III. — AUTBES PBOGBÈS DU DROIT DUS A L'ESPRIT CHRÉTIEN
Ce ne fut pas seulement par l'abolition graduelle de l'esclavage et Tindissolubilité du mariage, que la discipline de l'Eglise et les saints canons amenèrent dans le droit des progrès immenses.
Nous avons vu dans les deux paragraphes précédents combien l'esprit chrétien avait contribué à l'extinction graduelle de la servitude, et à la dignité des femmes chrétiennes, protégées par lui contre l'inconstance des maris. Mais l'esprit chrétien tendait aussi bien à protéger les veuves que les épouses, et il est facile de reconnaître son influence dans l'établissement des douaires, qui s'introduisit en France de très-bonne heure.
Toutes les relations sociales se ressentirent de ce même esprit. L'Eglise, par la Trêve de Dieu, remédiait, autant que l'organisation politique du temps le permettait, aux funestes maux de la guerre. Dans les relations d'homme à homme, elle assurait l'observation religieuse de toutes les conventions librement formées, et proscrivait peu à peu la distinction de Rome païenne entre les contrats et les pactes.
Mais, sur ces points comme sur une foule d'autres , le progrès était l'œuvre collective de tous les hommes voués à l'étude du droit ecclésiastique , et nulle personnalité éclatante ne se détachant de cette multitude d'artisans laborieux d'un droit nouveau et meilleur, on ne peut que les honorer tous d'une manière générale, comme on le fait pour les ouvriers de génie, restés inconnus , qui élevèrent les grandes cathédrales du moyen âge, et comme l'Eglise elle-même honore, à un jour marqué de l'année, tous les saints dont les vertus sur la terre ont su échapper aux regards des hommes.
C'est donc le cas pour nous de passer au troisième chapitre
de notre livre III, où nous allons commencer à parler de légistes qui se vouèrent à l'étude, non plus exclusivement du droit canonique, fondé principalement sur des vérités de foi, mais de plusieurs autres branches du droit purement humain, fondées sur les seules lumières de la raison.