CHAPITRE yiNGT-TROISIEME
XXIU
Le droit de guerre de l'antiquité, surtout
dans les premiers temps de Rome, ne lais-
saiV aucune propriété aux vaincus.
le territoire conquis était divisé en trois parts :
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La part des dieux ;
La part de la République;
La part des conquérants.
Cette dernière part était celle qu'on partageait aux vétérans, et dans laquelle on établissait des colonies.
La part des dieux était attribuée aux temples, et gérée par les prêtres.
Restait la par{ de la République, Âger publieus.
On juge lorsque toute l'Italie, après l'Italie, la Grèce, la Sicile, l'Espagne, l'Afrique, l'Asie furent conquises, on juge c«
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que dut être cette part de la République. Cet Âger publicuê.
Ce fut çà et là un immense apanage qui resta inculte.
Apanage inaliénable, que la République ne pouvait vendre, mais louer seulement.
Quel était l'esprit de la loi qui mettait ces terres en location?
De faire des espèces de petites métairies pour des familles agricoles qui feraient suer à cette riche terre^ d'Italie deux ou
trois moissons par an.
De faire enfin ce qui se fait en France
depuis le morcellement de k propriétéi
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que trois ou quatre arpents pussent nourrir une famille.
11 n'eo fut pas ainsi.
Gela, on le comprend bien, donnait trop ds peiilie aux agents^ de la République.
Puis, le moyen de réclamer des pots de Vin pour deis locations de deux ou trois arpents?
On afferma par grands lots de trois ou quatre cents arpents.
On alferlna pour eîftq<et dix ans.
Puis, les fermiers s*aperçurent qu'il y avait une chose qui occasionnait moins de
dépenses, et qui rapportait plus que Tagriculture ; c'était le pâturage.
On mit les terres en prairies, et Ton y fit pâturer les moutons et les bœufs.
!l y en eut qu'oA ne se donnft pas même
la peine de mettre en prairie, et Ton y
parqua des porcs.
Il y avait encore un autre avantage.
C'est que pour labourer, ensemencer, récolter un champ de quatre cents arpents, il eût fallu dix chevaux et vingt serviteurs.
Pour gârdef trois, quatre, cinq, sîs lifcfupeaux, il tie fhllait que trois, quatre, cinq , six esclaves.
Les redevances, au reste, se payaient à la République, comme elles se paient aajourd'hui encore en Italie, en nature.
Cette redevance était :
Pour les teiTes susceptibles d'être ensemencées, du dixième; >
Pour les bois, du cinquième;
Pour les pâturages, d'un certain nombre de tètes de bétail, selon le bétail qu'ils devaient nourrir.
Or, on paya bien les redevances telles qu'elles étaient mentionnées; seulement, quand il^ut évident que l'on gagnait da* vantage à faire dôS élèlref C|tt'à labourer^
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on acheta le blé, Tavoine, le bois ; on paya avec le blé, Tavoine et le bois achetés, et Ton récolta des bestiaux en place des moissons.
Peu ii, peu, les baux de cinq ans se^changèrent en baux de dix ans, les baux de dix ans en baux de vingt ans ; et de dix années en dix années, oh en arriva aux baux emphythôotiques.
Les tribuns du peuple, qui avaient vu vers quel abus marchait un pareil état de choses, avaient bien, autrefois, fait passer ime loi par laquelle il était défendu de détenter plus de cinq cents arpents de terre, et dé posséder en troupeaux plus de cent têtes de gros bétail, et cinq cents de menu.
174 LES GRANDS HQMMES
La même loi ordonnait awx feroiiprs de prendre à leur service un certain nqmbre d'hommes libres, pour inspecter et surr veiller les propriétés.
Mais rien de tout cela ne lut respect^.
Les questeurs reçurent des pots de vin et fermèrent les yeux. .
Au lieu de cinq cents arpeqts, ptr dos transactions frauduleuses, et en mettant reioédwit «i|r la tèto d^amj»^ tm to eut mille 9 deux mille , ^Ix fpiUe ; au Um 4e cent tête^ de gros bétail et ^a <mq «CAts de meûu, cinq reota^ miUe^ qmuf^ cmtt.
Les surveillants libres furent éloi|;ïiés, sous prétexte de service wil^^tair^ : qiwl
était le questeur assez mauvais citoyen pour ne pas approuver une pareille désertion au bénéfice de la patrie ?
On ferma les yeux sur l'absence de surveillants, comme on les avait fermés sur le reste.
Les esclaves qui n'étaient point appelés à porter les armes multiplièrent tout à leur aise, tandis qu'au contraire la population libre, continuellement décimée, alla s'anéantissant, et l'on arriva à, ce que les plus riches et les plus honorables citoyens, fermiers de père en fils depuis cent cinquante ans, finiren t par se regarder comme propriétaires de ce terrain, qui, en réalité, et comme l^indiquait son titre, appartejiait à la nation.
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