‹ LES GRANDS HOMMES EN ROBE DE CHAMBRE CESARChapitre 10 sur 25 · L£S GRANDS HOMMES · texte numérisé non relu

L£S GRANDS HOMMES

La pourpre à la mode était la plus vive et la plus forte en couleur.

Lui portait la pourpre sombre et presque couleur de rouille.

Tout le monde prêtait à douze pour cent par an, c'était le taux légal.

Quand nous disons tout le monde, nous disons les honnêtes gens, les autres prêtaient comme chez nous à cent et à deux cents pour cent.

Lui prêtait pour rien, et quiplfuefifi»! qAiand Fargent lui manquait ^ il donufit, pour rendre service à un ami et même à un étrfioger qu'il criiyait lieBQÀte bonme^

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upe lerre qu une uiçiisop afin que le trésor y prît hypothèque.

La guerre des esclaves éclata : son frère, Cepion, commandait un corps de I^ille hommes sous Gellius ; Caton partit comme simple sqld^l. et alla rejoindre soi» frère;

Geiiius lui décerna le prix de la bra- Youre, et réclama pour lui des honneurs considérables.

tâton refusa, disant qu'il Savait rien fait qui méritât aucune distinction.

On rendit une loi qui défendait aux câiididats d'ayoir près d'eux des nomenclaleurs : Caton briguait la charge de tribun (^0S soldats.

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Il obéit à la loi, et, dit Plutarque, il fut le seul.

Plîitarque ajoute, avec sa naïveté habituelle :

< Il vint à bout; par un effort de mémoire, dé saluer tous les citoyens, en les appelant chacun par son nom. Et il déplut par là à ceux qui Vadmiraient ; plu9 ils étaient forcés de recotmaître le mérite de sa conduite^ plus il leur fâchait de ne pouvoir Vimiter. »

^ Nous avons dit qu'il marchait toujours à pied.

Voici quelle était sa manière de voyager.

Dès le matin, il envoyait son cuisinier et

son boulanger à la halte de nuit ; si Gaton avait dans la ville ou dans }e village un ami ou une personne de sa connaissance, ils allaient chez cette personne, sinon à Tauberge, où ils lui préparaient à souper.

S'il n'y avait pas d'auberge, ils s'adressaient aux magistrats, qui logeaient Gaton par billet de logement.

Souvent les magistrats ne voulaient pas croire à ce que disaient les envoyés de Gaton, et les traitaient avec mépris parce qu'ils parlaient poliment, n'employant ni cris, ni menaces.

Alors, en- arrivant, Gaton ne trouvait rien de prêt. Voyant cela, sans aucune

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plainte, il s'asseyait sur son bagage et disait :

— Que Ton m'aille chercher les» angi^ trats»

Ce qui faisait que l'on contipuwt ç^le prendre pour un homme timide, au (Je. condition inférieure.

Cependant les magistrats venaient, et lui, d'habitude, leur adressait cette re-^ monlrance :

— Malheureux ! quittez C6S manière»

dures avec les étrangers, car ce Hfe feront pas toujours des Caton que vous recevrez chez vous, et tâchez d'émousser par vos prtvfenaoees-le pouvoir d'homiflês qui né

EiV m%fi t)E CHAMBRE èll

eberchent qu'un prétexte pour vous enleter. de force ce que vous ne leur aurez pas donné de bon grô.

Faites-vous ' une idée de ce qu'étaient ces magistrats qui s'étonnaieiit qu'un cttisinler et un boultnger ne leur parlassent pas avec cris et menaces, et qui venaient

humblement recevoir les remontrances du

maître assis sur ses bagatfes:

C'est que ces magistrats étaient des pro- Vinciaux, c'est-à-dire des étrangers, et que cet homme assis sur ses bagages était un citoyen romain.

Voyei oe que l'on faisait pour un simple affranchi.

il2 LES GRANDS HOM|i£S

L'anecdote est curieuse, et rappelle Taventure de Cicéron revenant de Sicile, et croyant que Rome n'est occupée que de lui.

En entrant en Syrie/ et comme Gaton, voyageant ainsi qu'à son ordinaire, à pied au milieu de ses amis, et même de ses serviteurs a cheval, approchait; d'Àntioche, il il vit un grand nombre de personnes rangées en haie aux deux bords du chemin.

C'étaient , d'un côté, des jeunes gens vêtus de longues robes ; de l'autre, des enfan ts splendidement parés.

Des hommes étaient à leur (tète, vêtus de blanc et portant des couronnes*

A cette vue, Gaton ne douta pas un seiil instant que tout cet appareil ne fût pour lui, et qu'Àntioche, sachant que Gatpn se préparait à faire halte dans ses murs, ne lui eût préparé cette réception.

Il s'arrêta, fit descendre ses amis et ses serviteurs de leurs chevaux, murmura contre son boulanger et son cuisinier qui avaient trahi son incognito, et prenant son parti des honneurs qu'on allait lui rendre, en se disant à part lui qu'il n'avait rien fait pour les provoquer, il s^avança vers toute cette troupe.

Alors un homme, tenant à la main une baguette et ayant sur sa tête une couronne, quitta ceux de la ville, et venant au-devant

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de'Caton, qui s'apprêtait à le recevoir et à répondre à sa harangue :

— Bonhomme, lui dit-il, n'aurais-tu pas rencontré le seigneur DemetriuS; et nB pourrais-tu pas nous dire s'il est encore bien loin?

— Qu'est-ce que le seigneur Demetrius?

demanda Caton un peu désappointé.

—Comment, demanda l'homme à la baguette, tu ne sais pas ce que c'est que le seigneur Demetrius?

r- Non, par Jupiter! répondit Caton.

— EJi bien, mais c'est l'affranchi de Pompée-j!e-<5raiKi I

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Catôn baissa la tête, et passa fort méprisé des députés d'Antioche.

Il ne connaissait pas Demetrius !

Cepeiîclant une grande douleur Tattendait, et l'âme du stoïque allait être mise à une cruelle épreuve.

Caton était à Thessalonique lorsqu'il apprit que son frère Cepion était tombé

i»9ila4« k Bflus, ville de Thvm^ ^^ à l'emfepiîphuFfi (Je TEbr^.

. Caton courut au port ; on se rappelle que ce frère était la seule chose qu'il aimât au monde.

La mer était agitée par une violente

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tempête^ et il n'y avait pas dans le port un

seul vaisseau capable de tenir la mer par

pareil temps.

* Gaton, suivi de deux de ses amis et de

trois esclaves, se jette dans un petit navire marchand, et avec un bonheur inouï, après avoir failli vingt fois d'être submergé, arrive à Enus juste au moment où son frère venait de mourir.

 cette nouvelle, à la vue du corps* de son frère, il faut rendre cette justice à Caton, le philosophe disparut pour faire place au frère, et au frère désespéré.

Il se jeta sur son corps, et le serra enire ses bras avec les démonstrations de la plus vive douleur.

EN nOB£ DE CHAMBRE

« Ce rCestpas tout^ dit Plutarque, comme si la vraie douleur de Caton était dans ce qui va suivre, il fit^ pour les funérailles de son frère y des dépenses extraordinaires ^ prôdi^ gua les parfums j brûla sur le bûcher des étoffes précieuses^ et lui éleva , sur la place publique d*Enusi ^^ tombeau de marbre de Thasos^ qui lui coûta huit talents. »

Quarante-quatre mille francs environ de notre monnaie.

Il est vrai que César prétendit que Caton avait passé au tamis les 'cendres de son frère pour en retirer Tor des étoffes précieuses qui avaient été fondues par le feu.

Mais on sait que César n'aimait pas

Caton , et puis César était si mauvaise langue!

Au reste, Pompée vengea Caton avec usure du petit désagrément qui lui était arrivé en entrant à Anlioche le jour où on lui àVisiit demandé des nouvelles de Deroe- Irius.

Pompée était à Éphèse lorsqu'on lui annonça Caton.

Dès qu'il l'aperçut il se leva de son siège et alla à sa rencontre , comme il eût fait pour un des personnages principaux de

Rome.

Puis, le prenant par la main, il l'embVassa, lui fit devant lui toutes sortes d'é-

Ij

loges, et de plus grands encore lorsqu'il se fut retiré.

Il est vrai que quand Caton annonça son départ à Pompée , celui-ci qui avait Thalûiude de retenir les visiteurs par toutes

«ûrtra d'insistances, ne dit pas un mo^ poui^ (Ranger la résolution du voyageur.

» % Et môme, ajoute Plularque, il xxi 5on litfjMrf avec joie. »

Pauvre Caton !

De retour à Rome, il brigua la questure et l'obtint.

(iette charge de questeur avait principalement pour but de constater l'emploi qui

avait été fait des finances de l'État et de regarder les mains et les poches de ceux qui les avaient manipulées.

Or, voici ce qui arrivait :

Les nouveaux questeurs n'avaient naturellement pas la moindre notion de ce qu'ils avaient à faire; ils s'adressaient, pour les renseignements, aux employés inférieurs qui, stationnaires, étaient, par la longue pratique de leur charge, mieux instruits qu'eux; mais ceux-ci avaient in-> térèt à ne rien changer, de sorte que les abus continuaient.

Il n'en fut pas ainsi de Gaton.

Il ne se mit sur les rangs qu'après avoir

étudié à fond les lois questoriales.

Aussi, dès son entrée en charge, vit-on que Ton allait avoir affaire à un véritable questeur.

n réduisit ces scribes contre lesquels^ quatre-vingts ans plus tard, Jésus devait tonner d'une si terrible manière, à n'être que ce qu'ils étaient en effet, c'est-^-dire des agents subalternes.

Alors, il y eut une ligue de tous ces gens-là contre Gaton.

Mais Caton chassa le premier qui fut convaincu de fraude dans le partage d'une succession.

Un autre, ayant supposé un testament, Gaton le mit en justice.

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C'était an ami de Ca tulus.

De Ca tulus, vous savez, de ce même Catulus tenu par tous pour un si honnête

homme.

. GaUihis supplia Caton de faire grâcôé

Caton fut inexorable.

Comme Catulus insistait :

— Sors d'ici, lui dît Câton, ou jô tê fais chasser par mes licteurs.

Catulus sortît.

Mais tant la corruption était enracinée, Catulus n'en défendît pas moins le coupable/et comme il voyait que, faute d'une

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voix, son client allait être condamné, il envoya chercher en Utière Marcus Lollius, un des collègues de Caton, qui n'avait pas

pu venir étant malade.

Le suffrage tie Marcus Lollius sauva l'accusé.

Mais Caton ne voulut plus se servir de cet homme pour scribe, et refusa obstinément de lui payer ses appointements.

Ces exemples de sévérité brisèrent l'orgueil de tous ces concussionnaires; ils sentirent le poids de la main qui s'appe-* santissait sur eux.

Ils devinrent aussi souples qu'ils avaient été rebelles et mirent tous les registres à la disposition de Caton.

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