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CHAPITRE II

Des canonistes du seizième siècle postérieurs à Luther : Govarruvias et Antoine Augustin.

La tenue du concile de Trente fut, dans tout l'univers catholique, un événement si important, que les canonistes n'étaient partout occupés que de ce qui s'y passait et de ce qu'on y décidait. Aussi, pendant sa tenue, il ne se publia nulle part, croyons-nous, d'ouvrage important sur le droit canon.' Il en fut autrement dès qu'il eut pris fin.

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En France, vers la fin du siècle, Pierre Pithou, composa sur les Libertés de l'Église gallicane, un livre plein d'érudition, mais que déparaient un certain nombre de propositions peu orthodoxes. Cujas, de son côté, composa sur les Décrétâtes de Grégoire IX un ouvrage important, mais ce fut l'Espagne qui produisit alors les deux canonistes les plus instruits dans Covarruvias et Antoine Augustin, qui prirent, l'un et l'autre, une grande part aux travaux du concile de Trente, et méritent, à tous égards, dans notre livre, quelques mots particuliers sur leur personne et leurs ouvrages.

§ I. — COVÀBBUVIÀS.

Quelle grande figure que celle de Covarruvias ! Quoi de plus majestueux qu'un homme dont le front, plissé par de hautes pensées, s'offre à nos regards avec la double auréole de la sainteté et de la science !

Diego Covarruvias y Leiva, surnommé le Bartole espagnol, naquit à Tolède en l'année 4542. Son père était architecte de la cathédrale, et la vue de ce magnifique édifice, l'un des plus imposants de l'Espagne et de la catholicité, dut frapper, dès son enfance, son imagination et contribuer à agrandir ses idées. Il étudia de bonne heure la jurisprudence, et y fit des progrès si rapides qu'à un âge où beaucoup de légistes sont encore sur les bancs , il commença à professer le droit canon à Salamanque. Il passa ensuite à l'université d'Oviédo pour y continuer le môme enseigne* ment, et s'y livra à des travaux véritablement prodigieux, s'il est vrai, comme on le raconte, que presque tous les volumes de la bibliothèque d'Oviédo, la plus riche alors de l'Espagne, portaient des notes de sa main.

Charles-Quint savait distinguer les hommes de mérite. En 4549, il fit nommer Covarruvias, dont la réputation était déjà grande dans toute l'Europe, à l'évôché de Saint-

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Domingue, et Philippe II le fit transférer, en 4560, an siège de Ciudad-Rodrigo.

Quand le concile de Trente, après une suspension de plusieurs années, fut rouvert par Pie IV, Covarruvias s'empressa de se rendre à cette mémorable assemblée. Son grand savoir y fut aussitôt tant apprécié qu'il eut l'insigne honneur d'être chargé, conjointement avec Hugues Buoncompagno, qui fut plus tard Grégoire XIII, de dresser les décrets qui restaient à faire sur la réformation, et ce fut lui qui en fit la rédaction, qu'approuva complètement son illustre collaborateur.

A son retour du concile, Covarruvias fut nommé à l'évôché de Ségovie, et quelque temps après, président du conseil de Castille, Tune des plus hautes dignités de l'Espagne. Tout ce que ces importantes fonctions pouvaient lui laisser de loisirs, il l'employait à des travaux d'érudition prodigieux, tant ils étaient nombreux et variés. Nul ne connaissait mieux les moindres détails de l'Jiistoire d'Espagne, et il consacra un ouvrage à l'histoire d'un grand nombre de ses vieilles cités. Deux de ses traités sur les monnaies prouvent qu'il avait sur ces matières des vues aussi saines que nos plus judicieux économistes. Mais les deux principaux titres de gloire de Covarruvias pour les jurisconsultes furent d'abord son traité des Peines, l'ouvrage le plus remarquable qui eût encore été publié sur le droit pénal, et surtout un très-grand ouvrage sur les Immunités de r Eglise, qui n'avaient jamais été mieux exposées dans leur origine ni dans leur portée. Cet ouvrage, remarquable à tous égards, plaça sur le champ Covarruvias parmi les grands canonistes.

Ce savant infatigable, dont les plus grands jurisconsultes de son temps ou du siècle suivant, notamment Ménochius, Faber et Grotius, louèrent les vertus autant que la science, mourut à Madrid le 27 septembre 4577. La Providence Bem-

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bla vouloir prolonger l'éclat de son nom, d'abord dans son frère Antoine, qui fut le plus habile helléniste de son siècle, puis dans deux de ses neveux, dont l'un publia un ouvrage remarquable sur la langue castillane, et l'autre fut évêque d'Agrigente, et composa quantité d'ouvrages sur des sujets de morale principalement. Ces quatre personnages, nés tous à Tolède, furent tous des hommes si savants et si vertueux qu'un auteur espagnol, Biaise Lopez, put écrire, à leur sujet, le distique suivant, qui sent bien un peu l'emphase espagnole, mais que l'Europe savante n'improuva pas cependant, tant les Covarruvias étaient honorés partout.

His non alta suos componat Roma Catones : Toletam jactat quatuor, illa duos.

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