VII. — PAUL
L'antiquité nous a laissé moins de détails sur Paul que sur Papinien et sur Ulpien. Tout ce que nous en dit l'histoire profane, c'est qu'il était originaire de Padoue (1), et qu'il fut, comme Ulpien, assesseur de Papinien, quand celui-ci était préfet du prétoire. L'histoire ecclésiastique se tait absolument sur lui, d'où l'on doit induire naturellement que Paul ne fut pas, comme Ulpien, hostile au christianisme, au moins d'une manière ouverte et déclarée. Comme il était Italien d'origine, ses écrits purent être plus goûtés des Itarliens que ceux d'Ulpien, originaire, comme on l'a vu, de la Phénicie : en tout cas, ils durent l'être beaucoup plus par les chrétiens, s'il ne fut pas persécuteur de leur foi. On comprend donc aisément que son livre des Sentences, ouvrage d'une précision et d'une netteté admirables, fût connu et goûté dans toutes les parties de l'Empire, qu'il eût con-
<t) V. Hugo, ffist., dr. rom., $ 331.
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serve, par conséquent, toute son autorité dans la Gaule méridionale après l'invasion des barbares, et que la loi romaine des Visigoths ait fait, dès lors, à cet excellent livre de très-nombreux emprunts.
Quand les ténèbres devinrent ensuite plus épaisses dans l'Occident, beaucoup de chrétiens peu instruits, voyant les Sentences de Paul mêlées dans la Lex Romana d'Àlaric à des constitutions d'empereurs chrétiens, purent croire que ces sentences, généralement fort belles et d'où les scories païennes dans l'édition d'Alaric avaient presque entièrement disparu, venaient du grand Paul, le maître des Gentils , qui, quoique Israélite d'origine, avait, chacun le sait, possédé, comme né à Tharse, le droit de cité romaine. En tout cas, le nom de Paul sonnait bien à leurs oreilles, et mieux encore que celui de Gaius. Si ce dernier nom leur rappelait un saint pape, l'autre était celui du grand Docteur des nations, et des noms connus et aimés ne sont jamais chose indifférente pour qu'un livre se conserve dans la mémoire des hommes.
Quoi qu'il en soit, les fragments de Paul, empruntés à quantité d'ouvrages qu'il avait composés, et qui forment, avons-nous dit, le sixième de tout le Digeste, prouvent, comme son livre des Sentences, que c'était un très-savant jurisconsulte, écrivant sur les matières de droit aussi bien qu'il pensait ; et comme la présomption naturelle est que l'honnêteté d'un homme marche de pair avec son savoir, il est à croire que Paul fut aussi un homme digne de toute estime, et que les légistes ont toute raison d'honorer.
§ VIII. — MODESTIN.
Nous en disons autant de Modestin, dont le nom latin, Modestinus, gracieux diminutif de modeste, se trouve bien en rapport avec les voiles impénétrables qui nous cachent toutes
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les actions de sa vie. Nous savons par un fragment du Digeste, qu'il avait été élève d'Ulpien (1), et il n'est pas surprenant qu'il fût devenu un grand juriste sous un maître si habile. Les fragments que nous possédons de lui dans les Pandectes, quoiqu'ils soient en petit nombre, prouvent qu'il était aussi instruit que judicieux , et nous comprenons que Théodose le Jeune et Valentinien lui aient donné le cinquième rang dans la loi des Citations, quoique Cervidius Scœvola, Julien et Pomponius, quand on compare ce que nous avons d'eux dans le Digeste avec les fragments de Modestin, fussent, ce nous semble, des jurisconsultes d'un mérite au moins égal à celui de l'élève d'Ulpien. La préférence donnée par ces empereurs à Modestin dut tenir apparemment à des circonstances étrangères au mérite juridique, dont le cours des siècles a effacé complètement les traces.
Quoi qu'il en soit, et toute comparaison avec d'autres jurisconsultes mise à part, le nom de Modestin, venant après ceux de Papinien, de Gaius, d'Ulpien et de Paul, n'a certainement rien qui nous blesse. Il nous plaît fort, au contraire, de voir les noms de juristes comme Modestin et Gaius, qui ne firent probablement toute leur vie qu'écrire et enseigner, mêlés à ceux d'autres jurisconsultes qui exercèrent les plus hautes fonctions dans l'Empire romain, et sous des empereurs aussi marquants que Septime et Alexandre Sévère. Comme les dignités et les richesses ne prouvent nullement le mérite des hommes qui les ont possédées, il est juste, quand on classe des hommes morts , de ne tenir compte que de leurs œuvres, la postérité ne profitant jamais d'autre chose.
Avec Modestin, la liste des grands jurisconsultes romains est close. C'est à peine si, jusqu'à Constantin, on trouve à citer deux noms qui offrent quelque intérêt pour l'histoire du droit.
(I) Herenntus Modestinus, dit Ulpien, auteur de ce fragment, étudions meus. L. 62, $ 20, D., Defurtis.
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