CHAPITRE TBBNTE-SIXlàllB
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Sur ces entrefaites^ Butas rentra.
On l'arrêta dans le vestibule pour lui annoncer la nouvelle qui répandait la joie dans toute la maison.
Lui aussi crut alors, comme tout le
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monde, qu'il n'y avait plus rien à craindre de ce côlé-là.
Il entra donc chez Caton.
— Ahl dit cejiïircj,; je t'attendais avec impatience.
Me voici) répondit Butas.
— Tu as été au port^ tu t'es informé ?
-Oui.
— Eh bien?
EN BOfiE Dis CU/VMBUK 2G5
— Eh bien, tous sonl partis, excepté CrassQs, que quelques affaires ont retenu, mais qui, dans un instant, va s'embarquer.
~ Et le temps?
— Il fait grand vent; la mer est terrible"; c'est une véritable tempête.
— Hélas I fit Gaton, songeant à ceux qui étaient en mer.
Puis, après un instant :
^ Retourne au port,* dit-il à Butas ;
266 LES ORANDS DÔMMES.
vois si quelques-uns ne sont pas restés, et s'ils ont besoin de/ secours, avertis-moi.
Butas sortit.
Comme les coqs commençaient à chanter, c'est-à-dîre vers une heure du matin, Caton se rendormit pendant quelques instants.
Il attendait le retour de Butas.
Butas revint et lui dit que les environs du port étaient parfaitement tranquilles.
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Alors natoD lui commaDda de se retirer et de fermer la porte de sa chambre.
Et en lui disant cela, il se remit au lit, — car il s'était levé pour recevoir Butas, -^ il ise vesfàt m liA, comme pour y passer le Teste la nuit*
Mais la porte fut à peine refermée derrière Butd6, que Caton tira son épée, et se l'enfonça un peu au-dessous des côtes.
Seulement l'enflure de sa main, et la douleur (ju'il en éprouvait, l'empêchèrent de
porter un coup assez assuré pour que la mort suivit intantanément.^
En luttant contre cette mort; 4}ui me
â68 LCS GRANDS UOMM£S
voulâîl pas venir et qui envoyait à sa place la douleur, Gaton tomba de son lit sur le plancher, et renversa un .tableau à tracer des figures de géométrie.
Au bruit que fit le tableau en tombant, les esclaves chargés de veiller poussèrent un grand cri.
Le fils et les amis de Caton s'élancèrpnt aussitôt dans sa chambre.
Ils virent alors Gaton se roulant à terre tout souillé de sang ; ses entrailles étaient presque tout entières sorties du corps, et cependant il vivait encore et avait les yeux tout grands ouverts.
EN nOBE DE CHAMBRE ~2C9
ÂlorSi on appela à grands cris Gléanthe, qui arriva.
Pendant ce temps-là, on avait soulevé Caton, et on l'avait replacé sur son lit.
Cléanthe examina la blessure. Elle était affreuse ; mais les entrailles n'étaient point offensées^ de sorte qu'il fit signe d'avoir bon espoir.
Puis, reprenant les entrailles, il les fit rentrer dans la blessure et recousit la plaie.
Tout cela s'était fait pendant un évanouissement de Caton.
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Mais Cûton revint à loi, et, au for ei £^ mesure qu'il reprit ses sens, reprit aussi la conscience de ce qui s'était passé.
AlQrs/furi^iH ^3 voir qu'il vivAdVençoro»
il repoussa violemment le médecin, rouvrit la plaie, déchira ses entrailles de ses mains et expira.
La nouvelle de cette mort se répandit
avec une effroyable rapidité. En moins de temps qu'il n'en eût fallu aux personnes de la maison pour en être instruites, les Trois-Cents, réveillés au milieu de la nuit, étaient déjà devant la maison.
Un moment après, tout le peuple dUti que y était assemblé.
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C^étaient des cris inouïs, des clameurs confuses.
Tous, d'une commune voix proclamaient Caton le bienfaiteur, le sauveur, le seul homme libre, le seul homme invincible, et cela à l'instant même où Ton apprenait queCésar n'était plus qu'à quelques milles.
Mais ni Fenvie de flatter le vainqueur, ni l9 désir de traiter avec lui, ni les querelles^ qui les divisaient, ne purent affaiblir le respect qu!ils avaient pour Caton. ils jetèrent sur son corps leurs plus magnifiques manteaux, lui firent des obsèques splendides, et n'ayant pas le temps de le brûler et de recueillir ses cendres, ils renterrèrent au bord de la mer, à l'en-
Hl'i trs GRANDS HOMMES
droit même où, du temps de Plutarque, OH voyait encore une statue de Catoa tenant une épée à la main.
Ce ne fut que le dernier devoir des funérailles accompli qulls s'occupèrent de leur salut et de celui de la ville.
Caton était âgé, de quarante-huit ans.
Ce que Ton avait dit- de rapproche de César était vrai. Apprenant, par ceux qui venaient se rendre à lui, que Caton et son fils restaient dans Utique, et paraissaient résolus à ne la point quitter, il jugea que ces hommes au cœur sloïque méditaient quelque dessein dont il ne pouvait lïe
EN ROI» DE CHAM^aS ^"73
rendre compte, et comme au bont du compté il avait une haute estime pour Gaton, il venait d'ordonner que Ton marchât aussi vite que possible sur Utique,
lorsqu'on vint lui annoncer que Caton était mort et de quelle façon il était mort.
César écouta avec une douleur visible le récit de celte terrible agonie.
Puis, lorsque le narrateur eut tout dit :
~ Caton, s'écria César, je t'envie la mort, car tu m'as envié mon pardon.
Caton laissait un fils et une fiUe.
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Le lîls, nous Tôvôfts Vu jouer un tôle dans le drame de la mort pbternelle, et ce rôle, tout de douleur, ttie semble devoir exciter la sympathie pour ce mâlheureuK jeune homme qu'écrasait un si graad nom.
Maintenant les historiens lui reprochent une passion que Ton ne pouvait certes pas reprocher à son père : un trop grand amour pour les femmes.
Us citent à Tappui de ce reproche le trop long séjour que le jeune homme fit en Cappadoce près du roi Marphadate, son ami.
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Ce roi Marphadate avait une fort belle femme que l'on appelait Psyché, c'est-àdire âme.
Aussi, disait-on de lui et de Marphadate : Marphadate et Porcius, deux amis, une seule âme.
On disait encore : Caton est noble et généreux ; il a une âme royale.
Sans doute n'était-on si sévère pour le jeune homme qu'au souvenir de la rigidité de son père.
Au reste, sa mort effaça bien cette lé-
S70 us GRANDS HOMMES
gère tache de sa vie, que je regrette de ne pas trouver dans celle de Gaton.
À Phîlîppes, il combattait avea Brutus et Cassius contre Octave et Antoine.
Voyant l'armée en déroute, il ne voulut ni fuir, ni se cacher, mais défiant les vainqueurs, ralliant les fuyards, il fit face à l'ennemi et se fit tUer en combattant, si bien qu'Octave et Antoine eux-mêmes rendirent hautement Justice à son courage.
Sa fille, nous la connaissons aussi, c'est Porcia, la femme de Brutus, celle qui se blessa avec un rasoir pour obtenir le secret de son mari, qui prit part à la conjuration, et qui, apprenant la perte de la
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bataille de Pbilippes et la mort de son époux, s'étrangla avec des charbons ardents.
Quant à Statylius, qui avait juré de suivre en tout l'exemple de Caton, il s'était saisi de répée du mort et allait se précipiter dessus, lorsqu'il en fut empêché par les Philosophes.
Il mourut à Pbilippes avec Caton le fils.