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LIVRE IV

Des principaux jurisconsultes de l'Occident depuis la renaissance des études juridiques jusqu'à Luther.

Dans les temps d'ignorance, il est difficile de trouver des hommes qui priment en quoi que ce soit. Toutes les sciences, comme tous les arts, deviennent métiers. Les hommes d'intelligence ne peuvent alors appliquer leur petit savoir qu'aux choses les plus usuelles de la vie et les plus indispensables. Il y a bien en ce temps, parce qu'il en faut toujours, des agriculteurs, des arpenteurs, des maçons, des empiriques et des gens d'affaires, mais il n'y a ni agronomes, ni géomètres, ni architectes, ni médecins proprement dits, ni jurisconsultes. La science et l'art ne s'apprennent jamais, en effet, par le seul emploi de la main ; ils ne s'apprennent que par de longues études, aidées de bons maîtres et de bons ouvrages ou de bons modèles, toutes choses qui dans les temps d'ignorance font complètement défaut. Aussi n'est-ce qu'à grand peine que, depuis les rédacteurs des Pandectes de Justinien jusqu'à la fin du onzième siècle, nous avons pu signaler çà et là quelques hommes à qui la science du droit ait eu de grandes obligations.

Nous arrivons maintenant à des temps plus favorisés du ciel, à la période où, dans l'Europe occidentale, les progrès

du droit parvinrent à leur apogée. Cette quatrième partie de notre travail s'étend de la renaissance des études juridiques jusqu'à Luther, à partir duquel les vrais principes de la science du droit commencèrent à s'obscurcir dans les nations protestantes. Les noms de savants jurisconsultes viendront ici se présenter en foule. La difficulté de notre tâche consistera désormais non pas à signaler à la reconnaissance des âges des jurisconsultes dignes de ce nom, mais à les trier et à ne nommer que les plus grands. Le cadre restreint de notre travail nous contraint à faire ce triage au tamis le plus fin, car, comme nous l'avons dit dans notre introduction, ce ne sont point des tables complètes de jurisconsultes que nous avons entrepris de dresser, ce sont seulement les princes de la science que nous voulons signaler à l'attention des élèves des écoles, en leur faisant bien distinguer chez ces hommes éminents ce qui a donné de l'éclat à leur nom, de ce qui a pu y faire tache, parce qu'il ne faut jamais louer dans les hommes, même les plus grands, que ce qui mérite de l'être.

Une difficulté se présente tout d'abord pour l'ordre à suivre dans le classement des grands jurisconsultes des temps où nous arrivons. Dans l'ancienne France, avons-nous dit, on classait les légistes en trois catégories. Ceux qui se livraient spécialement à l'étude du droit canon se nommaient Canonistes. Ceux qui étudiaient surtout le droit romain s'appelaient Romanistes. Ceux enfin qui étudiaient les lois ou les coutumes d'une contrée spéciale étaient désignés sous le nom de jurisconsultes Coutumiers. Ce classement, si on le suivait, aurait l'avantage de permettre de parler, à part, des trois branches de la science juridique ; mais il présenterait un inconvénient capital, en ce que les jurisconsultes les plus marquants, et ce sont les seuls dont nous parlons dans notre ouvrage, étaient généralement très-versés dans toutes les parties de la science, et publiaient souvent des

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ouvrages également estimés tantôt sur une de ses branches, tantôt sur une autre. Ce serait donc une cause de répétitions continuelles, que d'avoir à parler du môme jurisconsulte en plusieurs endroits.

11 nous a paru dès lors impossible de classer autrement que par ordre chronologique les plus grands jurisconsultes de l'Europe occidentale, postérieurs à la rénovation des études juridiques ; et comme la période que nous embrassons dans ce livre présente, au point de vue des études de droit, trois phases distinctes, Tune de progrès, l'autre de déclin, la troisième de décadence, nous subdiviserons le livre en trois chapitres. Le premier sera consacré aux jurisconsultes de la période qui s'étend depuis Imérius jusqu'à Boniface VIII : le second, aux jurisconsultes qui acquirent le plus de célébrité depuis Boniface VIII jusqu'à la fin du grand schisme d'Occident ; le troisième ira de la fin du grand schisme jusqu'à Luther.

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