CHAPITRE II
Dm principaux oftnonifttes et romanistes du dix-huitième
siècle.
Ces deux branches du droit, si fécondes dans les siècles précédents, donnèrent, au dix-huitième siècle, si peu de fruits, que nous devons réunir dans un même chapitre les quelques hommes qui s'y distinguèrent.
§ I. — DES PRINCIPAUX CANONISEES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE : d'hÉRICOUKT, GIBEBT, DURAND DE MEILLANE, VAN ESPEN.
I. d'Hébicoubt (Louis), né à Soissons, en 4687, publia, en 4729, un grand ouvrage, qui faisait pendant à l'ouvrage de Domat sur les lois civiles, sons le titre de « Lois ecclésiastiques de France dans leur ordre naturel. » Cet ouvrage , comme celui de Domat, était remarquable par sa méthode rigoureuse et par une clarté parfaite d'exposition. Aussi obtint-il un très-grand succès. Son savant auteur mourut le 48 octobre 4772.
II. Gebert (Jean-Pierre), né à Aix, en Provence, en 4660, jouit, comme canoniste, d'une autorité égale à celle de d'Héricourt. C'était, en effet, aussi un très -savant homme, qui publia plusieurs ouvrages sur des matières spéciales de droit canon, tous très-exacts, et un traité complet de ce même droit, en trois volumes in-folio, intitulé : « Corpus juris canonici per régulas naturali ordine dig estas. » » Ce titré ressemblait beaucoup à celui de l'ouvrage de d'Héricourt, qui avait précédé de six ans celui de Gibert, ce dernier n'ayant paru qu'en 4735. D'Héricourt était laïque, Gibert avait embrassé l'état ecclésiastique, et s'y fit remarquer par
370 LES GRANDS JUftlSOONSVLTES.
une rare modestie. Son savoir, universellement reconnu, lui eût donné des titres aux plus hautes dignités de l'Église, s'il n'eût préféré, par humilité, rester au dernier échelon. Il mourut simple tonsuré en 4726, et dans un état voisin de l'indigçnce, tout il était aumônier « I* simplicité et les autres vertus de Gibert étaient d'autant plus remarquées, qu'au temps où il vivait, il y avait beaucoup de ces ecclésiastiques frivoles qu'on appelait abbés de cour, qui n'avaient de clérical que le costume, et leur costume même avait encore un cachet de mondanité. Leur légèreté fit beaucoup de mal au clergé, que bien des gens irréfléchis jugeaient par ces tristes échantillons.
III. Duband de Maillanb, né à Saint-Remi, en Provence, vers 4760, commença à faire pour le droit canon ce que d'autres auteurs, Claude de Ferrière notamment, avaient déjà fait pour le droit civil ; il mit la science en dictionnaire, procédé excellent pour former des hommes superficiels, parce que la plupart des hommes jugent inutile d'étudier péniblement d'avance ce qu'ils n'auront peut-être jamais besoin de savoir, et trouvent plus commode de traiter la science comme une officine de pharmacie, où l'on n'ouvre les bocaux qui renferment les drogues, qu'à mesure des exigences. Le dictionnaire de droit canonique de Durand de Maiilane convenait parfaitement à ce but et obtint un succès très-mérité chez les praticiens. L'auteur mourut en 4844.
IV. Van Espen, né à Louvain, en 4646, composa sur le droit canon un ouvrage plus étendu encore que celui de d'Héricourt, sous le titre un peu fastueux de Droit ecclésiastique universel , Jus ecclesiasticum universwn. Cet ouvrage dénotait un très-grand savoir et fait regretter vivement que Fauteur eût adopté les erreurs du jansénisme et y eût persisté avec opiniâtreté. Il mourut à Amersfort, en Hollande, en 4728.
LfeS GftAltDS JURISCONSULTES. 371