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CHAPITRE IV

Montcalm désigné pour le Canada (1756). — Présenté au roi. — Les forces dont il dispose. — Ses compagnons. — Lévis. — Bougainville. — Bourlamaque., — Arrivée à Québec. — Déclaration de guerre de la France à l'Angleterre. — Période offensive (1756-1758). — Période de défensive (1758-1760). — Forces dont dispose Montcalm. — Etat de l’armée. — Les anglais ont soixante mille hommes.— Rapports de Montcalm avec eux. — Rapports avec le gouverneur général. — Les abus. — Mémoires malveillants de Vaudreuil. — Courses, surprises, — Préparatifs.

La nouvelle de la défaite de Dieskau au Canada avait jeté l’alarme en France. Le gouvernement comprit qu'il fallait faire quelque chose en faveur de la colonie.

D’Argenson, alors ministre, pensa qu’il était indispensable d’expédier des renforts; mais ce qui lui parut surtout utile, ce fut de trouver un homme de valeur, capable de relever nos affaires en Amérique et de tenir tête aux Anglais.

Il chercha autour de lui quel pouvait étre cet homme et, dès le 19 novembre, il eut une longue

Conversation à ce sujet avec Montcalm, qui malgré

ses efforts, son courage invincible, et certains succès durant sa carrière militaire, était encore un inconnu. De cet entretien, il résulta pour le ministre que le futur général en chef de cette expédition nouvelle était trouvé, et que ce général était Montcalm lui-même, Ce projet, il en parla au roi, et, quand il l’eut fait agréer par le Souverain, sa résolution bien prise et tous les détails arrêtés, il écrivit à Montcalm la lettre que nous reproduisons ici :

Versailles, 25 janvier (1756), à minuit,

« Peut-être ne vous attendiez-vous plus, monsieur, à recevoir de mes nouvelles au sujet de la conversation que j'ai eue, avec vous, le jour que vous m’êtes venu dire adieu (c'était le 19 novembre), à Paris. Je n’ai cependant perdu un instant de vue, depuis ce temps l'ouverture que je vous ai faite alors, et c’est avec le plus grand plaisir que je vous en annonce le succès. Le roi a donc déterminé sur vous son choix pour vous charger du commandement de ses troupes dans l’Amérique septentrionale, et il vous honorera à votre départ du grade de maréchal de camp. Mais, ce qui vous sera encore plus sensible, c’est que Sa Majesté vous accordera en même temps pour M. votre fils l'agrément de votre régiment. C’est un avancement un peu différent de celui de capitaine que vous désiriez avec tant d’em= pressement pour lui, et il faut convenir que ce ne

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sera pas lui qui gagnera le moins au marché. Vous n'aurez pas, au surplus, un instant à perdre pour venir remercier le Roi de ses grâces et de la distinction qu'il fait de vous. L’applaudissement que vous en recevrez de la part du public, ajoutera encore à la satisfaction que vous devez en avoir. Sa Majesté vous donne en même temps pour commander ‘en second sous vos ordres, M. le chevalier de Lévis, auquel elle accorde le grade de brigadier, et en troisième M. de Bourlamaque, avec le grade de colonel. J'écris par le même courrier à M. le duc de Mirepoix pour lui faire part du choix de M. le chevalier de Lévis ; ainsi vous pouvez vous entretenir avec lui, A l'égard des autres, je crois que vous ferez bien de vous tenir sur la réserve avec ce qui s’appelle le public, et de n’en faire confidence qu’à vos plus proches parents et à vos intimes amis, et cela même au moment de votre départ, que vous ne pourrez trop précipiter, n’ayant guère de temps pour venir recevoir ici vos instructions, et vous rendre les premiers jours de mars au lieu de votre embarquement. Soyez assuré, monsieur, qu’on ne peut rien ajouter aux sentiments d'estime et d’amitié avec lesquels je suis, etc.

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