‹ les grands hommes en robe chambre cesarChapitre 17 sur 26 · G LES GRA.NDS HOMMES · texte numérisé non relu

G LES GRA.NDS HOMMES

heur, braver le péril, défendre la liberté?

Je louerai, j'admirerai votre vertu, et je m'offre à vous servir de chef, à coaibattre avec vous. Jusqu'à ce que vous ayez éprouvé la fortune dernière de la patrie, — et, à propos de patrie, votre patrie, à vous, ce n'est ni Adrumète ni Utique c'est Rome, qui plus d'une fois, par sa propre grandeur, s'est relevée de chutes bien autrement funestes ; — il vous reste pluisieurs chances de salut, plusieurs motifs

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de sécurité. Le principal, c'est que vous faites la guerre à un homme qui n'agit pas d'après sa volonté, mais par les circonstances, et que ses affaires entraînent à la fois de tous côtés. L'Espagne, révoltée contre César, a embrassé le parti du jeune Pompée. Rome elle-même n'a pas

encore complélement accepté un joug auquel elle n'est pas accoutumée. Elle se cabre contre la servitude, prêle à se soûlever au moindre changement. Ne fuyez pas le danger, maïs au contraire instruisez-vous par l'exemple de votre ennemi lui-même, qui, en vue de commettre les plus grandes injustices, prodigue tous les jours sa vie, sans avoir comme vous pour terme d'une guerre dont le succès est incertain, ou une vie de félicité si vous êtes vainqueurs, ou la plus glorieuse mort si vous succombez dans l'entrepri e. Au reste, délibérez -en entre vous, eu priant les dieux que, pour prix de la vertu et du zèle que vous avez fait paraître jusqu'à présent, ils conduisent à bonne fin les résolutions que vous avez prises.

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Aiûsi parla Catoa. Ce ne fut pas trop de ses discours et surtout de sou exemple pour agir sur les esprits de quelques-uol d'entre eux, mais le plus grand nombre cepiDndant, à la vue' de cette noblesse da oœur^ de cette humanité et de oetie in4ré»

pidité^ oublia le danger de la situation et regarda Gaton comme un chef invincible»

Tout pouvoir lui fut donc remis.

-Mieux vaut, dirent- ils, tïiotirîr en obéissant à Caton que de sauver nôtre Yîe

en trahissant une si parfaite vertu.

Un des Trois-Cents proposa de x^fyài%

h lilierté aux esclaves, et presque toute l'assemblée se réunit à cet avis.

Mais Caton s'y opposa, liri.

— Cela, dit-il, n'est ni juste ni légitime.

Si leurs maîtres eux-mêmes les affranchissenti j^ recevrai dans ma troupe, et cela Lien volontiers, ceux qui seront en âge de porter les armes.

Aussitôt plusieius âe levèr^ût disant :

— Nous dpunoDs la liberté au» nôtres.

«- C^egt Hejà^ dit Cl*too, faites eoregis^ trer les déclarations.

Et les déclarations furent enregistrées.

Sur ces entrefaites, Caton reçut des lettrès de Juba et de Scipion.

Juba s'était réfugié dans les montagnes, n'ayant point encore tenté sa fatale entreprise sur Zama.

Il s'informait à Caton de ce que lui, Caton, était résolu de faire»

— Si tu dois abandonner Utique et me venir rejoindre, disait-il, je t'attendrai ; si tu veux y soutenir un siège, j'irai t'y joindre avec une armée.

Quant à Scipion, il était à l'ancre sur un promontoire, non loin d'Utique, et il attendait là^pour savoir quel parti Caton prendrait.

Caton retint les messagers qui avaient apporté ces lettres jusqu'à ce qu'il fût bien certain du parti que les Trois-Cents prendraient.

Mais bientôt le conseil s'était divisé en deux camps.

Les sénateurs de Rome qui, à quelque

prix que ce fût, voulaient s'asseoir sur leurs chaises curules, étaient pleins d'en-^

tbousiatma et prêts à tous les dévoû-^ «lents.

Ceux-là avaient, à la suite du* discours de Calon, affranchi et enrôlé leurs esclaves*

Quant aux autres, c'étaient des marchands, des. spéculateurs trafiquant sur la mer ou faisant la banque et ayant leure principales richesses dans leurs esclaves.

Ceux-là oublièrent bien vite le discours de Caton et le laissèrent filtrer à travers leur esprit.

« il est, 4U Pbitarque, ie» corps i^i:0ft- ^Iml la ebftleur «wsitôt qu'il» là nt^êoi

EN lOBl DK CHAMBRB 302^

et qui s$ refraîdisae»t dès qu'oo le3 éloigne du feu. Tels étaient ces hommes échauffés par la présence de Caton, Tant que Caton était lô, qu'ils l'avaient sous les yeuX) qu'il parlait^ qu'il les encourageait» tout allait à m^veilla^ mais^ laissés à leiu*s propreis réflexions, la craiiite quo leur inspirait Gésar chassait de leur cc9ur tout le respect qu'ils avaient pour Caton et sa vertu* »

Et, en effet, voici ce que disaient ces hommes :

^ Bù somma, <iui sommes-aoui par fioui-Hiièmes et à qui refusonsHOOuS d^o-^ béir ? N'est^cfi pas ea César que se ooncen*- Im Aiqottfîd'imi iofitek pniasattoagamaiiig?

SL04 LES GlUNDS UOMMES

Aucun de nous n'est un Pompée, ni unScipion, ni un Caton. Nous sommes des marchands, qui n'avons aucun renom que ce-

lui d'honorables trafiquants. Nous n'avons en politique aucune placé ni prise ni à prendre; d'où vient donc que, dans un temps où tous les hommes cèdent à la terteur et se ravalent plus qu'ils ne devraient, nous choisissions ce tenips, nous autres ctiétifs, pour combattre en faveur de la liberté de Rome, prétendant, insensés que nous sommes, soutenir . dans Utique la guerre contre celui devant qui Caton et le grand Pompée ont pris la fuite en luiabandonnant l'empire du monde? Que faisonsnous? Nous affranchissons -nos esclaves pour combattre contre César, et nôusHooiê^ mes, pauvres esclaves; que nous sommes,

il ne nous reste de liberté que ce qu'il plaît à César de nous en laisser. Revenons donc d'une pareille folie, estimons-nous pour -ce que nous sommes, et pendant qu'il en est temps encore, ayons recours à la clémence du vainqueur et envoyons-lui demander de nous recevoir en grâce.

Et remarquez bien que c'étaient les plus modérés qui parlaient ainsi, les autres ne disaient rien, mais n'attendaient que Toccasion de mettre la main sur les sénateurs et de les livrer à César.

Ainsi les plus honnêtes de ces dignes marchands, qui eussent regardé, en temps de paix, comme une honte de ne pas faire honneur à leurs engagements, les plus honnêtes étaient ceux qui ne rêvaient qu'une lâcheté.

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