‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 10 sur 12 · III · texte numérisé non relu

III

Les deux points de vue que nous venons de carac tériser, et qui correspondent aux deux formes essen tielles de la vie chrétienne, coexistent encore daai l'Eglise de nos jours. Le premier est celui d'un granc nombre de chrétiens qui pensent reconnaître dans h second l'invasion de l'esprit du siècle. Us diraient volontiers aux fidèles dont la piété prend cette couleur comme les chrétiens circoncis disaient à Pierre : « Vo vues sont relâchées : en abandonnant la sévère disci pline de la lettre, vous quittez peu à peu le terrain d l'Ecriture : demain, vous aurez cessé d'être chrétiens c< Tu es entré chez des incirconcis et tu as mangé ave eux », (Act. XI, 2, 3). Us semblent ainsi se faire u devoir de méeconnaître que le point de vue qu'ils vi poussent est non-seulement selon l'Evangile^ mais qu' est réellement le point de vue définitif, le seul qu permettant de tenir compte de toutes les parties de J vérité, et de les unir entre elles, demeure sans reî triction scripturaire. Et pourquoi donc le repoussen ils? Pourquoi, qu'on me permette ,de le dire, pourqu<

L*ÙN1TÉ CHllÉTlfclVlflE. 1^

&d recoeilient-ils pas soigneusemetit, sur cette ques* tiOh, tous les témoignages de TEvangile ? Pourquoi, au lieu de s'en prendre à eux-mêmes, de sonder, ated plus d'attention, TEcriture, et .de rechercher si lés chrétiens dont ils rejettent les vues ne se trouveraient pas plus près qu'eux du centre de la vérité , pourquoi se croient-ils autorisés à leur prescrire les conditions auxquelles ils veulent bien les reconnaître pour frères? Ils ne suivent pas Jésus avec vous. Que vOtiB importe, pourvu qu'ils le suivent? Ou plutôt, Mda vous importe ; car vous pouvez vous convaincre qu'Us te suivent selon l'Évangile. Et comme toute grâce, toute lumière descend du Père des lumières (Jacq. I, 47), vous ne sauriez vouloir faire moins que les fidèles de Jérusalem : vous ne sauriez vouloir prêter une oreille moins attentive aux choses qu'ils ont à vous dire, ni vous refuser à « bénir Dieu » pour la manière dont il s'est manifesté à leur esprit. Les < faibles » ne sont pas appelés à moins de toléranee envers les « forts a que les « forts » envers les » &ibles^ »

Je le sais : le second point de vue que j'ai caractérisé et que j'appelle spirituel est encore, sous bien des rapports, celui de l'avenir. Mais, envoyant le nombre des chrétiens qui l'embrassent augmenter chaque jour, comment ne pas marquer sa reconnaissance envers Dieu pour l'action qu'exerce son Esprit sur les membres

* Je me sers de ces expressions dans le môirie sens que t>aal.

1<^0 L^UISITÉ CHRETIENNE.

de nos Eglises ? Que ceux qui suivent cette directw ne cessent donc de rester humbles dans la possessU de la vérité, et qu'ils sachent, à l'exemple de Pai: occuper, de bon cœur, le dernier rang parmi les ei fants de Dieu. Et, s'ils se voient exclus du cercle c leurs frères, qu'ils se gardent de se séparer de la con munion d'aucun chrétien. Jésus, sans doute, recom mande aux siens de devenir semblables à des enfants c'est-à-dire d'être simples de cœur ou, si l'on vent, siu cères. Mais cette sincérité, cette simplicité intérieun est tout aussi grande chez Paul que chez aucun d( ses adversaires, et s'allie peut-être mieux avecum science sérieuse qu'avec l'absence de lumières. Néan* moins , l'orgueil est toujours à la porte ; et les chrétiens que j'ai en vue doivent se pénétrer d'une humilité d'autant mieux sentie qu'ils ont pu recevoit plus de grâces. Qu'ils se souviennent que leur respon sabilité est en proportion de leurs connaissances e que, s'ils n'ont pas de plus grand devoir envers la vé rite que de la manifester avec courage, ils n'en doi* vent pas moins user envers les « faibles » de tous le ménagements de l'amour. Que loin de contester à au cun chrétien sa part dans leurs communes espérances et sa place datis le cœur de Dieu, ils se rappellent leui propre histoire, et quels obstacles l'Esprit-Saint eut surmonter pour les conduire à une plus haute lii mière. Qu'ils se disent que les progrès qu'ils ont fait sont bien faibles relativement à ceux qu'ils ont encon

L^UNiré CHAl^TIENNK. Hi

^mtB ; que leurs adversaires pourraient les précéder ^tis la carrière, si les rôles se trouvaient changés ; ^e ce n'est pas en un jour qu'il nous est possible d'at- ^indre le but; que les moins avancés y arriveront à ^^Or tour, et que Tœuvre de Dieu à leur égard ne demeurera pas incomplète. L'homme est si naturellement intolérant que le chrétien lui-même ne s'élève que par degrés à cette tolérance divine qui caractérise Jésas^Christ. Chacun porte en soi le germe d'un perflécateur, d'un tyran : la charité n'a plus, dans le ooBor humain, son naturel asile. Mais pourquoi les (dos éclairés seraient-ils les moins tolérants? Les phiB avancés doivent savoir supporter davantage : lis pourraient l'être moins s'ils étaient mieux tolérés : le découragement de leur part serait donc fort k^ittte.

iSans doute, ceux de leurs frères qui rejettent leurs croyances sans un examen suffisant n'ont pas plus droit, dans leur opposition, que n'avaient les chrétiens circoncis dans leur résistance à Paul : et^ d'un autre côté, l'humilité, qui sied particulièrement aux «finis, » ne diminue en rien l'obligation dans laquelle ils se trouvent d'exposer patiemment la vérité à tous. Les devoirs, ici, sont réciproques. Si les « faibles » n'ont aucun lieu de se scandaliser de la liberté dont usent les « forts, » ceux-ci doivent, au même titre, respecter les scrupules des « faibles. » Et pourquoi donc verrions-nous encore les héritiers de \A

même iqfortune qu les enfants du môme pardon s« reuvoyer les uns ^ux autres ces anathèmes dont s'cjr maient les passions religieuses dans des siècles moim cultivés? Pourquoi ces accusations imprudentes q« formulait jadis la voix du préjugé viendraient-elle : injustement, attrister nos cœurs, jeter le désord^ dans les rangs des chrétiens, trahir leurs misèp^ devant la foule au préjudice de la vérité, et élo gner du christianisme des esprits sérieux qu'un ai çueil plus oi^vert aurait conquis à l'Evangile? N'ap prendronsrpous donc pas à parler des choses du cie d'une manière digqe d'elles et de nous, d'une ma nière sublime, et sans les tramer, pauvres chrétiens à travers cette poussière des passions terrestres qu en offusque si souvent le divin éclat à nos yeux î Ces impatiences charnelles, cette impuissance réciproque à laquelle on semble vouloir se réduire ^ n'auraieptrellès jamais cette signification : « Ce n'esl pas ?issez que cet homme suive Jésus-Christ pont que je le considère comme chrétien : il faut encore qu'il le suive à coté de moi, sous la bannière de mon parti, et en éppusanf, mes vues? » N'arrive-t-il jamais qu'où aspire, de Ja sorte, à iuiposer aux autres un Christ qui u'^st peut-être pas toujours celui de l'Evaogile, ou qu'on leur retire son affection, parce qu'ils ne sauvaient accepter, faute de raisons déterminantes, le système religjeux sous l'égide duquel nplr^ p^prit s'jspt formé ? ]pt u'§st-ce pas là autaul

L^Wté CHRETIENNE. 143

anaoindrir le christianisme que nléconnattre l'Esprit de Celui qui ue se manifeste pas moins au cœur des « forfs » qu'au cœur des « faibles? » Que dis-je ? N'a-t-on jamais vu de chrétiens poussés, par un zèle intempestif, à chercher leur gloire dans Tintolérance ? N'ena-t-on jariiais vu qui, croyant leur conscience intéressée à maudire, se sont fait une religion de la haine, et un devoir de fouler aux pieds le premier de tous les devoirs, le respect de la conscience? Que de souffrances causées, que de cœurs flétris, que de maux faits par l'intolérance dans Tenceiate d'une Eglise qui doit être, sur la terre, le lieu de la charité?

Si l'Eglise n'a de sens, de raison d'être qu'autant qu'elle demeure la lumière du monde, de quel exemple pourrait être sa conduite, tant que ses enfants donû^ront celui de l'intolérance? En manifestant leur feiblesse sous cette forme, que font-ils que se priver d^ k plus féconde des joies, neutraliser, en s'ap- P^^ijvrissant, Faction du Saint-Esprit sur eux, se rendre ttioins dignes dQ la confiance des cœurs droits, et fer- BE^er peu.lrétre le chemin du salut à plus d'un esprit disposé à le suivre ? Il y a plus : leur intolérance réci- Pt^CKpie semble autoriser celle du monde à leur égard. Car, non-seulement l'orthodoxie morte se montre jal l^ae de la manifestation d'une vie religieuse qui lui i ^st étrangère, et dont le développement menace son i> ^Bpos; de sorte qu'elle n'imagine pas de meilleur

ikk L^UMITB CHR^TIBNNE.

moyen de servir la cause de Dieu que d'en comprima Tessor : mais le monde a toujours fait preuve d'intol< rance à l'endroit de la piété sérieuse. L'indifférem ne tolère guère que Tindiffërence, et n'envisage pas c bon tBil, quand elle ne peut l'empêcher, l'accroissemfe de cette vie chrétienne qu'elle redoute par instincts n'est pas si rare de voir la foi morte et l'incréduU s'associer pour éteindre la foi vivante dans l'intérêt i l'Evangile, et se couvrir du nom de Jésus-Christ poi mieux parvenir à l'effacer du cœur de ceux qui li appartiennent. Ëh bien! nous semblons fournir de armes à cette intolérance étrange, quand nous çon testons le titre de frères aux chrétiens qui suivent Je sus autrement que nous.

Cependant, pour les vrais membres de l'Eglise le remède est à côté du mal. L'Evangile, qui sert d prétexte à leur intolérance , viendra progressivemec l'éteindre dans la charité. Us marchent sans dont vers le but. Mais l'état présent du monde religiea: n'en demande pas moins qu'ils marchent à plu grands pas. Que Christ devienne toujours mieux leu lumière et leur joie; qu'ils en contemplent, toi jours plus assidûment, l'image sainte dans TEvangilé qu'ils entretiennent avec lui des relations toujoui plus immédiates; et, loin d'imposer à leur vie spiri tuelle une forme étrangère, l'Ecriture contribuera piii^ samment à en affermir l'indépendance : l'Esprit dé ploiera sa vertu dans leur cœur d'une manière tout <

l'unité CHRETIENNE. 145

la fois plus divine et plus humaine, ou qui répondra mieux à la nature de leurs besoins. Et comme ils se renoontrerontles unsetles autres en Christ, quelque direc-^ tien religieuse qu'ils suivent , ils entretiendront aussi entre eux des relations pjus étroites, et s'élèveront réciproquement à de nouvelles lumières. Ainsi, se soutenant les uns les autres, ils jouiront des richesses actuelles dont l'amour fraternel est la source : la solitude que l'intolérance étend autour d'eux, et qui neutralise leurs efforts, sera toujours davantage remplacée par l'activité joyeuse qui découle de la communion des saints. C'est alors que, mettant en commun ce que leur existence a de plus intime, et se pénétrant nmtaellement, tous pourront se sentir vivre dans tous ; que la lumière se répandra librement dans les esprits, comme la paix dans les âmes ; que , les chrétiens ne mettant plus obstacle aux triomphes de l'Evangile, de grandes œuvres s'accompliront; que l'Eglise, gradaellement transformée, sera de nouveau en mesure de changer la face du monde; et que la vérité, glorifiée par l'union des « forts » et des « faibles, » rendra de plus en plus facile la formation « d'un seul troupeau. » Jour de délivrance et de victoire, jour du Saint-Esprit, puisses-tu te lever bientôt sur notre triste horizon, afin qu'on voie se former enfin, P^rminous, cette Eglise de l'avenir en germe dans tant de cœurs, présente dans tant d'aspirations, et qu'ap-

pellent tant de soupirs , qui éveille tant de si hautes

€(|i(^r^oc^s ! y ne tçlle p^rap^çtive doit) sans daut exciter notre z^le, nous entlfimpier d'un saint cpu^rag et ranimer notre f^pibition chrétienne. Ah I si pQ Qe pouvons iiussit^t pous él^iRcer dan^ la çarrjèr fiemapdons^ du moin^, à Dieu que les chrétiens d vi^pnenf df^ plus en plus le^ uns pour les autres qu'il est lui-mêipQ pour euxj que leur pensée s(B| «ouvellQ 2^u]^ sources de la charité; que leur upi BV^ç Christ, les unissant d© plps eq plus pntre ep prépare )eur « copsomna^tion d^ps l'^pL^opr » à gjpire de sop ^aipt nom. Qu'ainsi la voi^^ du « Ce fiol^teur p r§qQplace toujours pileux dans TEgl celle dô Tô^prit d'infolérapce ; et que nos frères tro vept désorp^eis, d^P& notre cœpr, un asile inyiolab etpip repipoirt assuré coptre toute attaque dont le caractère chrétien pourrait être l'objet.

Page 1