‹ Les grands jours de l'Église apostolique considérés relativement à l'époque actuelle. ConférencesChapitre 8 sur 12 · III · texte numérisé non relu

III

La foi forme si bien la clef de voûte de l'Evangile de son apôtre, qu'elle comprend même, à ses yeux, tout le christianisme, ou qu'elle embrasse également la doctrine et la vie chrétiennes (1 Thessal. III, 5-8; Rom. I, 8; XII, 3,6; XIV, 1). Aussi déclare-t-il que croire c'est accepter « le mystère de piété, » c'està-dire la nouvelle alliance (1 Tim. III, 16), et assimiîe-tril la foi à la vérité (Coloss. II, 7 ; 1 Tim. II, 7; ÏV, 6), ou même à l'Evangile (1 Tim. V, «; 2 Tim.

IV, 7 ; Galates III, 5, 23, 25). Quoi d'étonnant que l'action de croire se confonde, à son gré, avec celle de devenir chrétien (Rom. XIII, 1 1 ; 1 Cor. III, 5 ; XIV, 22 ; Ephés. I, 19), ou qu'il identifie la foi avec l'habitation de Jésus dans le cœur de l'homme? (2 Cor. XIII, S.) La foi constitue donc pour lui le fond de la piété : source de l'activité chrétienne, elle remplace

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les œuvres : n'est-elle pas l'œuvre fondamentale, l'œuvre des œuvres, et, en certain sens, l'œuvre unique du fidèle?

En marquant ainsi avec précision le centre de la pensée religieuse, Paul donnait d'autant plus d'unité à la vie chrétienne, sans en gêner, d'ailleurs, le libre développement. Mais si le progrès dont l'Eglise lui fut redevable se concentre dans sa conception de la foi et ilans les conséquences qu'il en tirait, il ne s'étend pas moins à d'autres points essentiels de sa doctrine. Les chrétiens d'origine juive considéraient Dieu comme FAuteur de la loi, comme le souverain Juge dont la volonté suprême formait la base de la théocratie. Si Paul n'attache pas moins d'importance qu'eux à Tattribut de la justice divine, il prêche avec plus de force et flace souvent sur la première ligne celui de l'amour, sous forme de la libre grâce de Dieu. A son point de vue, la grâce occupe en Dieu une place non moins j^Qttale oué la foi dans le cœur du chrétien (Coloss. r, 4-6 j Rom; V, 2). En corrélation constante avec la foi, qfA en découle, la grâce constitue, dès lors, l'Evangile liii-iùême, eiivisegé soit relativement à Dieu, soit relativement à la loi (Tite II, H, 12 ; Galates V, 4; II, 21). Source divine du salut, la grâce annule la justice légale, qui demeure en contradiction avec elle (Rom. XI, 6). Dès que la foi, don de la grâce, a remplacé la Ici pour le chrétien, celui-ci est « mprt à la loi » (Rom. VIÎ, 4, 6), î^ui n'exerce plus d'au-

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lorité sur lui (Galates V, 22,23; 1 Tim. I, 9-11). L'Esprit de Dieu, qu'il possède, est sa loi, le principe de sa nouvelle vie : mais cette loi ne l'affranchit de l'empire de la loi que pour mieux l'asservir à Christ (Rom. VIII, 2, 3), qui, contrairement à la loi (Rom. VII, 7-13), détruit la source du péché dans son cœiir (Rom. VI, 6). La grâce forme donc l'élément dans lequel il se meut (Rom. VIII, 26, 27).

Saint Paul fit faire un progrès non moins positif à l'enseignement apstolique quant au dogme de l'élection. Il est à remarquer que c'est le seul apôtre qui expose clairement cette doctrine redoutable. En effet, non-seulement la foi est « un don libre de Dieu » (Eph. II, 8) en vertu de l'influence irrésistible de sa grâce (Rom. VIII, 28, 30; IX, 23, 24; XI, 29 ) : non-seulement Dieu appelle parce qu'il a élu (Gai. I, 15), de sorte que la foi ne saurait proyenir de l'homme (Philipp. II, 13) : non-seulement l'élection, la vocation, la for-'œtiStituent udlpnYil*^^ éternel (2 Thess. I, 11 ; 2 Tim" I, 9)V.if^ a plus': quiconque n'est pas élu compte parmi ceux qui périssent (\4C0r. I, 18 1,5 GôUt H, 4^). Quoi de moins équivoque, à cet égard, que le rejet d'Esaû, arrêté, dès avant sa naissance, par la volonté absolue de Dieu? (Rom. IX, 11-13.) Cette élection négative, qui n'a d'autre raison d'être que le libre choix de Dieu (Rom. IX, 18), est surtout mise en évidence par l'assimilation de l'homme à des vases d'argile (Rom.

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1X9 20-24), sorte de raisonnemenl destiné à établir le dogme au iDoins autant qu à Texpliquer. Dieu « forme » les uns « pour la gloire » afin de faire éclater c sa miséricorde, » et les autres « pour la perdition, » dans le but de manifester l'ardeur de « sa colère. » Malgré l'aspect effrayant que revêt cette doctrine, elle n'en est pas moins doublement en progrès sur la donnée fondamentale du christianisme légal, réiectîon des Juifs et le rejet des païens. Cette der* nière croyance, à laquelle la loi servait originairement de base, ne reposait plus que sur le préjugé national; et nous avons vu quelle intervention fut nécessaire pour déterminer les disciples à Tabandonner tout à £aiL Aussi les auteurs du Nouveau Testament ne paraissent-ils pas tous se douter de la profondeur dont la doctrine de Félection est redevable à là plome de Paul. Aux yeux de, cet apôtre, en effet, l'élection concerne Juifs et païens au même titre (Rom. IX, 24; X, 12). A part un petit nombre d'élus, les Juifs, bien que « toujours aimés à cause de leurs pères» (Rom. XI, 28), se voient momentanément rejetés (Rom. XI, 7-12, 15, 25) : les païens, au eontraire, sont appelés à jouir de « leur héritage. » De nationale qu'elle était d'abord, l'élection, revêlant ainsi un caractère personnel ou plus directement religieux, devient tout à la fois humaine et individuelle. Ce n'est pas tout. Le rejet « d'Israël » semble avoir pour but dernier de rendre plus éclatante la bonté

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de Dieu envers son ancien peuple. « Dieu, s'éci^ie saint Paul, les a tous enfermés'dans la rébellion pomjr faire miséricorde à tous » (Rom, XI, 31-33), S'il ^n est ainsi, comment se refuser à reconnaître, qu'^n exposant cette doctrine, TApôtre ne veut pas moins glorifier la miséricorde de Dieu qu'exalter sa puissance ? C'est par grâce , en effet , que Dieu sauve les élus. Sa charité, ne se manifestant que dans cette limite, est encore envisagée sous un point de vuejuîf: de sorte que le dogme de l'élection semble n'être qu'une façon plus ou moins judaïque de concevoir le déploiement de l'amour divin dans l'histoire de l'humanité. Rappelons à notre souvenir la déclaration de Paul aux Colossiens (I, 19, 20) : ce II a plu à

Dieu de se réconcilier toutes choses par Chris*?

tant celles qui sont dans les cieux, que celles qui sa»^ sur la terre, ayant fait la paix par le sang de sa croix z >» déclaration qu'on rencontre déjà quelques lignes plus haut : a Tout a été créé par Christ etjpowr lui » (v. 16) ^ et que TApôtre confirme lorsqu'il écrit auxPhilippieris (II, 9-11) : « Dieu a donné à son Fils un nom élevé audessus de tout autre, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous 1^ terre, et que toute langue confesse que Jésus-Chris^ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » Et daas quel but? L'apôtre de l'élection nous l'apprend •'

c( Car Dieu a mis toutes choses sous ses pieds et i

quand toutes choses lui auront été assujetties, alors

ït secoKD lorR BE l'église. ^

le Tils Im-méiDe sera aussi assujetti à Celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que Dieu soit îoui en tous » (1 Cor. XV, 27, 28). Or, comment concilier la <loctriiie de l'élection avec le glorieux déploiement de la Tie divine dans tous les cœurs, sans suivre la voie que Paul nous ouvre quand il déclare que Dieu ii'a enfermé les Juifs dans la rébellion que pour faire miséricorde à tous? Ainsi, les aspirations les plus profimâes du beau génie de Paul nous portent jusqu'au principe central de la théologie de Jean, jusqu'à ce point lumineux ouFélection semble vouloir revêtir un caractère universel, je veux dire spirituel. Aussi, dans la pins divine des pages que saint Paul a laissées au awnde, dans celle qui contient son chant le plus su* bKme, l'apôtre de la foi se transforme-t-ii en prophète <îe l'attionr :

« Quand je parlerais toutes les langues des hommes « et des ai^es, si je n'ai point Tamouv, je suis comme "^ T airain qui résonne, ou comme la cymbale qui retentit. » « Quand même j'aurais le don de prophétie, que je ^ connaîtrais tous les mystères et la science de toutes ^ choses, et que j'atiraw toute ht foi, jusqi^à transpor-- "^ ter les montagneSy si je h*ai point Vamour, je ne suis ^ ritn. »

« Quand même je distribuerais tout mon bien pour ^ la nourriture des pauvres, et que je livrerais mon « corpspour être hrùU, si je n'ai point Vamour, cela ne me « teri de rien, »

100 LE SECOND JOUR DR l'ÉGLISI.

« Maintenant ces trois biens demeurent : « la foi « V espérance et ïamour; mais h plus grand, c'est Vi « mour. » (1 Cor. XIII.)

On conçoit, d'ailleurs, qu'il soit facile de reconnaîtra, d'un bout à l'autre de la théologie de Paul, le progrèjs positif dont son cœur renfermait la source. L^esprit général de son système le manifeste également. O :» ne saurait donc s'étonner qu'il insiste plus qu'aucu « des organes du christianisme légal sur la nécessité du progrès dans l'intelligence de la vérité non moin.^ que dans la foi (Ephés. IV, 13-16). Il ne sait, il n^ connaît, il n'enseigne, ne prophétise qu'imparfaitement, et sa pensée ne cessera d'être incomplète qu'aiJ jour de la perfection (1 Cor. XIII, 9, 10). Aussi se sent — il appelé à poursuivre sa course, à se rapprocher san^ cesse du but (Phil. III, 12-14), à grandir en connais ^ — sauce autant qu'en charité (1 Cor. XIII, 11, 12), jus- — qu'à ce que sa foi se trouve changée en vue.

« L'Evangile » de Paul offre donc une significatiot:»plus profonde ou plus spirituelle que celui de la loi ^ bien que, sur certains points d'un ordre plutôt exté- — rieur, il se rapproche de ce dernier: et le doubla progrès que nous venons de constater met assez de distance entre l'un et l'autre Evangile, pour qu'on doiv0 reconnaître à l'humble apôtre de la foi la gloire.d'avoir rendu l'Eglise définitivement chrétienne (Gai. I, 6-9) . On peut maintenant mesurer l'étendue delà révolution

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religieuse qu'il voulait accomplir dans les consciences. Son apostolat révélait, d'ailleurs, un caractère analogue à la nature de cette grande œuvre. Les autres apôtres avaient eu le privilège de connaître personnellement Jésus-Christ (Act. I, 21, 22), d'être témoins de ses miracles, de recueillir ses paroles, d'entretenir avec lui un commerce habituel ; et ils devaient à ce bonheur la conviction puissante, bien que peu spirituelle, qui les anima jusqu'à sa mort. Les souvenirs qu'ils gardaient dans leur cœur, comme la mémoire embaumée de Celui qu'ils aimaient, servaient de corps aux inspirations de TEsprit, et remplaçaient, en quelque mesure, la présence de leur Maître. L'impression profonde quesa personne avait produitesur eux, tenant leur esprit ouvert à l'influence du Consolateur, relevait, par dégrés, dans les régions de l'invisible. Paul, au contraire, n'avait d'autres titres à faire valoir à l'apostolat qu'il exerçait que la vision qu'il avait eue près de Damas, et la bénédiction extraordinaire qui reposait sur ses travaux (2 Cor. III, 1-13). Mais tandis Çie ses collègues, retenus parleurs souvenirs, marchaient encore à la lisière du judaïsme, Tapôtre des gentils s'avançait courageusement dans la voie lumiï^euse de la liberté. Aussi, loin d'attacher du prix à l'avantage d'avoir connu Jésus selon la chair, se félicite^ Wl bien, plutôt de ne plus le connaître de cette sorte (2 Gor. V, 16). Il trouvait ainsi force et sécurité dans ce que plusieurs espéraient voir tourner à sa cenfu-

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sion. Son apostolat portait sa garantie en soi-même se légitimait directement, ne relevait que des œuvre dont il était la source, ou revêtait un caractère éminen ment spirituel. Que lui importait que d'autres eusseï joui de la présence matérielle de Jésus? N*entreti nait-t-il pas avec lui la relation la plus étroite? Il n se vit pas moins dans le cas de défendre, devant Ti glise, la validité de son ministère, que ses advei saires s'empressaient de lui contester (2 Cor. X-XIU i Cor. IX; Gai. I, II; Ephés. III, 7, etc.); et c n'est pas le point qui soulevait les diilicultés les moîîi graves.

C'est ici le lieu de faire une observation. L'Egli qui naquit de la révolution glorieuse du seizième sièc s'éleva sur la même base, suivit la même directio joua le même rôle que celle dont Paul fut le fond teur : elle vint accomplir, dans le monde chrétie l'œuvre que le grand apôtre poursuivait parmi 1 disciples du premier siècle. Des deux parts, la foi f la source d'une opposition de même nature à raul< rite légale : des deux parts, la doctrine de Télectic fut spécialement mise en saillie : des deux parts^ ef tiuy l^vaqgile de la foi, malgré l'incontestable sujpc riorilé que lui assuraient ses triomphes, vit se prc longer autour de lui l'existence stérile du judaïsm chrétien. Au point de vue des principes, et indépet dîi,mment de la grandeur du théâtre, on peut diï

^^* une. lutte semblable sortit, de part et d'autre, d'une *^^vi5fction religieuse analogue.

, Nous Tavons dit. L'indépendance spirituelle forme le trait distinctif de l'individualité religieuse de Paul, la nature du double progrès qu'il fit faire à l'Eglise montre, en effet, qu'il était le génie chrétien le plus indépendant de son époque. Aussi rien dans la personnalité de TApôtre ou dans la carrière qu'il fournit n'offre-t-il de plus intéressant sujet d'étude que cette individualité religieuse, organe de sa puissance. Je n'entends pas désigner par ce mot l'indépendance qu'on peut devoir au caractère naturel. Quels que fussent, sous ce rapport, les avantages dont Paul jouissait, il put paraître parfois moins indépendant que ses adversaires (Act. XXI, 18-26). Mais ce qu'il possédait au plus haut point, c'est l'indépendance morale, celle qui naît d'une conviction profonde ou dont la possession personnelle de la vérité est la source, le courage de l'âme ou la conscience de sa mission. Paul portait au dedans de lui les trésors de la théologie dont il devint le missionnaire (2 Cor. IV, 6, 7) : il vécut pleinement de la vie dont elle était l'expression : aussi demeurait-elle la plus grande de ses actions, et reconnaît-on, entre elle et lui, la plus intime unité. Sortie, au soufile de l'Esprit, des profondeurs de son élre, elle constituait littéralement

fO& LB SECOND IDUR DE l'ÉGLISÏ.

$on Evangile. Loin d'être simplement le costume der son âme, elle en avait pris la forme et revêtu les traits : sa personne spirituelle, empreinte du sceau de sa doctrine, se réfléchissait, à son tour, en elle. Comment une religion qui formait si bien le centre de l'individualité dont le doigt de Dieu Tavait tirée n'auraitelle pas revêtu une physionomie originale, et rendu inébranlable la volonté de TApôtre, invincible son courage? C'est ainsi que, sans rompre l'unité de l'Eglise, sans cesser dp montrer pour les faibles la plus noble condescendance, saint Paul put semer dans le monde un « Evangile » à part. Son immense activité jointe à l'humilité la plus touchante, son indomptable énergie qui servait d^aliment à la tendresse de ses affections, son esprit de paix uni au plus ardenî amour de la vérité, son bonheur dans le sacrifice^ toutes ses pensées, tous ses sentiments tiraient leur verti de sa communion avec Christ. Voilà comment son in- <lépendance l'asservit à la vérité ou le rendit l'esclave de son Maître. Moins indépendant, il n'aurait pu s'identifier avec son apostolat d'une façon si complète. Et, d'un autre côté , s'il ne fût pas littéralement devenu le serf de Christ, si sa mission ne se fût pas confondue avec sa personne spirituelle, l'Evangile de la foi n'aurait pu jaillir si frais et si jeune du fond de son être, ni revêtir un caractère si éminemment psychologique. C'est parce que cet Evangile était encore lui-mêmC; j'entends la transformation de Jésus en sa

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personne spirituelle , qu'il oflre une physionomie tout à la fois si humaine et si divine. Ne le considère-l-il, pas, en eflFet, comme la révélation même de Christ? (Galates I, H, 12.) C'est ainsi que le missionnaire de la foi devint capable de couvrir, dans l'intervalle de moins de trente années, le vaste empire des Césars d'Eglises semblables à celle dont il portait le type dans son cœur. Voilà quelles sont les œuvres, quelles les conquêtes, quels les miracles dont Tindépendance spirituelle est la source : voilà ce que peut celui dont Christ devient la vie, et qui en suit fidèlement la voix. Aucun apôtre ne se montra plus dépendant de son Maître, pjus indépendant d'autrui, plus apôtre que ce Paul auquel tant de chrétiens cherchaient à contester ^®s titres.^ Aucun, sur la fin de sa carrière, ne put s écrier avec une plus sainte assurance ; « Le .temps ^o mon départ est proche. J'ai combattu le bon com- *^at ; j'ai achevé la course; j'ai gardé la foi : la cou- **oime de justice m'est réservée, et le Seigneur, juste J^S©, me la donnera en ce jour-là y> (2Tim. IV, 6-8).

lulndividualité spirituelle de l'apôtre des gentils est

P^t'ticulièrement d'un grand exemple dans le temps

^^^ nous vivons. D'un bout de la société à l'autre,

^'élèvent des voix nombreuses qui déplorent le peu

^^ profondeur qu'offre la vie des clirétiens, et la

lOG LE SECOND JOUR DE l'bGUSE.

Stérilité de l'institution religieuse. Les besoins cpie ces plaintes révèlent nous pressent, sans doute, de proposer à Timitation de TEglise la noble vie de saint Paul, et de chercher à exciter l'émulation par le tableau de son activité. Mais comment les dirétiens répondront-ils à la mission dont ils semblent chargés, si on ne leur fiait sentir l'obligation d'imprimer à leur individualité religieuse le caractère qui distingue celle de l'Apôtre? Cette individualité, nous l'avons vu, était essentiellement son oeuvre, ou, si Ton veut, l'œuvre du Saint-Esprit ; et sa vie, son ministère, ses travaux n'en sont que le défdoiement ou la manifestation naturelle. L'impuissance spirituelle de l'Eglise dérive incontestablement de l'absence d'un christianisme personnel, indépendant, semblable à celui de Paul. D'où provient, en effet, le funeste affaissement de^ convictions religieuses jusque dans le cœur de ceuï qui sont spécialement chargés de les faire naître, »non du manque d'individualité spirituelle dans l'acceptation de la vérité? Gonmient échapper au danger de confondre le zèle intolérant avec la foi, ou manifestei une vie et une pensée religieuses véritablement créatrices, sans entretenir avec Christ ce rapport immédiat qui suppose et développe une sincère individnalité ? Qu'est donc la vie chrétienne, sinon la formation d'un tel rapport, et le renouvellement progressif de « l'homme intérieur, » qui le rend, chaque jour, plw intime ? Qu'est la pensée dans les conditions du christia'

LE sscoin) JOUR DE l'ecusc. f07

marne, smoD la coDceptioa de ce rapport, la manière doiitres[»it le reproduit en lai^mêiDe, et la vue distincte des conséquences du principe qui en constitue leceotre ? A moins de se concentrer dans la conununion aveeChristou d'aspirer à Tindépendance spirituelle, à fuoîse réduit la vie chrétienne, sinon à une suite d'impressions religieuses plus ou moins isolées, accidentelles, de £adts, d'actions, de sentiments qu'aucun lien iolérieur n'enchaine Tun à l'autre ? Et que sont nos cenvic^tîoBS elles-mêmes, sinon autant de croyances d'em* ptTutf , puisées dans le milieu où nous vivons , et qui, <lépeiidant toujours decirconstancesaccidentelles,nous ^l>andQBnent avec non moins de facilité qu'on nous ^^^ les revêtir? Que sommes-nous enfin nous-mêmes, sîoon Técho de tel chrétien , de tel parti, de telle ^^cte, l'enfant de l'opinion établie dans le cercle où ^'éducation nous place, et comment notre religion {K>urraitp^Ue encore offrir quelque degré de profondeur ? Ain^ nous glissons sur le christianisme sans jamais pénétrer au-dessous de sa surface, et parlons de la vérité sans la connaître véritablement, je veux dire sans la posséder. Impossible à nous d'être « les imitateurs de Paul » (1 Cor. IV, 16; XI, 1, etc), tant que TEvangile ne devient pas «c notre chair et notre sang, j» le principe de notre moi, l'âme de notre individualité; tant qu'il ne s'est pas si bien incarné en nous que le Saint-Esprit nous paraisse le tirer de notre conscience ; en un mot, tant que nous ne

pouvons pas dire mon Evangile dans le même sens, sinon avec la même puissance, que Tapôtre de la foi» Force nous est, à son exemple, de devenir véritablement propriétaires du christianisme, et non pas simplement ses locataires ; de posséder non pas seulement des idées, des habitudes, des vertus, des sentiments chrétiens, mais une personnalité chrétienne , de sorte que Christ lui-même croisse au dedans de nous, ou que notre être intérieur subisse, sous l'action de son Esprit, un véritable développement. Si TEvangile ne s'incorpore pas avec notre âme de façon à prendre les traits de notre individualité transformée, ou à se déployer en nous comme notre divin nous-même, il na saurait être noere Evangile, le fondement de notre conviction et la source de notre paix.

Qu'on me comprenne bien. Tant que notre religion ne jaillit pas de source, elle reste sur notre âme comme une sorte de vêtement, et notre vie intérieure, monotone et superficielle, ne saurait entrer dans la voie d'un développement salutaire. Ainsi de ces vies chrétiennes immobiles, sans charme, sans fraîcheur nî beauté, et qui semblent cristallisées dans le moule de Topinion religieuse. Que l'Evangile sorte de nous après être entré en nous, que nous soyons, dans notre sphère, autant de saint Pauls commencés, et nous couvrirons, à notre tour, le théâtre de notre activité de miracles semblables à ceux qu'opérait cet Apôtre (Philippiens IV, 13). Ainsi la foi devient la foi.

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Reconnaissons-le en effet. Il y a une opinion chrélienne, comme il y a une opinion mondaine : et nous pouvons demeurer asservis à la première d'aussi bonne foi que beaucoup de personnes le sont à la seconde. Cette opinion chrétienne ne règne pas seulement dans l'enceinte du christianisme officiel. Elle crée, dans toutes les. Eglises, une sorte de mode, nourrit certains préjugés religieux, institue un langage à part, détermine tout un costume chrétien dont il nous est doux de nous revêtir, parce que, indépendamment de la sécurité que nous inspire l'habitude de porter la livrée de nos frères, nous trouvons, dans ce milieu, la source d'impressions salutaires, qui nous élèvent par les jouissances qu'elles nous procurent, et qui peuvent entretenir dans notre cœur une sorte de vie. Quelque utile, qu'en l'absence de convictions personnelles, puisse être ce christianisme de l'opinion, avec quelque chaleur qu'on nous voie le soutenir, ce n'est pas là notre Evangile : c'est tout au plus celui de la communauté dont nous sommes membres, celui du parti religieux auquel nous appartenons, celui de nos parents, de nos relations, celui peut-être de tous les chrétiens. Or, comment contester, qu'outre les illusions dans lesquelles un tel christianisme nous berce, il ne mette obstacle à la formation d'une foi indépendante, et ne nuise, dans le même degré, au déploiement de l'activitS spirituelle? Que dis-je ? N'est-il pastel cas où l'empire qu'il exerce sur

IID LIS, SECOUD JOUR TVE L^ÉGlISlî.

rame en flétrit peu à peu le génie, en altère les dspirations^ en engourdit les facultés natives, et la vide d'autant plus sûrement qu'il paraît mieux la remplir? El si cette opinion chrétienne n'a pas toujours un effet semblable^ à tout le moins aspire-t-elle à nous marquer du même sceau, et à effacer, avec notre physionomie intérieure, le nom que la main de Dieu avait gravé dans notre cœur. C'est ainsi qu'elle nous annule, sans que nous nous en doutions, à mesure qu'elle use les ressorts de notre âme : et, nous déchargeant de toute responsabilité personnelle envers la vérité, elle donne assez de repos à notre cœur pour dissiper nos inquiétudes, mais non pour nous permettre d'arriver à la paix, ou de connaître les joies^ de la liberté spirituelle. Ainsi nous voguons au hasard sur l'océan des impressions chrétiennes : n'ayant encore d'autre boussole que le préjugé, nous pouvons nous laisser entraîner par la première idée qui frappe notre imagination. Et lorsque la lumière se fait dans notre esprit, il se peut que nous n'ayons plus assez de vigueur morale pouf reprendre possession de nousmêmes, et nous unir en&tt avec la vérité. Les chrétiens de l'opinion, à quelque nuance qu'ils appartiennent, se trouvent dans une sitoation religieuse essentieffement fausse. Le christianisme traditionnel, dont notre paresse spirituelle s'accommode si bien, fait insensiblement un grand vide autour et au dedans de nous. L'empire qu'il exerce sur les consciences en--

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