II. — BENOIT LÉVITE
Aujourd'hui que l'imprimerie multiplie avec tant de facilité les écrits, on ne songe plus aux difficultés que nos pères rencontraient, au moyen âge, pour conserver les actes, môme les plus importants. Nous voyons, par exemple, dans un capitulaire important de Charlemagne de l'an 812, relatif aux pouvoirs donnés aux Missi dominici , que ce prince , si prévoyant pourtant, ne prescrivait l'envoi de son édit qu'à trois catégories de personnes, et toutes trois d'un ordre si élevé que le nombre total des exemplaires ne s'élevait peutêtre pas à cinquante. Un devait être remis à chaque envoyé, un à chaque gouverneur de province, un enfin à chaque chef d'armée, l'exemplaire original devant toujours rester chez le chancelier. On comprend, d'après cela, avec quelle facilité les textes officiels d'édits envoyés à si peu de personnes, disséminées à des espaces immenses, pouvaient se perdre ou s'altérer.
Quelque soin, par conséquent, qu'eût mis Ànségise à composer son recueil , un certain nombre de capitulaires de Charlemagne et de son successeur lui avaient échappé. Il avait négligé, d'un autre côté, de reproduire les capitulaires des prédécesseurs de ces princes, dont quelques-uns, trèsimportants, n'étaient pas abrogés. Ces lacunes regrettables donnèrent lieu à la composition d'un autre recueil qui eut pour objet de les réparer. Ce recueil fut composé par un ecclésiastique du nom de Benoit, qui prend dans son livre le
titre de Benedictus levita, mais qui, dans d'autres écrits contemporains, se trouve aussi désigné sous le titre de Benedictus diaconus, ce qui indique que ce savant ecclésiastique ne reçut jamais, selon les apparences, Tordre de la prêtrise. En ces temps de foi, des ecclésiastiques delà plus haute distinction restaient diacres ou sous-diacres par humilité.
D'après Baronius, c'est vers l'an 845 que Benoit Lévite composa son recueil, dont Tordre est un peu confus. Il le divisa en trois livres, dans lesquels, à la différence du recueil d'Anségise, les matières ecclésiastiques et civiles se trouvent mêlées. Ce recueil, plus court que celui d'Anségise, fut assez longtemps le plus usité , quoique ce fût une œuvre purement privée. Plus tard, les copistes le transcrivirent à la suite du recueil d'Anségise; et comme celui-ci contenait quatre livres, les trois livres de Benoit Lévite devinrent ainsi les cinquième, sixième et septième livres de la double collection. C'est en cette forme que se trouvaient la plupart des manuscrits consultés par Baluze pour son édition monumentale.