LES GR4NDS HOMMES
Or, jugez quels cris jetaient tous ces faux propriétaires lorsqu'il était question, comme mesure de salut public, c'estrà-dire pour force majeure , de résilier des baux sur lesquels reposait toute leur fortune... et quelles fortunes ?
Les deux Gracchus y laissèrent la vie.
A son retour d'Asie, Pompée avait déjà menacé Rome d'une loi agraire; lui, ne ô'inquiétait pas du peuple; Pompée, représentant de l'aristocratie, s'en souciait assez peu ; il croyait avant tout à Farmée, et voulait doter ses soldats.
Mais il avait naturellement trouvé un opposant dans Qcéron.
Cicéron, Thomme des demi-moyens, rOdilon Barrot du temps, avait proposé, lui, d'acheter des terres et non de les partager ; il employait à cet achat cinq ans des nouveaux revenus de la République.
Disons en passant que Pompée avait plus que doublé les revenus de TÉtat; il les avait portés de cinquante à cent trentecinq millions de drachmes, c'esl-à-dire d'une quarantaine de millions à cent huit millions.
Or, la différence, pendant cinq ans, faisait environ trois cent quarante à trois cent cinquante millions.
Le sénat s'était élevé contre la proposition de Pompée, et avait, comme on disait
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du temps du gouvernement constitutionnel, passé à Tordre du jour.
César arrivait à son tour, et reprenait la question où elle avait été abandonnée.
Seulement, il joignait les intérêts du peuple à ceui de l'armée.
Cette nouvelle prétention fit grand bruit.
On craignait la loi agraire sans doute^ tant d'intérêts se rattachaient à ces abus des baux emphythéotiques dont nous avons donné une idée.
Mais ce que l'on craignait surtout, Caton le dit plus haut, c'était la popularité gigantesque dont jouirait celui qui viendrait à bout de rappliquer...
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Et il faut le dire, il y avait une énorme chance que celui-là fût César.
La loi de César était la meilleure qui eût encore été faite, à ce qu'il paraît.
Nous avons sous les yeux l'histoire du consulat de César, par Dion Dassius, et voici ce que nous y lisons :
« César proposa une loi agraire qui était exempte de tout reproche. Il y avait alors une multitude oisive et affamée qu'il était essentiel d^occuper aux travaux de la campagne : d'ua autre côté, l'Italie devenant 4e plus en plu» déserte, il s'agissait de la repeupler,
» César y arrivait sans faire aucun tort
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à la République ; il partageait YAger publieus et particulièremeot la Gampanie à ceux qui avaient trois enfants et davantage; Gapoue devenait une colonie romaine.
» Mais comme YAger publieus ne sufllsait pas, on achetait des terres de particuliers au prix du cens, avec l'argent rapporté par Pompée de la guerre contre Mithridate, vingt mille talents, -^ cent quarante millions. — Cet argent devait être employé à fonder des colonies, où trouveraient place les soldats qui avaient conquis FÂsie. »
Et en effet, comme on le voit, il y avait peu de chose à redire à cette loi, qui contentait à peu près tout le monde, excepté le séDat, qui craignait la popularité de César.
EN ROBE DE CHAMBRE ISl
Elle contentait le peuple, à qui l'on faisail*une*magnifique colonie dans un [des plus beaux sites et sur une des plus riches terres d'Italie.
■\ Elle contentait Pompée, qui y trouvait
raccomplissement de son désir, c'est-àdire la récompense|de son armée.
Elle contentait presque Cicéron , à qui Ton empruntait l'équivalent de son idée.
Seulement, on se rappelle que l'on avait fait nommer Bibulus collègue de César, afin que le sénat eût en lui l'incarnation de la résistance systématique.
Bibulus s'opposa systématiquement à la ioL
César ne voulut point d'abord employer la force.
Il fit supplier Bibulus par le peuple,
Bibulus résista.
César résoltil d*attAqaer \é t&Qre&u par les cornes, comme dit le proverbe moderne, êl comme devait lé dire quelque proverbe ancien.
Il lut la loi en plein sénat.
Puis, quand il Tout lue, il interpella alternativement tous les sénateurs.
Tous approuvèrent la loi de la tête et la repoussèrent duTot©.
Alors César sortit, et appelant Pompée :
— Pompée , demanda-t-il , tu connais ttia loi, tû TâpproùveS; mais la soutiendras-tu?
— Oui, répondit hautement Pompée.
— Maïs de (pieltefaçotït demaùda César.
— Oh ! sols franquîlle, répondît Pompée; car si quelqu'un l'attaque avecTépée, je la soutiendrai ayec Tépée et le bouclier.
César tendit la main à Pompée,
Pompée lui donna la sienne.
Le peuple applaudit en voyant ces deux
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vainqueurs s'allier dans une question où il était intéressé.
En ce moment, Crassus sortait du sénat*
n vint à Pompée, avec qoi nous avons dit que César l'avait réconcilié.
~ S'il y a alliance, dit-il, j'en suis.
— Eh bien ! dit César, joignez vos mains aux nôtres.
Le sénat était perdu.
Il avait contre lui la popularité, c'est-adire Pompée.
Le génie, c'est4-^ire Çéian
Uargent, c*est-à-dire Crassus.
De cette heure data Fère du premier triumvirat.
La voix de ces hommes réunis valait un million de sufirages.