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IX. — GRÉGOIRE ET HEBMOGÈNE

La science du droit, telle que la sagesse païenne avait pu l'élever, ne brilla jamais d'autant d'éclat que sous Septime Sévère avec les cinq grands jurisconsultes dont nous avons parlé dans les paragraphes précédents. A peine ont-ils disparu de la scène du monde, qu'une nuit obscure se fait, et il arrive dans le monde intellectuel ce qui ne se voit, dans le monde physique, que sous l'équateur, où le soleil, tombant perpendiculairement au-dessous de l'horizon, fait succéder brusquement au grand jour la nuit la plus épaisse, sans avoir coloré l'horizon d'aucun teinte crépusculaire.

À quoi tint ce changement si subit? Nous en apercevons deux causes. On sait d'abord qu'à la mort d'Alexandre Sévère, survenue en 235, commença pour le monde romain une longue période de désordres et de troubles, qui se prolongea jusqu'à la victoire de Constantin sur Maxence en l'année 312 de Jésus-Christ. Dans cet intervalle de soixante-dix-sept ans, on compte une soixantaine de Césars , qui , avec ce titre , le plus souvent usurpé, se disputent l'empire avec un acharnement incroyable. C'est dans ce temps aussi que le paganisme expirant déploie avecMaximin, avec Dèce, avec Dioclétien et Maximien , toutes ses fureurs sanguinaires contre les disciples du Christ, exterminant ainsi la partie la plus éclairée de la population romaine ; car, à intelligence égale, la science est toujours plus grande dans les âmes saintes, la sainteté étant une lumière qui jette ses douces lueurs sur toutes choses . Pietas ad omnia utilis est.

Mais quand le bruit des armes retentissait partout, quand, dans les courts moments où il s'apaisait, la populace, sur tous les points de l'Empire , n'avait d'autres spectacles que des chrétiens brûlés sur des bûchers ou déchirés par les bêtes, comment aurait-on pu se livrer aux études sérieuses, et à

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celle du droit en particulier, dont on ne peut sentir l'importance que dans les sociétés calmes où les lois conservent tout leur empire ! Les nombreux empereurs qui régnèrent dans l'intervalle dont nous parlons, n'eurent pas tous, il est vrai, la cruauté des Maximin, des Dèce, des Valérien. Quelquesuns même, comme Claude II, Aurélien, Tacite et Probus furent de bons princes. Mais les règnes de ces quatre empereurs prirent à peine, dans cette longue période, un espace de quatorze ans.

Eepuis Alexandre Sévère cependant, les empereurs n'avaient pas cessé de publier de temps en temps des édits sur des matières de droit public ou privé, et la nécessité de recueillir et de coordonner ces édits dut se faire bientôt sentir. Mais ce travail de compilation n'exigeait plus la pénétration et le sentiment exquis du droit, qui avaient illustré les grands jurisconsultes du temps de Marc Aurèle ou de Septime Sévère. Il ne demandait que quelques recherches faciles. Deux jurisconsultes l'entreprirent. L'un s'appelait Grégoire, l'autre Hermogène, et chaque collection fut désignée par le nom de son auteur. La première s'appela Code grégorien, la seconde Code hermogénien. Nous ne possédons que quelques fragments de ces Codes, et ne connaissons de leurs auteurs que les noms. Un des vingt-six jurisconsultes dont les fragments étaient entrés dans les Pandectes de Justinien s'appelait aussi Hermogène, et il se pourrait que ce même juriste fût l'auteur du Code hermogénien. Quant à Grégoire, rien n'indique qu'il eût fait autre chose que son Code, auquel il doit de n'être pas tombé complètement dans l'oubli.

Disons, du reste, que les Codes grégorien et hermogénien, qui paraissent avoir été composés par ordre de dates et sans aucune annotation, ne contenaient l'un et l'autre, si nous en jugeons par les fragments qui nous sont parvenus, que des constitutions d'empereurs païens. Ils durent être composés, par conséquent, avant que la croix du Christ fût marquée

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sur la couronne des empereurs romains. Ces œuvres médiocres furent comme les derniers souffles de la jurisprudence païenne expirante, et il est temps d'étudier les premières pulsations d'une autre jurisprudence plus juste et plus belle, qui devait procurer à tous les êtres souffrants de la terre un immense soulagement.

Dans le livre suivant, nous allons étudier, d'abord, le développement de cette jurisprudence en Orient, où malheureusement elle fut toujours contrariée par le pouvoir absolu des empereurs de Byzance. L'Occident seul, on le verra dans les livres ultérieurs, devait, au point de vue juridique, goûter tous les fruits du nouvel Arbre de vie, né et arrosé d'un sang divin sur le Calvaire.

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