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IL — DBS PRINCIPAUX ROMANISTES DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Le dix-huitième siècle fut aussi pauvre en romanistes qu'en canonistes. Les romanistes qui s'y firent le plus distinguer furent en Italie, Gravina, Heinecoius en Allemagne, Pothier et Terrasson en France. Nous parlerons en détail de Pothier comme civiliste dans le chapitre suivant. Nous dirons ici un mot des trois autres.

I. Geavina. — Nous disions, en parlant plus haut de Sigonius, que l'Italie était la terre privilégiée de l'érudition. Au point de vue littéraire et artistique, sa gloire a subi d'assez longues éclipses ; l'érudition n'en a eu jamais. Pour la science du droit en particulier, l'Italie eut, au dixhuitième siècle, un romaniste d'un très-grand mérite, ce fut Gravina. Jean-Vincent Gravina naquit dans la Calabre, le 48 janvier 4664 : il avait donc trente-six ans quand le dix-septième siècle disparut dans l'abîme du passé, pour faire place au siècle suivant. Mais l'esprit chez l'homme se développe plus tard que le corps : ce qu'on appelle physiquement un homme fait ne peut jamais être qu'un savant commencé. Gravina doit donc être rangé parmi les jurisconsultes du dix-huitième siècle, parce que la renommée ne s'empara pas de son nom plus tôt. Il dut sa célébrité à son livre des Origines du droit civil, Origines juris civilis, qui, dès son apparition, fit grande sensation en Italie et ne tarda pas à être connu dans les autres contrées de l'Europe. Son savant auteur fut appelé à Rome par le pape Innocent XII. Il y devint professeur au collège de la Sapience, et y mourut en 4718.

IL Heineocius. — Heineccius, né à Eisemberg, dans la principauté d'Attenbourg /professa le droit à Francfort-surl'Oder, puis à Halle, où il mourut, le 34 août 4741. Sa ré-

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putation fut européenne comme celle de Gravina, et elle fut plus grande encore. Gravina, en effet, fut plutôt un érudit qu'un jurisconsulte, Heineccius fut l'un et l'autre. L'érudit, chez Heineccius, se fit surtout remarquer par une histoire du droit civil romain et germanique; le jurisconsulte, par un commentaire sur les lois Julia et Pappia- Poppœa, œuvre des plus remarquables, et par un livre intitulé : Éléments de droit civil dans V ardre des Instituiez, publié en 4727, qui eut un tel succès qu'il ne tarda pas à devenir classique. En France, aussi bien qu'en Allemagne, ce livre resta la base de l'enseignement dans les écoles jusqu'à la révolution française. La grande renommée d'Heineccius n'était pas certainement une renommée imméritée, mais elle devint presque une gloire, et c'était trop. Son éclat prouvait que les romanistes éminents étaient, au dixhuitième siècle, devenus bien rares. Heineccius était fort inférieur aux géants qu'eut la science juridique au seizième siècle, aux Alciat, aux Cujas, aux Donneau : il est vrai que les nains paraissent des géants à côté des pygmées, et la France, au dix-huitième siècle, n'eût produit, en fait de romanistes, que des pygmées, si elle n'avait pas eu Pothier, sur lequel nous allons bientôt revenir, et Terrasson.

III. Tehkasson. — Antoine Terrasson, né à Paris le 4er novembre 4705, y professa avec distinction le droit canon et porta cependant, de préférence, ses recherches sur le droit romain. Il publia, en 4750, une Histoire de la jurisprudence romaine, contenant son origine et ses progrès, œuvre très- estimable en elle-même, mais dont l'honneur ne revenait pas tout entier à Terrasson, qui avait dû évidemment s'aider des travaux de Gravina et d'Heineccius sur le même sujet. Terrasson eut la bonne pensée d'imprimer, à la fin de son histoire, tout ce qu'en dehors des recueils de Justinien, on connaissait, de son temps, d'anciens textes de lois, plébiscites, sénatus consultes, for-

mules d'action, etc. Nous disons que cette pensée fut trèsbonne, parce qu'on ne saurait trop recommander à la jeunesse des écoles d'étudier ces précieuses épaves des siècles passés. Il en est des sources du droit comme de celles des fleuves, dont les eaux sont cristallines quand elles s'épanchent du pied des glaciers; mais, à mesure qu'elles s'en éloignent, elles perdent de leur transparence, et finissent bientôt par charrier du limon.

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