‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 5 sur 12 · LB PREMIER JOUR DB L^BGUSB · texte numérisé non relu

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forts. Elle est si peu établie dans sa patrie naturelle qu'on la voit toujours soumise à la nécessité de renaître. Aussi ne doit-elle pas moins que le chrétien se conquérir sur elle-même par d'incessantes métamorphoses , pour rendre attentive à sa voix la société au sein de laquelle elle est exilée. Nous faisons-nous bien une juste idée de l'étendue de rœuvre que nos temps lui imposent le devoir de poursuivre? Je ne parle pas de Tévangélisaiion de l'Asie, de l'Afrique, du monde entier : je ne parle pas de ces millions d'idolâtres qui attendent d'elle la connaissance d'un salut dont elle jouit depuis dix-huit siècles. Je me renferme strictement dans le cercle de notre communauté ; je n'étends pas mes regards au delà de la ville, du pays que nous habitons. Il ne s'agit pas seulement, pour l'Eglise, d'entrer dans des conditions d'existence qui soient plus en harmonie avec l'esprit de l'Evangile, comme avec nos propres besoins : et cela non moins dans le domaine de l'organisation ecclésiastique que dans celui de l'enseignement religieux; non moins sous le rapport de la participation progressive des fidèles au développement du corps de Christ que sur le terrain de la pensée chrétienne. Il s'agit encore de faire couler, dans tous les rameaux du cor|>s social, la sève d'une vie qui suscite, sur tous les points, de sincères aspirations vers la vérité, et qui puisse, dans un degré croii^sant, rajeunir la nature humaine. De sorte que

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les hommes droits n'aient plus lieu de dire : « Voici un progrès sérieux à poursuivre, une réforme importante à opérer, de nouvelles lumières à répandre : quels secours, pour réaliser ce progrès, pour accomplir cette réforme, pour communiquer ces lumières, pouvons-nous attendre de Tinstitution qui se considère comme le soutien de tout ce qui est bon, vrai et salutaire à l'homme? » Assurément la tâche qui nous est imposée n'est pas moins grande, liotre mission moins féconde que ne Tétait celle des apôtres du premier ou du seizième siècle. Mais comment l'Eglise sentirait-elle la nécessité et posséderait-elle les moyens de poursuivre une telle œuvre, sans subir progressivement rinfluence des vrais membres du corps de Christ? D'où viendra le renouvellement de l'institution ecclésiastique et la régénération de la société, sinon de l'Evangile plus profondément saisi et plus spirituellement conçu que par le passé? Rien n'est si foncièrement créateur que le principe religieux : nonseulementil donne puissance et grandeur aux œuvres . qu'il inspire ; mais il est la source divine de toute vie vraiment nouvelle : et tout mouvement, toute institution qui ne remontent pas à un principe plus évangélique que ce que nous ofire le passé sont condamnés à demeurer stériles, quoi qu'il puisse d'abord en paraître. L'avenir est dans le cœur de ceux qui entretiennent avec Jésus-Christ les rapports les plus spirituels , ou les plus "propres à satisfaire les intimes

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besoins de la nature humaine. Ceci nous ^regarde, chrétiens. Si peu nombreux que fussent les premiers disciples, ils n'en tenaient pas moias un nouveau monde dans . les mains. Si peu nombreux que fussent, à l'origine, les enfants de l'Eglise du seizième siècle, la civilisation prolestante sortit cependant du milieu d'eux. Et pour peu qu'on nous vit travailler à faire éclore la vie chrétienne dans le milieu de la spiritualité évangélique, fussions-nous encore moins nombreux, a l'Eglise de l'avenir » naîtrait tout aussi naturellement de nos efforts.

Il est sans doute nécessaire, pour atteindre ce but, d'entrer volontairement dans l'Eglise, ou de lui appartenir d'une façon religieuse. Tant qu'il en est autrement, on court grand risque de confondre la qualité de membre de l'institution ecclésiastique avec celle de membre du corps de Christ. Et, pourvu qu'on demeure fidèle à certaines habitudes religieuses, qu'on tienne ouverte, dans son cœur, la source de certaines émotions, qu'on se soumette aux usages établis, et qu'on ne manifeste aucune conviction contraire aux doctrines reçues, on échappe au danger d'apprendre qu'on n'a peut-être « aucune part avec Christ. » Mais si l'institution ecclésiastique se voit appelée à subir une transformation sérieuse, ou, pour m'en tenir simplement aux faits, si un « réveil » religieux, conservant les traditions du milieu dont il a pu sortir, se produit dans son sein, que ferez-vous? Frappés des défauts

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que vous lui reconnaissez, ainsi qu*à toute œuvre humaine, votre attention se portera de préférence sur eux. « L'étroitesse de cœur ou d'esprit » dont il fera preuve à votre égard suffira pour voiler à vos yeux les exemples de piété qui lui donnent son véritable caractère, la charité, le dévouement par lesquels il vient étonner les esprits qu'il ne jette pas dans Firritalion. C'est pourquoi, au lieu de bénir la main qui fait naître de tels fruits; au lieu de consulter votre conscience, et de suivre votre Sauveur sur une voie toujours plus lumineuse, vous repousserez les éléments de vérité qui vous sollicitaient à rentrer en vous-mêmes. Vous étiez appelés à instniire, et vous condamnez peut-être, avec colère : vous devenez les adversaires de ceux que vous deviez éclairer ; vous les considérez comme dangereux pour la prospérité de l'Eglise, et ne vous en persuadez que mieux que vous ^ êtes de vrais fidèles. Ainsi vous demeurez hors de la communion de Christ, en vous croyant dans la vérité : . vous contribuez à égarer ceux qui vous aiment, et à retenir dans les liens du monde une Eglise dont vous pensez être les soutiens. Et non-seulement ceux que vous qualifiez d'extravagants ou d'exclusifs auront (c passé de la mort à la vie, » sans qu'il en résulte pour vous autre chose qu'un attachement plus servile aux vides habitudes qui composent votre religion : mais vous aurez travaillé à les affermir dans les préjugés qu'ils nourrissent : vous vous serez montrés aussi ex-

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clusifs envers eux que vous les accusez de Têtre em vers vous : vous aurez doublement porté dommage ; l'Eglise : et votre aveuglement, devenant de jour ei jour plus profond, rendra l'heure du réveil d'autani plus humiliante et plusamère pour vous.

Mais si l'Eglise n'a de vérité, si elle n'exerce une influence salutaire qu'à la condition d'être le corps de Christ, ce n'est pas autrement qu'elle peut devenir une source de bonheur ou de paix. Comment donc communiquer la paix, cette réalité divine, à moins de la posséder? Pour en rendre les autres participants, ne faut-il pas, tout d'abord, l'être devenu soi-même? Et quel bonheur pourrions-nous devoir à une instHiition religieuse qui * p'en serait pas le .sanctuaire, pa qui dénierait à ses membres le droit de lui faire revêtir un caractère toujours plus en harmonie avec sa destination? Sans doute, « l'Esprit de Dieu souffle ûo il veut, » et peut « réveiller les morts » malgré l'obstacle du milieu dans lequel ils se trouvent. Mais saiton bien tout ce que peuvent, pour la paix du monde, des hommes en possession du bonheur dont jouissaient les premiers fidèles ? La société est si vide de tout ce qui peut remplir le cœur ! la vie mondaine si facilement corruptrice, et les plaisirs si stériles ! Ou donc celui qui cherche une réponse aux besoins que son âme éprouve, ou que travaille le sentiment desâ misère intime trouvera- t-il la délivrance après laquelle il soupire, si, méconnaissant let^ublime Inconni

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de l'Evangile, il ne le voit vivre dans le cœur des membres de l'Eglise ? Gomment le pécheur sera-t*il « repris de son égarement » et directement averti des ce charbons de feu qui s'amassent sur sa tête, » si la vie sainte de l'épouse de Christ ne vient partout frapper sa vue ? Où le pauvre rencontrera-t-il plus véritablement une famille, où verra-t-il une main dégantée chercher plus fraternellement la sienne, où trouvera-t-il des amis plus sincères qge parmi les membres du corps de Christ? Et ù'est-ce pas à leur piété que l'affligé doit de sentir que son deuil peut être changé en joie, et le mourant l'heure de son départ eu un jour de triomphe? Le catholicisme- offre aux âmes dégoûtées du monde le refuge des monastères. C'est à nous de revenir à la vérité, en remplaçant l'action morte de ces prisons vivantes par l'action libre du corps de Christ, en mettant au large le cœur dont la tristesse viendrait s'assoupir dans la monotone oisiveté du cloître, et en rendant sa joie active loin d'en étouffer l'essor entre les murs de sa retraite. Il importe que le corps de Christ déploie, enfin, toute sa vertu, pour convaincre les esprits que le bonheur est •la plus héroïque des conquêtes spirituelles. Il faut qu'on voie briller, à l'horizon de l'Eglise, l'aurore de « ces nouveaux cieux et de cette terre nouvelle où la justice habite » (2 Pierre III, 13),. afin que l'âme humaine puisse renaître à i^voix, et l'homme puiser dans son sein une vie toujours plus frakhe^ Il fàtft.

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qu'elle o£Fre un asile aux esprits méconnus ou soli taires, et aux cœurs abattus l'appui dont ils ont besoi pour vaincre les tristesses de la chair, qu'elle s'assc cie à leurs combats en les associant à ses triomphes et qu'elle les fortifie en leur faisant partager ses joies Voilà le moyen de revêtir les plus faibles d'une puis sance souveraine, et de ramener les beaux jours d l'Eglise apostolique, ou de faire servir jusqu'aux ol stades à la fondation de celle de l'avenir. Commei l'Eglise redeviendrait-elle la lumière du monde, 1 trésor de la société, le lieu du salut et de la paix, tai qu'elle ne redevient pas l'épouse de Jésus-Christ ? I que peut-elle, à moins de cela, que répandre le doul par la manière dont elle cherche à le réprimer qu'entretenir l'incrédulité par son impuissance à h combattre, et peut-être, au bout du compte, qu'orga niser le désordre ?

Tel est l'apostolat auquel le chrétien est appeU dans les jours sérieux où nous vivons. Pour remplîi une telle mission, nous devons sans doute acquérir, de la même façon que les premiers apôtres, un certain degré de maturité spirituelle, examiner à que titre nous sommes membres de l'Eglise, si nous pré ferons à toute autre société celle des chrétiens, eus sent-ils beaucoup moins approfondi que nous «li mystère de piété, » et si nous éprouvons le besoin di nous associer à leurs travaux, sous la forme de noî

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convictions personnelles, en vue de l'édification du corps de Christ. Comment, d'ailleurs, pourrait-on confier au champ de l'avenir une semence féconde, si les disciples de notre siècle n'aspirent à de nouveaux progrès, s'ils demeurent asservis à un enseignement traditionnel ou extérieur , de l'Evangile, s'ils ne se rendent pas scrupuleusement compte de la direction religieuse dans laquelle ils sont engagés, et s'ils ne sentent pas la nécessité d'abandonner à la synagogue ce que l'Eglise a pu retenir de ses formes? A nous de diriger si bien leurs regards sur la 'personne sainte de Jésus, d'occuper si constamment de lui leur pensée, qu'on les voie échapper toujours davantage à la dépendance de l'homme, pour ne dépendre plus que delà vérité. A nous de les meltre en garde contre la tendance à confondre des émotions, d'ailleurs salutaires, avec l'attachement de la conscience à la vérité, et de leur apprendre à en discerner la voix parmi toutes celles qui se réclament de son nom. Eh ! ne voyons-nous pas, en bien des lieux, une Eglise nouvelle s'agiter dans le sein de l'Eglise, et faire effort pour briser les liens qui la retiennent captive? L'avew sera plus grave, sans doute, qu'on ne se plaît à le S'ipposer. Gardons-nous de lui opposer le vain obstacle d'un labeur stérile : et que le souvenir des impuissants efiTorts que firent les chrétiens circoncis pour arrêter le développement de l'Evangile, serve à rendre notre fidélité toujours plus éclairée.

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