CHAPITRE VINGT-UNIEME
A partir de ce moment, la dette publique n'eut plus de secrets.
Caton fit rentrer tout Targent qui était dû à la république, mais aussi il paya tout ce que la république devait.
Ce fut un grand bruit et un grand étonnement dans toute cette population romaine, habituée au tripotage des hommes d'argent, quand elle vit que les agioteurs^ qui avaient bien cru ne jamais être obligés de payer au trésor ce qu'ils lui devaient, étaient obligés de rendre gorge , tandis que des citoyens qui avaient des créances du trésor et qui, croyant ces valeurs perdues, n'avaient pas pu les vendre à moitié prix, étaient intégralement payés de ces créances.
On mit, et c'était justice, tous ces bons changements sur le compte de Gaton, et le peuple, qui voyait en lui le seul honnête homme de Rome, commença de le prendre en grand respect.
Ce ne fut pas tout.
Restaient les égorgeurs de Sylla.
Au bout de quinze à vingt ans d'impunité, ces égorgeurs se croyaient hors d'atteinte et jouissaient avec tranquillité d'une fortune sanglante et facile , puisque bon nombre de têtes avaient été payées jusqu'à douze mille drachmes, c'est-à-dire jusqu'à dix milla francs de notre monnaie.
Tout le monde les montrait du doigt, mais personne n'osait les toucher.
Gatou les cita, les uns après les autres, devant les tribunaux, comme détenteurs des deniers publics, el il fallut que ces misérables rendissent tout à la fois l'or et le sang.