CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
Les rivaux véritablemeDt sérieux se retrouvaient donc en face, et la grande lulte allait commencer.
Entre :
iPompëëy qui représentait rarisiocratie|
150 LES C^UANI>$ HOMM£S
César, qui représentait la démocratie;
Crassus, qui représentait la propriété;
Caton, qui représentait la loi;
Et Gicéron^ qui représentait la parole.
Chacun, comme on le voit, avait sa puissance.
D'abord, il s'agissait |de savoir si César serait ou ne serait pas consul :
Trois hommes se présentaient pour le constilat, ayant des chances sérieuses :
Luceius, Bibulus, Céss^rir
César avait payé ses dettes^ mais reve-
m H0»£ D£ CHAMBRE 151
uail les mains à peu près vides ; il ne fallait pas compter sô faire nommer à moins de deux ou trois millions.
Crassus lui avait prêté cinq millions au moment de son départ. Il avait pensé qu'il n'avait pas besoin de se gêner avec lui. Il ne les lui avait pas rendus : ce n'étaft donc pas à lui qu'il fallait s'adresser.
Oh! une fois nommé consul, chacun viendrait de kii-même au-devant de lui.
• Mais Crassus attendait prudemment.
Cependant les deux hommes influents, Pompée et Crassus, ne lui étaient pas opposés.
ISO LES fiiuNr, aoj„u5s
César, qui re^ jq gg^ puissance sur eux ^ coup de maître.
^^s Taffaire des gladiateurs, ils
^^^/iti>rouiUés.
(;ésar les raccommoda, sinon sérieusement, du moins solidement :
Par les intérêts.
Puis il alla trouver Luceius.
— Vous avez de Targent, lui dit-il, j'ai de rinfluence, donnez-moi deux millions, et je vous fais nommer.
— En é tes-vous sûr ?
^'J*en répondSé
EN ROBE I>S CHAMBRE i53
Envoyez prendre chez moi les deux .s*
César avait bonne envie de les envoyer prendre tout de suite ; il craignait que Luceius se dédît.
Par pudeur, il attendit la nuit.
La nuit venue, il envoya prendre Tardent dans des corbeilles.
Lorsque César eut l'argent, il fit venir
les interprètes.
Les interprètes étaient des agents de cor* ruption chargés de faire prix avec les meneurs de la multitude.
^ Mettez-vous en campagne, leur dit'-il^
154 I^ GRANDS UO|fM£Si
en frappant du pied les paniers qui rendaient un son métallique, je suis riche, et veux être généreux.
Les interprètes partirent.
Cependant, Gaton avait Tœil sur César.
Il avait apphs de quelle façon il s'était procuré de l'argent, et comment et dans quelles conditions le pacte s'était fait.
Il s'était rendu chez Bibulus, et se trouvait là avec tout ce qui faisait opposition à la démagogie dont César était le représentant»
Nommons les principaux conservateurs de râpoque :
Cétaieut Hortensius, Cicéroo, Pison, Pontius Aquila, Épidius, Marcellus, Ccesotius Flavius, le vieux Considius, Varron, Sulpicius, qui, une première fois, avait fait manquer le consulat à César, et enfin Lucullus.
D était question du succès qu'avait eu César au Forum et,dans la basilique Fulvia.
Il s'était présenté avec la toque blanche et sans tunique.
— Pourquoi sortez-vous sans tunique?
lui avait dit un de ses amis qui Tavait rencontré dans la rue Régia.
— Ne faul-il pas, avait répwwiu César, que je montre mes bleissures 9ji peuple?
ib(i LES GRANDS HOMMES
Quatorze ans plus tard, c'était Antoine qui montrait au peuple les blessures de César.
La nouvelle qu'apportait Gaton était déjà connue.
Ces mots : César a de l'argent, étaient tombés comme la foudre au milieu de l'assemblée.
C'était Pontius Âquila qui en avait donné avis ; il le savait par le diviseur de sa tribu.
Varron avait, de son côté , annoncé la réconciliation de Crassus avec Pompée.
dette double nouvelle avait jeté la cons^ ternation dans Rassemblée.
£N BOBE DE CHAMBRE 157
Du moment où César avait de l'argent, il n'y avait pas moyen de s'opposer à son élection.
Mais on pouvait s'opposer à celle de Luceius.
Luceius nommé, ne faisait qu'un avec César-
Bibulus, au contraire, Bibulus, gendre de Caton, nommé à la place de Luceius, neutralisait l'influence du démagogue.
En apercevant Caton^ on se groupa autour de lui.
—• Eh bien? lui demanda-t-on de toutes parts.
1S6 tes âRlKDS dOMllEâ
— Eh bien, dit Caton, Ift ; prédicliôto de Sylla estBft trMn de se yéAlisêf^ et il y « ^ effet, dans ce jeune homme à la teinture lâche, plusieurs Marins.
— Que faire ?
— La circonstance est grave, dit Caton; si nous laissons arriver au pouvoir cet ancien complice de Catihna, la république est perdue.
Puis, Comme â'il eût craint que là perte de la république ne fût point une cause suffisante d'énergie pour quelques-lins*des assistants :
-—'Mais, ajoula-t-ii, c'est non-seulement la république qui est perdue, mais ce soiït
tous vos intérêts qui se trouvent en danger; ce sont vos viiks, vos statues, vos tableaux, vos piscînfes, vos vieux barbeaux que vous nourrissez avec tant de soin, votre argent, vos richesses, votre luxe auxquels il faut dire adieu; tout cela est pro* mis d'avance en récompense à ce peuple qui vote pour lui.
Alors, un certain Favonius, ami de Ca-
ton, proposa une accusation en corruption de suffrage.
On avait trois lois pour soi.
U loi Aufidia, qui condamne lé corrupteur à payer tous les ans trois mille sesterces à chaque tribu*