III. — ISAAC DE LANGEES ET HÉBABD DE TOUBS
Le Recueil d'Anségise et celui de Benoit Lévite contenaient, avons-nous dit, les édits des rois Francs sur les matières civiles comme ceux relatifs aux matières ecclésiastiques ; mais on comprend que les évêques tinssent beaucoup plus à la conservation et à l'application de ces dernières, le devoir de leur charge ne les obligeant qu'à veiller aux intérêts spirituels de leurs ouailles.
Quelque temps après le recueil de Benoit, Isaac, évêque de Langres, et Hérard, archevêque de Tours, publièrent, chacun en un seul livre, des extraits des Recueils d'Anségise ou de Benoit, contenant seulement les capitulaires que les membres du clergé devaient absolument connaître, parce qu'ils étaient chargés d'en faire l'application. Ces recueils
ne laissent pas cependant d'avoir, même pour l'histoire du droit civil, un assez grand intérêt, parce que beaucoup de matières de droit civil appartenaient alors, de l'aveu de tous, au droit ecclésiastique. Celles notamment qui touchaient au mariage étaient dans ce cas. Les noms d'Isaac de Langres et d'Hérard de Tours méritent donc d'être associés à ceux d'Anségise et de Benoît Lévite, quoique leur œuvre ait eu moins d'importance. Ces recueils furent les derniers rayonnements de la législation de Gharlemagne, qu'allait suivre une période de barbarie aussi longue que celle qui l'avait précédée. Cette législation, large et savante, déployant ses précoces splendeurs entre deux nuits également épaisses, rappelle les aurores boréales des régions polaires, qui ne sont jamais si belles que lorsqu'un intervalle égal les sépare du dernier rayon de soleil qui a rasé tristement ces froides terres, et du rayon nouveau qui reviendra dorer leurs glaces immaculées.