CHAPITRE VII
Conséquences de la capitulation de William-Henry. — Promesses des chefs sauvages de la faire observer. — Imprudence des Anglais. — Ils enivrent les Indiens pour se les concilier. — Leur départ précipité sans attendre l’escorte. — Le massacre. — Kffort des Mrançais pour l'empêcher, — Récit de Vaudreuil. — Récit de Bougainville. — Les causes du massacre d’après Sébastien Racle. — Leltre de Montcalm à Webb et à Loudun. — Mauvaise foi des Anglais.
Le fort William était en notre pouvoir. La garnison qui l'avait défendu était réunie tout entière dans le camp retranché. Elle devait partir le lendemain, sous escorte, pour le fort Lydius. En effet, Montcalm, ne pouvant nourrir plus de trois mille hommes, avait consenti, comme nous l'avons dit, à permettre à la garnison prisonnière de regagner la colonie anglaise avec armes et bagages. Il n’avait exigé d’elle qu’une seule chose : l'engagement de ne pas servir contre la France durant dix-huit mois. Lors de la prise de Chouagen déjà, les sauvages avaient élevé des prétentions qui avaient causé bien des inquiétudes à Montcalm, Ils voulaient des prisonniers, ils exi-
veaient le pillage ; et ce n’est qu’à force de présents que le général en chef était parvenu à leur faire entendre raison. La chose fut mal aisée ; elle obligea à de grands sacrifices; mais, comme Montcalm l'écrivait au ministre de la guerre : « Il n’y a rien que je n'eusse accordé plutôt que de faire une démarche contraire à la bonne foi française. »
Comme nous l’avons vu aussi, avant de traiter avec Monro, Montcalm avait réuni dans la tranchée les chefs sauvages et leur avait communiqué les clauses de la capitulation. Il leur avait fait compreudre toute l'importance qu'il y avait à en respecter tous les articles et leur avait fait promettre d’y amener leurs hommes. Tous avaient approuvé les clauses arrêtées et s'étaient engagés à maintenir la jeunesse dans le devoir.
Malgré ces promesses et pensant que deux précauüions valaient mieux qu’une, Montcalm avait donné des ordres précis pour que l’on répandit sur le sol tous les spiritueux qui se trouvaient dans le fort, et de plus 11 avait fait recommander aux Anglais de rester dans le camp retranché jusqu’au moment où une escorte de soldats français devait venir les prendre le lendemain matin, pour les conduire aux avantspostes de leur nation.
Les Anglais n’observérent pas ces prescriptions. Ils avaient une terreur inconcevable des Sauvages et crurent se les concilier en les faisant boire durant toute la nuit, Au point du jour, ils se trouvèrent de
la sorte en face d’une bande d'hommes ivres que rien ne pouvait plus contenir, La panique, une panique folle, s’empara dès lors des prisonniers, ils voulurent fuir et se mirent en route en désordre, sans attendre l’escorte qui devait les accompagner et les protéger. La confusion était rendue plus grande encore dans leur marche par le grand nombre de femmes et d'enfants qu'ils avaient avec eux. C’est ainsi qu'ils gagnèrent précipitamment les bois, marchant de la sorte, sans le savoir, directement au danger, car les sauvages les attendaient là et commencérent par piller les bagages. Puis. ils se jetèrent sur le corps de troupe : « A peine eurent-ils poussé leurs cris que les Anglais au lieu de faire bonne contenance, prirent l’vouvante et s’enfuirent à la débandade, jetant armes et bagages et même leurs habits (Vaudreuil). » Dès lors, ils furent à la merci des sauvages. Montcalm accourut aussitôt avec ses officiers. Ils se jetèrent sur les Peaux-Rouges qui, trop ivres pour rien voir, blessèrent plusieurs de nos grenadiers et plusieurs de nos officiers coururent risque de la vie.
Enñu, grâce à des efforts inouïs, on parvint à dégager les prisonniers qui se réfugièrent dans le camp et dans le fort. Six cents des leurs étaient restés aux mains des sauvages. On en racheta un grand nombre, on leur” donna des vêtements, mais on eut grand peine à les rassurer. La faute était tout entière à ce troupeau apeuré et, si les Anglais n’avaient pas abso-
jument manqué de courage, tout cela ne serait pas arrivé. Montcalm les renvoya au général Loudun, en lui faisant connaitre les détails de l'événement.
ILattachait d’ailleurs si peu d'importance à ce fait, que dans sa lettre du 15 aout 1757, à M. le marquis de Paulmy, ministre de la guerre, il n’en parle que très incidemment en ces termes : « Je ne puis vous dissimuler que la capitulation a malheureusement souffert quelques infractions de la part des sauvages ; mais ce qui serait une infraction en Europe, ne peut être regardé comme tel en Amérique, et j'en ai écrit avec fermeté au général Webb et à mylord Loudun pour leur ôter toute envie de ne la pas tenir sous un léger prétexte. »
Le marquis de Vaudreuil, l'ennemi juré de Mont: calm, a fait un récit fidèle de l'événement et, dans une lettre à M. de Paulmy, ministre de la marine, sur la capitulation du fort William-Henry, il est entré dans les plus grand détails sur ce qu’on nomme communément le massacre. Dans ce récit, très circonstancié d’ailleurs, pour la première fois, il ne calomnie ni le général ni l’armée.
A Montréal, le... septembre 1757.
« Monseigneur, je n’ai pu que vous informer succinctement par ma lettre du … de tout ce qui se rapporte à la capitulation accordée par le marquis de Montcalm au fort Guillaume-Henry.
« Si les Anglais ont le moindre esprit de justice, ils ne pourront nous faire aucun reproche à cette occasion; ils en croiront leurs officiers particuliers qui se louent de nos procédés à leur égard ; et la capitulation sera de leur part respectée dans tous les points. Comme cependant cette nation, qui ne vous à que trop donné de preuves de sa mauvaise foi, pourrait ne pas vouloir l’exécuter, et même chercher à s'autoriser par des reproches mal fondés, j'ai cru devoir vous mettre en état de prouver à toute l’Europe, s'il le fallait, que la conduite des troupes, de leur général et la mienne, est entièrement irréprochable et peut mériter quelqu’éloge. Le simple exposé des faits suffit, sans aller récriminer que les Anglais ont violé presque toutes les capitulations faites en Amérique, nommément au fort de Nécessité, pris par nous en 1754, au fort de Beauséjour, pris par eux, et sans entrer dans le détail de toutes les trahisons à l’égard des sauvages, peuples qui n’oublient et ne pardonnent rien.
« Le marquis de Montcalm, qui avait déjà éprouvé les difficultés de faire observer aux sauvages les lois d’une capitulation lors de la prise de Chouagen, craignit qu’il ne fut encore moins le maitre de les contenir à un siège où il en avait deux mille de trentetrois nations différentes ; aussi, dès le premier jour de l'investissement du fort Georges, il fit sommer le commandant. Vous verrez par sa lettre qui est jointe à ce mémoire qu’il y fut déterminé par lhumanité et
qu'il ne lui dissimula point la crainte que lui donnait la cruauté des sauvages.
« Le commandant du fort lui ayant renvoyé,le 9 au matin, le lieutenant-colonel Young, commandant d’un bataillon du Royal américain, pour offrir de capituler et le marquis de Montcalm, étant convenu des articles avec lui, il lui dit le désir sincère où il était de tenir sa capitulation, les inquiétudes que lui donnaient les sauvages à cet égard, sa bonne foi ne lui permettait pas de rien promettre avant d’avoir tenu conseil avec ces nations et d’en avoir tiré parole; sur le champ il convoqua en présence de cet officier, les nations à un conseil général ; il y exposa les conditions auxquelles les Anglais offraient de se rendre et celles qu'il était résolu de leur accorder, il demanda aux chefs leur consentement et s'ils pouvaient répondreque leurs jeunes gens ne les enfreindraient pas; jes chefs l’assurèrent unanimement qu’ils approuveraient tout ce qu’il ferait et qu’ils empêcheraient les jeunes gens de commettre aucun désordre.
« D’après cette parole donnée solennellement par tous les chefs, la capitulation futsignée. Le marquis de Montcalm pour ne rien omettre de ce que la prudence exigeait dans cette occasion, avait ordonné au sieur de Bougainville, son aide de camp, de prier le lieutenant-coionel Mouron (Monro) commandant du fort, de faire répandre le vin, l’eau-de-vie, le rhum et toutes les liqueurs enivrantes, de contenir les troupes dans le camp retranché où elles devaient
rester, suivant la capitulation jusqu’au lendemain qu'on devait les conduire au fort Édouard, l'avertissant qu'autrement il ne lui serait pas possible de contenir cette multitude de sauvages, précaution dont, pour peu que l’on eut servi en Amérique, on devait sentir la conséquence, Il envoya au retranchement pour la süreté des Anglais, ainsi qu’on en était convenu, un lieutenant-colonel avec deux cents hommes ; enfin il ordonna aux officiers et aux interprètes attachés aux sauvages d'y demeurer jusqu'au départ des Anglais. Tel était l’état des choses le 9 à midi. Le lieutenant-colonel Yonck (Young) ayant, lors de la capitulation, dit au marquis de Montcalm qu’il avait l'honneur d’appartenir à milord Loudun, et qu'il craignait que la clause de ne pas servir de dix-huit mois ne nuisit à son avancement, devant être gouverneur de la Virginie, le marquis de Montcalm, qui a prévenu en cela mes intentions, lui remit une lettre pour milord Loudun dont je vous envoie copie, pour lui permettre nonobstant la capitulation, de pouvoir exercer les fonctions civiles de gouverneur de la Virginie, Dans l'après-midi du 9, le marquis de Montcalm, averti que les sauvages voulaient piller les coffres des offciers anglais, et que ces derniers en avaient enivré plusieurs avec du rhum, courut au retranchement; prières, menaces, caresses, conseils avec les chefs, entremise des officiers el interprètes qui ont sur ces brabares quelque;autorité, il employa tout pour les
arréter et les contenir. Le commencement du désordre parut enfin apaisé et le marquis de Montcalm se retira à son camp à neuf heures du soir avec une escorte, après être convenu que les Anglais partiraient à la pointe du jour avec une escorte, les ofMciers et interprètes attachés aux sauvages et deux chefs par nation pour contenir les jeunes gens, précaution ajoutée à toutes celles prises le matin.
« Pendant la nuit, plusieurs sauvages s’enivrèrent avec le rhum que les Anglais, malgré tout ce qu’on avait pu leur recommander, avaient donné, croyant se rendre favorables ces peuples dont ils ont une frayeur inconcevable ; la même frayeur les détermina à se mettre en marche, avant que notre escorte fut entièrement rassemblée et disposée. Les Abénaquis de Panaouské, en Acadie, qui prétendent avoir essuyé cette année même de mauvais procédés de la part des Anglais, accoururent pour les insulter ; à peine eurent-ils fait leurs cris, que Iles troupes anglaises, au lieu de faire bonne contenance,prirent l’épouvante et s'enfuirent à la débandade, jetant armes, bagages, et même leurs habits. Le grand nombre de femmes que cette garnison ramenait avec elle ne contribua pas peu à augmenter la terreur. Les sauvages, enhardis à l'excès par cette terreur même des Anglais se mirent à piller et je ne sais ce qui en serait arrivé sans là promptitude avec laquelle tous les officiers accoururent. L’escorte qui commençait à se rassembler s’y Opposa ; nous y avons eu même quelques grenadiers
de blessés. Les Anglais publient eux-mêmes que le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis, M. Rigaud de Vaudreuil, M. de Bourlamaque et plusieurs autres ont couru risque de leur vie pour les sauver, Enñn, M. le marquis de Montcalm calma l'émeute, fit mettre en marche toute cette garnison un peu houspillée et fit conduire, dès le même jour 10, au fort Édouard plus de quatorze cents Anglais, avec très peu d'officiers à la vérité, car ja crainte des sauvages fut cause que Lous, à commencer par le commandant, préférérent rester dans son camp. Il reprit aussi le même jour et se fit rendre par les sauvages environ quatre cents Anglais ; la plupart des nations les lui ramenèrent avec les plus grandes soumissions et les plus grandes excuses de la part des chefs. Le marquis de Montcalm fit racheter sur le champ tout ce qu'il put rassembler d’habits pour équiper ces Anglais. Il envoya, conforme nent à l’article 7 de la capitulation, tous les blessés à Cariilon et l’on en a eu le plus grand soin. II me dépécha de suite pour me donner avis de ce qui venait d'arriver et m’avertit que celles des nations qui n'avaient pas voulu lui rendre les Anglais étaient même parties contre l'usage sans prendre congé et les emmenaient à Montréal. Il a garué les Anglais qu'il avait repris et leurs officiers le 11, le 42 et le 43, pour laisser calmer la fureur des sauvages ; il a eu, pendant ce temps-là, tous les pr'océdés pour celte garnison, que vous devez attendre de quelqu'un qui pense comme le marquis de Mont-
calm; mais je puis vous dire de l’aveu des Anglais qu’il a été bien secondé par tous ses officiers.
« Le 14, tout lui paraissant tranquille et n’ayant plus que quelques domiciliés à l’armée, il envoya le sieur Hamilton, officier anglais, sous l’escorte detrente grenadiers commandés par le sieur Savournin, lieutenant au régiment de la Sarre avec le sieur de Saint- Luc (de la Corne-Saint-Luc, commandant en chef des contingents des nations) et Marin,officiers attachés aux lettres, sauvages et deux interprètes et les chargea de deux l’une pour le général Webb, qui était «u fort Édouard et l’autre pour la faire passer à milord Loudur. Jail’honneur de vous en adresser les copies avec celle de la réponse du général Webb. Les Anglais et tous les officiers que le marquis de Montcalm avait repris des sauvages partirent le lendemain 15,sous l’escorte de deux cent cinquante hommes commandés par le sieur Poulhariès, capitaine des grenadiers du régiment de Royal Roussillon,quilesremit à pareil détachement envoyé à moitié chemin par le général Webb. Ces troupes emmenérent la pièce de canon qui leur avait été accordée conformément à l’article 9 de la capitulation.
«Le marquis de Montcalm demanda au lieutenantcolonel Mouron (Monro) de lui donner un officier anglais qu'il put envoyer à Montréal pour y être témoin de mon exactitude à observer la capitulation en rassemblant tous ceux que les sauvages auraient pu y avoir amenés. Le sieur Fesch, capitaine du
Royal américain, fut choisi et me fut envoyé de suite: cet officier a vu avec quel zèle j’ai racheté tous les Anglais, non seulement ceuxde la capitulation du fort Georges, mais même tous ceux de cette garnison qui avaient été précédemment pris dans le combat qu’il y a eu sur le lac Saint-Sacrement, le 2% juillet; ces derniers étaient incontestablement prisonniers de guerre et appartenaient même aux sauvages suivant les lois de la guerre établies chez les nations les plus policées. Il en coûte cher au roi!
« Il avait été convenu, par l’article premicr de la capitulation de renvoyer les Anglais au fort Édouard ; mais, sur leur demande etpour plus grande sûreté, je viens d’armer un bâtiment en paquebot et de les envoyer à Halifax avec le capitaine Fesch. Il ne me reste plus de cette garnison qu’un capitaine blessé et environ cinquante malades ou blessés dont j'aurai grand soin en attendant qu’ils soient en état d’être renvoyés,conformément à l’article 7 de la capitulation. Les Anglais bien loin de se plaindre, doivent avoir d'autant plus de reconnaissance de tout ce que nous avons fait dans cette occasion, que tous ceux de cette garnison que les sauvages avaient pris leur sont remis et que grâce à l’activité de Montcalm et de tous les officiers le désordre a été arrêté promptement et qu'il n’y a eu que six ou sept soldats anglais de tués. Je joins à cette lettre la copie de celle que je viens d'écrire, en renvoyant le sieur Fesch, au commandant d'Halifax et à mylord Loudun, la copie de celle
que le marquis de Montcalm écrit à ce général, celle recue du sieur Fesch, en luïremettant les Anglais à conduire et une note pour vous expliquer le procédé dont les Abénaquis de Panaouské se plaignent et qui a été une des principales causes de l'évènement dont je viens de vous détailler toutes les particulalarités (Dépôt de la guerre, vol. 3457, pièce 13%. Copie.) »
Bougainville ajoute à la lettre qu’il écrit à M. de Paulmy le 49 août 1757 relativement à la prise du fort William Henry, un post-scriptum qui relate l’incident :
« Nous venons, dit-il, d'apprendre la nouvelle des violences commises le 10 au matin par les sauvages. Les Anglais, qui en ont une frayeur inconcevable, impatients de s’éloigner d'eux, voulurent se mettre en marche avant que notre escorte fut rassemblée et disposée : quelques-uns de leurs soldats leur avaient, malgré tous les avis donnés à ce sujet, fait boire du rhum. Et qui, dans le monde, pourrait contenir deux mille sauvages de trente-deux nations différentes quand ils ont bu. Le désordre commença par les Abénaquis de Panaouské en Acadie, qui prétendent avoir essuyé de mauvais procédés des Anglais; leur exemple entraina les autres. Ils se jetèrent sur la garnison, laquelle, au lieu de faire bonne contenance, prit l’épouvante, ce qui les enhardit, la pillérent, tuèrent une vingtaine de soldats, et en emmenèrent cinq ou six cents; tous les officiers accourus au bruit de ce désordre, firent les plus grands efforts
pour l'arrêter, jusque-là qu’il y eut quelques grenadiers de notre escorte qui furent blessés par les sauvages. Les Anglais publient eux-mêmes que M. le marquis de Montcalm, MM. de Lévis, de Bourlamaque et plusieurs autres ont couru risque de leur vie pour les sauver ; car dans des cas pareils, les sauvages ne respectent rien. Enfin, on les apaisa, et M. le marquis de Montcalm retira sur le champ environ quatre cents de ceux qui avaient été pris, qu'il fit habiller, et que depuis, après le départ des nations, il a renvoyé au fort Édouard avec une escorte. Ceux que les sauvages ont amenés à Montréal ont été rachelés de leurs mains par M. le marquis de Vaudreuil, à grands frais et aux dépens du roi, et ils seront incessamment renvoyés à Halifax par un bàtiment expédié en paquebot. M. le marquis de Montcalm a écrit deux lettres ; l’une au général Webb, l’autre à milord Loudun, pour les prévenir que ce désordre involontaire de la part des Français ne devait pas être pour les Anglais un prétexte de ne pas tenir la capitulation et qu'il attendait de leur bonne foi qu’ils l’observeraient dans tous ses points. Vous trouverez ci-joint une copie de ces deux lettres. (Dépôt de la guerre, vol. 3457, pièce 121. Original.) »
La véritable cause du massacre, c’est un témoin oculaire des faits qui va nous le donner. Le père Sébastien Racle, missionnaire, s’était embarqué à La Rochelle le 23 juillet 1789 et avait constamment vécu
au milieu des sauvages. Il y resta jusqu’en 179% époque où les Anglais qui avaient mis sa tête à prix, attaquérent le 23 août le village de Maurantsouach où il résidait, pour s’emparer de sa personne et l'assassinèrent au moment où il s’avançait vers eux en parlementaire. Le père Racle était alors dans sa soixanteseptième année. Les extraits suivants de sa correspondance, publiée dans les lettres édifiantes, nous éclairent sur les agissements des Anglais à l’endroit des Sauvages.
«.… La nation a préféré jusqu'ici notre alliance, dit-il, aux avantages qu’elle eût retirée de l’alliance des Anglais leurs voisins. Ces avantages sont très intéressants pour nos sauvages ; la facilité qu'ils ont de faire la traite avec les Anglais, dont ils ne sont éloignés que d’une ou deux journées, la commodité du chemin, le grand marché qu’ils trouvent dans l'achat des marchandises qui leur conviennent, rien n’élait plus capable de les attirer ; au lieu qu’en allant à Québec il ieur faut plus de quinze jours pour s’y rendre, qu’ils doivent se munir de vivres pour le voyage, qu’ils ont différentes rivières à traverser et de fréquents portages à faire (faire portage c’est transporter son canot et son bagage d’une rivière à l’autre avec laquelle il n’y a point de communication. Ces portages sont quelquefois de plusieurs lieues.) Ilssentent ces incommodités et ils ne sont point indifférents sur leurs intérêts... Un Anglais demanda aux sauvages la permission de bâtir sur leur rivière une
espèce de magasin pour y faire la traite avec eux et leur promit de vendre ses marchandises à beaucoup meilleur marché qu’ils ne les achetaient à Boston même. Les sauvages qui y trouvaient leur profit et quis’épargnaient la peine du voyage de Boston, y consentirent volontiers. Un autre Anglais demanda la même permission, offrant des conditions plus avantageuses que le premier. Elle fut également accordée. Cette facilité des sauvages enhardit les Anglais à s'établir le long de la rivière sans en demander l'agrément; ils y bâtirent des maisons, y élevèrent des forts dont trois sont de pierre.
« Cette proximité des Anglais fit d’abord assez de plaisir aux sauvages qui ne s’apercevaient pas du piège qu’on leur tendait, et qui ne faisaient attention qu’à l'agrément qu’ils avaient de trouver chez leurs nouveaux hôtes tout ce qu'ils pouvaient désirer. Mais enfin, se voyant insensiblement comme environnés d'habitations anglaises, ils commencèrent à ouvrir les les yeux et à entrer en défiance. Ils demandérent aux Anglais par quel droit ils s’établissaient ainsi sur leurs terres et y construisaient même des forts. La réponse qu’on leur fit, savoir que le roi de France avait cédé leur pays au roi d’Angleterre les jeta dans les plus grandes alarmes ; car il n’y a aucune nation sauvage qui nesouffre impatiemment qu'on la regarde comme assujelie à quelque puissance que ce soit. C’est pourquoi les sauvages députèrent sur le champ quelques uns desleurs vers M. lemarquis de Vaudreuil,
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gouverneur général de la Nouvelle-France pour s’informer s’il était vrai qu’en effet Le roi eût ainsi disposé d’un pays dont il n’était pas le maitre. I ne fut pas difficile de calmer leur inquiétude ; on ne fit que leur expliquer les articles du traité d'Utrecht qui concernent les sauvages et ls en parurent contents.
« Vers ce temps-là, une vingtaine de sauvages entrèrent dans une des habitations anglaises, ou pour y trafiquer ou pour s’y reposer. I n’y avait que peu de temps qu’ils y étaient lorsqu'ils virent la maison investie tout à coup par une troupe de près de deux cents hommes armés : « Nous sommes morts, cria l'un d’eux, vendons cher notre vie, » Ils se préparaient déjà à se jeter sur cette troupe, lorsque les Anglais s’apercevant de leur résolution et sachant d’ailleurs de quoi le sauvage est capable dans les premiers accès de fureur, tachèrent de les apaiser en les assuraut qu'on n'avait aucun mauvais dessein et qu’on venait seulement inviter quelques-uns d’entre eux à se rendre à Boston pour y conférer avec le gouverneur sur les moyens d'entretenir la paix et la bonne intelligence qui devait régner entre les deux nations. Les sauvages un peu trop crédules, députèrent quatre de leurs compatriotes qui se rendirent à Boston ; mais quand ils y furent arrivés, la conférence dont on les avait amusés, aboutit à les retenir prisonniers.
« … Pendant la dernière guerre, un parti de sauvages revenait d’une expédition militaire contre les Anglais. Comme les sauvages, surtout les Abuakis,
ne savent ce que c’est de se mettre en garde contre les surprises, ils s’endormirent dès la première couchée, sans penser même à poser, pendant la nuitune sentinelle. Un parti de six cents Anglais les poursuivit jusqu’à leur cabanage; le colonel qui commandait ce parti les fit environner par sa troupe, se promettant bien qu'aucun d’entre eux ne lui échapperait. Un des sauvages s’étant éveillé et ayant aperçu les troupes anglaises, avertit aussitôt ces compatriotes en criant selon la coutume : « Nous sommes morts, vendons Chèrement notre vie. » La résolution fut bientôt prise, ils formèrent à l'instant six pelotons de cinq hommes chacun; puis la hache d’une main et le couteau de l’autre, ils se jetèrent sur les Anglais avec tant d’impétuosité et de furie qu'après avoir tué plus de soixante hommes, au nombre desquels était le colonel, ils mirent le reste en fuite.
« … Les Abuaquis n’eurent pas plutôt appris de quelle manière on traitait à Boston leurs compatriotes, qu'ils se plaignirent amërement de ce que au milieu de la paix dont on jouissait, on violât de la sorte le droit des gens. Les Anglais répondirent qu'ils ne retenaient les prisonniers que comme otages du tort qu'on leur avait fait en tuant quelques bestiaux qui leur appartenaient; qu’aussitôt qu’on aurait réparé ce dommage qui montait à deux cents livres de castor les prisonniers seraient relàchés. Bien que les Abuakis ne convinssent pas de ce prétendu dommage, ilsne laissérent pas de payer les deux cents livres
de castor ne voulant point pour si peu de chose, qu’on pût leur reprocher d’avoir abandonné leurs frères. Cependant, nonobstant le paiement de la dette contestée, on refusa de rendre la liberté aux prisonniers.
« Le gouvernement de Boston, craignant que ce refus ne forçât les sauvages d’en venir à un coup d'éclat, proposa de traiter amiablement cette affaire dans une conférence : on convint du jour et du lieu où elle se tiendrait ; les sauvages s’y rendirent, avec le père Racle, leur missionnaire; le père de la Chaise, supérieur général de ces missions, qui faisait pour lors sa visite, $’y trouva aussi; mais le gouverneur ne parut point. Les sauvages augurérent mal de son absence. Ils prirent le parti de lui faire connaître leurs sentiments par une lettre écrite en sauvage, en anglais et en latin ; et le père de la Chaise, qui possédait ces trois langues, fut chargé de l'écrire. Le sens de cette lettre était: 4° queles sauvages ne pouvaient comprendre qu'on retint dans les fers leurs compatriotes, après la parole qu’on leur avait donnée de les rendre aussitôt que les deux cents livres de castor seraient payées ; 2° qu'ils n'étaient pas moins surpris de voir qu’on s’emparât de leur pays sans leur agrément; 3° que les Anglais eussent à en sortir au plus tôt et à élargir les prisonniers ; qu'ils attendaient leur réponse dans deux mois et que si après ce temps on refusait de les satisfaire, ils sauraient
bien se faire justice. ie
« Ce fut at mois de juin 1711 que cette lettre fut portée à Boston par quelques Atigläis qui avaient assisté à la Conférence. Comme les deux mois s’écoulërent sans qu’il vint de réponse de Boston et que d’ailleurs les Anglais cessérent de vendre aux Abuakis la poudre, le plomb et les vivres, ainsi qu'ils le faisaient avant cette contestation, nos sauvages se disposérent à uset de représailles ; il fallut tout le crédit que M. de Vaudreuil a sur leur esprit, pour leur faire suspéndre encore quelque temps leurs voies de fait.
« Mais leür patience fut potissée à botit par deux actés d’hostilité que lés Anglais exercèrent sur la fin de décembre: 1721 et au commencément de l'année 1729. Le premier fut l’enlèvement de M. de Saint- Carteins; cet officier est lieutenant dans nos troupes; sa mère était Abuakis : et il a toujours vécu avec nos sauvages, dont il a mérité l'estime et la confiance à un point qu’ils l’ont choisi pour leur commandant général : en cette qualité, il ne pouvait pas se dispenser d'assister à la Conférence dont je viens de parler, où il s'agissait dé régler les intérêts des Abuakis ses confrères. Les Anglais lui en firent un crime; ils dépêchèrent un petit bâtiment vers le lieu de sa demetre. Le capitaine eut soin de faire cacher son motide à la réserve de deux ou trois hommes qu'il laissa sar le pont. Il fit inviter M. de Saint-Carteins, doit il était connt à venir à son bord pour se rafraichir. M. de Saint-Carteins qui n’avait aucune raison
de setenir sur la défiance, s’y rendit seul et sans suite. Mais à peine y eût-il paru, qu’on appareilla et qu’on le conduisit à Boston, Là, on le tintsur la sellette, et on l'interrogea comme un criminel. On lui demanda, entre autres choses, pourquoi et en quelle qualité il avait assisté à la conférence qui s'était tenue avec les sauvages ; Ce que signifiait l’habit d'ordonnance dont ilétait revêtu ; ei s’il n'avait pas été député à cette assemblée par le gouverneur du Canada? M. de Saint- Carteins répondit qu’il était Abuakis par sa mère ; qu'il passait sa vie parmi les sauvages; que ses com patriotes l’ayant établi le chef de leur nation, il était obligé d’entrer dans leurs assemblées pour y soutenir leurs intérêts; que c’est en cette qualité seule qu’il avait assisté à la dernière conférence; qu’au reste, lhabit qu'il portait n’élait point un habit d’ordonnance, comme ils se le figuraient ; qu’à la vérité il était propre et assez bien garni mais qu’il r’était point au-dessus de sa condition, indépendamment même de l'honneur qu'il avait d’être officier dans nos troupes,
M. notre Gouverneur (Vaudreüil) ayant appris la détention de M. de Saint-Carteins, écrivit aussitôt au gouverneur de Boston pour lui en faire ses plaintes. Il ne reçut point de réponse à sa lettre. Mais peu après, vers le temps que le gouverneur anglais s’attendait à en recevoir une seconde, il rendit la liberté au prisonnier, après l'avoir tenu enfermé peñdant cinq mois... Ces insultes réitérées firent juger aux sauvages qu’il n’y avait plus de réponse à attendre et
qu’il était temps de repousser la violence et de faire succéder la force ouverte aux négociations pacifiques. Au retour de la chasse et après avoir ensemencé leurs terres, ils prirent la résolution de détruire les habitations anglaises nouvellement construites et d’éloigner de chez eux des hôtes inquiets et redoutables qui empiétaient peu à peu sur les terres et qui méditaient de les asservir.. On chanta la guerre... (les sauvages enlevèrent deux bâtiments et brülèrent les nouvelles maisons). Ils s’abstinrent néanmoins de toute violence à l'égard des habitants, ils leur permirent même de se retirer chez eux; à la réserve de cinq qu’ils gardèrent comme otages jusqu'à ce qu’on leur eût rendu leurs compatriotes détenus dans les prisons de Boston. Cette modération de la part des sauvages, n'eut pas l'effet qu'ils espéraient: au contraire un parti anglais ayant trouvé seize Abuakis endormis dans une île, fit sur eux une décharge générale, dont il y en eut cinq de tués et trois de blessés. C'est là un nouveau signal de la guerre qui va s’allumer entre les Anglais et les sauvages ».
Après le massacre Montcalm, écrivit au général Webb, la lettre suivante:
Le 14 août 1757.
« Monsieur, la défense honorable du colonel Monrou (Monro) m’a déterminé de lui accorder et à la garnison une capitulation honorable ; elle n'aurait
pas souffert la moindre altération, si vos soldats n'avaient donné du rhum, si cette troupe avait voulu sortir avec plus d'ordre et exécuter Ce que je lui avais fait prescrire et si les Abénaquis de Panaouské en Acadie n’avaient cru avoir à se plaindre de quelques mauvais traitements. Vous savez ce que C’est que decontenir trois mille Sauvages de trente-trois nations différentes, et je n’en avais que trop de crainte, que je n’avais pas laissé ignorer dans ma sommation au commandant du fort. Je m’estime heureux que le désordre n’ait pas eu des suites aussi fâcheuses que j'étais en droit de le craindre; je me sais gré de m'être exposé personnellement, ainsi que mes officiers, pour la défense des vôtres, qui rendent justice à tout ce que j’ai fait dans cette occasion. Je vous ferai conduire demain les prisonniers et vos officiers que j'ai rassemblés et repris des mains des sauvages ; ils seront escortés par deux compagnies de grenadiers et deux cents volontaires : ils seront conduits jusqu’au ruisseau qui est au milieu du chemin. Je vous prie d’y faire trouver un pareil détachement pour les recevoir, qui raménera le détachement que je vous envoie pour la sûreté du sieur Hamilton. «Tous les blessés parmi lesquels deux officiers, devant être à ma garde, sont partis avec un de mes chirurgiens et tous les secours possibles, pour se rendre à Montréal. J'ai dépêché un courrier à M. le marquis de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle France, pour reprendre des Sauvages tous
les prisonniers de votre garnison; et, lorsque je les aurai fait rassembler, ils seront envoyés, par un bâtiment armé en paquebot, pour leur plus grande sûreté à Louisbourg ; le commandant de cette place les enverra à celui d'Halifax. Lorsque l’on aura rassemblé, conformément à la capitulation, le peu de Français et Canadiens que vous pouvez avoir prisonniers depuis le commencement de cette guerre, je vous demande de les faire conduire à Halifax pour être échangés avec les vôtres que j’enverrai à Louisbourg. La communication de Carillon à votre frontière est toujours trop infestée de nos partis sauvages aux uns et aux autres pour qu'il y ait sûreté. J'ai gardé les prisonniers et vos officiers que j'avais rassemblés jusqu’à aujourd’hui, pour laisser calmer la fureur des Sauvages. J'ai l’honneur de vous adresser des lettres pour S. Exc. milord Lawdon, à qui je rends compte de ce qui s’est passé. Je n’enverrai demain aucun parti sauvage à la guerre. (Dépôt de la guerre, volume 3,457. pièce 193.) «
Le même jour il écrivit également à milord Loudun, général en chef des forces anglaises.
14 aout 1757.
« Milord, la defense honorable du lieutenant colonel Mouron (Mowro) m'a déterminé à lui accorder et à Sa garnison une Capitulation honorable; elle n’aurait pas souffert la moindre altération, si vos soldats n'avaient pas donné du rhum, si cette troupe avait
voulu sortir avec plus d'ordre et ne pas prendre une terreur de nos Sauvages qui a enhardi ces derniers, en un mot, s’ils avaient voulu faire exécuter ce que je leur avais fait prescrire pour leur propre avantage. Je regarde comme un vrai malheur d’avoir eu avec moi les Abénaquis de Panaouské en Acadie qui avaient cru avoir à se plaindre de quelques mauvais traitements (en effet : « cette année même, les Abénaquis de Panaouské, dans l’Acadie, ont voulu entrer en pourparlers avec les Anglais pour la neutralité et se sont rendus à un petit fort Georges, qui est dans l’Acadie, Les Anglais mécontents de ce qu'ils ne voulient pas se déclarer contre nous, ont fait tuer les ambassadeurs.» Note du manuscrit). Vous savez ce que c’est que de contenir trois mille Sauvages de trentetrois nations différentes et je n’en avais que trop de crainte que je n’avais pas laissé ignorer au commandant du fort dans ma sommation. Je m'’estime heureux que le désordre n'ait pas eu des suites auss! fâcheuses que j'étais en droit de le craindre. Je me sais gré de m'être exposé personnellement, ainsi que mes officiers, pour la défense des vôtres qui rendent justice à tout ce que j’ai fait dans cette occasion. Ainsi, milord, je vous prie de faire exécuter la capitulation dans tous ses points: la moindre inexactitude sous le plus léger prétexte serait d’une conséquence encore plus fâcheuse pour vous que pour nous, J'ai retiré des sauvages plus de quatre cents prisonniers et le peu qui restent entre leurs mains
sera rassemblée par M. le marquis de Vaudreuil, à qui j'ai dépêché un courrier, et seront envoyés par un bâtiment armé en paquebot pour leur plus grande sûreté à Louisbourg; le commandant de cette place les enverra à Halifax, lorsque l’on aura rassemblé, conformément à la capitulation, le peu de Francais et Canadiens que vous pouvez avoir prisonniers depuis le commencement de cette guerre; je m’en rapporte sur le nombre à votre bonne foi et je réclame nommément la Force, Canadien qui aurait dû être renvoyé par la capitulation du fort de la Nécessité (c’était un des prisonniers faits quand Wasington avait assassiné M. de Jumonville); je vous demande de le faire conduire à Halifax pour être échangé avec les vôtres que j’enverrai à Louisbourg. J'aurai grand soin du capitaine Fesch, qui est resté pour otage de la capitulation, ainsi que du capitaine blessé que j'ai déjà envoyé à Montréal avec un chirurgien et tous les secours possibles. Je joins à cette lettre une que j'ai l'honneur de vous écrire à l’occasion du lieutenant-colonel Young, ce qui vous prouvera la haute estime que j'ai pour V. Exc. (Dépôt de la guerre, volume 3,457. pièce 124.) »
Les conditions souscrites par Monro furent discutées par Webb et par Loudun ; ce dernier accusa même Montcalm d’avoir livré les prisonniers aux Sauvages. [l savait pertinemment le contraire, mais la bonne foi anglaise ressort une fois de plus de ce fait, et le général capable d’un tel crime ne craignit
pas d’en accuser un homme incapable de lavoir même conçu. Finalement, le roi d'Angleterre refusa de donner sa sanction à la capitulation. Il prit pour prétexte le massacre opéré: par les Sauvages, trop juste représaille des forfaitures des Anglais à leur endroit et qui n'aurait pas eu lieu si les Anglais avaient observé les conditions imposées par les Français. L'évènement déplorable, que nous avions tout fait pour prévenir et dont nous avions atténué autant qu'il était en nous les conséquences, était dû aux mauvais procédés antérieurs des Anglais, à leur manque de foi envers les Sauvages et plus que tout le reste à la peur qui amena la débandade dans leurs rangs et leur fit perdre la juste notion de la conduite à tenir. Ceci empêcha l’échange des prisonniers.