‹ les grands hommes en robe chambre cesarChapitre 20 sur 26 · LES GUA.NDS HOMMES · texte numérisé non relu

LES GUA.NDS HOMMES

toi d'abord que nous demanderons la clémence de César. Si tu ne te rends pas à nos prières, eh bien! nous n^accepterons pas de grâce pour nous-mêmes, et nous combattrons pour T amour de toi jusqu'au dernier soupir.

Mais soit que Caton n'eut pas grande confiance dans la foi punique, soit qu'il ne voulût pas entraîner avec lui tant d'hommes dans l'abîme, il donna de grands éloges à <îette bonne volonté qu'ils lui manifestaient; mais il leur conseilla en même temps de députer au plus tôt vers César, afin d'assurer leur vie.

— Mais, ajouta-t-il en souriant d'un sou-

rire triste, mais résolu, ne demandez rien pour moi. C'est aux vaincus qu'il convient d'injplorer le vainqueur ; c'est aux coupables qu'il convient de demander pardoû. Qnaût à naoî^ tton-^éulement j'«i été invincible, toute ma vîe^ mais je suis encore aujourd'hui vainqueur autant que je le voulais, car j'ai sur César l'avantage de l'honnêteté et de la justice. C'est lui qui est véritablement pris et vaincu, car ses desseins criminels, ses desseins contre sa patrie, ses desseins qu'il niait autrefois, les voilà aujourd'hui publiquement reconnus.

Les Trois-Cents ne demandaient pas mieux que d'avoir la main forcée Aussi,

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sur les instances de Calon, se décidèrenlils à faire leur soumission à César.

Cela était d'autant plus urgent que César marchait sur Utique.

— Bon, dit Caton en apprenant cette nouvelle, il paraît que César nous traite en hommes.

Puis, se tournant vers les sénateurs:

•— Allons, allons, ditril, il n'y a pas de temps à perdre, mes amis, il s'agit de pour« voir à votre retraite tandis que les cavaliers sont encore dans la ville.

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En conséquence, il donna à Finslant mêiûe Tordre de fermer toutes les portes, excepté celles donnant sur le port, distribua les navires entre les fugitifs, veillât à ce que tout se passât sans confusion, prévint les troubles presque inséparables d'une retraité précipitée et fit donner à ceux qui étaient pauvres la nourriture gratis pour tout leur voyage.

Cependant la nouvelle arriva qu'une autre fraction de l'armée de Scipion était eu vue.

Cette autre fraction se composait de deux légions^ lesquelles étaient commandées ' par Marcus Octavius.

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Marcus Octavius campa à une demilieue à peu près d'Utique, et de là fit demander à (]aton comment il comptait régler avec lui le commandement de là ville.

Caton haussa les épaules sans rien répondre au messager, mais se retourn^ant vers ceux qui Tentouraient :

~ Faut-il s'étonner, dit-^il, que nos affaires soient si désespérées, quand nous voyons chez nous Tambition de commander survivre à notre perte même ?

Sur ces entrefaites, on vint annoncer à Caton que les cavalieTs partaient^ mais,

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en partant, pillaient les citoyens et emportaient leur argent et leurs objets précieux, comme dépouilles opimes.

Gaton s'élança aussitôt dans la rue, courant sur les différents points où s'opé*rait ce pillage.

Caton atteignit les premiers, el leur arracha des mains le butin qu'ils avaient fait.

Aussitôt, les autres, honteux.de leur conduite, abandonnèrent ce qu'ils avaient pris, et tous se retirèrent pleins de confusion et les yeux baissés.

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Ses amis embarqués, les cavaliers hors de la ville, Caton rassemble les Uticéens, les suppliant de se maintenir en bonne harmonie avec les Trois-Cents, et de ne

point, les uns contre les autres, exciter

Fennemi commun. Puis il retourne au port, jette un dernier adieu à ses amis qui déjà gagnent la haute mer, trouve son fils qui avait fait semblant de consentir à s'embarquer, mais qui était demeuré au contraire sur le port, le félicite au lieu de le blâmer, et le ramène chez lui.

Chez Caton, vivaient dans l'intimité trois hommes :

Le stoïcien Appollonides et le péripathéticîen Démetrius.

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Le troisième était un jeune homme nommé Statylius, qui se vantait d'une force d'âme à toute épreuve, et qui prétendait que quelque chose qui arrivât, il ne resterait pas au-dessous de Timpassibililé de Caton lui-même.

Cette prétention de l'apprenti philosophe faisait sourire Caton^ et il disait a\xi deux autres :

— C'est à nous, mes amis^ de guérir l'enflure de ce jeune homme et de la réduire à des proportions réelles^

Au moment où, après avoir passé une partie de la journée et la îiuit tout ontière

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sur le pof l d'Utique, Caton rentrait chez lui, il y trouva Lucius César, parent de César, délégué par les Trois-Cents pour aller intercéder en leur nora près du tainqueur.

Le jeune homme venait prier Caton de l'aider à composer une harangue qui pût toucher César ei amener le salut commun.

— Quant à ce qui vous regarde, lui

disait-il, laissez-moi faire ; quand je Hm-

î plorerai en votre faveur, je me ferai gloire

de baiser ses mains et d'embrasser ses

genoux.

Mais Caton l'arrêta court.

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— Si je voulais, lui dit-il, devoir la vie à la clémence de César, j'irais le trouver, et seul ; mais je ne veux pas avoir d'obligation au tyran pour des choses sur lesquelles il n'a aucun droit. Car de quel droit donnerait-il, comme un Dieu, la vie à ceux qui ne dépendent point de lui? Au reste, ceci posé, et moi excepté du pardon géméral, examinons ensemble ce que tu Teux dire en faveur des Trois-Cents.

Et il aida Lucius César à composer son discours^ après quoi il lui recommanda ses amis et son ûls.

— Ne vous verrai-je donc pas à mon retour? demanda la jeune homme.

— Peut-être serai -je parti, répondit Caton.

— îi le reconduisit, lui fit ses adieux, et rentra à la maison.

Là, comme s'il eût commencé ses der* nières dispositions^ il appela son fils, auquel il défendit de se mêler, d'une façon quelconque, des afiaires du gouvernement.

-- L'état des choses, dit-il,ne permet de

rien faire qui soit digne de Caton, Mieux

vaut donc ne rien faire du tout, que quel-

. que chose qui soit indigne de notre nom.

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Vers le soir, il alla au bain.

Dans le bain, il se souvint de son jeune philosophe Slatylius,

— A propos, mon cher Appollonides, ^ s'écria-t-il, je n'ai pas revu notre stoïcien,

ce qui me prouve qu'il aura cédé à tes instances, et qu'il se sera embarqué! Il a bien fait de s'embarquer; mais il a mal fait de s'embarquer sans me dire adieu.

— Allons donc, répondit Appollonides, Il n'en est rien, au contraire. Il est, malgré notre entretien, resté plus entêté et plus inflexible que jamais. 11 déclare qu'il restera pt fera tout ce que fera Caton.

C'est ce que nous verrons ce soir, dit Caton.

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