III. — DES QUATRE DOCTEURS, BULOARUS, MARTINUS, UGO ET JACOBUS
La renommée d'Irnérius devint pour Bologne une source de gloire et de richesses. Bologne, qui s'appela d'abord Falsifia, avait eu déjà ses jours de splendeur dans l'antiquité. Tite Live et Pline citent Felsina comme l'ancienne capitale des Etrusques. Mais l'irruption des barbares, suivie de la dure domination des Lombards, auxquels cette ville fut soumise jusqu'à Charlemagne, l'avaient fait bien dé-
choir, et avant qu'Irnérius y eût été envoyé par Mathilde pour y enseigner le droit, son nom hors de l'Italie était à peine connu.
La renommée d'Irnérius s'était propagée dans toute l'Europe comme une traînée de poudre, grâce aux communications maritimes qui, depuis la grande croisade, s'étaient singulièrement multipliées ; et des hommes avides de s'ins • traire, il y en avait alors de tous les âges, hommes faits aussi bien que jeunes gens, affluèrent bientôt à Bologne de tous les côtés. Les Allemands s'y rendaient par l'Adriatique ou les Alpes Rhétiques; les Français du Nord et de l'Est par les Alpes Pennines ; ceux du Midi, et les Espagnols par la Méditerranée, en traversant une partie de l'Italie septentrionale ou centrale après avoir débarqué à Gènes ou à Livourne, pendant que les Italiens s'y rendaient par toutes voies, choisissant, suivant leur éloignement plus ou moins grand de Bologne, les voies de terre ou la voie de mer.
L'espèce de culte dont Irnérius avait été entouré, s'étendit à ceux de ses élèves qui continuèrent avec le plus de succès ses leçons. Quatre d'entre eux, tant les hommes éclairés firent cas tout à coup de la science , étaient considérés par leurs contemporains comme des merveilles du monde. Parler alors des Quatre Docteurs, c'était désigner suffisamment Bulgarus, Martinus, Ugo et Jacobus. Ce n'est pas à dire qu'Irnérius n'eût formé apparemment d'autres juristes distingués. Mais nous nous figurons que, dans leur enthousiasme, les juristes de ce temps voulaient que la science du droit eût quatre grands docteurs, ni plus ni moins, comme l'Eglise grecque et comme l'Eglise latine. Cet enthousiasme était cependant excessif, et les noms des quatre docteurs de Bologne devaient bientôt disparaître du souvenir de la plupart des hommes comme des fusées , tandis que les noms des quatre grandes lumières des deux Églises, Grecque et Latine, doivent briller toujours comme des étoiles.
Les quatre docteurs publièrent cependant des travaux que Savigny a eu la patience de rechercher. Nous renvoyons pour cela à son savant ouvrage, notre intention n'étant pas d'entrer dans les détails biographiques auxquels s'est livré le grand érudit de l'Allemagne. Il est un trait cependant dont le souvenir ne sortit jamais des écoles, et qu'on ne saurait rappeler trop souvent à la jeunesse, tant il fait d'honneur au premier des quatre docteurs, à Bulgarus. Bulgarus avait soutenu qu'en Italie, de son temps encore comme au temps des jurisconsultes classiques de Borne, la dot constituée par le père à sa fille devait revenir de plein droit au père après la dissolution du mariage advenue par le prédécès de la fille, ce qui n'était pas l'opinion de beaucoup d'autres docteurs, notamment de Martinus. La femme de Bulgarus, dotée par son père, vient précisément à mourir avant celui-ci. Que va faire Bulgarus? Rendra- t-il la dot? Se prévaudra- Ml, au contraire, de l'opinion d'un nombre considérable d'autres docteurs pour la garder? Bulgarus n'hésita pas un instant à rendre la dot, montrant dans cette action une délicatesse de conscience que les sceptiques de notre temps n'auraient probablement pas eue.
Après les quatre docteurs, qui enseignèrent jusque vers la fin du douzième siècle, vint un jurisconsulte d'un mérite bien plus grand, qui devait reléguer dans l'ombre les quatre élèves d'Irnérius, dont les noms n'eurent ainsi qu'une splendeur bien courte. Mais, avant de parler d'Âccurse, l'un des plus grands jurisconsultes du treizième siècle, arrêtons-nous quelque temps encore au douzième, pour parler d'un canoniste dont la célébrité balance celle d'Irnérius.
§. IV. — GRAHEN.
Quoique le droit romain fût, depuis Irnérius, enseigné à Bologne avec plus d'éclat peut-être qu'il ne le fut jamais
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dans les trois grandes écoles de l'antiquité , Rome, Constantinople et Béryte, ce droit, mélangé trop souvent d'un alliage païen, et embarrassé par conséquent de beaucoup de branches mortes, ne pouvait avoir l'importance pratique du droit perpétuellement vivant de l'Eglise, autrement dit, du droit canon, et il était naturel que ce dernier droit fût enseigné à Bologne avec autant de soin que le droit civil. Mais tout enseignement, pour n'être pas exposé à tomber dans les extravagances des rêveurs ou dans les puérilités des petits esprits, a besoin de s'appuyer sur une base respectable et d'une autorité incontestée. A ces conditions , en effet, l'enseignement ne peut jamais être tout à fait mauvais, et ne court d'autre risque que d'être peu goûté des étudiants par la faute des professeurs. Il peut rebuter quelquefois, mais ne peut jamais fausser l'esprit ni corrompre le cœur. Les romanistes du douzième siècle trouvèrent cette base solide de leurs leçons dans le corps de droit de Justinien, qui, à partir de leur enseignement, fut considéré par tous leurs élèves comme une expression plus vraie du droit romain, que le Code théodosien, seul connu ou du moins seul appliqué auparavant dans l'Europe occidentale. Mais jusqu'au commencement du douzième siècle, les canonistes manquaient d'une base suffisamment sûre pour l'explication des Canons. Les textes de l'Ecriture-Sainte, premier fondement du droit canonique, étaient sans doute dans toutes les mains. Mais sur ce fondement sacré, destiné à régir les consciences aussi bien que les actions extérieures des hommes, les Pères de l'Eglise et les Papes avaient appuyé quantité de maximes et de lois destinées à régler, d'une manière plus ample et plus exacte, tout ce qui dans l'Eglise se traduit par des faits extérieurs et peut blesser des intérêts temporels. Car c'est là ce qui distingue proprement le droit canonique de la théologie pure. Mais ces maximes des Pères et ces lois des Papes n'avaient pas été réunies avec assez
de soin. La collection de canons de saint Yves, dont nous avons parlé ci-dessus (J), laissait, à cet égard, beaucoup à désirer, vu que le savant évêque de Chartres n'avait pas eu à sa disposition les richesses bibliographiques infinies des bibliothèques de Rome. L'œuvre de condensation et de fusion dont l'enseignement avait le plus grand besoin, œuvre hérissée de difficultés, fut, au commencement du douzième siècle, entreprise et menée à bonne fin par un seul homme, par Gratien; et son œuvre, composée principalement des décrets des papes, fut appelée, par contraction, le Décret de Gratien, comme si elle présentait la quintessence de tous les décrets rendus par les souverains pontifes pour le gouvernement de l'Eglise.
Où naquit Gratien? Où vécut-il? Où mourut-il? Ce sont autant de questions sur lesquelles les rares documents que nous possédons ne permettent de fournir aucune réponse précise. Tout ce que la tradition rapporte , c'est que Gratien appartenait à l'ordre des Camaldules, fondé par saint Romuald vers l'an 4009, et qu'il habita plus ou moins longtemps, dans le monastère de Saint-Félix de Bologne, qui appartenait à cet ordre. Ce fait même cependant a été contesté, et voici la note qu'on trouve à ce sujet dans la Bibliothèque des livres de droit de Camus et Dupin, n. 2685. « On assure que Favioli, dans un ouvrage imprimé à Bassano, sous le titre de Armali Bolognesi, a démontré la fausseté de l'opinion que Gratien ait été Camaldule, et qu'il doute même que Gratien ait été moine. »
Nous n'avons pas pu nous procurer l'ouvrage de Favioli ; mais, sans connaître ses arguments, il nous semble bien difficile de pouvoir douter que Gratien ait été moine.' Dans les temps où il vivait, à part les évoques, qui avaient ordinairement une bibliothèque dépendant de leur cathédrale,
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et les moines, qui en avaient toujours une, plus ou moins riche, dans leur monastère, il n'y avait de dépôts de livres nulle autre part. Les bibliothèques des particuliers n'étaient rien.
Les monastères, d'un autre côté, n'ouvraient pas leurs bibliothèques au premier venu. Les manuscrits exacts, et d'une écriture bien lisible, étaient si rares qu'ils avaient un prix très-considérable, et nulle part les possesseurs d'un trésor n'ont l'habitude d'en laisser la clef à des étrangers. Les moines, au contraire, pouvaient non-seulement étudier, tout à leur aisé, les livres de leurs bibliothèques, puisque c'était leur chose propre; mais encore, avec des lettres de recommandation de leurs supérieurs, ils avaient un accès facile dans les autres bibliothèques de leur ordre, ou même dans celles d'instituts différents ; un moine, voué par sa profession à la pauvreté, étant bien moins exposé que toute autre personne à la tentation de voler un manuscrit. D'après ces considérations , il nous semble difficile de douter que Gratien ne fût moine.
Quoi qu'il en soit, Gratien. fut pour son temps un homme d'une grande instruction. Son recueil de droit canon prouve qu'il connaissait très-bien les principales sources de ce droit, c'est-à-dire non-seulement les canons des conciles généraux, et ceux des conciles provinciaux les plus importants , ainsi qu'un grand nombre de décrets des papes, mais encore la plupart des ouvrages des Pères de l'Eglise.
Le décret de Gratien contient cependant un assez grand nombre d'inexactitudes et d'inadvertances, qui furent relevées, au seizième siècle, par Antoine Augustin, plus connu sous le nom de Tarraconensis, parce qu'il était archevêque de Tarragone, dans un savant ouvrage ayant pour titre De emendatione Gratiani. Mais ces taches n'empêchent pas que le décret de Gratien, qui embrassait tout le droit canon, ne fût, pour le temps où l'auteur écrivait, un livre d'une
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érudition immense, qui facilita singulièrement l'étude du droit canon, en rapprochant des textes qui semblaient se contredire, et dont, par quelque note mise à propos, Gratien rétablissait la concordance.
Gratien avait aussi beaucoup emprunté aux collecteurs de canons qui l'avaient précédé, particulièrement à saint Yves de Chartres ; mais la forme et l'agencement de son livre convenaient parfaitement à l'enseignement scolastique de son temps, et expliquent très-bien pourquoi son recueil fut , jusqu'à la publication des Décrétales de Grégoire IX dont nous parlerons bientôt, c'est-à-dire pendant plus d'un siècle, la base unique de l'enseignement du droit canon. Ce qui commença à le rendre sensiblement incomplet et en fit désirer un meilleur, ce furent les décrets du grand pape dont nous allons parler maintenant.
§ V. — innocent m.
Saluons ici tout d'abord avec respect cette grande figure, l'une des plus belles et des plus imposantes du moyen âge, et constatons, à propos d'Innocent III, l'immense influence qu'exerça sur le développement du droit canon la renaissance des études juridiques.
Dans tous les temps, une certaine étendue de science fut indispensable pour qu'un ecclésiastique, même d'une sainteté grande, pût être promu à la papauté; mais jamais la science ne fut prise en plus grande considération pour élever un homme à cette dignité suprême, que dans le temps où nous arrivons, et qui se prolongea jusqu'après le concile de Trente.
Tant que durèrent les persécutions des empereurs païens, ce qu'il fallait surtout pour arriver à la papauté, c'était un amour du Christ poussé jusqu'à l'immolation la plus complète de soi-même, c'est-à-dire qu'il fallait être prêt, à tout ins-
tant, à souffrir toute sorte de tourments pour la foi ; et dans les trois premiers siècles, la plupart des papes furent, en effet, martyrs. Après les persécutions, et dans la mesure que le Saint-Esprit laisse aux combinaisons des hommes, la nomination des papes subit successivement l'influence des empereurs de Rome, puis de ceux de Constantinople, puis des grandes familles romaines, puis après, de Charlemagne et de ses successeurs au second empire d'Occident. Mais, un demi-siècle à peine après Irnérius, l'étude du droit avait acquis une telle importance que la science juridique fut considérée, après la sainteté des mœurs, comme un des titres les plus considérables au suprême pontificat, et il en fut ainsi, comme nous le ferons remarquer dans la suite de ce livre, pendant plus de trois siècles.
Le plus grand jurisconsulte qui fût monté jusque-là sur le trône pontifical fut Innocent III. Beaucoup d'autres papes lui furent peut-être supérieurs en sainteté, quoique l'Eglise catholique n'ait jamais eu la pensée de classer les saints par rang de mérite, quantité de ceux qu'elle a canonisés étant peut-être fort inférieurs dans le ciel à d'autres qui ne l'ont pas été (4). Mais il ne serait pas aisé de compter beaucoup de pontifes qui aient eu des vues aussi grandes qu'Innocent III, et qui l'aient surpassé en science, surtout en science juridique.
Nous n'entendons pas, dans un ouvrage d'un cadre aussi étroit que le nôtre, retracer, même d'une manière très-sommaire, la grande et belle vie d'Innocent III, ce qu'il fit, en général, pour l'Eglise, et ce qu'il fit, en particulier, pour la France, dont il acheva de fonder l'unité, menacée par l'hé-
(1) C'est pour cela que l'Eglise catholique célèbre, le 1* novembre, la fête de tous les saints en général, et ce jour-là, tous les papes qui, comme Innocent III, soutinrent avec une énergie exceptionnelle des causes justes, ont un titre particulier aux souvenirs et aux invocations des légistes.
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résie des Albigeois. Un savant auteur protestant, Hurter, a consacré deux volumes à décrire les événements mémorables auxquels Innocent III fut mêlé, et qu'il domina et régla par la supériorité de son génie. Pour les faits généraux de la vie d'Innocent III, nous n'avons qu'à nous référer à ce bel ouvrage, d'autant plus remarquable qu'il est sorti d'un écrivain non catholique, à qui il a été impossible cependant de contenir ses sentiments d'admiration envers ce grand pape. Nous ne voulons noter ici que ce qui dans Innocent III est de nature à intéresser spécialement la jeunesse des écoles.
Lothaire Conti, né à Anagni en 4164, et qui devint le pape Innocent III, appartenait à une des familles les plus distinguées du centre de l'Italie ; et comme il était le cadet d'une famille composée de cinq enfants , ses proches, parmi lesquels il comptait trois cardinaux, furent très-heureux de voir s'annoncer chez lui de très- bonne heure une vocation marquée à l'état ecclésiastique. Quand il vint au monde, la science était déjà en très-grand honneur. L'Université de Paris et celle 4e Bologne brillaient d'une égale splendeur ; mais celle de Paris, où le droit civil n'était pas enseigné, était surtout renommée pour les belles-lettres, celle de Bologne pour le droit. Les trois cardinaux , oncles ou grands oncles d'Innocent III, après avoir veillé à Rome sur ses premières études, qui annonçaient déjà une intelligence des plus heureuses, voulurent, pour que son instruction fût aussi complète qu'elle pouvait l'être dans ce temps, que leur jeune parent allât étudier successivement à Paris et à Bologne. A Paris, il suivit les leçons de Pierre de Corbeil, une des grandes lumières de l'Université, et il conserva toujours la plus vive reconnaissance pour ce professeur illustre, qui avait su distinguer en lui un élève appelé par ses rares talents à de grandes choses. Quand il eut appris à fond, à Paris, la philosophie et les belles-
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lettres, le jeune Conti alla à Bologne étudier à la fois le droit civil, le droit canon et la théologie, et il réussit merveilleusement dans ces trois branches d'études.
Le jeune étudiant associait à ces graves travaux des exercices littéraires comme délassement, et c'est peut-être dès ce temps qu'il composa la belle prose du Saint-Esprit, Veni, Sancte SpirUus, qui se chante à la messe de la Pentecôte, et qui est positivement son œuvre, quoique, en France on l'eût, pendant longtemps, attribuée, mais sans aucun fondement, au roi Robert. Quelques écrivains prétendent même qu'Innocent III fut l'auteur du Stabat Mater, que d'autres, il est vrai, attribuent à l'un des premiers et des plus poétiques disciples de saint François d'Assise, à Jacopone de Todi.
A la mort du grand pape Alexandre III, Lothaire Conti, qui n'avait alors encore que vingt et un ans, avait déjà obtenu un canonicat à Saint-Pierre de Rome, avant d'être entré dans les ordres majeurs. Grégoire VIII, quelque temps après, lui conféra le sous-diaconat; et Clément III, son oncle, le nomma cardinal-diacre, quand il avait à peine trente ans. Quoique le plus jeune du Sacré Collège, il prit part dès lors aux affaires les plus importantes de l'Eglise; et après la mort de Célestin III, survenue en 1498, les cardinaux s'étant réunis presque aussitôt, s'empressèrent d'élever au suprême pontificat le cardinal Conti, qui n'avait encore que trente-sept ans, mais qui avait donné déjà des marques irrécusables de deux qualités également essentielles pour un pape, une rare prudence, et une fermeté inébranlable.
Ce furent ces qualités qui donnèrent à Innocent III un ascendant si grand sur tous les souverains de son époque, durant son long pontificat de dix-huit ans. Il suffit de dire, pour montrer quelle était son énergie, qu'il fit rentrer dans le devoir les deux souverains les plus puissants de
l'Europe, le roi de France, Philippe-Auguste, qui avait renvoyé sans sujet sa femme Ingelberge, et l'empereur Othon IV, qui continuait la triste politique de ses prédécesseurs Henri IV, Henri V et Frédéric Barberousse, en cherchant sans cesse à empiéter sur les droits de l'Eglise.
Le droit canonique s'enrichit, sous Innocent III, de nouvelles sources. D'un côté , comme les erreurs des albigeois et de quelques autres hérétiques avaient causé dans l'Eglise des perturbations funestes, il convoqua un concile œcuménique pour condamner ces erreurs avec plus de solennité ; ce fut le quatrième concile général de Latran. D'un autre côté, Innocent publia, pour le gouvernement de l'Eglise, un grand nombre de décrets aussi sages les uns que les autres, dont nous reparlerons par la suite, en indiquant les œuvres d'Hauteserre qui les a commentés. Ces Décrétais suffiraient pour immortaliser le nom d'Innocent III, qui demeure impérissable à tant d'autres titres.
Depuis la publication du décret de Gratien, plusieurs' papes antérieurs à Innocent III , Alexandre III notamment, avaient aussi publié des décrétales sur des sujets trèsimportants. Le recueil de Gratien, moins d'un siècle après sa publication, était donc devenu bien incomplet, et force fut de publier un nouveau recueil, qui devint aussi important que celui de Gratien, et plus autorisé, parce que celui-ci devait être non plus l'œuvre d'un moine, mais celle d'un pape, et d'un pape dont la science n'était pas au-dessous de celle d'Innocent III, auquel il ressemblait d'ailtours par l'énergie du caractère. C'est de ce pape et de son œuvre que nous allons parler dans le paragraphe suivant.