles que n’en ont acquis leurs ennemis qui, en se défendant contre eux avec sureté, les immolaient sans danger et sans peine ? »

Une autre raison pouvait justifier Belle-Isle :on a

prétendu qu’il avait connaissance de l’ordre que le roi de Sardaigne avait donné de se retirer en cas d'attaque, parce qu'il croyait que les généraux français n’attaqueraient ce poste qu'après l’avoir tourné et s'être emparé des hauteurs : ce qui n’était pas impossible. Belle-[sle avait donc l'espérance de réussir, et le succès l’eût couvert de gloire; mais le général piémontais sut interprêter les ordres de son souverain, et ilne crut pas qu'on lui eùüt défendu d’attendre une attaque dont le succès était impossible.

Au combat d'Exiles, Montcalm fut au nombre des blessés. Tout malade qu'il était, il se montra à la hauteur de la situation et ne fut pas un des moins audacieux au milieu de cette phalange de héros dont Michelet à dit : « n’avait-on pas vu au combat d'Exiles, nos soldats escalader les Alpes sous la mitraille, s’élancer aux canons ennemis par les embrasures pendant que les pièces reculaient,. » Ilétaitavec ceux dont Frédéric IT a dit : «la France fut en deuil pour le nombre d'officiers de condition et des plus grandes maisons qui y périrent. » Montcalm ne fut pas au nombre des morts, mais il reçut là deux nouvelles blessures.

Durant toute cette campagne devant Plaisance, au col d’Exiles, dans toutes les rencontres où nos troupes furent engagées, Montcalm fit montre d’une bravoure et d’un sangfroid tels qu’on lui donna toujour“ les postes de confiance et qu’on le chargea des missions les plus importantes et les plus périlleuses.

Il reçut plusieurs commandements particuliers dans lesquels il eut occasion de montrer ses talents militaires et ses brillantes qualités.

La fin de la guerre fut plus heureuse.

La victoire de Fontenoy nous donna une partie de la Flandre.

Le maréchal de Belle-Isle chassa de la Provence les Autrichiens et les Piémontais qui l’avaient envahie.

Ainsi que nous Pavons vu, l’année 1746 avait été funeste pour nos armes en {talie. Victorieuses en Flandre, nos troupes n’avaient pas eu le même succès dans la Péninsule.

Les armées combinées de France et d'Espagne qui avaient commencé cette campagne par la prise de Tortone, de Plaisance, de Parme et de Pavie étaient entrées dans Milan après la victoire de Bassignano. Mais un renfort de trente mille Autrichiens remit tout en question. Nos armées vaincues à Plaisance le 43 juin 1746 avaient dù évacuer l'Italie.

En 1747, le maréchal de Belle-Isle avait repris l’offensive, Il battit les Autrichiens dans la Péninsule. La victoire de Baucourt nous avait même rendu un certain prestige.

Louis XV voulut en profiter pour traiter. Il fit faire des ouvertures à la Hollande, afin que son gouvernement intervint. Des conférences s’ouvrirent à Bréda. Mais elles furent presqu’aussitôt rompues, et le roi s'étant aperçu que les Hollandais ne mettaient

aucune franchise dans leurs manières d'agir, déclara la guerre aux Etats généraux, le 17 avril 1747, A ce moment même une révolution éelatait en Hollande. ] rince d'Orange, Guillaume IV, était proclamé stathouder. L’Angleterre avait fait alliance avec nos ennemis des Pays-Bas. En juin 1747, elle conclut également un traité avec l’impératrice Elisabeth qui équipa cinquante vaisseaux et fournit trente-sept mille hommes.

La guerre commença. Nous eümes d’abord lavantage sur le continent. Mais la guerre maritime avec l'Angleterre était loin de se présentersousles mêmes auspices. Cette puissance pouvait mettre en ligne cent trente vaisseaux de plus de cent canons et cent vaisseaux inférieurs, tandis que la flotte de France et d'Espagne réunie n’en comptait pas cinquante.

Les Anglais prirent Carthagène; ils prirent l’île du cap Breton, qui commande l’entrée du fleuve Saint- Laurent ; ils capturèrent tous nos convois et détruisirent nos vaisseaux. A la fin de la guerre il nous en restait deux.

Sur terre, nous étions plus heureux ; les Flandres et une partie de la Hollande tombaient entre nos mains. Le maréchal de Saxe assiégeait Maëstricht, et Berg op Zoom était emporté d'assaut. La Hollande crut devoir traiter et la paix d’Aix-la-Chapelle fut signée (18 octobre 1748).

La France restitua les Pays-Bas à la maison d’Autriche ; Berg op Zoom et Maëstricht qui venait de ca-

PR RIRES. Cl A CIC OT

pituler furent rendus aux Hollandais; la Savoie et le comté de Nice au roi de Sardaigne; et Madras aux Anglais. En retour, Louis XV obtint pour l'infant don Philippe, son gendre, les duchés de Parme, de Plaisance et Guastalla. Le duc de Modèneet la République de Gènes furent réintégrés dans leurs anciennes possessions. « Les intérêts de la France et de l’Angleterre, dit Frédéric IT, furent réglés dans le IXe article, où l'Angleterre s’engage de rendre le cap Breton aux Français et où ces deux couronnes se garantissent leurs possessions respectives en Amérique, selon la teneur du traité d'Utrecht : elles conviennent toutefois d’assembler quelques commissaires pour vider quelques différends sur les limites du Canada.» Nous verrons plus loin quelles furent les conséquences de cette restriction, Le traité d’Aix-la-Chapelle nous reconnut en outre le droit de maintenir les fortifications de Dunkerque du côté de la terre. La garantie de la Succession au trône de la Grande-Bretagne füt également renouvelée ainsi que celle de la pragmatique sanction. Les cessions faites par Marie-Thérèse de la Silésie et du comté de Glatz au roi de Prusse et d'une partie du Milanais au roi de Sardaigne furent garanties par toutes les puissances.

En résumé Marie-Thérèse avait fait de son mari un empereur ; Frédéric IT gardait la Silésie: le duché de Nice el la Savoie retournaient à la Sardaigne; Maëstricht et Berg op Zoom à la Hollande ; les Bourbons d’Espagne conservaient Naples et la Sicile ; la France

seule n’avait pas sa part; mais l’infant don Philippe, devenant duc de Parmeet de Plaisance, épousait une fille de France.Ce résultat nous coûtait trois cents millions.

Les conséquences de ce traité étaient donc que toutes choses étaient remises à peu près en l’état où elles étaient avant la guerre.

Montcalm, la paix faite (48 octobre 1748), rentra en France. Son régiment fut dissous. Il fut alors nommé mestre du camp et placé (1749) à la tête d’un régiment de cavalerie d’élite qui prit son nom.

Il resta quelque temps dans sa famille et se livra tout entier aux joies du foyer domestique, goütant un repos qu'il avait bien mérité. Malheureusement son bonheur fut parfois cruellement troublé et plus d’une fois son cœur de père fut durement éprouvé : « J'ai eu dix enfants, écrivait-il au commencement de 4752, il ne m'en reste que six... Dieu veuille les conserver tous et les faire prospérer.… On trouvera peut-être que c’est beaucoup, et surtout quatre filles, pour une fortune médiocre ; mais Dieu laisse-t-il jamais ses enfants au besoin? »

IL écrivait aussi à sa femme au sujet d’un de ses enfants qu'il venait de perdre :

« Nous avons besoin, ma très chère et bien aimée, de nous résigner.. dans une aussi triste occasion que celle de la perte de mon fils. J'en suis vraiment pénétré et, comme je connais toute votre tendresse pour nos enfants, je crains que cela ne prenne sur votre santé. Ménagez-la.… »

Ici finit ia première partie de la vie de Montcalm. IL a quarante-quatre ans, el durant ces quarantequatre années, il à servi SOn pays avec honneur et s’est mérité une juste réputation d'homme de cœur, de courage et de devoir.

IL n’a plus que trois ans à vivre ; mais durant ces trois ans, il va se faire un nom qui doit avoir sa place dans l’histoire.

Ici commence la guerre de sept ans (1755-1763). « Si nous examinons, dit Frédéric I, dans son Histoire de la querr: ‘e sept ans, les causes des pertes que les Français firent dans cette guerre, nous observons la faute commise de se mêler des troubles de l'Allemagne. L'espèce de guerre qu’ils faisaient aux Anglais était maritime ; ils prirent le change et négligérent cet objet principal pour courir après un objet étranger, qui proprement ne les regardait point, Ils avaient eu jusqu'alors des avantages sur mer contre les Anglais; mais dès que leur attention fut distraite par la guerre de terre ferme, dès que les armées d'Allemagne absorbèrent tous les fonds qu'ils auraient dù employer à augmenter leurs flottes, leur marine vint à manquer des choses nécessaires et les Anglais gagnérent un ascendant qui les rendit vainqueurs, dans les quatre parties du monde. D'ailleurs, les sommes excessives que Louis XV payait en subsides, et celles que coùtait l'entretien des armées d'Allemagne sortaient du royaume, ce qui diminua de la moitié la

quantité des espèces qui étaient en circulation, tant à Paris que dans les provinces ; et pour comble d'humiliation, les généraux dont la Cour fit choix pour commander les armées et qui se croyaient des Turennes, firent des fautes très grossières. »

Et Voltaire dit aussi : « Les suites de cette paix (il parle de la paix de Paris de 1763), les suites de cette paix si déshonorante et si nécessaire furent plus funestes que la paix même ».

Montcalm ne prit pas part aux opérations faites en Europe durant la guerre de sept ans. Mais il est bon de résumer ici ces opérations aussi brièvement que possible pour faire comprendre nos désastres en Amérique, désastres qui furent la conséquence de cette guerre en Europe, guerre inopportune et mal conduite, comme le dit Frédéric Il, guerre funeste, comme le dit Voltaire. s

Le vrai motif de cette guerre, Le Bas l’indique en disant que, en $e joignant à nos ennemis dans Ja guerre pour la succession d’Autriche, l'Angleterre avait voulu deux choses: le maintien de l'équilibre curopéen et la ruine des colonies françaises et espagnoles. En 1755, elle était gouvernée par un avocat, le fameux William Pitt, depuis lord Chatam, qui s'était rendu populaire par sa haine contre les Français. Lorsqu'il vit qu’on s’occupait de reconstituer notre marine, il voulut s’y opposer.

Il saisit pour prétexte un litige existant sur l’île de Tabago, la plus orientales des Antilles. De plus lar-

ticle 9 du traité d’Aix-la-Chapelle stipulait la restitution des conquêtes faites en Amérique pendant la cuerre, ajoutant que toutes choses devaient être rendues telles qu’elles étaient ou devaient être avant les hostihtés : Devaient être contenait une équivoque et devait servir de prétexte aux deux nations pour entrer en lutte dans les contrées septentrionales de l'Amérique dont les limites n’avaient jamais été réglées par les traités. La principale contestation se rapportait aux limites de l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse. Par le traité d’Utrecht, cette province avait été cédée aux Anglais, conformément à ses anciennes limites ; là encore il y avait un point litigieux. Quelles étaient ces anciennes limites ? On avait omis de le spécifier. Enfin untroisième sujet de contestation était la souveraineté des rives de Ohio que les Anglais disaient appartenir à la Virginie tandis que les Français soutenaient qu’elle était à la Louisiane.

Des conférences furent ouvertes à Paris. Elles trainèrent en longueur. Mais les Anglais voyant avec quelle activité nous travaillions dans nos ports, mirent fin aux négociations et commencèrent les hostilités (1755).

« L’amiral Boscawen, dit Ragon, sans aucune déclaration de guerre, captura deux navires français à la hauteur de Terre-Neuve. En même temps, les corsaires anglais nous enlevèrent plus de trois cents vaisseaux marchands portant huit cents matelots et de riches chargements. Il était de la politique de

l'Angleterre de distraire les Français de la défense de leurs colonies par une guerre continentale. Il était de celle de la France d'éviter cette guerre où elle ne pouvait faire que peu de mal à la Grande-Bretagne et de se borner à des opérations maritimes. Mais le ministère français succomba à la tentation de conquérir le Hanovre et s'engagea imprudemment dans une guerre de terre, qui bientôt l’entraina plus loin que sans doute il n’aurait voulu, et absorba toutes les forces de la France.

Georges IL, craignant pour son électorat de Hanovre, avait recherché l'alliance de l'Autriche; ne pouvant lobtenir, il s’'adressa au roi de Prusse et, par le traité de Westminster (146 janvier 1756), il mit le Hanovre sous sa protection. Marie-Thérèse voulait reprendre la Silésie et la Russie accéda par la convention de Presbourg (31 décembre 1756) au traité de Versailles, conclu entre la France et l'Autriche.

Le 10 avril 1756, avant que la guerre ne füt déclarée, Richelieu s’empara de Port-Mahon et du fort Philippe (20 juillet 14756).

Le roi de Prusse de son côté envahit la Saxe sans déclaration de guerre, prit Leipzig et fit son entrée à Dresde ; battit les Autrichiens à Lowositz et se rendit maitre de toute la Saxe.

La Suède, la Russie, le corps germanique et l’empereur s’armérent contre Frédéric. La France déclara qu’elle regardait l’entrée des Prussiens en Saxe comme une violation du traité de Westphalie et dé-

clara la guerre au roi de Prusse. Elle jeta trois armées en Allemagne.

Au début nous eümes quelques succès; mais à Rosbach, Frédéric fut vainqueur et les français durent évacuer le Hanovre, la Prusse, le Brunswick et l’Ostfrise, Is furent encore défaits à Crevelt. La guerre continua avec des alternatives de revers et de succès jusqu'au moment où le ministre Choiseul fit un traité d'alliance offensive avec Marie-Thérèse.

La campagne de1759, ne fut pas favorable à la Prusse.

En 4760, la guerre continua en Hanovre et nous remportimes deux victoires successives : celle de Corbach (10 juil.) et celle de Closter-Camp (16 oct.).

Tandis que ces événements se passaient en Europe et absorbaient toutes nos ressources et toutes nos forces, les Anglais continuaient d’agir contre nous en Amérique et cela, avec d'autant plus de succès, que l'attention du gouvernement français était ailleurs, et que, obligé de faire face aux exigences de cette guerre européenne inutile, il se croyait contraint de livrer à leurs seules ressources nos malheureuses colonies. Celles-ci succombèrent; c’était fatal du moment que la mère-patrie vers laquelle elles tendaient vainement les mains, les laissait sans se- Cours et sans appui.

Nous allons voir ce que fut la lutte par delà des mers entre l'Angleterre toute puissante et sans scrupules, et le Canada courageux et patriote, défendu par une poignée de héros.

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