CHAPITRE V
De quelques jurisconsultes étrangers de ce siècle : Bentham, Rossi, Savlgny, Mittermayer.
Noua avons fait remarquer précédemment que jusqu'à la révolte de Luther, la plupart des ouvrages de droit roulaient sur le droit canonique de l'Église catholique, ou sur le droit romain, fondement de la législation civile de la plupart des peuples chrétiens. Ces ouvrages, publiés toujours en langue latine, avaient dans toute l'Europe la même utilité, et les grands jurisconsultes qui s'étaient occupés de Tune ou de l'autre de ces matières, pouvaient être connus facilement dans les pays étrangers. Les réputations des jurisconsultes se sont, depuis, beaucoup plus localisées, parce que chacun n'écrit plus aujourd'hui que dans sa langue maternelle, et le plus souvent sur des textes de lois qui n'intéressent que ses compatriotes. C'est pour cela que par une ignorance que nous regrettons, et que nous confessons humblement, nous avons cité, de moins en moins, en nous rapprochant de l'époque présente, des jurisconsultes étrangers. Il en est cependant quelques-uns dont la réputation, dans le cours de notre siècle, s'est propagée en France par des motifs divers, et dont les noms sont si connus et si souvent cités dans nos écoles, que nous ne saurions les passer sous silence.
Bentham, d'abord, dont la réputation avait commencé chez nous dès le siècle dernier, mais s'est fort accrue dans le nôtre, a publié sur le- droit quantité d'ouvrages qui intéressent, à un degré à peu près égal, les légistes de tous les pays, vu que dans presque tous il n'a envisagé le droit qu'à un point de vue théorique.
Rossi non-seulement a traité des sujets théoriques aussi,
mais il Ta fait en langue française, et c'est à Paris qu'il professa avec le plus d'éclat.
Savigny s'est surtout occupé de droit romain, et tout ce qu'il a écrit sur ce droit nous intéresse autant que les Allemands.
Mittermayer, enfin, a, comme Bentham, étudié toujours le droit criminel, qui a fait l'occupation de toute sa vie, à un point de vue humanitaire , c'est-à-dire jamais purement local.
Ces jurisconsultes célèbres méritent donc, à tous égards, une place et une place distinguée dans notre livre, et les trois derniers ont droit aussi à toute sorte d'éloges. Nous n'en disons pas autant de Bentham, dont nous allons parler en premier lieu , vu qu'il était né longtemps avant les autres. Ses ouvrages montrent à chaque ligne un esprit supé rieur ; mais, considérés dans leur ensemble, ils ont, à notre jugement, fait plus de mal que de bien. Nous dirons bientôt pourquoi.