‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 9 sur 12 · C SECOKP JOVR DE l'eGLIS^E · texte numérisé non relu

C SECOKP JOVR DE l'eGLIS^E

l.raîiie des oonséqaences trop graves pour qae je n'éprouve pas le besoin de les signaler plus spédalemenl À notre altention. Mais, afin d'éviter toute exagéraiJon, ^açoDs-nous à un point de vue tout à fait gênéirokj el recherchcms quelle est l'influence de Topinion tsur les esprits qui se soumettent à ses lois. Nous pour- «XMI8 ainai tMmuler des oondusîons plus précises.

Qu'est doDC ensœ l'opinion? Une puissance invisible ^oi, marquant le m\'eau de la moralité générale, gou- "veme tous les esprits, et brise les résistances les plus, fières; qui détermine la nature de notre éducation, fait notre langage, frappe de stérilité nos aspirations les (dus élevées, et nous rend complices et victimes de Tesdavage de tous; en un mot, qui prétend à devenir notre religion, notre moi, et demeure souveraine jusque dans Tenceinte de l'Eglise de Jésus- Christ. On conçoit que de nobles cœurs s'élèvent contre cette royauté sans titres. Non sans doute que, pour cela, ils s'en rendent moins dépendants. Il peut arriver qu'on lui résiste pour foire parler de soi, qu'on la combatte par vanité, et qu'on encense l'idole par la manière dont on en repousse le culte ; il se peut même qu'où en sub^se d'autant mieux le joug qu'on se vante plus haut de s'en être affranchi. Il y a mille

manières de se soumettre à Topinion, une seule de lui résister véritablement.

Or l'homme qui, dans les questions relatives à sa destinée, fixe son regard sur Topinion, place nécessairement hors de lui la règle de sa conduite. Vienne le moment où il lui faut prendre un parti grave. Au lieu de consulter sa conscience, il cherche tout autour de lui des conseils. Le fantôme de l'opinion se dresse devant lui : il hésite d'abord à le suivre ; mais il en aperçoit le sourire, il en entend les sarcasmes, s'effraye de l'isolement dont il se voit menacé, et redoute la vengeance qui ne peut manquer de l'atteindre. Il hésite encore ; mais la voix brève du fantôme l'entraîne bientôt sur ses pas, et il ne lui reste, pour étouffer tout reproche intérieur, qu'à s'applaudir de sa sagesse. Or, en acceptant un tel guide, qu'at-il fait? Il a blessé sa conscience ; il en a flétri la délicatesse ; il est entré dans une voie où il se verra toujours davantage poussé à la réduire au silence. Comment , Je premier pas fait, ne se sentirait-il pas sollicité à faire tous les autres? Comment résister, quand. chaque Jour rend plus pressante la nécessité de se soumettre ? Braver l'opinion quand on lui a donné de tels gages? Mais ne serait-ce pas s'exposer au blâme universel? Aussi aime-t-il mieux demeurer dans la position la plus fausse que de déplaire à des personnes que peut-être il ne respecte pas, et se condamne-t-il à se mépriser lui-même pour ne pas pa-

JOUR M L'feuSB. 113

nttra se contredire k leurs yeox. Cesl ainsi qpi'en jouant svec la vérité, il se rend le jooet de la puissance la plus capricâeose. Et comme Topinion n'est anbeciiose que le jugement de toas, cdoi qui en devient TesdaTe s'expose à mettre son existence à la merci de tons. (Test de cette sorte que nous nous condamnons à vivre tovgours hors de nous-mêmes, que nous nous annulons les uns par les autres, que nous nous dépouillons de notre indépendance morale, ^e nous perdons notre réalité devant Dieu, et que nous ranpIaQons notre individualité native par un être de convention.

En se substituant à la voix intérieure ou en devenant notre consdence, Topinion nous prive donc du droit d'exercer sur nos semblables une influence réelle. Instruments ou moyens de tous, nous passons ainsi, sans laisser de traces, à travers la foule, dans les flots de laquelle nous ne tardons pas à disparaître. Notre existence ne frappe les regarda de ceux qu'elle n'attriste pas que comme une apparition sans vérité. L'habitude déjuger et d'agir l'œil fixé sur les autres substitue insensiUement Tàme de tout le monde à la nôtre. La sincérité vis-à-vis dé soi-même foit place à nn état de mensonge dont on a de moins en mmns conscience, et qui peut très bien finir par paraître naturel Ainsi se faussent tous les rapports de Texisience n^orale. En vain multiplions-nous les protestations, I^ cœurs sérieux, voyant que nous ne s(Mnmes que

114 LE SEC09D JOUR DE {.^éCLISE.

des ombres, passent à côté de nous en spupiranl : on finit même par ne plus prendre garde à nous. Avep notre valeur njorale, nous perdons notre (Jignité, et nous condamnons à une agitation stérile. Au lipu de la confiance dont nous pouvions jouir, nous nous voyons comptés pour rien. Les relations que nous avons formées, la direction qu'elles ont imprimée à notre vie nous font subir la tyrannie de situations qui peuvent nous sembler fatales. Et plus nous nous débattons sou§ l'empire des nécessités que nous nQug sommes créées, plus sq serre le pœud dont elles nous enlacent. Voilà à quel état d'impuissance la créature de l'opinion peut réduire cette vie humaine que l'f!vangile devait revêtir d'une vertu divine.

Oui, l'asservissement à l'opinion fait pénétrer l'en-: nui, c'est-à-dire la mort dans tous les rapports dft l'existence, dans les vies qui pouvaient être les plus riches, dans les cœurs destinés à devenir les plus profonds. Ainsi la paix, la confiance, la joie se sqnt iar sensiblement évanouies : les liens les plus doux n'offrent qu'un faible attrait : la famille, entrant dans )» voie des accommodements et des calculs, a perdu sa dignité, sa poésiei^ son charme ; et jamais on n'a mieux pu voir qu'il n'est pas de communion possible, d'intimes relations, de contact senti entre des âmes qus le culte de l'opinion a profanées. Aussi ce funeste esclavage, fortifiant l'empire des instincts inférieurs, rend-il toujours plus violent lei besoin cju'on éprouva

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^^H jouissances stériles que peut offrir le monde. Et P*Us la chair devient avide, moins le cœur a soif de * ^XHour, qui faisait sa volupté. La solitude intérieur^ ^^t le milieu le plus favorable au déploiement de tous *^s yicQs. C'est dans une âme vide que Tégoïsme se déchaîne avec le plus de fureur. Aucune nuit n'est comparable à celle qui règne au fond d'un cœur où sq sont éteintes les aspirations généreuses, où les sources de Tespérance et de Tamour semblent taries, et qui a perdu le sens des choses spirituelles : il ne possède plus la faculté de sentir son état ou de gémir sur le$ ruines qui le couvrent ; il s'est privé du pouvoir de s'épouvanter de son néant, et les mois les plus terribles tombent sur lui sans l'émouvoir,

Ainsi sacrifier, de quelque manière, à l'opinion la gloire de la vérité et la dignité de l'âme humaine , c'est s'exposer aux plus fâcheux compromis, porter atteinte à la divinité de son être, et livrer sa conscience en gage à l'ennemi. La conscience, ah ! comment lui rendre son énergie dans un siècle où ceux mêmes qui en prêchent le culte vont offrir à d'autres dieux une partie de leurs hommages? La résurrection de la conscience et son éducation à l'école de l'Evangile, la communion avec Dieu ou une religion vraiment personnelle, voilà le moyen d'unir progrès-

sivement, dans notre cœur comme au sein de TEglisé, la vérité et la paix. Sans doute, en entrant dans cette voie, vous verrez s'élever contre vous, indépendam7 ment du monde, un grand nombre de chrétiens, ceuxlà peut-être que vous aimez le plus, et aux suflFrages desquels vous attachez le plus de prix. Devant vous s'ouvrira une carrière de sacrifices, où vous pourrez souvent vous sentir sur le point de succomber au découragement qui viendra vous saisir. La croix marque partout le chemin de la gloire : tout apostolat est un martyre ; et c'est par le Calvaire que passe chaque enfant de la vérité. La persécution vous atteindra : non peut-être la persécution éclatante des lois, que le mouvement et la mise en scène rendent souvent moins difficile à supporter : mais cette persécution couverte qui vous attend jusque dans le cercle de vos relations, qui vous poursuit sourdement de lieu en lieu, vous prive de l'affection de vos frères, et travaille à vous exclure du sein de la famille de Christ. Rien ne vous paraîtra plus injuste que Tisolément auquel vous condamneront des chrétiens qui possèdent votre amour et votre respect. Rien ne vous affectera plus douloureusement que de voir se fermer à votre approche des cœurs qui vous appartenaient jadis. Vous souffrirez doublement de l'impuissance où l'on s'imposera l'obligation de vous réduire. Et cependant, pour peu que vous portiez vos regards au delà de l'heure présente, vous comprendrez que rien.

U SICOHD JOUE DE l'kLBB. H?

plus que ce qui vous afflige, ii*est au fond propre à vous fortifier. Paul se vit-il donc ukuhs persécuté que vous, et par des personnes qui possédassent moins son affection? Recula-t-il devant la perspective de Tisiolem^t qui rattendait? Et se montra-t-il moins courageioL à poursuivre son o^yre de lumière, parce qu'un certain nombre de chrétiens s'efforçaient de la ruiner? Aurions-nous encore besoin d*un plus auguste exemple? Oh ! sans doute, Jésus proclama la vérité avec une charité divine : il se bornait à confier au sol un germe dont le développement devait transformer peu à peu les conditions de Féconomie religieuse sous les lois de laquelle il vivait. Cependant, bien qu'il fiai seul, en précha-t-il moins l'Evangile aux hommes ? Se laissa- Wl arrêter par la crainte d'être méconnu, abandonné, trahi; par la persécution, la pauvreté, l'opprobre; par la haine des chrétiens de l'ancien mondé, et parla vue du supplice ? Et ne sommes-nous pas appelés à le suivre sur cette route de renoncements et de gloire, à devenir chacun, après lui, des témoins de la vérité (Jean XV, 20 j XVI, 2, 33), de& Christs parmi les chrétiens, Gt à porter sa croix, même, s'il le faut, dans l'Eglise? (Uatth. XVI, 24, 25.) Comment l'Evangile auraitril pu vaincre le monde, si les fers, si le bûcher avait fait dX{Hrer la confession du nom de Jésus, sur les lèvres des premiers disciples ? Et nous, qui devons à ces souffrances endurées, à ce sang versé pour noire cause, à toutes ces morts héroïques le bienfait de la vérité.

nous n'oserkms nous moùtrer les fils de nos illustres pères? Nous nous tairions par crainte de la rtralveil-» lance que nous pouvons rencontrer*? nous désertérionSj sans remords, notre divine bannière? Afe! mieux souffrir, s'il le faut, l'injustice que de privé! l'Eglise des bénédictions attachées à notre résistaticôj de trahir les intérêts de ceux mêmes qui nous condaB^ nent, de frustrer le monde du témoignage que la vérité réclame de nous, et de traîner, au sein d'un repos coupable, utle vie sans paix ni beauté.

A mmns d'aspirer, à l'exemple de Paul, à la possession pérsoniielliB de la vérité chrétienne, le domaine de la liberté spirituelle nous demeure toujours fermé Nous sommes appelés, chacun, à puiser « notre Evan gile » dans l'Evangile, ou à rechercher directemen l'intimité de Jésus. Qu'on veuille bien saisir ma pensée Si le christianisme que nous professons était vérifea blement nôtre, nous serions, par le fait, transformé; en missionnaires tians la sphère de notre activité naturelle. L'exercice de l'apostolat dont nous nous sentirions investis nous affranchirait graduellement de U servilité spirituelle dont le manque d'expérience chré tietitte est la source, et qui fait la force de la plupart des sectes. Un tel christianisme multiplierait les saints Pauls parmi nous, coînme il les multiplia au seizième siècle, rendrait nos oèuVres divines malgré notre obscurité, et nous permettrait de léguer au monde ud héritage incorraptible. Hieti n'est raré^ eomftie la vo-

a MCOND lOUR DIS L^BGUSI. ïl'O

ioâléy itaéffiô èliëz lé chrétien, qui. esf pourtant , pttt éicetléûOë, rhomine de là volonté. iSen qu'un \SStéiteii M[ns indépendance soit un être incompr^liieiiâibfô, beaucoup dé vrais membres de TËglise semr hteai encore timides à saisir cette liberté spirituelle tSpA est là plus hatite dé leurs obligations. Comment, défi tors j Vutïité pourrait*elie S'accomplir au fond déS.Êoètirst Ainâi trompés dans notre espoir, nous pouvons facilement prendre notre parti de Timpuissance que nous sommes appelés à vaincre.

Si l'exemple de Paul nous fait un devoir d'aspirer à la possession d'une foi indépendante, combien plus de secouer le joug d'un monde dont les jugements sont en si naturelle opposition avec nos besoins les plus élevés? Et de quoi donc s'agit-il que de savoir û nous sommes faits pour la vérité ou condamnés au néant d'une existence futile ? si nous sommes appelés à nous respecter dans les autres ou à leur montrer si peu de respect que de nous abaisser au culte de l'opinion? si nous voulons être les nobles fils de la conscience ou les vulgaires instruments du préjugé ? Qu'est donc l'homme moins la conscience, sinon un être qui a pôrdu la capacité de s'unir à la vérité, une fiction vivante, la forme vide d'une personnalité disparue? Et tant que son âme demeure esclave de la contradiction qui la flétrit, comment pourrait-il faire des œuvres qui s'imposent à la foule, et dirigent vers Tavenir les regards ? On ne saurait tra-

190 LB SECOND JOUR DE L^iGLISE.

vailler efficacement à la transformation de l'Eglise, è moins tout d'abord de se conquérir soi-même sur elle. Et si personne n'est apôtre qui ne possède pas la vérité.pour soncompte, tout chrétien qui s'est élevé, de la sphère de la foi commune, à des croyances personnelles, tout chrétien dont l'Evangile est vraiment U propriété ou que l'Esprit inspire, se trouve chargé dans le cercle où son influence s'exerce, de la ménL mission que saint Paul.

L'UNITÉ CHRETIENNK

ou

LA TOLÉRANCE ËVANGËUQUE.

• Le lendemain, Paul vint avec nous chez Jacques, où

• B*aB8emblèrent tous les an(iiens. Et, après qu*il les cul

• embrassés, il leur raconta en détail les choses que Dieu

• avait faites parmi les gentils par son ministîTc. Ce « qu'ayant eoteudu, ils donnèrent gloire à Dieu et di-

• rent : Frère, tu vois combien il y a de milliers de f Juifs qui ont cru, et ils sont tous zélés observateurs de

• la loi. Or, ils ont appris que tu enseignes à tous les

• Juifs qui sont parmi les gentils de renoncer à Moïse,

• leur disant qu'ils ne doivent pas circoncire leurs en- ■ fants, ni vivre selon les ordonnances de la loi. Qiie « faut-il donc faire r 11 faut absolument réunir la multi-

• tude ; car on apprendra que tu es arrivé. Fais donc ot « que nous allons te dire. Nous avons quatre hommes

• qui ont fait un vœu. Prends-les avee toi, et te purifie

• avec eux, et contribue à la dépense, afin qu'ils se

• rasent la tète, et que tous sachent qu'il n'est rien de w ce qu'ils ont entendu dire de toi, mais que tu conti-

• nues à garder la lot. • (Actes XXI, ti-34.)

Je vous ai fait voir, dans ma première Conférence/ que les souvenirs les plus imposants des membres de l'Eglise de Jérusalem, leurs habitudes religieuses, la nature de leur éducation, la forme de leur esprit devaient les retenir dans l'enceinte

122 l'unité CHRETIENNE.

du judaïsme. Bien que les progrès de l'Evangile parmi les païens eussent, sous certains rapports, modifié leurs croyances, ils n'en demeuraient pas moins attachés à la pratique minutieuse des observances légales, et s'envisageaient toujours comme les seuls enfants légitimes de la nouvelle Eglise. C'est ainsi qu'ils avaient élevé les plus graves accusations contre Pierre, à l'occasion de son entrée chez le pieux Corneille. C'est encore ainsi que, dans l'Eglise d'Antioche, la crainte des chrétiens juifs poussait cet apôtra à se séparer de ceux d'origine païenne. C'est ainsi enfin, qu'après son retour à Jérusalem, Paul se vil dans l'obligation d'accomplir un vœu dans le temple, pour détruire les doutes qui s'étaient formés sur son attachei](^ent à la loi. Les chrétiens de cette cité considérant l'Evangile comme la dernière pierre de l'édifice que la main de Dieu avait fondé au désert, leur intolérance était sincère. Cette intolérance trahissait donc le peu de clarté de leur foi, et devait d'autant affaiblir leur cause. Aussi le christianisme de la loi, transitoire de sa. nature, allait^il bientôt faire place à une forme plus évangélique de la religion de Jésus. « L'Evangile » de Paul était, au contraire, destiné à régner sur fa portion la plus considérable de l'Eglise apostoliquef, et devait insensiblement opérer la trans- Ibrmatiotî des croyances chrétiennes. Voilà pourquoi^ att moment ob if ptend la plume, saint Jean semble no phw cbttservet qtf'crn lointain souvenir de la grand©

^^ttè sMleyée^ar la prédication de saint Pânl/ lutta ^î paraît, d^nis^ longtemps, terminée à sôs yeuï. ï^ doctrine reponssée par TEglisè de Jérusalem comprenaît ainsi en réalité l'avenir du christianisme, taudis cpè celle qu^elle professait devait s'éteindre lorsque serait terminée l'éducation religieuse des chrétiens cir- ODncis. Alors donc, comme souvent, dans le domaine delà foij l'intolérance tenait au secours de lafaiblessif.

CJommé je l'ai itidiqué dans la seconde Conférence, les faits que je viens de rappeler sont loin d'être san^ rapport avec la situation intérieure ée l'Eglise de nos jours. Si l'intolérance des fidèles d'origine juive se trouvait en opposition avec l'esprit de l'Evangile, une tolérance qui introduirait le monde dans TEglise ou qui le tolérerait dans le cœur du chrétien ne serait pas moins contraire à la religion de Jésus. L'Evangile exclut simplement, du nombre des enfants de Dieu, les cœurs irrégénérés : il ne considère comme membre du corps de Christ que celui qui l'est réelleil^nt^ Mais, ce point reconnu, il faons est permis de demander si l'Église actuelle ne se verrait pas éipa^ sée à pratiq[iier une intolérance que le christianisme réprouve?

Ciomme je tiens particulièrement à être bien compris, je répète que je n'ai en vue que ce qui se passe dans \^ ëerde des vrais chrétiens. Les païens qne les

iik L'niITB CHR TIERRE.

fidèles de Jérusalem se montraient peu disposés d'abord à considérer comme des frères avaient, auss: bien qu'eux , reçu le Saint-Esprit : ils possédaient, ac même titre, les gages de la promesse, et ne se troavaient pas moins élus pour le jour de la gloire. Oj le Saint-Esprit manifeste sa présence dans le cœurdi rhomme par la vie dont il est la source. Toute âme qui, gémissant sous le poids de la misère du péché, se sentant condamnée par la loi divine, et ne pouvant trouver la paix en elle-même, a sincèrement imploré la miséricorde de Dieu, toute âme que la soif de pardon et de justice a conduite aux eaux de la grâce, compte parmi les membres de la famille de Jésus. Et de quelque faiblesse que puisse encore être entachée la vie d'un tel homme, quelques rudes combats qu*il ait à livrer à la ciiair, quelque lents que soient ses pas dans la route de la sanctification, il ne s'avance pas nK)ins vers le but. Ce n'est pas en vain que les bras paternels se sont rouverts pour lui : la reconnaissance lui a inspiré l'amour : en mettant le del dans son cœur, la joie a transporté le centre de sa vie en Pieu. Chaque jour lui enseigne mieux à poursuivre le péché à travers les déguisements qu'il peut prendre pour tromper son regard. Suivant ainsi, bien que de fort loin, les traces de Jésus, û devient de plus en plus un nouvel homme : en un mot, il se trouve sous la direction du Saint-Esprit.

Voilà ce c}ui, à mes yeux, distingue essentiellement

t'UNITK CHRKTmmK. 125

le chrétien de l'homme naturel; Or, dans les rangs de ces chrétiens du cœur desquels doit incessamment s'exhaler le parfum de la charité divine, se manifesté la même sorte d'intolérance que chez les membres de l'Eglise de Jérusalem. Je ne parle pas seulement de l'oeil dont peuvent encore s'envisager les diverses communions chrétiennes. Sans rappeler les étranges prétentions du catholicisme , il n'est pas si hors d'exemple que le progrès de» lumières peut le faire supposer de voir telle Eglise s'attribuer, de quelque manière, le monopole de la vérité, et pratiquer, sous celte forme, le fameux adage : « Hors de mon enceinte, point de sâlut. » Cependant, reconnaissons-le ; de nos jours, l'intolérance éclate moins encore d'église à église, que d'individus à individus dans le sein de chaque communauté. Les deux formes du christianisme que nous offre l'Eglise du premier siècle se sont, plus qu'on ne croit, perpétuées jusqu'à nous : et ^ïous avons montré qu'il est naturel que le chrétien, <^naine les apôtres, traverse d'abord la région de la ^i d'autorité, avant d'entrer en possession de la ^tté chrétienne. Il n'y a d'ailleurs, pour le fond, ^^tre les membres de l'Eglise de Jérusalem et lui, ^^xme seule différence ; c'est que ce n'est plus la loi "^ Moïse, mais bien la lettre de l'Ecriture qui forme ^^ point de départ. Il est plus d'une manière de « ju- ^sem dans le domaine du christianisme^ plus d'une '^Çon de le réduire à uû système d'autorité. N'est-il

1S6 l-'V9^i CBKtttgSOM.

pas vrai, en effet, que nous avons, ia plupart, cou mei^cé par voir dans l'Evangile, moins la révélatîo de la personne sainte de Jésus ou du moyen d'eç trer en rapport direct avec lui, que le recueil de s< ensejgnemapts, l'exposition de sa doctrine, le coc des lojs qu'il nous adonnées? Ainsi, peut-être à notr in^u, nous transformons le Nouveau Testament enu&i dogmatique, tombée de la bouche de Dieu, et qm nous confondons bient^ avec celle que nous tenons d( l'Eglise dans laquelle nous sommes nés. Il n'est p» étonnant que ce point de vue ne nous permette guè^i de pénétrer dans l'intérieur de l'Evangile. Que dis-je Nous pouvons même envisager, conune une suggestiai du malin, l'invitation qu'oa nous adresse de descendri jusqu'au fond de la vérité. Qui ne sait, hélas ! combiei il est facile de flotter à la surface de la Bible, ou de s'ar réter sur le seuil de la vie chrétienne? Notre attach€ ment à la lettre voile, à nos yeux, l'esprit de l'Evan gile, qui, très ordinairement, limite ou complète n passage par njx autre passage, éclaircit l'une aumoyç de l'autre ces pages immortelles, et nous porte, de 1 plus extérieure des directions chrétiennes dont eUa gardent la trace, jusqu'à la plus spirituelle. L'idé! généralement répandue que les écrits du Nouyeai Tesfament sont les tables de pierre du salut peut ta facilement conduire à pratiquer l'Evangile comme 1^ fidèles de Jérusalem pratiquaient la loi des rites. Je k i^iSf ofipeùt; $tre excellent chrétien et suivre en cela léui

v'imti (isiiiTimnt. 137

exemple. Mais il faut bien reconnaître que ce point de vue caractérise la première période du développement de la vie spirituelle. Dans cette période, en effet, on t s'en tiept exclusivement , comme les fidèles d'ori* i gine juiye,. ai}x mots isolés de TEcriture : on n'ose t. 4espendre au-dessous : on ne se croit pas autorisé à ï lire eutrje }e8 lignes, ni à tirer la moindre conclusion i qyi dépasse la sphère de la lettre. On marche à la li- \ âière des expressions bibUque^^ sur lesquelles on peut, n d'ailleurs, construire des systèmes plus ou moins arbitraires. Au lieu d'embrasser l'Evangile dans la totalité de ses éléments, dans sa beauté, sa divinité, sa 1 ripltesse, on en extrait, avec plus ou moins de r. ^if ces dlemi-vérités qui sont grosses d'autant, d'eri ^0ars^ G'es^ ainsi qu'on emprisonne, sous la lourde ^ure de la lettre, la liberté glorieuse que nous communique l'E^prit-Saint, op qu'on retourne, sous une ^utreforn^e, k l'esclavage de la loi. Or comme telest^ ^^Wdiiiair^, )e point dP vue du chrétien à son entrée ^s la vie spirituelle, tout « réveiU religieux naît plus

' CSela est si yrai que^ pour peu qu'on veuille en citer des exemples, ^li^ le ^onâlne de la science religieuse commç dan^ celui de la vie chr^ ^'^'^e. on n'éj^uve que rembarras du choix. Quiconque p08sè4e.<quelque ^^^'^W Géologique n'a, pour s'en convaincre, qu'à consulter ses souve- ||?^ Bappelons, néanmoins, en passant, dans la- seule tçhère dogmatique^ ™*erprétation officielle des passades sur lesquels l'Eglise romaine fait '^I^Ci^iiar s^ théorie des sacrements, ou dont elle appuie l'antoi^té du ****Up8iége (comme Matth. XVI, 18, 19) ; l'interprétation que l'Eglise lu- ^^*^i«ii!ie a donnée de Matth. XXVI, «6, 28, et des passages qui lui ser- ^^t^sontepir i'iostitution du bs^me des eniants; enfin, l'importancr ^^tisive que les Eglises réformées ont attachée aux passages relatif^ à ^«(Maatigit

,128 L^UNITK GRRÉtlBRlIE.

OU moins de la lettre, et, sans bien s'en rendre compte, fait du christianisme une religion d'autorité. Il n'y € rien là qui soit en contradiction avec le développement normal de la vie chrétienne. L'intolérance couk* mence quand, au lieu de suivre jusqu'au bout nos frères du premier siècle, nous nous arrêtons en chemin, que nous ne savons reconnaître l'Evangile que sous cette forme naïve, et que nous semblons vouloir exclure de la famille de Christ quiconque entretient avec lui des rapports plus personnels.

Et, d'ailleurs, est-il bien facile, au début, d'envisager l'Evangile sous un autre point de vue? La nature de réducation religieuse que nous avons reçue, les idées qui ont guidé nos premiers pas dans la via morale nous le permettent- elles à l'ordinaire? El comment, à moins d'un travail intérieur qui suppose autant d'expérience chrétienne que de culture intellectuelle , comment pourrions-nous donc nous élaver à un point de vue plus évangélique? Toute coaquête spirituelle est le fruit d'un sérieux labeur Cependant, dès que nous basons sur la Bible A&i conclusions de quelque étendue, à quels dangers m nous expose pas l'habitude de ramener l'Evangiti aux termes d'une loi ? N'est-il pas vrai, qu'en noiiî attachant à la lettre d'une manière exclusive, notui pouvons enfermer la vérité dans certains passages scripturaires qui frappent particulièrement notre es^* prit; sans nous douter qu'ainsi nous repoussons tons

œnx ^ lendraiwit à leur faire revoir une signifiatîni pfais spiritaelle? Et comme notre culture morale détermine souvent, à notre insa, le chcù de 008 passages, rien ne nous est plus fodle que d'attribuer au Saint-Esprit nos propres impressions, ou (pia d'investir TEcriture d'une autorité morte, qui met plosou moins obstade à ce que la vérité prenne vie aa dedans de nous. Et né sommes-nous jamais tentés de résoudre des questions graves au moyen de quelques expressions scripturaires qui, ainsi qu'on Ta vu, peuvent conduire à des résultats très différents de ceux auxquels conduit l'Evangile lui-même? N'arrive-t-il jamais qu'on oppose ainsi, sans presque s'en apercevoir, TEcriture à l'Ecriture, qu'on mutile l'Evangile par la manière dont on s^eu sert, qu'on ouvre Tarèiie aux querelles de mots, et qu'on multiplie les divisions frivoles, au profit de l'esprit de secte ? Je ne réponds pas : j'adresse simplement ces questions à iKXre bpnne foi.

Mais le (urogrès dans la vérité, ou dans le genre de rapports que Tàme soutient avec elle , n'est ni moins naturel, ni moins nécessaire de nos jours qu'il ne le fut au premier siècle. Si les apôtres 6Ux-mêmes ne s'en virent pas dispensés, comment pourrions-nous espérer de l'être ? A mesure que l'é- <bicati(m spirituelle s'accomplit par le moyen de l'Evangile, et que de nouvelles lumières s'ajoutent aux connaissances acquises, la personne divine de Jésus

attire toujours plus l'attention. Christ se montre Icè jours mieux à nous comme l'objet de ses enseign ments et le centre de son œuvre, comme le christi nisme lui-même, la réalité vivante dont la doctrîj est l'expression, la révélation incarnée. Plus nous ej Irons dans ce point de vue, plus nous éprouvons \ besoin d'entretenir des rapports directs avec Chrisl et plus nous considérons l'Ecriture comme le moyen pa excellence de les rendre toujours plus intimes. C'esl. travers les pages divines de l'Evangile que rayonne, î nos yeux ravis, la figure sereine du Sauveur, et qui nous cherchons à pénétrer jusqu'à la vie de son Ame Nous aspirons ainsi à faire passer l'Evangile lui même dans nolye cœur et, si je l'ose dire, à l'absor ber en noi|S. On conçoit facilement que l'esprit évangé lique ait dès lors plus d'importance pour nous que l mot isolément considéré. Loin de voiler, d'aucun* manière, l'esprit, la lettre se transforme par soi moyen, devient elle-même spirituelle; car, dans oett pénétration réciproque^ la lumière jaillit de l'esprit. 1 faut bien reconnaître, en effet, que, sous les mots d l'Ecriture, se trouve une réalité spirituelle qui consli tue, dans un sens particulier, l'Evangile, et sans I possession de laquelle on ne possède pas réellemer Jésus-Christ. C'est en elle qu'il faut descendre pou le rencontrer lui-même, pour contempler libremer son image, pour recueillir l'expression immédiate d sa pensée, et pour être en communication perpétuell

avec lui. Ainsi on arrive, à travers les mois, jusqu'au fond de TEvangile, et l'âme, désormais affranchie, en éprouve une vive allégresse. Christ explique lout aux yeux du chrétien, qui explique tout pqr Christ. L'Evangile change donc de foripe pour HQu§, De codé ou de règle de conduite, il deviepj; avant tout la biographie de Jésus, le livre dana l^i^ quel le Sauveur respire et naarcbe parmi pous, \q imrQir où se réfléchissent les r^yon^ du « Soleil (Jq jqstice, » en i)p paot, le témoigq^ge d'un fait. A^^^y qu'on s^en rende compte pu nop, sont-ce 1^8 pagçis scriptur^ires où l'on sent le mieux battre Je cœur de Christ qui offrent le plus d'aliment k notre âme, et dont notre esprit reçoit le plus de lumière. Tel e^t )â point de vue sous lequel, comme nous le verrons, l'é-^ vaugile de Jeap nous expose la vérité; et il n'y a rien que de naturel à considérer cet évangile comme le Pltts (Jiviu des écrits de la Bible. Si l'EpriturQ était davj)ut9ge étudiée dë^ns cet esprit, elle deviendrait pour nous up livre tout nouveau; et combien de trésw^ n'extrairait-on pas de son sein qui y demeurept ?^pore enfouis? Tel est le foyer vers lequel convergea 'ô déyeloppement de la pensée japostolique. Et il faut ^Uter que les besoins religieux de l'Eglise, joints au P*Sïgrès des lumières, nous font pn devoir toujours plus Pï'essant de nous élever, du point de vue littéral , qui ^Pond à l'enfance de la vie chrétienne, au point de ^^e sjHriiuel, qui en marque 1^ maturité.

132 L'imiTE cHKfiiEmns.

Ainsi, deux voies «'ouvrent devant les esprits q\ désirent arriver à Tintelligence de TEvangile. L première, celle de l'interprétation littérale, ne saurai guère conduire au but, vu que , nous exposant tou jours à exclure une partie de la Bible par l'autre, elle nous laisse trop facilement glisser dans le domaine de l'arbitraire. La seconde, indiquée par l'Evangile, nous permet d'embrasser tout le champ de l'Ecriture, et nous porte au centre de la vérité, d'où nous pouvons sûrement interpréter la Bible dans l'esprit de h Bible. On ne saurait, à moins dala suivre, éviter de se servir de l'Ecriture contre l'Ecriture, et, par exemple, de donner raison , suivant le cas, aux chrétiens circondi contre ceux d'origine païenne , à la loi contre l'Evangile, à tous les partis contre tous les partis, sinon peut être contre le christianisme. — Il en est des passagei recueillis au hasard dans la Bible comme des fragments d'un miroir brisé qu'on tenterait de réunir. Quelque artistement qu'on les rapproche, on ne réussin jamais à refaire un miroir. A moins d'être réduits par l'action du feu, aune seule masse, ils ne sauraien plus reproduire une image fidèle des objets qu'oi leur présente. Ce n'est pas davantage en attachan l'un à l'autre des passages scripturaires épars que vous parviendrez à comprendre l'Ecriture. Vous ne

L^UlflTB CHRSnVRNB. 133

sauriez même leur donner la signification qu'ils reçoivent de l'Evangile sans les mettre en rapport avec le prindpe dans lequel se concentre la Bible entière, oa qui en constitue l'unité. Sinon, vous pouvez briser l'Ecriture par la manière dont vous vous en servez, et, au lieu de la vérité^ en extraire peut-être l'erreur, —Ainsi, c'est au moyen du principe central de l'Evangile, à l'exposition duquel sera consacrée la Ck)nférence suivante, que toutes les vérités se retrouvent dans la vérité, qu'aucun élément évangélique n'est exclu de l'Evangile : c'est au moyen de ce principe cpie la Bible verse la lumière sur les obscurités répan* dues à sa surface, qu'elle révèle l'harmonie où semblait régner la confusion, l'unité où la contradiction venait troubler la conscience. Alors enfin, loin de nous laisser en péril de mutiler la vérité, la Bible conduit à la Bible, selon cette déclaration de Jésus : « C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous fais entendre sont esprit et vie » (Jean, VI, .63) ; et selon cette déclaration de Paul : « Dieu nous a aussi rendus capables d'être ministres de la nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'esprit ; car la lettre tue, mais l'esprit donne la vie » (2 Cor., III, 6).

Cherchons à mettre ce point capital dans tout son j<Hir, et, à cet effet, demandons-nous pourquoi nous lisons l'Ecriture. N'est-ce pas pour puiser, dans ses pages , non-seulement des vérités , mais avant tout la

184 L'bNitÉ CHKÉTlt»NE.

vérité j et pour en ëpit)iiver la vertu salutaire? Or la t rite ne consiste nullement dans les vérités particulièf'i qui couvrent le terrain de la vie morale. Des précepte êj)ats, des lois oti des dogmes artistement cotnbinés quelque caractère religieux qu'ils puissent revêtir ne sauraient être que le vêtement de la vérité, oti ei reproduire autre chose que les faces diverses. Derfièf le rideau de ces vérités, qui demeurent trop isolée pour ne pas prendre une forme absolue, et paraître e opposition Tune avec l'autre ; au fond, dis-je, de ce vérités se trouve la vérité, j'entends le principe daii lequel toutes les vérités se rejoignent, se complèteni deviennent la vérité, se transforment, se spiritus firent et s'unissent intimement Tune à l'autre. Celt vérité centrale ne saurait être une loi : toute h procède d'Un Etre ; tout dogme, tout précepte repori sur lui la pensée. Si bien que la vérité humaine pî excellence est nécessairement Dieu considéré dans ( qu'il à fait pour notre bonheur, « Dieu manifesi en chair » daris la personne de Jésus. Nous avot l'habitude de revêtir le Christ d'un corps de formuh traditionnelles, comme le catholicisme le revêt d't corps de symboles ; et ces formules, dont l'objet é de le rendre présent aux yeux de notre esprit, s substituent sauvent à lui comme les symboles cath( liques, et nous donnent, sous certains rapports, u Sauveur conventionnel. Il faut bien le reconnaître En général^ les chrétiens croient moins à Chiist qu'

CQ qu'on est convenu d'appeler le christianisme, qu'à ^n ensemble de vérités envisagées sous un point dô ^e souvent plus intellectuel que religieux, ou qui ne % trouvent pas toujours en rapport direct avec la porsonnede Jésus. On croit beaucoup au système traditionnel des vérités chrétiennes ; où croit encore peu à Christ ou à la vérité : il semblerait parfois qu'on croie à tout plutôt qu'à lui. On croit à son œuvre , à sa fflj/Mionplus encore qu'à sa personne: non saos doute que cène soit pas là une façon de croire à sa personne. Mais il n'en est pas moins vrai qu'on paraît souvent s'attacher de préférence à son œuvre : comme si son œuvre ne consistait pas, avant tout, dans la révélation de sa personne ; comme si ce qu'il fait , ce qu'il dit , ne devait pafi essentiellement manifester ce qu'il est ; comme s'il ne demeurait pas l'objet véritable de sa mission; comme si le christianisme avait de la réalité hors.de ChriBtk Cette foi qu'on accorde aux formules que les sièdes nous ont léguées, met ainsi l'âme en contact avec des idées religieuses plutôt qu'avec Jésus-Christ. On peut, dès lors, s'imaginer qu'accepter les croyances consacrées par l'Eglise c'est être chrétien : on peut même insensiblement ensevelir sa conscience dans les bandelettes du dogme, et retomber, de cette façon, daDs une sorte de catholicisme. Loin d'être le don réel de l'àme à Dieu, la conversion devient un simple acte de l'esprit. Au lieu de convictions person-» nelles, on ne possède toujours que des opinions,

138 l'umitb chrbtibnnb.

qui servent plutôt de cadre à notre intelligence cp d'aliment à notre individualité morale : la croyan remplace encore la foi : on n'a pas quitté le terra du formalisme. On connaît parfaitement les dogm chrétiens, sans connaître aucune des joies du cas régénéré : on n'a pas encore compris le premi mot de TEvan^le : le Christ vivant demeure i étranger pour nous : on n'habite pas dans la vérité on témoigne , à son insu, contre elle ; et Ton pei même contribuer à la faire mourir dans plus d*u cœur.

Cionnatlre la vérité, ce n'est donc, sous aucun rap port, mettre l'Ecriture au service du christianism traditionnel, afin de pouvoir plus tranquillement e porter la livrée. Connaître la vérité, c'est s'en rendr propriétaire, c'est entrer en communion avec Chris! devenir son frère, sa sœur, sa mère, dans un sen d'autant plus complet qu'il s'agit d'une relation sph* tuelle (Matt. XII, 50). Il aurait bien mal compri TEvangile celui qui ne reconnaîtrait pas que le Fils d l'homme estrincamalion de la Vérité, au lieu d'en êtr simplement le représentant ou l'organe. L'évangile d Jean, eh particulier, ne montre-t-il pas avec évidenc que les discours de Jésus ont pour objet sa personne qu'il se prêche lui-même en annonçant la vérité, qu' se considère partout comme le centre de sa doctrine Entrons-nous donc en contact avec la vérité ? Ces avec «n Etre réel que nous soutenons des rapport^

L*cHin cuuKnmns. 137

Ainsi noire personne morale se confond progressivenml avec celle de lésas: nous nous unissons à lui par le fond de notre âme : Christ demeure au dedans deiioos(Eph. III, 17): nous devenons les membres de saCunille, que dis-je? les membres de son propre corps : nous sommes de plus en plus transformés à son ima^. La conununion spirituelle établit entre lui et nous le plus étroit lien de parenté. Nous devenons mi Evangile vivant, un Christ par notre consécratiou à Christ. Rendre témoignage de lui, c'est encore, si je pois le dire, rendre témmgnage de nous-mêmes. Or, je le demande à notre bonne foi, entrer dans de tels rapports avec Christ par le moyen de rEcriture, est-ce, oui ou non, lui appartenir? Les écrits de Jean, pour en dter un exemple, nous iuvitent-t-ils, oui ou non, à nous placer à ce point de vue ? El n'est-ce pas, d'un même temps, nous inviter à considérer l'Evangile comme le moyen, le simple moyen d'entretenir notre communion avec Christ? n'est-ce pas nous inviter à faire converger vers lui, comme vers leur foyer naturel toutes les paroles scripturaires? à mettre progressivement l'esprit au-dessus de la lettre, le fond au-dessus de la forme, l'Evangile au-dessus des évangiles? en un mot, à faire véritablement de Christ le centre de la Bible, amsi que de notre existence spiritaelle, à reconnaître en lui, si Tourne permet ce langage, le christianisme dans le christianisme ou la vérité dans la vérité? Indiquez-nous donc un autre moyen

138 l'uNIIë CURÉTIENNB.

de nous élever, du domaine des vérités religieuses qu'on identifie trop souvent avec la vérité, au cent» lumineux de la vie chrétienne ? un autre moyen c faire régner l'harmonie dans l'âme humaine, en mène temps que d'établir dans l'Eglise une unité réelle?

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