II. — ANTOINE AUGUSTIN
Antoine Augustin, archevêque de Tarragone, désigné pour ce motif dans l'école sous le nom de Tarraconensis, honora l'Espagne presque autant que Covarruvias et à la même époque, puisqu'il naquit quatre ans seulement après lui. Il assista, comme Covarruvias, au concile de Trente, et s'y distingua, comme lui, par ses vastes connaissances.
Le seizième siècle fut pour l'Espagne le siècle de toutes les gloires. Le nombre de saints, de grands capitaines, de hardis navigateurs, de savants et d'hommes de lettres qu'elle produisit alors, peut à peine se compter. Covarruvias et Antoine Augustin, comme représentants de la science juridique, méritent certainement de figurer dans cette splendide galerie d'hommes illustres.
Antoine Augustin appartenait à une famille distinguée. Son père, vice-chancelier d'Aragon, était un de ces hommes rares qui jugent l'éclat des fonctions les plus élevées fort
inférieur à la science. Il fit étudier son fils, d'abord, dans les deux universités les plus célèbres d'Espagne, Alcala et Salamanque , et quand il eut reçu les leçons de leurs maîtres les plus renommés, il l'envoya à Bologne pour j compléter ses études. Une éducation aussi soignée et auss1 intelligente porta ses fruits. Antoine Augustin, à l'âge où beaucoup de jeunes gens achèvent ft peine de prendre leurs grades, avait acquis une érudition immense non pas seulement en droit, mais dans toutes les sciences cultivées de son temps. Ses connaissances littéraires devinrent le fondement de la grande réputation qu'il acquit parmi les jurisconsultes, parce qu'elles lui permirent de corriger quantité d'erreurs de texte, ou d'opinions fausses des interprètes, dans l'un et l'autre droit. Il n'avait que vingt-cinq ans, quand il publia son premier ouvrage de corrections sur le droit civil (4), qui n'eut d'abord que quatre livres, mais qu'il augmenta beaucoup et porta à six dans des éditions ultérieures. Il entreprit plus tard un travail analogue sur le recueil de Gratien, et publia, quelques années avant sa mort, ses corrections, fruit d'immenses recherches (2), puisqu'il avait dû, pour les faire, lire tous les ouvrages dans lesquels Gratien avait puisé. Il est vrai de dire que le moine d'Arezzo], qui devait aller de couvent en couvent consulter des milliers de manuscrits, plus ou moins incorrects, était loin d'avoir pour l'intelligence des textes les secours qu'avait le savant archevêque de Tarragone, écrivant à une époque où l'imprimerie avait déjà reproduit dans de bonnes éditions les sources les plus importantes du droit canonique. La gloire du moine n'est donc pas obscurcie par celle de l'archevêque, qui ne fit mieux que parce qu'il avait pour mieux faire des moyens que le moine n'avait pas. Antoine Augustin mourut en 4586.
(1) Emendatùmum et opinionumjuris civilti libri quatuor.
(2) Dialogi XL, de BmendaHone Grattant.
LES GEANDS JURISCONSULTES. 279