‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 4 sur 12 · JACQUES ET PIERRE · texte numérisé non relu

JACQUES ET PIERRE

' • Vous voyez donc que rhomme est justifié « par les œuvres, et non par la foi seulement. » (Jacqij£S II, 24.)

Si l'Eglise apostolique mit un certain temps à se sé- {Mirer de la synagogue , elle fut encore bien plus l/ffftQ à is'afifranchir de la soumission servile à la loi , quq^^jplë^ térise, au début, la piété de ses membries. Il ne s'ensuit nullement qu'elle ne fût d'abord qu'une nouvelle forme du judaïsme. Tout au contraire, dès le premier jour, elle était l'Eglise, et, sous certains rapports, elle l'était au phis haut degré. Jésus mort et ressuscité formait le eentre de sa foi et la base de ses espérances : elle saluait en lui le Messie promis parles prophètes ; et, s'élevant à l'ombre de son nom, elle attendait avec joie et sécurité l'événement glorieux de son règne (Apoc. I, 3, T; II, 25; III, H ; XII, 12 ; XXII, 10, 12; Jacq. Y, »; 1 Pierre I, S, 20 ; IV, 7 ; Act. II, 17, 20, 21 ;

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Jud. 18, etc.). Mais si le profond attachement qu^elle montrait pour lui renfermait le germe de tout ce qu'elle devait être, il faut bien reconnaître qu'elle revêtait l'Evangile du manteau de la loi, ou le considérait comme le complément naturel de la théocratie. Aussi devait-elle d'autant moins facilement se résoudre à recevoir des païens parmi ses membres, qu'elle se conformait plus rigoureusement aux prescriptions mosaïques : c'est sur ce point qu'éclata la première lutte qu'elle fut appelée à soutenir.

Le martyr Etienne d'abord, Pierre ensuite, la conduisirent bientôt sur le seuil de cette question : et vous vous rappelez quels étaient les scrupules de l'apôtre avant l'arrivée des envoyés de Corneille : vous vous rappelez que c'est seulement après que les parents et les jwnis du « centenier » (Act. X, 24) eurent reçu le S^^Esprit, que Pierre se crut autorisé à leur administrer le baptême ou à leur accorder le privilège de membres de l'Eglise (Act. X, 44-48). Néanmoins, Corneille était un homme pieux, ainsi que « toute sa famille; » il faisait « beaucoup d'aumônes au peuple» et priait « Dieu continuellement » (Act. X, 2). Il n'en fallu t,pas moins un message exprès du ciel pour délivrer l'esprit de l'apôtre de la crainte d'être souillé par le contact d'un tel homme. Aussi conçoit-on l'inquiétude qu'éprouvèrent les membres de la communauté de Jérusalem à la nouvelle de l'entrée de Pierre chez Corneille^ et ne doit-on pas s'étonner des efforts que dtit

LB PREMIER lOVR DE l'ÉGUSS. të.

faire l'apôtre pour .se justifier à leurs yeux. De tels faits purent se reproduire en divers lieux (Act. XI, 19, 20) avarit que les chrétiens d'origine juive se laissassent convaincre que l'Evangile devait aussi être annoQcé aux païens.

Ce point ainsi résolu réclamait la solution d'une question nouvelle, intimement liée à la première. Les païens qui avaient cru pouvaient-ils être reçus membres de l'Eglise, à moins de se soumettre aux prescriptions de la loi? Vous n'avez pas oublié de. quelle manière, à la suite « d'une grande dispute, » a rassemblée des apôtres et des anciens » de Jérusalem résolut cette question. Au lieu de se voir condamnés à subir le joug de la loi, les païens furent seulement invités à a s'abstenir de ce qui a été sacrifiéaux idoles, du sang et des bêtes étouffées » (Act. XV, 29). D'un côté doDc, les chrétiens d'origine juive continuaient li^fie livrer à la pratique minutieuse des observances mosaïques; d'un autre, les chrétiens d'origine païenne s'en tenaient aux résolutions de l'assemblée de Jérusalem. A ce prix l'unité fut conservée, la paix maintenue dans l'Eglise: le passé et l'avenir purent habiter ensemble et vivre en bonne harmonie. Aucune des dénx formes que prenait la vie chrétienne ne fut en droit d'exclure l'autre -du sein de l'institution religieuse. « La charité devint le lien » vivant de la paix; et le progrès dans la vérité se concilia sans effort avec le maintien scrupuleux de.l'Ëvangile légal.

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La lutte qui éclata à cette occasign montre^ du reste, manifestement que les deux partis en présence représentaient deux directions contraires. Et ciomme le prin-cipe qui servait de base à chacune de ces directions devait porter ses fruits , laisser se déployer ses con<séquences naturelles, nous avons ici, en germe, deux corps de doctrine différents, et, par suite, deux Eglises chrétiennes. On conçoit que les conflits ne fussent pas rares; et la conduite.de Pierre, qui, dans TEglise d'Antioche, cédante la crainte des chrétiens circoncis, se séparait des païens baptisés dans le but de les contraindre à l'observation de la loi (Gai. II, 12, 14), n'était pas, tant s'en faut, un £siit seul de son espèce. Aussi voit-on bientôt les apôtres se diviser les rôles: les uns, Pierre par exemple, malgré la communication qu'il avait reçue du ciel, se consacrèrent spécialement à Tévangélisation des Juifs; d'autres, Paul par exemple, devinrent les grands missionnaires des païens (Gai. Il, 7, 8)^ On ne saurait donc s'étonner que la lutte soulevée par la question de la loi ait si profondément agité l'Eglise, qu'elle en ait, pendant long* temps, absorbé toutes les forces^ et qu'elle ait eu un si vaste retentissement dans le siècle apostolique. Car les directions intermédiaires, les tendances conciliatrices ne se manifestèrent guère que dans la seconde moitié du siècle.

Tel fut ce que j'appellerai le premier jour de l'Eglise. Il est facile de montrer, par quelques citations, com-

Il PMEMIER JOUR DB L'ifeuSB. Vf

bieaia lutte fut ardente, malgré la charité profonde dont les ap6lres étaient animés. Si l'assemblée de Jérusalem avait recommandé aux chrétiens non cir* concis de s'abstenir « de ce qui a été sacrifiéaux idoles, du sang et des bêtes étouffées, d saint Paul, entravé dans sa prédication par les exigences croissantes des enfants de la loi, écrivait aux Ck)1osàiens : « Il a effacé l'obligation qui consistait dans Jes ordonnances et nous était contraire, et il l'a entièrement annulée en l'atta*

chant à la croix Que personne ne vous condamne

au sujet du manger et du boire, ou pour la distinction

d'un jour de fête, de nouvelle lune ou de sabbat

Si donc vous êtes morts avec Christ quant aux éléments du monde, pourquoi vous charge-t-on d'ordonnances, comme si vous viviez encore au monde, vous disant : Ne mange pas de ceci, n'en goûte point, n'y touche pas ?

préceptes fondé^ sur des doctrines humaines, »

(il, 14, 16, 20-22.) Dans sa lettre aux Calâtes, essentiellement dirigée contre le christianisme d'autorité^ r Apôtre déclare que quiconque veut être justifié par la loi se trouve déchu de la grâce, et que la pratique d'une seule des observances mosaïques, comme la drconcision, rend nécessaire celle de toute la loi (V, 1-4). Aussi peut-il dire aux païens qui croyaient devoir s'y soumettre : a Je m'étonne qu'abandonnant JéstAS- Ckrht. .... vous ayez si promptement passé à un autre Emngik » (I, 6). « Galates insensés 1 qui vous a en- 9oreelé Vesprit pour que vous n'obéissiez flus à la vë-

rite? Avez- vous si bien perdu le sens, qu'après

avoir commencé par Vesprit vous finissiez par la chair? y> (III, 1 ^ 3.) <c Maintenant que vous avez- connu Dieu, ou plutôt que Dieu vous a connus, comment retournez-vous à ces faibles et pauvres ^éléments auxquels vous voulez vous assujettir de nouveau? VoiiS observez les jours, les mois, les temps et les années. Je crains pour vous que je n'aie travaillé en vain au milieu de vous » (IV, 9-11), et plus loin : « Attachez-vous fermement à la liberté par laquelle Christ nous a affranchis, et ne vous replacez pas sous le joug de la servitude Qui donc vous a arrêtés, vous empêchant d'obéir à la vérité? Plût à Dieu que ceux

qui vous troublent fussent retranchés ! Vous avez été appelés à la liberté » (V. 1, 7, 12, 13). Comment se dissimuler que c'est au nom d'un principe plus évangélique que saint Paul combat Iç judaïsme chrétien, ou qu'il attribue la supériorité relative de la direction religieuse que suivaient les « gentils » au caractère plus spirituel qu'elle avait revêtu? Et qu'est-ce à dire, sinon qu'il voyait, dans l'Evangile de la loi, un christianisme à tout le moins fort inférieur à l'Evangile de la foi ?

Saint Paul dut rencontrer une opposition très opiniâtre dans les rangs des chrétiens de la circoncision pour se servir, à leur égard, d'expressions si sévères. Quoi de plus grave, en effet, que d'accuser ceux des païens qui suivaient les traces de Jacques, de Pierre,

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des apôtres les plus considérés, d'abandonner Jésus- Christ, de passer à un autre Evangile, de finir par la chair, et de s'assujettir aux misérables traditions des hoaimes? Quoi de plus sérieux que d'accuser les Juifs qui les poussaient à entrer dans cette voie de les conduire horsde la vérité, etde vouloir le priver lui-même du fruit de son travail? Quoi de plus significatif que d'appeler préceptes pernicieux ou éléments du monde des ordonnances qu'observaient scrupuleusement les plus fidèles d'entre les membres de l'Eglise ? Eh quoi 1 n'écrit-il pas aux Galates : a Je vous déclare, moi Paul, que, si vous vous faites circoncire. Christ ne vous servira de rien? » (V, 2.) N'avertit-il pas expressément les Philippiens de « prendre garde aux chiens ^ aux muvais ouvriers, à la circoncision (111, 2), » et ne leur déclare-t-il pas que celui qui s'appuie sur la loi met sa confiance dans la chair ? (4-7.) N'accuse-t-il pas d'apostasie quiconque d'entre les gentils soumet sa conduite aux prescriptions de l'Evangile légal, et ne jettetril pas l'anathème contre l'instigateur, quel qu'il soit, d'une semblable chute ? (Gai. I, 8, 9; V, 3, 4.) En un mot, n'aflSrme-t-il pas, à plusieurs reprises, que la loi est abolie ?(Gal. 111, 25 ; Coloss. 11, 14; Ephés. Il, 15) déclaration que confirme explicitement l'épitre au]( Hébreux : « Ainsi l'ancienne loi a été abolie à cause de sa faiblesse et de son inutilité (Héb. Vil, 18; X, 9) S

> Noos indiquerons mieux la signification de ce fait dans l'itade soi-

Le point de vue de saint Paul est donc incontestablement contraire à celui des chrétiens qui faisaient consister l'Evangile dans l'observation servile de la loi. De deux choses l'une : Ou bien la loi, dont toutes les parties sont intimement liées (Galates V, 3), était, comme il le déclare, entièrement abolie; et, dans ce cas, pourquoi les chrétiens d'origine juive se soumettaient-ils à ses ordonnances, et fondaient-ils, sous sa tutelle, un christianisme mosaïque? Ou bien la loi conservait son autorité pour le chrétien ; et, dans ce cas, pourquoi saint Paul se croyait-il appelé à combattre l'Evangile légal? (Galates I, 11-19; II, 12- 16, etc.) L'Apôtre, direz -vous, pratiquait de fait la loi dont il repoussait de droit les prétentions. Je le sais' mais n'oubliez pas que, s'il en agit ainsi, c'est par condescendance pour les « faibles, » et afin d'éviter tout sujet de scandale (1 Cor. VIII, IX, 19-22; Rom. XIV).Nerépète-t-il pas que, bien qu'il soit « libre à l'égard de tous, » il ne s'en est pas moins assujetti à tous, afin d'attirer plus de cœurs à l'obéissance de Christ ? qu'il s'est fait « juif avec les Juifs , afin de gagner les Juifs ? » qu'il s'est conduit envers « ceux qui sont sous la loi comme s'il était sous la loi ? » (1 Cor. IX, 19, 20.) Son premier soin est d'amener à la connaissance du salut le plus d'âmes qu'il peut, persuadé que leur union avec Christ les affranchira

vante, ainsi que la distance qui sépare les vues de saint Paul de celles des chrétiens d'origine juive.

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progressivement du joug de Taulorité. Le but qu'il poursuit, la nature de son respect pour la loi, l'esprit dans lequel il en observe les préceptes, montrent assez que c'est moins la loi que la tolérance, le support, la charité, qu'il pratique dans la loi : il rend hommage àTEvangile par sa soumission à Moïse. Mais, devant l'opposition redoutable qu'il rencontrait, on le vit céder dans certains cas où d'ordinaire il résistait (Galates II, 3, S, comp. avec Actes XVI, 1,3; Rom. VII, 4, 6, comp. avec Actes, XXI, 21-24; XVIII, 18), ce qui semble le mettre dans une sorte de contradiction avec lui-même.

On ne saurait donc s'y méprendre. Saint Paul imprime une direction nouvelle à la vie chrétienne, creuse un lit plus profond pour la pensée religieuse, comme il le déclare expressément : « Maintenant, nous sommes délivrés de la loi par laquelle nous étions retenus, étant morts à cette loi, afin que nous servions Dieu dans un esprit nouveau, et non point ««Jo» la lettre, qui a vieilli » (Rom. VII, 6, comp. 4). Dans la conservation ou le rejet de la loi se manifestaient ainsi deux formes opposées du christianisme apostolique. D'un côté, il est certain que les Eglises juives, sous la conduite des apôtres, considéraient d'abord l'Evangile comme l'achèvement naturel de la théocratie, c'est-à-dire comme une religion d'autorité. D'un autre côté, il n'est pas moins certain que saint Paul faisait consister le salut dans la foi, par op-

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position aux œuvres dont l'obéissance à la loi demeurait le principe. Je n'entends pas dire qu'on ne rencontre que cela chez les premiers et que ceci chez le second. J'ai même, dans ma première Conférence, déjà montré le contraire. Mais, comme les divers courants de la vie chrétienne naissent chacun d'un principe dont on peut très bien ne pas d'abord mesurer la portée, je veux dire que ceux-là envisageaient essentiellement l'Evangile du point de vue de l'autorité, et celui-ci essentiellement du point de vue de la foi.

La résistance énergique de Paul aux prétentions des chrétiens juifs ne jette, d'ailleurs, aucune ombre sur la beauté de leur vie chrétienne. Ce n'est pas moins par fidélité à une loi sacrée et par reconnaissance pour l'éducation dont ils lui étaient redevables, que par renoncement à eux-mêmes ou par esprit de sacrifice, qu'ils demeuraient , la plupart, esclaves de Moïse. Leur obéissance, d'ordinaire du moins, tenait si peu de l'égoïsme ou de l'orgueil, qu'elle était au contraire la mesure de leur piété, outre qu'elle se déployait dans des conditions qui devaient la rendre plus diflficile. Il n'est rien qui ne se trouvât ainsi fixé d'avance devant leurs pas ; aucun problème qui ne fût résolu à leurs yeux : tout leur soin consistait à mettre en pratique la loi. On conçoit, qu'envisagés sous ce point de vue, la vie religieuse prît une couleur essentiellement morale, et le christianisme un caractère es-

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sentiellement pratique. On le voit surtout par l'épître de Jacques, qui, sans trahir aucune intention polémique contre la direction que suivait Paul, n'en demeure pas moins l'expression fidèle de l'austère piété des chrétiens de la loi. Cette épttre, comme du reste l'Apocalypse (Voyez par exemple II, 19; XX, 42, 13, etc., etc.) et d'autres écrits du Nouveau Testament, nous introduit dans un domaine particulier, où les œuvres, l'obéissance légale et vies espérances chrétiennes sollicitent de préférence l'attention. Jacques nous oflfre une sorte de type du caractère sévère que revêtait la piété de la première Eglise. Mais, s'il fut d'abord considéré comme le plus digne représentant du christianisme de la loi, saint Pierre, dont le grand nom couvrait d'une plus haute autorité les vues des disciples de Moïse, en devint bientôt, à leurs yeux, l'apôtre par excellence. Malgré le baptême qu'il avait administré aux parents du centenier Corneille , et la bonne harmonie qui régnait entre Paul et lui, ne s'était-il pas consacré à l'évangélisation spéciale des Juifs? (Gai. II, 7, 8.) Homme d'initiative, n'est-ce pas lui qui, dans les occasions solennelles, avait paru à la tête des douze, et porté la parole en leur nom ? lui dont l'avis prévalait dans les conseils dePEglise, et sur lequel, originairement, l'attention s'était fixée? Et ne semble-t-il pas occuper la première place jusque dans le commencement du ministère de saint Paul? Car, dès que les Eglises des gentils se furent constituées sous la di-

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rection de ce dernier apôtre, Pierre disparut peu à peu de la scène, et tomba progressivement dans une sorte d'obscurité. Aussi les deux lettres qui portent son nom, d'un caractère esseniiellement pratique, rentrent-elles dans le point de vue des chrétiens d'origine juive, qu'il cherche à concilier avec celui de saint Paul. Ajoutons que les paroles de Jésus : a Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matth. XVI, 18), ont simplement trait au rôle que cet apôtre devait jouer lors de la fondation de l'Eglise, sur les destinées de laquelle on le vit exercer, au début, une influence décisive.

Ainsi, au point de vue des Eglises juives, c'est-àdire au point de vue de l'autorité, l'Evangile se concentrait dans la pratique de certains préceptes, dans l'observation de certains rites, dans l'accomplissement de certaines œuvres. Considéré en lui-même, ce point de vue conduit l'homme à s'attacher plutôt au devoir qu'à la Source suprême du devoir, au salut qu'à la personne du Sauveur. Au contraire, le point de vue de la foi met le chrétien en rapport avec le principe des œuvres, rend son obéissance toujours plus libre, et le porte à voir le salut dans une union personnelle avec le Sauveur. Voilà pourquoi saint Paul oppose constamment la foi à ces œuvres légales (Rom. III-XI; Gai. II-V, etc., etc.) qui ne sont, dans le meilleur cas, qu'une simple manifestation de la foi. Pour passer, du domaine de l'autorité à celui de la foi, du chris-

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lianisme des enfants de la loi à celui des Eglises païennes, il fallait donc se rapprocher du centre de TEvangile; il fallait s'avancer dans la voie du progrès. Aussi saint Paul ne combat-il si vigoureusement la tendance des Eglises juives, que parce que le principe sur lequel sa théologie se fonde est plus évangélique à ses yeux. C'est ainsi que nous interprétons TAncien Testament par le Nouveau, non le Nouveau par l'Ancien. El tout comme la nouvelle alliance, loin de contredire l'ancienne , vint au contraire « l'accomplir » (Malth. V, 17), de même le point de vue de saint Paul exclut moins celui des chrétiens de la loi, qu'il ne doit lui faire subir une transformation progressive.

Ce que nous venons de dire suffit pour mettre hors de doute le fait général que nous voulions établir, savoir l'existence, dans l'Eglise du premier siècle, d'une forme du christianisme qui avait hérité de la loi. Les tendances intermédiaires qui se firent jour plus tard manifestent, avec la grandeur de la lutte que nous avons décrite, celle du progrès dont saint Paul fut l'organe. — Mais, dira quelqu'un, quel intérêt s'attache, de nos jours, à l'état de choses dont vous venez de nous entretenir ? — Non-seulement les temps apostoliques renferment les origines de l'Eglise chrétienne, mais ils nous ofifrent le type général de son développement. Nous trouvons , dans leur histoire,

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avec le secret de celle de rhumanité, l'indication de la route que nous avons à suivre pour atteindre le même but, jeter l'adcre dans le même port. Rien, mieux que cette étude, ne saurait nous mettre en état de surmonter, avec fruit, les obstacles qui se multiplient sur nos pas, et de faire jaillir au fond des cœurs, la source d'une nouvelle vie. Car, quiconque voudra bien ne pas s'arrêter à la surface des choses reconnaîtra aussitôt, comme nous le verrons plus tard, que la situation religieuse de notre Eglise est assez analogue à celle de l'Eglise du premier siècle. Sous des formes et des noms divers, des principes tout semblables à ceux qui se trouvaient alors engagés dans la lutte , et également respectés, sont encore en présence. Et comment travailler, dans l'esprit des apôtres, à sortir triomphant de la crise qu'ils ont fait naître, si l'on ignore l'histoire intérieure de l'Eglise dont les douze furent les pères?

Mais cette histoire offre encore, pour chacun, un intérêt particulier. Non-seulement l'Eglise chrétienne passe par la même route, traverse les mêmes régions, fait les mêmes expériences que l'Eglise apostolique; de sorte qu'elle n'est, en réalité, que cette dernière Eglise sortant de son isolement relatif, pour pénétrer au cœur de la société, et travailler, dans tous les domaines, à la conquête de l'esprit humain. Mais chaque chrétien vit de la même vie, connaît les mêmes

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luttes , doit vaincre les mêmes difficultés , braver les mêoies périls, réaliser le même progrès que l'Eglise du premier siècle. Il ne lui faut pas seulement se fortifier contre les répugnances de la volonté naturelle, mais aussi contre le préjugé, contre Terreur de quelque nom qu'elle se couvre, contre les craintes qui l'empêcheraient de s'élever, d'une piété encore extérieure, à une intelligence plus profonde de la vérité chrétienne. Je doute qu'on rencontre beaucoup de fidèles que l'expérience n'appelle à passer par le feu d'une lutte semblable à celle que j'ai décrite ; lutte pleine de dangers, où la lumière n'est pas moins nécessaire à la foi que la foi à la lumière, et qui, à moins d'être couronnée par le triomphe, conduit, par une pente rapide, du sein d'un découragement funeste, à un abandon plus ou moins complet de la vérité. Les perplexités, les doutes dont une telle lutté est d'ordinaire la source, la nuit dont l'âme peut se voir enveloppée n'est pas moins redoutable pour le chrétien que ne Tétait, pour l'Eglise du premier siècle, la grande épreuve à laquelle elle fut soumise. Et dans des jours où chacun est appelé à se rendre compte de ses convictions, à sortir des conditions de l'enfance morale, à s'élever a des croyances plus personnelles, à une foi plus indépendante que par le passé, de quelle importance n'est-il pas de s'assurer la possession du moyen qui nous permet le mieux d'éviter les écueils dont la route est

semée? Ce moyen nous est clairement révélé par Thistoire intérieure de l'Eglise apostolique, et notre ouvrage a pour objet de le mettre dans tout son jour. C'est assez dire qu'il est peu de sujets d'un intérêt plus sérieux et plus pratique que celte histoire, qui reste toujours nouvelle.

Mais l'agrandissement progressif de l'Eglise apostolique ne devait pas rencontrer de moins grands obstacles que le développement de sa foi : et ce n'est pas seulement au dedans, c'est encore plus au dehors qu'elle fut appelée à faire des miracles. Après nous êlre rendus compte de son état intérieur, examinons, en peu de mots, sa situation extérieure.

C'était une mission en apparence facile à remplir que celle d'engager les Juifs à croire en un Sauveur dont les pas semblent empreints dans leur histoire, dont leurs institutions consacraient la venue, dont leurs fêtes solennelles préfiguraient le sacrifice, qu'avaient chanté leurs prophètes, et vers lequel tout devait alors les inviter à tourner les regards ; et l'on pourrait croire qu'aucun peuple n'était mieux préparé à entendre la prédication de l'Evangile. Sous quelques rapports, sans doufe, il en était ainsi ; et aussi longtemps que les apôtres de-

meurèrent attachés à la synagogue, le succès de leur prédication sembla tenir du prodige. Mais, dès que l'Eglise fut régulièrement constituée, ou plutôt depuis le martyre d'Etienne, les choses changèrent bientôt de face. Et pourquoi s'en étonner, quand on peut voir combien, après tant de siècles de christianisme, la manifestation de la \érité rencontre d'obstacles dans la plupart des pays chrétiens? La nation juive subissait docilement l'influence d'un parti puissant et respecté, celui des pharisiens. Ce parti, dont Jésus avait flétri le formalisme de sa parole souveraine (Matth. XXIII, 13-33), était parvenu à emprisonner la religion dans des textes stériles, à coucher la loi dans les bandelettes de ses traditions; et, courbant audacieusement l'esprit sous le joug de la lettre, à retourner l'alliance de Sinaï contre le but qu'elle se proposait, c'est-à-dire contre elle-même (Marc VII, 8-13). Les espérances messianiques ne servaient plus qu'à nourrir un égoïsme vulgaire, et de vides pratiques religieuses, comprimant l'essor de l'âme humaine, tarissaient, dans le cœur de l'homme, toutes les sources de la vie. Wen ne tenait debout le peuple de la loi que des forlûes trompeuses, source d'une intolérance sauvage. N'oublions pas que c'est parce que Jésus s'était appliqué les promesses faites «aux pères*, » qu'il fut jugé digue de mort par le haut conseil de la nation ; que c'est au nom de la loi que les Juifs lapidaient Etienne, et que « Saul ravageait l'Eglise, entrant dans les mai-

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sons, et traînant de force les hommes et les femmes en prison » (Actes VIII, 3). Ce formalisme corrupteur engendrait ainsi un fanatisme aveugle autant que sanguinaire. L'homme ne se montre-t-il pas d'autant plus intolérant qu'il se sent plus éloigné de la paix, ou qu'il éprouve davantage le besoin de se fuir ? A ce sombre fanatisme, les Juifs joignaient, relativement au rôle qu'ils se croyaient destinés à remplir, des préjugés d'autant plus indestructibles qu'ils devaient moins les justifier. Ne sont-ce pas ces préjugés qui avaient attaché à la croix Celui dont ses accusateurs s'étaient vus contraints de reconnaître l'innocence ? Et, quand Jésus lui-même avait dû succomber devant l'opposition que son œuvre rencontrait, comment ses faibles apôtres, des disciples ignorants et craintifs, quelques enfants obscurs de la pauvre Galilée auraient-ils pu nourrir l'espoir de réussir dans la ville qui avait condamné leur Maître ? S'ils s'étaient proposé de faire entendre leur voix aux campagnes les plus éloignées du siège de la théocratie, on aurait pu concevoir qu'il leur fût possible de se faire illusion. Mais c'est une cité esclave du formalisme le mieux établi et le plus intelligent qu'ils veulent enchaîner aux autels de Celui qu'elle vient de ranger au nombre des malfaiteurs! C'est la synagogue qu'ils prétendent convertir à la parole d'un enfant du peuple que ses chefs avaient solennellement désigné à la vengeance du ciel ! A la veille de fonder un culte nouveau sur

les ruines d*une religion que la piété juive revêtait d'un caractère inviolable, ils viennent prêcher un Messie dont les docteurs les plus accrédités avaient voué la mémoire à Texécration publique! Il faut bien reconnaître qu'aucune entreprise religieuse n'était de nature à paraître plus téméraire que rétablissement de l'Eglise parmi les « fils des prophètes. »

Au delà du peuple juif, le monde ancien s'affaissait de toutes parts sur lui-même, comme un édifice dont les fondements sont détruits. Les croyances religieuses, source première des gloires de l'antiquité, étaient éteintes dans les cœurs ; et les dieux qui leur servaient de point d'appui, tombés des régions qu'ils occupaient, laissaient l'humanité errante dans les plus profondes ténèbres : leur règne se trouvait remplacé par celui des astrologues, des devins et des faiseurs de miracles. Les cieux, non moins muets que la conscience humaine, ne rendaient plus d'oracles : et les systèmes philosophiques, qui devaient répondre aux besoins des esprits élevés et leur prêter des ailes, ne parvenaient à leur donner qu'un sentiment plus profond de l'impuissance à laquelle ils se voyaient condamnés. Entouré des merveilles de l'art et des plus imposants souvenirs, l'homme, sans foi, sans amour ni lumière, croupissait sous le joug d'une corruption ignoble, ou se livrait aux obscures conjurations de la magie, qui venait encore augmenter la confusion universelle.

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Devant ces ruines vivantes, devant ce chaos effroyable dés mœurs, des institutions, des idées, quoi d'étrange que de nobles esprits, trompés par les promesses du génie et les séductions de l'étude, s'abandonnassent à un sceplicisme désespéré, ou échangeassent leurs aspirations les plus généreuses contre le plus morne découragement?

Sur quelque point de l'histoire humaine que s'arrêtent vos regards, ils ne sauraient rencontrer un plus triste spectacle. Jamais l'homme ne s'avança au-devant d'un avenir plus sombre ; jamais son cœur n'eut moins de raisons de s'ouvrir à l'espoir. Un monde entier en décomposilion ; partout des nations divisées, dont un commun esclavage n'avait pu éteindre les vieilles inimitiés ; aucun moyen de communication qui ne fAt lent, difficile ou dangereux ; le formalisme, le fanatisme, les plus grossières superstitions et le scepticisme le plus spécieux se disputant des ruines, et rendant, selon toute prévision, impossible la renaissance de la foi religieuse, voilà les conditions dans lesquelles devait s'élever l'Eglise du premier siècle. Je doute qu'on imagine facilement un concours de circonstances plus propres à rendre difficile le triomphe de la « folie de la croix. »

Néanmoins, quand la sagesse de sages qui demeurent l'objet de la plus haute admiration se montrait impuissante à soutenir le courage de ceux même qui cherchaient le salut; quand cette sagesse, si justement

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réputée, s'épuisait en efforts iautiles pour opposer une digue au torrent de la dissolution ; quelques pêcheurs, de la partie la moins respectée d'un pays méprisé, annoncent le dessein d'affranchir les cœurs de l'esclavage du péché, et d'arracher le monde à la ruine qui le menace. Et commet ? En proclamant le fait le plus incroyable, savoir que, dans une nation chélive et humiliée. Dieu s'était fait homme dans la personne du fils d'un charpentier; que ce Dieu-homme, condamné au dernier supplice par les chefs les plus respectés de la nation, était ressuscité des morts, et que la foi en son nom rendait participant de la vie étemelle (Actes n, 22-40; III, 13-26; IV, 10-12 ; V, 30-32; X, 37- 43; XIII, 23-40; XXVI, 16-23, etc.). Je le demande à tout homme de bonne foi : Faire dépendre le salut des païens du supplice d'un Juif, et de sa résurrection, fait dont eux-mêmes, simples Juifs, se disaient les seuls témoins; engager des sceptiques à croire en un crucifié, sorti des rangs d'un peuple odieux, pour acquérir le pouvoir de surmonter l'empire du mal, n'élail-ce pas l'entreprise la moins sensée qu'un mortel put vouloir former?

Est-ce à dire que de semblables considérations se soient présentées à l'esprit des apôtres, lorsqu'ils entrèrent dans la carrière ? J'ai plutôt cherché à établir qu'ils n'avaient encore aucune idée exacte de la grandeur de leur mission, et de la nature des luttes qui les attendaient. Pleins du souvenir des événements qui

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venaient de s'accomplir, étroitement unis à Jésus, et revêtus de la vertu du Saint-Esprit, ils éprouvaient le besoin de faire partager à leurs compatriotes le bonheur dont ils jouissaient, et leurs glorieuses espérances. Obéissant ainsi à une impulsion divine, ils rendaient courageusement témoignage au Crucifié, et se présentaient au peuple l'Evangile éternel à la main. Mais cet Evangile n'en devait pas moins afficher la prétention de sauver les Juifs par un « scandale » et les païens par « une folie » (1 Cor. I, 23).

Eh bien ! transportez-vous à quarante ou cinquante années plus tard. Vous voyez s'élever, à côté des synagogues, autant d'Eglises chrétiennes, dont chacune, faisant la conquête des cœurs qui soupiraient après la vérité, mettait, par sa seule existence, les Juifs en possession d'un salut qui les choquait comme un scandale. Vous voyez l'Asie Mineure et la Grèce, pour ne pa^ parler du reste del'empire romain, couvertes d'Eglises naissantes, dont chacune, répandant autour d'elle la semence deTEvangile, convertissait les païens au Juif crucifié, ou les mettait en possession d'un salut qu'ils taxaient de folie. Vous voyez le christianisme s'avancer de lieux en lieux, passer d'un continent à l'autre, sur les pas de ces humbles disciples, et donner partout naissance à une nouvelle humanité, en faisant partout surgir des hommes nouveaux. Vous voyez une société nouvelle sortir du néant à sa voix, la nature humaine renaître aux rayons du « Soleil de justice, » un

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nouveau monde éclore, comme des fleurs sur une ruine, au sein d'un monde changé en un informe chaos. Vous voyez la fraternité, sentiment jusqu'alors inconnu, sanctifier tous les autres; les ennemis réconciliés; une affection nouvelle unir entre eux les supérieurs elles inférieurs, les époux, les parents et les enfants, les serviteurs et les maîtres ; Tesclavage changer de nature avant de disparaître avec d'autres iniquités; les institutions, les lois, les mœurs s'apprêter à subir, par la restauration de la famille, une profonde métamoi^ phose; en un mot, des vertus dont l'homme n'avait aucune idée frapper, en tous lieux, ses regards. Voilà quant au dehors. Quant au dedans, vous voyez la crise que nous avons décrite glorieusement terminée, le progrès que nous avons signalé accompli, la lutte que nous avons caractérisée prenant fin au sein d'une vic« toire commune, l'Evangile rapprochant les partis par la nature de ses conquêtes, les doutes changés en foi, Tesprit judaïque traubformé ou réduit à une manifeste impuissance, en un mot, les obstacles concourant avec les moyens à rétablissement de la vérité.

Voulez-vous savoir par quelle puissance ces hommes parvinrent à remporter des. triomphes si surprenants, à faire l'impossible, à surmonter d'insurmontables obstacles? — La grande crise religieuse par laquelle ils durent passer , les doutes qu'ils eurent à vaincre après la mort de leur Maître leur fournirent l'occa*sion d'acquérir, avec la conscience de leur mission,

l'indépendance nécessaire pour devenir apôtres. Ce fut là, avant tout, l'œuvre du Saint-Esprit. L'infime relation qu'ils entrelinrent, dès lors, avec leur Maître les transforma progressivement en d'autres luimême ; et ils purent répéter avec l'un d'eux : « Pour moi vivre c'est Christ » (Philippiens, I, 21). Souffrir et lui appartenir leur semblaient choses inséparables (Actes XIV, 22). Aussi les vit-on montrer aux hommes que l'homme, de race divine (Actes XVIt, 29), doit aspirer à la gloire de perdre sa volonté dans celle de Dieu, ou de s'offrir à lui en vivant holocauste. A ce prix, ils demeurèrent unis comme les membres du corps le sont les uns avec les autres. Soutenus par une foi inébranlable, ils s'entretiennent si familièrement avec Jésus, que les choses visibles semblent avoir disparu à leurs yeux. Ils ont littéralement cessé de s'appartenir à eux-mêmes ; et cette étroite union avec Christ, donnant à leur esprit une vue toujours plus distincte de l'œuvre dont ils sont chargés, les unit toujours davantage à cette œuvre. La mission de leur Maître devient la leur. Cette mission, qu'ils se sont graduellement appropriée, donne à leur vie son caractère particulier, et lui imprime la direction qu'on la voit suivre : elle est le grand mobile de leur activité, la source de leurs victoires, le principe de leur toute-puissance, et leur met au cœur les pensées, leur inspire les discours les plus propres à servir leur cause. Ame d^ leur ministère, elle les

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console et les fortifie par les épreuves qu'elle les appelle à traverser. Aussi lui sacrifient-ils tout avec joie, repos, liberté, bonheur (2 Cor. XI, 22-33 ; XII, 10). Ne lui doivQntrils pas de vivre dans le cœur de leurs frères, ainsi devenus « leurs enfants, » et de porter dans leur cœur tous les membres de TEglis0? (2 Ck)r. XI, 29.) Et, si des vues contraires sur de graves questions purent coexister parmi eux sans déchirer « le corps de Christ , » c'est que Tamour fraternel venait incessamment « accomplir l'unité » au dedans d'eux. Ils s'élevèrent à la royauté spirituelle, moins par les prodiges qu'ils opéraient, que par le miracle de cette vie' commune. Ainsi, forts de leur faiblesse (2 Cor. XII, 10) et consolés par leurs aflBiictions, ils marchaient ce sur les serpents et les scorpions, x> rendaient vains les efforts des puissances ennemies (LucX, 19); puisaient des forces nouvelles dans les obstacles qu'ils rencontraient, « aplanissaient les montagnes » (Marc XI, 23), et guérissaient miraculeusement les cœurs (Matth. X, 8). Ainsi Christ opérait, par leurs mains, de plus grandes choses que celles qu'il avait accomplies sous leurs yeux (Jean XIV, 12).

Tel fut le principe de la grandeur des apôtres : tel est aussi le moyen d'accomplir, de nos jours, dans TEglise et hors de son sein * une œuvre également féconde. Je le sais; le sentiment de notre isolement ou

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de notre faiblesse, la vue de rindifférence avec laquelle on accueille la vérité, de l'opposition qu'elle soulève, des obstacles que les chrétiens eux-mêmes suscitent, hélas! à son triomphe, nous exposent sans cesse à succomber aux atteintes du découragement. Mais, prenons-y garde : cette tristesse peut exercer sur nous une influence d'autant plus tîorruptrice qu'elle provient d'une plus noble source. Biemfne nous empêche d'être, nous aussi, forts pour la vérité selon que nous nous sentons faibles. La grâce de Dieu n'est pas moins suflSsante (2 Cor. XII, 9) dans notre siècle qu'au premier, et peut également nous rendre capables de trouver, dans les combats qui nous attendent pu les difficultés qui nous entourent, des secpurs précieux, que dis-je ? autant de gages de victoire et de sources de consolation. Mais pour tirer aipsi nos ressources de ce qui semble nous faire obstacle, nous ayons à devenir, dans notre sphère d'acvité, aussi réellement apôtres que l'étaient ceux du premier siècle.

Les détails dans lesquels je suis entré m'autorisent à conclure que l'Eglise est essentiellement une société de chrétiens, c'est-à-dire d'apôtres, ou qu'elle consiste dans l'union, sur la base d'une vie commune, de cœurs sincèrement unis à Jésus. Aussi est-elle appelée

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«dam^soQ de. Dieu » (1 Timothée, III, 15), «le corps de Christ » (Eph. 1, 22, 23), quelque forme d'^leurs qu'elle tienne du temps ou des circonstances; par où je n'entends pas dire que toutes les formes lui soient également appropriées, ou puissent indifféremment servir de cadre aux manifestations de 4a piété. Comme le corps de Christ se développe dans chaque fidèle, l'Eglise e:siste de fait dans le coeur de chaque chrétien, sanctuaire du Saint-Esprit. Elle comprend les moments les plus beaux et les plus touchants de la vie spirituelle, et en consacre les pins saintes actions. Chargée de poursuivre Toeuvre de Christ, il lui faut connaître la même mort et, sous diverses formes, subir le même martyre. Aussi est-elle, dans on sens particulier, Tépouse de Jésus-Christ, rimage vivante du Fils de Dieu parmi les fils des hommes, « rhomme de doolenrs» ou la véritable hnmanilé. L'Eglise ne saurait donc être rEgli»e, à moins que le corps do Christ ne se forme progressivement dans son sdn, ou que, Marie spirituelle, elle n*en&n(e, chaque jour, le Sauveur sur la terre. Les membres de rinsUtatiGn eod^iastique qui ne sont pas, en même temps, membres du corps de Quist, demeurent de simples auditeurs, et l1B4glise n*est toujours pour eux qu'on anditoire. L^iustitatioD ecdésiastAque ne peut, à boa droll, ffteodre le nom d'I^feeque dans la me^ sureoè fisiaeaoe dies irak éuréûeoBfrééQmisïe daub •es coDseite. Le jour où eette iDAueaoe eesserait de

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se faire sentir, elle descendrait au rang d'un simple établissement de police : et, loin de contribuer à c l'accroissement du corps du Christ, » elle en rendrait la restauration d'autant plus difficile qu'elle se serait davantage pétrifiée dans le moule vieilli de ses formes.

Aussi l'Eglise ne saurait-elle s'élever à la hauteur de sa mission, tant que, contrairement aux communautés du premier siècle, elle mettrait obstacle au développement spirituel de l'un ou de l'autre de ses membres. Si, parmi ces derniers, il en est qui, disciples sincères de Christ, travaillent à la conduire à de nouveaux progrès, à la manière de Paul, et si, sans plus de raison que les chrétiens d'origine juive, elle se résolvait à exclure de tels membres de sa communion , elle agirait dans un autre esprit que sa sœur du siècle apostolique, et se trouverait en contradiction avec le nom qu'elle porte et le caractère qu'elle doit revêtir. Il lui faut, au contraire, garantir à chaque fidèle la mesure de liberté dont Paul et Jean jouissaient parmi leurs frères, et s'ouvrir à tous les progrès dont le germe, déposé dans l'Evangile, aspire à s'épanouir sous les rayons de la vie chrétienne. Il faut, dès lors, que ses enfants, suivissent-ils des routes différentes à travers les riches contrées du royaume de Dieu, soient aussi bien « membres les uns des autres » (Eph. IV, 25), aussi réellement unis entre eux que les membres de notre corps, ou qu'une épouse

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et son époux (Eph. V, 21-33; 1 Cor. XII, 12-27). Sans doute, les disciples de Christ sont appelés à devenir, chacun, les victimes de la vérité, à marcher à la gloire par le chemin sanglant du sacrifice, à se donner pour Celui qui s'est donné pour eux. Mais les divergences individuelles, dont l'unité tire sa richesse et sa force, leur font un devoir d'autant plus pressant de s'unir entre eux comme avec Christ (Jean XVII, 20-23), de. travailler de concert au sincère développement de la foi, d'étendre, par de communes conquêtes, les limites du royaume de Dieu,*et de réunir toutes leurs forces pour assurer Je triomphe de l'Evangile. Si, jusque sous la conduite des apôtres, l'Eglise possédait une existence indépendante, ses directeurs actuels ne sauraient s'arroger le droit de dominer sur la foi de ses membres (1 Pierre V, 3; 2 Cor. IV, S), ou s'appuyer, auprès d'eux, sur une autre autorité que sur celle de la vérité. Et, d'un autre côté, les membres de l'Eglise ne sauraient travailler efficacement à l'œuvre de sa régénération, sans posséder effectivement la vertu du Saint-Esprit (Actes VI, 1-8). De là résulte que l'Eglise ne peut faire des œuvres durables, redevenir le grand missionnaire du monde ou renouveler la face de la terre, tant qu'elle n'offre pas la liberté spirituelle nécessaire au plein accroissement du corps de Christ. Appelée à se développer comme tout ce qui a vie, au fait elle se reforme sans cesse, et ne doit un progrès qu'à de laborieux ef-

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