I^S GRANDS HOMMES
distribution de blé dont le prix égalait sept millions de notre monnaie.
Toutes les précautions de César n'avaient point empêché qu'il en fût accusé.
Trois voix s'élevèrent contre lui.
Celle du questeur Novius Niger.
Celle du tribun Vettius.
Et celle du sénateur Curius.
Curius était celui qui avait le premier donné avis de la conspiration, et, parmi les conjurés, nommait César.
Vettius allait plus loin.
Il Soutenait que non-seulement César était lié à la conjuration de parole, mais par écrit.
César lâcha le peuple sur ses accusateurs.
Novius fut mis en prison pour s'être porté juge d'un magistrat plus élevé que lui.
Yettius eut sa maison envahie et pillée; on jeta ses meubles par la fenêtre, et peu s'en fallut qu'on ne le mît en pièces.
Rome, au milieu de tous ces conflits, était fort troublée.
Melellus, qui venait d*être nommé tri-^
\Zi LES QRA^nS HOMMES
bun, proposa de rappeler Pompée à Rome, pour le mettre à la tele des affaires.
C'était demander un nouveau dictateur.
César, qui connaissait l'incapacité de Pompée cojnme homme politique, se réunit à Metelius.
Peut-être n*ôtait-il point fâché de créer un précédent.
Gaton seul pouvait résister à une pareille alliance.
Il alla trouver MeteUus.
Mais au lieu d'aborder la question aveq sa brutalité ordinaire, il l'attaqua doucemept, priait plutôt qu'il D'Qwgeail;, et en-
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tFemêlant ses prières de louanges sur h maison de Metellus, et lui rappelant qu'elle
avait toujours compté parmi les soutiens
à» raristooratie,
Metellus cfut cjuq Caton avait peur, et s'entêta.
Caton se contint encore quelques instants.
Mais la patience n'était pas sa vertu; il éclata tout à coup et se répandit en menaces confre Metellus.
Meteftus vit bian qu'il fallait avoir recours à la force.
Jli fit venir m Qselftves à Home, et dit à
César d'y doimer rendez-vous à ses ^a^ diateurs.
César, qui avait fait combattre six cent quarante gladiateurs lors de son édilité, en avait conservé un dépôt à Capoue.
Tout grand seigneur romain avait ses gladiateurs à cette époque, comme au moyen-âge tout comte, duc ou prince avait ses b ravis.
Nous avons vu les gladiateurs faire à eux seuls cette révolution qui mit jusqu'à vingt mille hommes sous les ordres de Spartacus.
Seulement) le sénaC a rendu utie loi ^ar
EN ROBE DE CHAMBRE i37
laquelle nul ne pourra garder dans Rome plus de cent vingt gladiateurs.
Cette résistance à Gaton se faisait publiquement.
La veille du jour où la loi avait été proposée, quoiqu'il sût parfaitement le péril qu'il avait à courir le lendemain, Gaton soupa à son ordinaire, et, ayant soupe, s'endormit profondément.
Minucius Thermus, l'un de ses collègues au tribunat, vint le réveiller.
Tous deux se rendirent au Forum, accompagnés d'une douzaine de personnes seulement. *
Sur fo roHté, iU recueillit^ent cinq ou six
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amis qui venaient au-devant d'eux pour les prévenir de ce qui se passait et les avertir de se tenir sur leurs gardes/
Eu arrivant sur la place, le danger de^ vint visible.
ts Forum était rempli d'esclaves armés de bâtons, et de gladiateurs avec leurs sabres de combat.
AU haut des degrés du temple de Castor et PoUux étaient assis Metellus et César.
Des esclaves et des gladiateurs couvraient les degrés.
Alors, s'adressant à César et 4 NftteUw^ : — . A\4^a9i^w 9t lÔ6)i«s à te f<N»l teur
EN nOBB DE CHAMUUE 139
cria Caton, qui, contre un homme nu et sans armes, avez réuni tant d'hommes armés et cuirassés I
Puis, haussant les épaules en signe de mépris du danger par lequel on avait cru rintimider, il s'avança, et commandant qu'on lui fît place, à lui et à ceux qui le suivaient , il commença à monter les degrés.
On lui fit plape en ejQTet.
' Haki à Im seul.
Il n'en monta pas moins.
Il tirait Thermus par la main; mais avant d'arriver sous le vestibule, il fut obligé 40 l'ab^qnn^.
i40 LES GRAMOS HOMMES
Enfin, il parvint en face de Metellus et de César.
Il s'assit entre les deux.
C'était le moment ou jamais d'utiliser leurs sbires.
Peut-être allaient-il le faire, quand tous ceux sur lesquels le courage commande Fadmiratioû commencèrent de crier à Caton :
— Tiens ferme, Caton, tiens ferme I nous sommes là, nous te soutiendrons.
César et Metellus firent signe au greffier de lire la loi.
Le greffier se leva^ commanda le si-^
lence; mais au moment où il allait commencer sa lecture, Caton lui arrache la loi des mains.
Metellus, à son tour, Tarrache des mains de Caton.
Caton Farrache de' nouveau des mains de Metellus et la déchire.
Metellus savait la loi par cœur ; il s'apprête à la dire au lieu de la lire.
Mais Thermus, qui avait rejoint Caton et qui avait, sans être vu, passé derrière Metellus, lui met la main sur la bouche et Fempêche de parler.
Alors, César et Metellus appellent à eux les gladiateurs et les esclaves.
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Les esclaves lèvent leurs bâtons, les gladiateurs tirent leurs épées.
Les citoyens jettent de grands cris et se dispersent.
César et Metellus s'éloignent de Caton, ^ qui, isolé, devient un but : on lui jette è la fois des pierres du bas des degrés et du toit du temple.
Murena s'élance, le couvre de sa toge, U prend 'k hrùs le corps et Teiitratee datos le temple, malgré"ses efforts pour rester sottS le vestibule.
Alors Metellus ne doute plus du succès.
Il fait signe aux gladiateurs de l^mettre
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leurs épées âux fôut^reaux, aux esclaves d'abaisser leurs bâtons.
Puis, profitant de ce que ses partisans restent seuls sur le Forum, il essaie de faire passer la loi.
Mais , aux premiers mots , il est interrompu par les cris :
— A bas Metellus I à bas le tribun f
Ce sont les amis de Caton qui reviennent à la charge ;
C'est Caton lui-même qui sort du temple;
C'est enfin le sénat qui, honteux de son silence, s'est assemblé et a décidé de venir en aide à Caton.
Alors, une réaction s'opère.
César a prudemment disparu.
Metellus s'enfuit, quitte Rome^ part pour TAsie et va rendre compte à Pompée de ce qui s'est passé au Forum.
Pompée pense à ce jeune homme rigide qui Test venu visiter à Éphèse , et murmure :
— Je n^ me suis pas trompé, et il est bien tel que je Tavais jugé.
Le sénat, tout joyeux de celte victoire que Caton avait remportée pour lui, voulait noter Metellus d'infamie.
Caton s'y opposa.
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Il obtînt qu'on ne fît pas cette injure à un citoyen si distingué.
Ce fut alors que César, voyant qu'il n'y avait rien à faire pour lui à Rome, s'était fait nommer préteur et était parti pour l'Espagne.
Nous l'en voyons revenir et solliciter le consulat.