‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 3 sur 12 · L^GLISE NAISSANTE · texte numérisé non relu

L^GLISE NAISSANTE

bras, mais il la trouve vide. C'est ainsi qu'à mesure qu'il avance , tout semble concourir à lui faire envisager, comme une illusion, la voix de ses plus nobles besoins : chaque jour voile davantage à ses yeux l'antoriié du devoir : je ne sais quel néant s'attache à ses facultés morales et en paralyse l'essor ; et le vide engendrant le vide, il se voit enchaîné à une impuissance qui le tue. Se sentant incapable de plus rien saisir avec force, de plus rien embrasser avec enthousiasme, sa volonté perd tout ressort : son cœur, fatigué d'espérer, lui rend toujours plus lourd le fardeau de la vie : il ne peut rien obtenir de lui-même sans un pénible effort; et, toujours moins accessible à la joie, il éprouve que « le sel a perdu sa saveur » pour lui. Cet état d'âme effrayant n'est pas si rare qu'on le suppose, et se rencontre chez tous ceux qui, sans s'être vendus aux jouissances de la chair, demeurent encore étrangers aux saintes joies de la vie chrétienne. Notre siècle lui-même, dont les aspirations ne font que serrer le nœud du matérialisme qui le tient enlacé, n'offre-t-il pas, dans un haut degré, ce spectacle de ruine morale? N'est-il pas profondément atteint de la contagion dont j'indique les funestes effets?

Je suis donc loin de contester la gravité et l'étendue d'un mal dont souffrent la plupart des cœurs. Or, si l'un de ces malades, qui, comme l'infortuné du réservoir de Bélhesda (Jean V, 7), ont particulièrement besoin du secours d'autrui pour obtenir la gué-

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risoD^ VU, qu'abandonnés d'eux-mêmes, ils semblent avoir perdu l'usage de leurs facultés morales ; si Tan de ces malades pénètre au milieu d'un cercle de chrétiens animés du même esprit que l'Eglise naisr santé, il se sentira sous le charme d'une influence mystérieuse irrésistible. Son âme, retrempée dana l'air vivifiant qu'elle respirera, retrouvera bientôt une vigueur nouvelle, comme lorsque, au sortir de la lourde atmosphère des vallées, on respire ta fraîohem* des hautes cimes, et qu'on se baigne dans l'air du ciel. La vie, s'ofifrant à lui sous un aspect nouveau, se teindra a ses yeux de couleurs nouvelles : it découvrira , chaque jour, de nouveaux horizons, de lumineuses perspectives dont il n'avait aucune idée : et, en se révélant à son esprit, l'infini hii paraîtra communiquer à tout de sa grandeur. Ainsi, la vie chrétienne, dont les trophées l'environnent, l'élève insensiblement au-dessus des basses régions qu'il habitait; et, à mesure qu'il monte dans d^ régions plus sereines, il ressent de nouveaux besoins : une âme nouvelle semble éclore dans son âme, et un nouveau lui-même s'agite au dedans de lui, à des profondeurs dont il s'étonne. L'enveloppe glacée qui retenait captive en son sein la création divine s'est pour jamais rompue ; et, au toucher d'un doigt invisible, des flots de vie jaillissent de son cœur. Il sent alors, avec une joie inexprimable, qu'il s'est enfin retrouvé, ou plutôt trouvé lui-même : car, vivant

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jadis à la surface de son être, c'est-à-dire, de fait, hors de Itti, il ne se connaissait pas, et ne pouvait se connaitre. Que dis-je? En trouvant Dieu, n'a-t-il pas retrouvé sa patrie, la famille de son cœur et tout ce qu'il avait perdu ? Il possède l'avant-goût de la plénitude céleste; la mort est vaincue au dedans de lui; et il peut prendre un essor plus sublime qu'aucun de ceux qui ont servi d'instrument à « sa résurrection des morts. » Tout paraît nouveau à son cœur renouvelé, jusqu'à la nature extérieure, qui semble frapper son regard pour la première fois. Le secret de la destinée humaine lui étant révélé, l'harmonie règne dans sa vie intérieure r l'avenir habite dans son sein : le temps et l'éternité se sont dévoilés à ses yeux. Au lieu qu'il ne connaissait auparavant que le vain simulacre de la vérité, son esprit habite désormais en elle. Grand par son humilité, riche des renoncements, heureux des sacrifices que l'amour lui impose, homme de pak et de prière, le voilà revêtu auprès de ses semblables d''un apostolat glorieux. — Tel est le moyen, le seul moyen de rendre at au sel sa saveur perdue, » à la volonté la volonté, à l'âme la paix^ à tout l'homme la vie.

Allons plus loin. Pour avoir lieu d'imputer à l'état moral de notre siècle l'impuissance spiriluelle de l'Eglise sur laquelle nous gémissons, il faudrait que l'âme humaine fût moins susceptible de nobles aspirations, moins altérée de sainteté, moins humaine par

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ses besoins qu'elle ne l'était aux temps apostoliques. Or serait-il vrai que dix-huit siècles de christianisme n'eussent généralement abouti qu'à rendre la nature humaine plus pauvre, moins accessible à la vérité, ou qu'à la dépouiller, en quelque mesure, de sa soif native de «justice?»

Quels sont les faits qui tiennent le plus de place dans la vie humaine ?

Il est peu de choses à tous égards plus importantes pour nous que l'activité : il en est peu qui soient plus propres à nous défendre contre le sentiment. du vide naturel de l'âme, contre les effets ou les atteintes de la douleur, et même contre les séductions du monde. Combien ne serait pas misérable, surtout peut-être de nos jours , . une vie inoccupée ou perdue ? A quel ennui corrupteur ne la verrait-on pas livrée? C!ombien peu de pitié, combien de mépris n'inspirerait pas le malheur dégradant dont elle serait la source? Oh se réfugierait enfin, contre les autres et contre lui-même, celui qui n'aurait rien à faire ? Je doute qu'on puisse rendre l'homme ordinaire plus malheureux qu'en le condamnant à une inaction absolue. Dans l'absence d'activité, le ciel lui-même ne serait plus le ciel. Qu'est donc la vie, qu'est le bonheur sinon, en définitive, une action?

Je n'ignore pas que, depuis le jour de la chute, le travail a cessé d'être le déploiement normal de nos forces, une activité joyeuse et facile ou la forme natu-

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relie du bonheur. Devenu un châtiment salutaire, il nécessite un effort constant sur soi-même, une réaction! énergique de la volonté contre le penchant : il con-. traint l'homme à se vaincre, à faire acte de renoacement, en d'autres termes à se donner : c'est une sorte de sacrifice qui consume beaucoup de vies. Et combien n'est-il pas de créatures de Dieu dont il courbe les plus nobles instincts vers la terre, ou qu'il sembler vouloir abrutir? Combien n'en est-il pas sur lesquelles, perdant tout caractère moral, il exerce une. tyrannie qui les déprave ?

C'est que, dans aucune époque de l'histoire, le travail n'est devenu, aussi généralement que dans la nôtre, la loi de la vie humaine. On ne saurait donc s'étonner qu'il n'ait jamais, autant que de nos jours, joué le rôle de moyen ; que jamais il n'ait moins asservi l'homme à des influences étrangères, ou mieux pu revêtir la couleur, porter le sceau de la vie chrétienne. La liberté, sur laquelle il repose, le rend, en effet, toujours plus propre à servir d'instrument au bien comme au mal.

Car si l'activité, considérée en général, est essentielle à notre bonheur, ce n'est pas qu'il puisse nous suffire de remplir nos heures, d'occuper nos instants ou de nous tenir en haleine. Il est telle sorte d'activité qui dissipe et corrompt autant peut-être que l'oisiveté.. Et si le travail n'a pour effet que de. distraire notre regard des contradictions amères . dont l'exil-

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tènce est remplie , ou de nous séparer de nous-mêmes, il contribue à nous rendre esclaves au lieu de nous affranchir; il nous livre à nos penchants, surexcite nos passions, et nous appauvrit, nous dépouille en pro« portion des moyens qu'il nous offre de les satisfaire. N*est-il donc pas des travaux graves, et peut-être ceux-là surtout, qui rendent l'âme d'autant plus frivole, laissent le cœur d'autant plus vide, que l'esprit est plus actif ou le corps plus occupé? Et quand nous rentrons en nous-mêmes, pouvons-nous bien nous dissimuler que la vanité de tels travaux se communique à notre vie entière ? Comment une activité de celte Bature répondrait-elle aux besoins immortels de notre âme, et nous mettrait-elle à l'abri des déceptions qui nous attendent? Comment pourrions-nous, par son moyen, accomplir une œuvre durable, et trouver, en nous y livrant, cette paix qu'on ne goûte que lorsqu'on vit avec soi-même ? Encore faut-il observer que, dans tout autre cas, la dissipation peut, par un contrecoup naturel, faire naître en nous le repentir et le remords. Mais, quand c'est le travail qui nous dissipe, nous sommes si peu avertis de notre état de péché, que tout nous porte à nous applaudir de la manière dont nous remplissons notre vocation ; et notre activité nous fait constamment illusion sur les dangers dont elle est la source.

Ainsi nos forces s'épuisent à une (feu vre vaine ; nous passons notte vie à bâtir sur un sol miné, ou à la-

L^iCLlSI NAISSANT!. 3S

bobrer un sable aride : Tavenir s'éteint au dedans de nous. Notre travail , dont « la mort » devient «( le salaire^ » fait de nous les créatures de la vamté; et^ après avoir a semé pdur la chair^ » nous « moisisoiah nons la corruption » (Gai. VI, 8).

Mais dès que le Saint-Esprit est descendu dans

notre cœur, nous pouvons d'autant plus facilement

déployer nos forces qu'aucune fâcheuse préoccupatioii

ne les enchaîne , qu'aucun sentiment coupable n'en

vient troubler l'exercice, et que, dans l'atmosphère

de liberté que notre âme respire , tout nous pousse à

marcher en avant. Non-seulement nos facultés, ainsi

fécondées, reçoivent un développement nouveau , et

semblent grandir avec le nouvel homme; mais, de*

venus propriétaires de nos moyens spirituels, nous

pouvons mettre en œuvre toutes nos puissances, dans

l'intérêt de nos semblables. Notre travail, d'ailleurs

renouvelé par l'esprit dans lequel nous nous y livrons,

concourt à enrichir* notre âme, avertit nos sembla-*

blés en remplissant notre vie, et les élève en nous

fortifiant. De vulgaire qu'il était devenu sous l'action

4e mobiles purement terrestres , on le voit revêtir,

dRque jour, un caractère plus élevé : et, si humble

qu'il paraisse, loin ^ descendre dans le tombeau des

gloires périssables f^l nous suivra devant Dieu avec

« toutes les œuvres de nos mains. » (Apoc, XIV, 13.)

L'état spirituel de l'hottune déteitnine donc, dans

36 l'bgusb naissants.

un degré toujours croissant, la signification et la valeur de son activité. Or, si Ton consulte la nature humaine, on reconnaîtra bientôt que la capacité qu'elle possède pour la joie et pour la douleur n'a pas cessé de s'augmenter. Par son influence générale sur l'homme, le christianisme a progressivement agrandi sa faculté d'être heureux ou malheureux. Avant que Christ vînt ouvrir à ses yeux les horizons de l'infini , il ne connaissait qu'une vie' encore extérieure et limitée, et ses sentiments, ses affections, n'offraient pas le. caractère d'intimité dont ils sont redevables à la croix. La main divine de Jésus a creusé , jusqu'au fond , le sol de l'âme humaine^ et la vie intérieure de l'homme jeta, dès lors, ses racines dans le terrain de Tétemité. De nouvelles puissances pour la joie et pour la douleur sont ainsi venues s'ajouter à ses anciennes puissances; si bien que, sous certains rapports, l'histoire humaine se mesure à sa capacité croissante pour jouir et pour souffrir. Aussi peut-on dire, qu'en général, la souffrance est devenue plus profonde autant que moins matérielle , et que jamais il n'y a eu plus de place dans le cœur humain pour la joie comme poinr. la douleur. Et la soif de jouissances qui travaille no^ génération provient moins de Vf^pnt du siècle, cpii n'est qu'un simple résultat, que de ce pouvoir croissant de souffrir ou d'être heureux qui a porté l'âme humaine dans des régions jadis inconnues. S'il en est ainsi, comment les besoins que le christianisme a

l'bglisb naissants. 3T

fait naître dans cette âme ne la rendraient-ils pas plus capable que par le passé de goûter les joies de la vie chrétienne ? Ses douloureuses expériences n'ont-elles pas creusé au dedans d'elle un vide que cette vie seule peut désormais combler? Serait-il bien possible qu'elle ne se trouvât pas, d'un siècle à l'autre, mieux préparée à en subir l'influence? A quelle époque TEvangile a-t-il donc plus complètement répondu à ses secrets soupirs? Aussi est-ce sur ce terrain qu'on pourrait le mieux constater la marche constante, bien qu'indirecte, de l'âme humaine vers son auguste Epoux. Que les barrières qui Ten séparent tombent l'une après l'autre, qu'elle puisse contempler les traits du « Prince d,e la vie, » entendre le son de sa voix, se pénétrer de la sainteté de son amour, -que les fictions qui en usurpent les droits et en voilent la beauté s'évanouissent à ses yeux , et on la verra bientôt chercher un refuge-dans ses bras. Et cçmmenl ne céderait-elle pas au céleste attrait de cette vi^ chrétienne, dont les tristesses lui sefont plus douces que les jouissances à travers lesquelles les enfants du monde s'en vont,. appauvris, à la mort ? Comment l'homme de notre siècle , flbh\ant Son cœur dévcfré d'une soif que chaque jour YQpd plus ardente , résisterait-il. longtemps aux promesses d'une;viflÉp|ereine , si vivante , si riche . s'il en voyait les fruits mûrir paisiblement sous ses yeux? Et ^quidonc, si <3e n'est à lui, serait acxiessible cette joie» sans mélange qui n'est que l^entimept profond

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du rétablissement de l'harmonie entre toutes les parties de rétre, cette joie qui anéantit la puissance du péché ^ et que l'épreuve nourrit , ainsi que le vent d.'orage Cait monter la sève dans les rameaux des arbres des forêts ?

Malgré les bienfaits immenses dont notre génération est redevable à l'Evangile, et peut-être aussi à cause de ces bienfaits, la vie humaine demeure pour chacun une longue mort. Loin de n'en occuper que des moments, la tristesse la rempKt tout entière. Non-seulement chaque jour nous voit mourir dans nos plus tendres affections et nos plus dières espérances ; nonseulement il n'est rien qui ne tende à nous séparer de noiis-mêmes ; mais on ne trouve aucun siècle où la mort ait pu saisir plus profondément le cœur humain, aucun où la douleur ait eu une plus grande mission à remplir. Trop forte pour ne nous pa^ terrasser, elle fait une diversion jerrible à nos jouissances et à nos ennuis : et, arrivait à notre cioeur par mille routes inconnues, elle ne nous laisse épuiser a^ieune joie : elle est dans l'air que im>us respirons, dans les aliments qui nous noyrrisseiJt, dans les souvenirs É||i nous accompagnent , dans les satisfactions qui nous atj.endent, dans le passé œmmtfjÉB ^avenir; et nous ne pouvons que la laisser con^mer la substance de notre cœiu*, ou, comme nos frères dte l'Bglise naissante, nous eni faire ua^jet ^e cgnsolatioto , de rictfei^,

h'iQtlSi NAISSANTS. 89

de joie. (Jacq. I, 2-4; 1 Pierre IV, 12, 13, 16.) Do ces deux alternatives, je le sais, Thomme incline, d'ordinaire, vers la première. Le découragement où le jette une lutte inutile contre la souffrance le porte bientôt à s'y accoutumer, comme on s'accoutume à vivre. Il se rend, de la sorte, peu à peu impuissant à souffrir : il travaille à éteindre ses plus nobles facultés, ses plus hautes puissances morales : il devient, si je puis ainsi dire, incapable d'être malheureux, se courbe docilement sous le joug, et s'apprend à mourir d'avance à toute joie. Que dis-je? Il se peut qu'il éprouve une sorte de satisfaction à se sentir l'instrument de la fatalité, sa conquête, sa chose. Il se peut qu'il finisse par prendre goût à ce honteux esclavage , qu'il le préfère aux luttes fécondes de la liberté, qu'il s'abandonne au jeu de la fortune, se mette à la merci du hasard, et se couche tranquillement dans le tombeau qu'il s'est creusé.

Il est vrai que l'orgueil ne lui permet pas toujours de se livrer à celte résignation stupide. Il se peut, en effet, qu'il s'obstine, par un reste de respect de soimême, à ne pas se séparer de ses douleurs : il veut ^tinuer à se nourrir de cette substance amère, et se réfugie dans le sentiment de ses souffirances, ranimé par le souiftttt^. Mais pensez-vous qu'il puisse soutenir longtemps une semblable épreuve ? Essayez dçmc de vous mettre à l'abri de votre tristesse contre les pertes qui vous menacent, et^oyez si vous ne

' tO L^éGLISB haïssante.

trouverez pas là même l'ennemi que vous croyez fuir? Pensez-vous que vos douleurs vous appartiennent pour les garder ainsi pour vous, et qu'en les dérobant au Dieu qui vous les dispense, elles ne déposeront pas dans votre âme une semence empoisonnée ? Le vide sentiment dont vous cherchez à vous nourrir communique peu à peu la mort à votre cœur; et l'espèce de volupté que vous éprouvez à veiller sur ce trésor stérile couve, avec un profond égoïsme, toutes les passions d'une petite vie. C'est que nous ne saurions porter seuls notre douleur, sans la voir aussitôt se corrompre entre nos mains. Dès que nous voulons la faire nôtre, elle se retourne contre nous, et, par la redoutable vengeance qu'elle exerce, vient nous révéler qu'elle n'est pas moins un don du ciel que. la joie.

Timt qu'il en est ainsi, tenez donc pour certain que la douleur n'a pas encore été ce qu'elle doit être pour vous. Ne vous armez-vous contre elle que de vos seules forces? — elle vous brisera comme l'ouragan brise un roseau fragile. Voulez-vous, au lieu de l'offrir au Dieu qui Ta placée sur votre chemin, vous draper de votre deuil, vous grandir de votre tristeBbe et vous faire un trône de vos dépouilles ? — ce niessage de salut vous sera de pluawplus funeste. Ah! si, au lieu de vous enivrer de vôtre désespoir, vous eussiez répandu votre âme brisée devant Dieu; si vous vous fussii^entis pressés entre ses bras et ré-

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chauflfés contre son. cœur; si vous eussiez pu, dans votre Gethsémané, prier la prière de Jésus, et voir « un ange » essuyer la sueur de votre front, la douleur, loin de flétrir votre âme, l'aurait fortifiée, enrichie, et rendue victorieuse des atteintes de la mort. De quelle puissance ne vous aurait pas revêtus une semblable consolation? A quels triomphes la paix de Dieu ne Vous aurait-elle pas cqnduils? Avec quel abandon ne vous seriez-vous pas appuyés sur son amour? Avec quelle reconnaissance n'auriez-vous pas accepté sa volonté ? Quels cantiques ne seraient pas sortis du milieu de vos sanglots? Il est rare que* le bonheur ait le privilège de nous introduire aussi avant que la douleur dans l'intimité de Dieu-, de nt)us faire jouir aussi pleinement des délices de sa maison ; et il ne tient qu'à nous de puiser, dans la souffranoia^ une joie supérieure à tout autre. C'est ainsi que fll^^r, nouvelle verge de Moïse, fait jaillir « le doux dèiiiamer^ » la consolation du désespoir, la lumière. et la chaleur .des plus froitles téneltiiies. ConcluSns^quô, si le cœur humain n'a jamais été moins fermé à la douleur, c'est qu'il n'a jamais été plus ouvert à la consol^ltioD, c'est-à-dire à l'influence de l'Evangile.

A ce que je viens fle dire au sujet du travail, de la joie et de la douleur, je pourrais ajouter le tableau des conquêtes de la conscience humaine. Quelle distance ne sépare pas, sous ce rappprt, la société qui

vit naître les premiers disciples de celle de notre siècle? Tesclavage universellement reconnu et consacré, des nobles aspirations des temps modernes à la fraternité humaine ? Thabitude de voir dans l'étran- < ger un ennemi, du besoin réciproque d'union qui travaille de nos jours les peuples ? l'exclusisme farouche des lois antiques, des projets de paÎK universelle et des rêves de bonheur pour tous que notre siècle voit éclore? l'état informe et grossier de la famille païenne^ dés conditions d^existence de la famille moderne ? le règne oppressif de croyances factices et d'odieux mensonges, lie la soif de vérité qui se trahit sous nos yeux dans le^souffrances de tant d'esprits incrédules par be^in de- foi ? Mais notre exposition peut sui&re pour monjhrer que c'est moins à l'état moral de noire • sièG|||k qu'au caractère. fondamental de notre ch^is- ^■PPb,«qu'il faut attribuer l'impuissance spirituelle de PEglise sur la génération présente. Nous aikms ran- 9acper les cinq études suivantes à l'examen attenlîf de la source du mai|,eC à l'inflication du rejoâède qui doit le guérir.

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