TIZIANO VECELLIO
d'entrain, sinon avec autant de valeur : le sacré, le profane, les sujets mythologiques.
Certes on pourrait reprocher à certaines toiles historiques de ce grand maître, de se jouer du caractère authentique de la scène en laquelle les personnages apparaissent plutôt pour nous donner l'occasion d'applaudir à des ressemblances magnifiques. Là, le mouvement est calme, les modèles, sereinement, posent, tandis que chez Véronèse, chez Tintoret, Raphai'l, Ruhens, il y a une ambiance, l'accord harmonieux d'une pensée générale qui concourt à la vraisemblance du sujet traité, sans que jamais un détail souligne, enhn, les préférences du peintre.
Et cela serait la faute, si l'on peut dire, duTitien, que cette expression frappante, hallucinante, qui domine dans les tètes qu'il peignit; elles nuisent par leur accaparante vérité h l'ensemble du sujet, à moins qu'elles ne veuillent borner nos regards à les admirer exclusivement, selon la volonté de leur traducteur.
On raconte que le Titien, dans son tableau intitulé la Cassette, avait peint d'abord, dans ce bassin d'argent qui supporte cette cassette, une tête humaine, celle de saint Jean-Baptiste. C'est pourquoi cette belle jeune fille qui figurait Salomé, détournait son visage, se penchait en arrière comme pour fuir l'odeur du sang, portait le plat très haut et ne
9î t.r.n cnKsnn M\tT»«f^ nr i.'abt
le touchait ({ue le moJDs possible de ses blancli^s mains, (11' jx-nrde h*ft tacher.
Lo Titi«'n se ravisa, dit-on, eiïaça la tAtn et la remplira par une rirhe ra.<seltf. Peiit-Atre Im r/pn^'nîiit-il de voir cette image de la mort «i pr^^ de cette j^racieuse personneqni, suivant la tradition, était le portrait de sa fille.
Kn tout cas, cette suh'^titntion indique une singulière désinvolture dans 1 inspiration, et elle confirme cette volonté du maître de demeurer phit<*it impersonnel, afin de ne pas influencer excessivement la pensée du spectateur en dehors iJ'une magistrale exécution suffisamment probante.
Les plus beaux tableaux du Titien sont en Espagne, presque ensevelis dans le palais de l'Escurial, et nous saluerons en terminant notre notice, le chef-d'œuvre peut-être, de ce mailre : sainf Pierre martyr, qui, enlevé par nos armes à l'Italie, resta au musée du Louvre iusou'en 1815.
MICHEL- ANGE (buonarroti)
A notre heure où le génie semble n'être qu'un mot dans l'enthousiasme du moment, voici que Michel-Ange incarne le génie lui-même, à travers les siècles. Jamais on ne vit plus nettement briller au front d'un artiste la flamme divine du génie que chez Buonarroti, dont le masque rude, mais non ingrat à contempler, résume bien la puissance et l'élévation de la pensée têtue, comme ensoleillées de beauté surnaturelle.
On se représente difficilement, d'ailleurs, un grand homme doué d'un joli visage, parce que la beauté hante rarement une jolie façade, et les traits de Michel-Ange doivent une singulière accentuation de leur caractère à un malencontreux coup de poing qui, dans son enfance, lui brisa le nez.
Aussi bien, en vérité, il semble que cette tare n'en est point une, tant elle poursuit à souhait en la brusquant, la ligne sinueuse d'un front tout plissé déjà par la tourmente des idées surhukMainett.
94 tRA CflANriH MAtlMKA DF. i/aRT
An surplus, K. Lo^ouvé s'écrie jucJicioiis<»mr'nt rri jiarl.inl (l«* h.ipliai'l, apr^H c»ri avoir d^^'crit raf^réincnl physi()ij»* : « Et ne cjirail-on pas quo la na tinr l'a fait naitre en môme temps que Michel Ange, comme elle place un lac bleu et frais auprès (1 un âpre et colossal rocher? »»
Ne voilà-t-il pas, en elfet, deux lielles physionomies rivales dans leur charme divers ?
Et que loppusition double de ces masques reflète exactement la pinsée qui les domine, et ces deux corps, donc! A côté de la silhouette élégante du peintre des Loges du Vatican, la découpure rnasoi ve de l'auleui du Mohe !
A Raphaël la grûce et la suavité, à Michel-A- ge la puissance et le grandiose, la souplesse de l'iuspiration ici, là, l'intransigeance originale. ■
Aussi ne célébrerons-nous la joliesse qu'après la beauté, parce que le génie de Buonarroti est davantage impératif que celui de Simzio.
Michel-Angiolo naquit le 6 mars 1475, à Caprese, en Toscane (d'aucuns prétendent à Chiusi . Son père, Ludovico Buonarroti, podestat de la ville, descendait, suivant Vasari, de la famille des comtes Canossa.
Dès l'aveu de sa flamme artistique, le jeune homme avait rencontré chez les siens la plus vive opposition. C'était là cependant, de la part des parents nobles, bourgeoisement déroger, et nous
LSCLAVE, par Michel- Ange.
Michel-ange 93
Verrons la famille princière de Rubens témoigner d'un plus haut esprit à l'égard du don manifesté dès son jeune âge par le futur peintre de la Descente de Croix.
Bref « les nobles parents de Michel-Ange s'indignaient à l'idée de faire un tailleur de pierres de leur fils; on avait beau dire à ce père, espèce de marquis de Gamargo qui labourait l'épée au côté, qu'un sculpteur n'est pas un maçon, le bonhomme ne voulait voir là-dedans que du plâtre ! »
Mais la volonté obstinée du jeune Buonarroti devait triompher bientôt de Tentôtement borné qu'il rencontrait, et nous le retrouvons dans l'atelier de Ghirlandajo, dès l'âge de quatorze ans.
Ghirlandajo, orfèvre avant que d'être peintre, devait son nom au dessin d'un bijou en forme de « guirlande » dont il était le créateur. On peut juger du talent naïf et délicat de cet artiste primitif par le tableau que le Musée du Louvre possède de lui, intitulé: Portrait d'un Vieillard et d'un Enfant.
On aime à évoquer, pour son contraste singulier encore, le regard altier de Michel-Ange un instant abaissé sur la menue « guirlande » de son premier initiateur, luisant au cou frêle des Florentines...
On saisit que Buonarroti ne devait pas tarder à dépasser sonmaitre, du propre aveu de ce dernier. Etouffant en la formule ressassée des écoles, désireux de s'alTranchir du dogme de voir et de s'expri-
OA l.K« riHANO» MAtTiiM or. I *i<i
,nor nspirant î. uno traduction perwnnoll- .1.- U
,mtur«. onlin, lapprenti voula.t v.,|.-. 4>- -^
propre» allp"*
C'est h ce iiioin.nl qun nous voyon* le jeu...hon.nio orrer au f^vfi. de >a curiosit.» H de »e. dé.irs inn^s, .horclK-nt i. saisir ..prt» le fr^nuMement .W la vie, Hcalp.^1 oi. n.ain, le mécanisme du p-nte dans liinmobilité de la mort. (Jueslionnanl la lori.i.- tour à tour et répondant Ji son in''piral...n dans b liAto d- U reproduire en l'exaltant audessus de la représentation vulgaire.
Ayant eu pour nourrice la f.-mme diin sculpteur, il avait joué, enfant, au milieu des sUtu.,-s. A seize ans. il' faisait des ouvrages que Ion comparait àccux des îrniuds maîtres; à I àgedhomm.'. il disait que le marhre tremblait devant lut !
Le front lourd d une pensée sans cesse mûrie et filtrée par létude. Michel-Ange sadonnait à toutes les sciences à la fois, et aucune ne le rebutait: il semblait aussi à ce génie naissant, que 1 art ne devait point se ravaler à n'être quuue spécialité de traduction, parce que la Nature se donnait toute entière à l'acceptation complète.
Raphaël, peintre, sculpteur, architecte, après Léonard de Vinci, ingénieur, géomètre au surplus des précédentes qualités: Benvenulo Cellini, gra-, veur. sculpteur et orfèvre, parmi tant d'autres mailre» aussi éclectiques - sans oublier les purs
MICIICr-ANGE 97
génies français comme Jean Goujon, IVigct, etc., sculpteurs, arcliitcctes et peintres; du moins en ce qui concerne l'auteur du Mi/on de Crotone — sont la preuve de cet amour unanime de l'expression de la Beauté dans toutes ses émotions.
Et Mich(d-Ange, qui devait peindre le Jugement dernier^ sculpter le Tombeau des Médiçis, bâtir Saint-Pierre et rimer les plus beaux sonnets de la langue italienne depuis Pétrarque, ne sentait-il pas, dès ses débuts, la flamme impulsive de ses chefs-d'œuvre futurs?
De même verrons-nous plus tard le grand homme approcher fort à l'aise les princes du Irône et de TEglise, estimant à juste titre que le génie vaut bien un diadème et une tiare, sans compter qu'il leur fit voir, sans crainte, à ces potentats, que son art entendait demeurer libre devant son immortalité. Quant à l'allégation d'une origine nobiliaire, presque royale, elle importe [)eu chez Buonarroti, à moins qu'elle ne nous oflVe l'occasion de contester le prétendu orgueil que lui [)rôlent certains, de n'avoir voulu compter parmi ses élèves, que des gentilshommes...
Michel-Ange qui, toute sa vie durant, refusa de s'incliner devant les grands de la terre, aimait les humbles, et nous n'en retenons pour preuve que le dévouement touchant avec lequel il soigna et [»ioura son fidèle domestique Urbino.
y(^ tes cnAND« maItkk» kb i'*i<t
.. Voti» savez.. f:cni le célèbre arlUlc h Va»an. coinui. Ml Iri.ino e»l mort: <;a été pour moi une
I,, ,i,H ,,„.• o lui une faveur .le Dieu, parrp <|ii l.r- ,,i„o npri-s avoir .-lé le soutien de ma vie. ma «pnris non seulement h mourir sans repret, mai» ,„,^me il a^sin-rlan.ort. .).■ l-i t:ar.K- vin«t-MX an» avec moi et lai toujours trouvé parfait et h.lMe. .1.. r.vais enrichi, je le regardais comme k- bftton fllupimi d.' ma vieillesse.. .etc. »
()„ant à la uoMesse dune telle âme, nul n'osera ni.^r qu'elle ne la porta en soi. Mais poursuivons : voici notre artiste libre, il rêve de capter or.pina- Icmenl la plastique humaine et de fixer à son gre seul, les paysages mouvants qui se déroulent devant ses veux tout grands ouverts, devant son âme palpitante, l.e hasard ou Granaccio 1 amenvers les jardins desMédicis tout meublés de statues modernes et antiques noblement inspiratrices et voici qu'il s'y installe, taillant la pierre et le marbre avec un enthousiasme désormais vainqueur.
Dailleur., là ne s'arrêtent point les bienfaits de cette révélation. Vient à passer dans ce jar.lm où, tout à l'entour des œuvres qui 1 ornent la jeunesse artistique devise et observe, Lauren le Maunilique, père du pape Léon X. Le duc fait la «a romenade favorite ; il rôde en connaisseur aul'uv .]cs copies que les débutants s attachent
à réaliser de leur mieux et, liiialement, nous le trouvons arrêté devant l'enfant de ge'nie qui nous occupe. Michel-Ange modèle à cet instant la tête d'un vieux faune. A la vue de cette ébauche, il paraît que Laurent de Médicis après un moment de surprise, dit en plaisantant h son auteur : «Tu devraissavoir qu'il manque toujours quelques dents aux vieillards », observation qui sembla tellement judicieuse à Buonarroti qu'il se hâta de briser une dent dans la mâchoire de son faune en imitant jusqu'au vide que cette dent devait y laisser.
Quelques historiens ont trouvé en cet acte, pourtant bien anodin, la première marque du génie de Michel-Ange, d'autres imputent à la docilité et à l'ingéniosité du jeune artiste révélées par ce fait, l'aflection subite que le duc lui porta. Mais nous croyons que Laurent le Magnifique accueillit dans son palais le fils de Ludovico parce que son goût avait été tout simplement éclain* par un talent précoce.
Toujours est-il que Laurent le Magnifique, h cette époque, avec l'assentiment paternel, héberge superbement les quinze ou seize ans de notre héros, qui a l'heureuse fortune de mûrir son art chc son protecteur, jusqu'à la mort de ce dernier (1 49:^ i
Traité comme le propre fils du duc, Buonarroti prend donc l'essor de son génie dans le luxe el
BlBLtOTNECA
400 IFS f;ii\rin« maItur» OE î.'aut
ropulfru!«, punin 1rs liiiiiln p«'rioiinaj;«»H qui fi/- (jiunlcnt an pJilaiH. I.u nolili;n«<' »ii|)^*ri<'iin; <lii joune arlinto fi est dos lor» plu» diH«:iiUlil«; à nos youx, pui»(jiril posh^de celle d« la gloire, cl il semble qup tout rciîuvn' de Miihel-AiiKe respire celte puissance, cette richesj^e qui naibsent de la vie larfiçe et généreuse.
Art hautain, d'autre part, quise rit de la louange comme (le la critique; raison pour laquelle jamais Huonnrroli ne connut la griserie fâcheuse de» courtisans et, s'il eut TincorUeslahle avantage de (jébiiter dans la splendeur, son indépendance ne s'y altéra pas.
Un exemple : Pierre de Médicis voulut un jour que Michel-Ange modelât pour lui un colosse de neige. La statue était d'une si belle allure que le successeur de Laurent le Magnifique chercha les moyens d'en conserver la forme. « C'est inutile, dit Michel-Ange, je n'ai travaillé que pour le
soleil. ')
Au surplus, « il eût été Michel-Ange dans une île déserte », et réclat de son heureuse étoile ndevait pas pâlir même matériellement à la mort de Laurent le Magnifique, puisque son fils et son successeur Pierre, continua au futur grand homme l'amitié et la faveur paternelles.
Du coup, la vanité de Ludovico Buonarroti est infiniment flattée en sa mesquinerie bourgeoise :
Michel-Ange, pensez donc, a pour amis les plus hauts personnages de la cour ! (( Le tailleur de pierres » de jadis va recevoir enfin de beaux habits !
Mais Pierre de Médicis est chasse par hi ville de Florence révoltée de ses excès, et la cage s'ouvre h nouveau, pour laisser s'échapper notre aigle, (]ue nous retrouvons ensuite à Rome.
Il a vingt-quatre ans à peine, il va nous donner son premier chef-d'œuvre : /a Vierge tenant son /ils mort sur ses genoux^ qui orne l'église de Saint- Pierre. On sait qu'à cette époque les artistes signaient rarement leurs œuvres, l'originalité de ItMir talent suppléant ce soin et sans doute aussi parce que cela n'était pas l'usage ; mais Buonarroti était terriblement jalousé et, indépendamment de la haine confraternelle que lui avait vouée Baccio Bandin(}lli,que l'aveuglement de ses concitoyens lui préféra même un instant, il faut croire à certaine lassitude de la part du grand artiste qui nous occupe, à voir le fruit de ses peines attribué à d'autres.
Ainsi, à propos de la Vierge susdite, on conte (|u'un jour Michel-Ange ayant entendu un guide (li'clarer à des étrangers que cette œuvre était du fameux sculpteur milanais Gobbo, il s'introduisit nuitamment dans l'église et il grava son nom sur la ceinture qui entoure le corps de Marie,
Mi'iii»* iiiijintionrn on pr<''soiice de la rntnjiM* incoiii|M'triitL' : alors i\\i(* de retour à Florence il ox<'Mnl}iit sa statue de hnvid, dans un magnifique liloi; de rn.i rhrr d<'îjh maltraité par un bculpteu» incapal)!»*, survint h* jronfalonior Soderini qui ^^ mit à dénigrer la grosseur du nez. « Michel Ange* dit Vasari, voyant que Soderini regardait »on ouvrage de bas eu haut, et que ce point de vue défavorable ne lui permettait pas de bien juger d»la chose, monta sur son échafaud et ramassa adroitement de la poussière de marbre qu'il laissa tomber sur son critique, pendant qu'il faisait semblant de corriger l'appendice nasal avec son ciseau ; puis, se retournant vers le gonfalonier, il lui dit : (' Eh bien ! qu'en pensez-vous maintenant ? — Admirable ! répondit Soderini. vous lui avez donné la vie. » Et Buonarroti de rire de ce docte magistrat si parfaitement connaisseur...
On doit encore à Michel-Ange, à l'époque de sa 1 réintégration au bercail, une Madone en bronze avec l'enfant Jésus dans ses bras, le colosse appelé le Géant qui se dresse devant le palais de la Seigneurie, sans oublier le célèbre carton tiré de la guerre de Pise qui, destiné à figurer sur l'un des grands côtés de la salle du conseil à côté de celui ^ que Léonard de Vinci dessinait d'autre part : un Coïnbat de cavalerie, lui fut préféré.
Aussi bien, à ce moment, Léonard semble sç
récuser devant son illustre rival ; déjà il avait refusé de tailler le David dans l'œuvre informe du précédent sculpteur, et Vasari qui impute à Bandinelli * la destruction jalouse du célèbre dessin par affection pour Vinci — ce Vinci qui pourtant haïssait Bandinelli, sans doute par admiration pour Michel-Ange^ — aboutirait plutôt à nous prouver que les deux génies étaient simplement départagés, chacun suivant la nature de son talent.
D'ailleurs, à cette époque où l'art était célébré avec un culte inouï, nous préférons supposer, comme on Ta dit, que le carton fameux ayant été porté au palais Médicis, fut abandonné aux mains
1. « Pendant la révolution qui chassa le gonfalonier Pierre Soderini et rappela les Médicis, Bandinelli s'introduisit secrètement, à Taide d'une fausse clé, dans la salle qui renfermait le fameux carton et le mit en pièces. Les uns prétendirent qu'il déchira ce chef-d'œuvre pour en posséder quelques parties ; d'autres pensèrent qu'il voulait ôter à ses jeunes rivaux les moyens de faire des progrès, en étudiant cette admirable i)age ; ceux-là dirent qu'il n'agit ainsi que par atiection pour Léonard de Vinci, qui venait de voir sa réputation éclipsée; entin ceux qui savaient mieux apprécier les choses, attribuèr"nt son action à la haine dont il poursuivit toute sa vie le grand Michel-Ange. Ce fut une perle immense pour les arts : aussi l'accusa-t-on justement d'envie et de méchanceté. » {Vasari.)
1. A propos du coup de poing que le sculpteur Pierre Torregiano se vantait d'avoir donné, étant enfant, à son camarade Buonarroti, coup de poing qui lui avait brisé le nez, Léonard de Vinci conclut, après avoir laissé conter cet exploit à son auteur; « Ces paroles excitèrent tant de haine en moi, qui voyais tous les jours les œuvres du divin Michel-Ange, que non seulement je n'eus pas envie d'aller avec Torregiano en Angleterre, mais que je ne voulais plus le voir. »
^0^ ir« r,n\Nr>» haItbm de i.abt
•I.H arli«l*^.|"'. eulliou.iu»l«H. le .l-^cliirèronl p-ur
^11 .111(101 l«r les luorcciiux.
Kl ce» urlist.-» Ha|.i>elaicnl,»aiis<loulc. lUpli;.-!, Andréa .1.1 Surto : l'ouvait-il donc êlr- <iue.li<>a
de basse jalounie ?
Sans .toute aussi ne faut-il voir qu'une «oinci.l.MUo dan» le retour à Florence de Michel-Ange, qui avait «luilt- cette ville lors de la disgrâce de» Médicis pour y demeurer quand Soderini fut toutpuissant ; bien que certains aient prétendu, au "j contraire, que Buonarroti avait ingratement abandonné les M.'dicis dans la crainte de leur chute M sY-lait enfui .le Florence assiégée, quoiqu'il fûl chargé des forlilicalions.
Toujours est-il que le rappel des M.'di. is. lo.>nu'une révolution nouvelle chassa à son tour le confulonier Sod.Tini. sert fort l.eureuscni.^nl b-s inténHs du célèbre artiste, si toutefois ils en
eussent en besoin !
Songez qu'à ce moment Michel-Ange n av.nt que vinfrt-nouf ans et que sa réputation était im-
mense
Un lui devait déjk son remarquable bas-re'.icl connu sous le nom de la Piela, qu'il avait produit pour le cardinal ViUiers, abbé de Sainl-Deni:- et ambassadeur de Charles VIII auprès du pape Alexandre IV, et il allait attacher maintenant son nom au gigantesque tombeau que Jules 11. suc-
MICHFL-ANGE l^'l»
cfisseiir d'Alexandre IV, lui commandait de son vivant !
Aussitôt à Rome pour exécuter cette commande, muni de mille ducats qu'Alamanno, trésorier du Saint-Père, lui avait délivrés, l'artiste part à Carrare avec deux serviteurs pour chercher les morceaux de marbre nécessaires. On sait que ce mausolée devait être tellement vaste que rédilication spéciale de Saint-Pierre de Rome s'imposa, les autres églises de Rome ne pouvant le contenir.
D'ailleurs, le tombeau rêvé devait subir bien des contretemps : Jules II no fut point enterré dans l'église de ses aspirations, et sa sépulture immense connut non seulement des proportions moindres, mais ne fut même point achevée.
Tout d'abord des dissentiments, des brouilles, des disputes surgirent entre le pape et l'artiste ; d'autre part, après la mort de Jules II (1512), quatre autres pontifes lui succédèrent en l'espace de trente ans et, occupé par eux h d'autres travaux, Michel-Ange ne travailla qu'à ses heures à la commande de Jules II.
Du vivant de ce dernier, il avait terminé deux Prisonnières^ une Victoire foulant aux pieds un caplil, et son Moïse^ l'un des plus purs chefs-d'oîuvre qui soient, et ce fut enfin le pape Paul 111 qui, se souciant fort peu des aspirations de son prédécesseur, Contraignit Buonarroti à restreindre les
ainiensiniis .In .nfiUHo!r<«' g^'anrqiH- luK»'»'* ^^*'"^ Piernî-aux-IJcn», loiit« mignonne ii c^lé «W Saml Pierre tJ«' K«>nic, put |»arfait*'fiH-nl conU-nir.
Vasari et Condivi nous oui décrites que dovail ôtiT cemomii-H'nl rtia ^^almede Florence poRs^d*un croquis .1. I artiste qui nou» laisse raainU p grcts de sa non-exécution.
nuand on pense que dans ce croquis ligurai.nt quarante statues de grandeur naturelle, sans compter les bas-rrlh'fs !
Mais nous irons retrouver Micliel-Anj;e que noui,
laissâmes en Irain de chercher les matériaux propres à son travail; car, malgré qu'il nahoutit point, pour les raisons précédemment dites, les phases de ce travail, coupées d'incidents, en sont intéressantes à conter.
Donc, durant de longs mois, Buonarroti fouille les carrières, vivant de la nourriture la plus grossière, ne songeant qu'à l'œuvre grandiose que lui suggéraient les blocs immenses de marbre où déjà son ima-inalion taillait et modelait.
Aussitôt choisie, la précieuse matière transportée sur la place de Saint-Pierre dont elle couvrait dit-on la moitié, fit l'admiration du pape, à son tour. Tant de marbre allait justement consacrer son orgueil.
Mais la jalousie veillait autour du projet fameux sous les traits de Bramante, architecte fort en
cours à l'époque, malj^ré qu'on lui roprochât la fragilité de ses constructions monumentales et peut-être aussi à cause de ce reproche dont Bramante ressentait tout le poids en présence d'un rival de la taille de Michel-Ange.
Ce n'olait pas d'ailleurs le pont-levis que Jules II avait fait établir entre ses appartements et l'atelier de son sculpteur pour demeurer plus favorablement en communion avec lui et son œuvre, qui (levait calmer l'hostilité naissante.
Bramante eut tôt fait, n'en pouvant supporter davantage, de persuader au Souverain Pontife combien il était de mauvais augure de construire son propre tombeau, et le pape capricieux et faible ne sut pas résister aux fâcheux pressentiments que lui murmurait la basse envie de l'architecte.
Il se dégoûta du projet, et Michel-Ange sut dignement supporter le choc de sa déception, tout en se vengeant avec hauteur par la suite, des auteurs de ce contretemps.
C'est Jules II qui n'ayant pas reçu de suite le célèbre artiste, comme il en avait l'habitude, s'entend dire par un huissier du palais qui lui rapporte les paroles de Buonarroti, « quand il me voudra, il me cherchera ailleurs qu'ici ! » ; c'est Bramante qui ayant conseillé le pape, pour perdre décidément le célèbre sculpteur, de lui faire peindre la chapelle Sixtine, lui procura l'occasion
{OH IJS8 OltAMi- WMMiK" l'i I aHT
inattendue de faire un nouveau clief-d fjfuvn* Il efit vrai qu(î le pape, furieux, envoya «in-i courrier» avec ordre de lui ramener de f^rr'* ou (l« forre l'auteur de ia Ptrin, (|ui refutiu d obéir a
linjonction |)()nlilicale, malj^r/* pourtant un** fimmace de mort fort perhuahive.
Michel-Ange, dont la dernière visite au Valu an avait été motivée par son débir de »« voir rern bourser, comme ii avait été convenu, »e» avanee^ d'argent aux porteurs du marbre destiné à la M'*pulture écrivit énergiquemenl : " Vous ave/ oulra^:un bon et lidele servit«'ur, vous m'avez clia>>'' comme un misérable, je ne retournerai plub pns de vous, puisque vous ne voulez plus de la hépulture, je suis libre ! »
Bref Jules II, au reçu de celte missive, transporl de colère, ordonna à Florence sou^ peine d'analbème^ de guerre et de toutes autres vengeanc< spirituelles et temporelles, de lui livrer le relK-lb
Nouveau refus de Michel-Ange, qui préfère accepter les oiTres à lui faites par le Grand Turc de Constantinople 1 Mais Soderini n'entend point de cette oreille, il redoute d'entreprendre une guerre à cause de son ami, et voici qu'il lui décerne le litre d'ambassadeur de Florence I
Grâce à cette qualité, Michel-Ange inviolable, mpose sa dignilé à la liare domptée.
Entre temps, cepeudaul, les circonstances de-
vaient remettre en présence le pape et l'artiste qui se réconcilièrent au point qu'ils ne furent jamais meilleurs amis.
Aprèsavoir donné sabénédiction au grand homme Jules II le retint à Bologne où il s'était rendu, le combla de présents et lui commanda en bronze sa statue haute de cinq brasses.
Voici Michel-Ange à l'œuvre et son esquisse est bientôt soumise à ce pape si friand de sa propre représentation. Le personnage se tient debout, grandeur naturelle et la main droite semble donner la bénédiction, tandis que Tautre main est libre. « Meltrai-je un livre dans cette main? » pense tout haut l'artiste. « Mets-y une épée, je ne suis point un liseur », ordonne le saint homme pacifique.
Puis voici la statue plus tard moulée en bronze à propos de laquelle Jules II demanda en riant à son auteur : « Ta statue donne-t-elle la bénédiction ou la malédiction? »
Et Michel-Ange de répondre : « Saint-Père elle menace le peuple de Bologne de le châtier s'il n'est pas sage. »
Mais le peuple ne fut pas sage, jeta la statue par terre et l'on ht avec les débris du bronze une pièce d'artillerie appelé la Giulia ; quant au pape il ne devait point châtier car il mourut.
Mais n'anticipons pas.
iin i.Ks r;iiAM>H maIimka m: i.Anr
l)(» c«îtle amitié rcronqiii*«o datent le» peinlureH
<|.' I;t chîii)^!!*' Sixtirif.
Michel-Ange n'aimait pas la peinlure «^4 I limle. 11 rn[)p<'l.'iit « un ;irl <\<' femme ou fi'oisif» <*t de paressoux ».
Aussi refusa-t-il <le peiiulr»* ;• l'Iiuile le Jugrmrnt dernier et ex6cuta-l-il s»,'s toiles à la détrempe. Mais, s'élant apen.u qn»- le jiuhlic préférait la peinture à l'huile, plus éclatante et plus harmonieuse, il imagina de faire des dessins ou cartons et de confier à des artistes habiles le soin de les peindre
Au surplus Jules II avait triomphé de ses répugnances pour la peinture ; au « Je le veux » du pape il répondit par un « J'essaierai » qui garantissait sa réussite.
On sait la confusion de l'architecte Bramante devant le succès triomphal de cette œuvre à laquelle Michel-Ange, après avoir congédié le Granacio, Bugiardini, Agnolo di Donnino, des peintres amis qu'il avait appelés à son aide, s'adonna tout seul et dans le plus grand mystère.
u Quand donc auras-tu Uni ? •» questionnait le pape. « Quand je pourrai», répondait Buonarroti. « Tu veux donc que je te fasse jeter du haut de cet échafaudage en bas ! » poursuivait le saint homme, qui dut tomber lui-mcme de son haut, lorsque le génie de Michel-Ange lui apparut à
rheiire dite, c'est-a-dire à l'heure qu'il s'était (ixée pour éblouir.
11 n'empêche que l'infaillibilité papale réclama des retouches. « Il y a des endroits qui veulent être couverts d'or », dit-elle. Ce a quoi Michel- Ange répliqua : « Je ne vois pas que les hommes portent de l'or, cela sera pauvre. Ceux qui sont peints dans le tableau étaient pauvres aussi. »
Au résumé, pour l'exécution de cette fresque qui représentait la création du monde, exécution qui avait duré vingt mois, Buonarroti reçut trois mille ducats, c'est-à-dire moins d'or que le pape n'en eût désiré... sur l'œuvre de son peintre.
Toutefois Haphat^l qui profitait dans l'ombre du ressentiment de Bramante, ne fut point appelé à peindre l'autre moitié de la voûte ; ainsi échouèrent de mesquines combinaisons, d'autant plus déplorablesqu'elles pouvaient aisément influer sur le caprice turbulent et autoritaire de Jules II, tout aussi prêt à commander qu'à décommander des 1 chefs-d'œuvre, tout aussi dispos à favoriser l'existence des artistes qu'à les faire périr.
Jules II, selon E. Legouvé, « lansquenet manqué, si violemment brave ! si amoureux de la guerre et du sabre ! si heureux quand il pouvait mettre un casque sur sa tiare et aller se battre contre les Français I »
Puis, voici que survient la mort de Jules U, et
l'on sait <|im 1 accueil le» hijcce»beurî5 ilu |iuiilif»' ré^crvcn'iil un rêve uraïuJioîJC de ce dernier.
Si les licriliers de Jnl^s II reriirenl l'orili" ,1,. liiiir triiniiier son toniheau par Hiiunarroli, cflui-ci n'aliiiiidnnnii l'exéeiilion de bon œuvre (pi avo. la permission — doux euph^'îinisme — de« n.présenlanls de Jules II, et cela suflil pour inellre nii Icrme aux odieuses imputations contre le grand artiste, accusé ni pins ni moins de sôlre refusé à poursuivre son travail aussitôt que le prix de !a commande en fut versé. Après la mort de Jules 11, son successeur Léon X, de la famille des Médici:.. accapara Michel-Ange pour l'employer à labibliollièque de Florence, puis ce fut au tour de Clément VII faisant signer au peintre de la chapelle Sixtine un traité par lequel il pouvait se permettre, sur les instances du duc d'Urbin, héritier de Jules, de ne pas faire le tombeau — le fameux tombeau — qui n'aura plus qu'une seule façade au lieu de quatre. Mais là ne s'arrêtent point les mésaventures de cette sépulture papale : Paul lll, succèsseur de Clément, entre en lice; a voilà trente ans qu'il désire que Michel-Ange travaille pour lui . î Alors le grand homme se retranche derrière le contrat relatif au tombeau, aux proportions déjà diminuées d'un tiers. « Où est ton contrat.' que je le déchire ! »
Et voilà pourquoi Ufameux tombeau, finalement,
s'évanouit. Michel-Ange, avec Tassentiment du duc d'Urbin, donna les trois statues qu'il avait faites et on le tint quitle du reste de la commande.
« Michel-Ange, obséd(^ le jour et la nuit par l'idée de la perfection dans l'art, la poursuit ; il croit hi voir dans chaque bloc de marbre qu'il rencontre: « liUe est là ! Elle est là ! » se dit-il. Etsoudain ilemporte son marbre et s'enferme avec lui. 11 taille, il taille; à chaque éclat de pierre il s'imagine que l'œuvre céleste va sortir sous son ciseau, et puis, quand il s'est consumé de travail et de peines pendant bien des jours, il entre un matin dans son sanctuaire, regarde son œuvre et, s'asseyant en pleurant, il dit : « Ce n'est pas encore elle ! » C'est ainsi qu'il faut explicjuer le grand nombre de statues que Michel-x\nge a abandonnées tout à coup à peine ébauchées. Un jour, il avait commencé une très belle statue du Christ, tout à coup il la laissa et quelque temps après la brisa d'un coup de marteau. Comme on lui demandait pourquoi, il répondit : u On m'a trop souvent pressé de la faire, et puis il y avait une petite tache dans le marbre. » (Logouvé.)
Et le grand génie ne goûte que l'originalité, ainsi : Un jour un peintre lui ayant nionlrc un tableau où il n'y avait pas une seule partie qui ne fût copiée quelque part : « C'est très bien, dit Michel-Ange, mais je ne sais trop ce que demaa-
\\Ji ]r.n cnA^DH MAUnKU nr. i.'aht
ileni votro t;il.Irnii au jour du juK^'m'-Til «Iitiih : où toiin les inombrpH iront rejoindre leur corf»'*. rnr voilà un»' t«M«» qui a|.[mrti<»nl au Parifl d Ciinthuii, une jainhe qui a ^'l^ prine au Jo%tié d Giolto! Qu'est-ce (jui vous rcst^Ta ? » Une auln» fois, unsoulpleur vint chez lui avec son enfant, et lui demanda son avis sur une statue qu'il lui appor-j tait. MiclicUAnKc regarda la statue, puis, se retournant vers l'enfant, (jui «'îlait très beau, li Tern-j brassa et lui dit : « Mon petit ami, vous avez un père ()ui fait bien mieux les figures en chair qu'en
marbre ! »
A propos de son ardeur au travail : « Michel- Ange travaillait presque toutes les nuits et, afii d'tHro toujours prc>t à commencer, il s'était fait ui casque de carton sur lequel il plaçait une clian* délie qui, de cette fagon, envoyait la lumière droij sur le papier, sans qu'il fût forcé de la tenir. Vasari, qui souvent l'avait vu le casque en tète, ayanli remarquéquilbrùlaitnon de la cire maisdeschan»; délies faites avec du suif de chèvre, lui envoya quarante livres de bougie... »
Ce fut sous le pontificat de Paul lll que Miclni- An^e acheva son Jugementdprnier, admirable pondant de sa Création ; de cette époque datent encore les deux belles statues intitulées: la Suit et r Aurore. Sous la première, une main inconnue écrivit un jour d«» yers qui signifiaient :
(( La nuit que tu vois dormir dans une si douce attitude lut sculptée par un ange dans ce rocher; elle vit, car elle dort ; réveille-la ; si tu ne me crois pas, elle te parlera. » Et Buonarroti répondit par la bouche de sa statue : « Il m'est doux de dormir, et surtout d'être pierre, tant que le malheur et la honte durent; ne pas vivre et ne pas sentir m'est un grand bonheur ; ne me réveille point et parle bas. >,
Voici maintenant une anecdote relative au Ju(jenicnt dernier^ ce chef-d'œuvre de puissance et de haut esprit dont le lecteur pourra juger de visu par une excellente copie signée : Sigalon, (|ui ligure à l'Ecole des Beaux-Arts de F^aris,
Il s'agit de la défaite du maître de cérémonies Biagio de Gesena, qui, pour avoir estimé (jue la nudité des personnages représentés par iMicliel- Ange eût convenu davantage à une salle de bains qu'à une chapelle pontilicale, fut représenté, par le célèbre artiste, en enfer, enlacé par un serpent !
Biagio était allé se plaindre au pape, qui lui demanda en riant à quelle place il (igurait : « Dans l'enfer, répondit-il. — Hélas ! reprit le pape, s'il ne t'avait mis qu'en purgatoire, je t'en tirerais ; mais, puisque tu es en enfer, mon pouvoir ne va pas jusque-là. »
Quelque temps après, liiagio en arriva il est vjai, à ses fins auprès de Paul lll, qui prescrivit à Daniel de Volterre de masquer par des draperies la nudité
I Mi IRA r;liANI)H MAtTRRd DR l/ARt
iiK rirniiH'o; ainsi I)ani«*l de Volterrc avait liirn iiiérih* son siirnoiii de <Uiloitipr\
Le Jinirnirni ilrmifr devait faire pondant à ta Cluiir (1rs (iHijps rrhelte^ que Michel-Ange n*e\éciila |i.iN, mais dont il a lai>^<^î des /fliides remar- (|naM(>s ; d'ailleurs, outre sa quasi répulsion pour la pc.iuture, iiuonarroti, se trouvant désormais Iroj) vieux pour peindre, va se ILvTer tout entier ninintenanlà rarchitectun'. Il construit le Capitole ri la ravissante église de Santa Maria degli An- L;eli, sans compter tant d autres monuments anonymes, bâtis d'après des esquisses que de tous côlés on venait lui demander.
L'œuvre de vieillesse enlin, de Mi( Iiel-Angc, lui lï'glisede Saint-Pierre de Rome en rémunéralion de laquelle il déclara ne vouloir rien recevoir, exigeant que cette clause fût insérée dans l'ordonnance du pape Pie IV, qui lui avait commandé cette œuvre.
Ce noble désintéressement attira de nouveau à rartistedepiresjalousies, source à leur tourdes plus viles calomnies qui devaient empoisonner sa fin.
Michel-Ange tint tête pourtant, de tout TetTort de son génie, à la cohorte de ses ennemis. Cependant il dut se défendre contre leurs tracasseries à chaque nouvel avènement de pape ^et l'on en créait souvent) autour duquel bourdonnait lessaim furieux.
MOI5E, par Michel- Ange.
MlCHi:r.-ANGE 117
Un jour, notamment, le Souverain Pontife en fonction, ébranlé par certains qui s'ingéniaient à lui persuader que la voûte de l'édifice en construction (Saint-Pierre) n'était point solide, que les chapelles en étaient trop exiguës et le jour mal distribué, manda Michel-Ange et lui conta les reproches dont il était l'objet.
« Je voudrais entendre ceux qui parlent ainsi, dit simplement l'artiste. — C'est moi, reprit le cardinal Marcellus, alors présent. — Monseigneur, dit Michel-Ange, au-dessus de ces fenêtres qui selon vous, ne donnent pas assez de jour, il y en aura trois autres dans la voûte. — Vous ne me l'aviez jamais dit! — Je ne veux être obligé de dire, nia vous, ni à personne, ce que je veux ou dois faire. Votre office est de faire venir de l'argent et d'empêcher que les voleurs ne le prennent. Quant au dessin de l'église, cela me regarde. »
Puis, se tournant vers le pape : « Saint-Père, vous voyez ce que je gagne à travailler pour vous, ot si les peines que j'endure ne servent pas au ^alut de mon âme, je perdrai mon temps et mon œuvre. »
Il n'empêche que les persécutions ne se turent que devant l'extase du chef-d'œuvre, à son heure d'apothéose.
Refus d'argent, mauvais auxiliaires imposés, rien n'avait été épargné au grand homme qui de-
\\H t.KA OKANDA MaItRI^ DF. i/aRT
va il r<'Ml<T îi la fatalité, malgré h*n précieux «-ncoiira^t*ments du ^rand-iluc <lc ToscariP, Uhnoiii
(Ir la sonITrance d»' Hiionarrolli.
o VeiiPZ i\ Florence, je vous promets lous leplus Ix'aux monuments de la ville a exécuter ou à ordoiiiH r... - Mais Mirliel-Ange d^^clarail dan H'ponsrs an ^rand-duc ou ii Vasari qui écrivait à sa place, «in il n»* voulait plus tlésormais penser qu'à la mort et à bien. Michel-Ange avait pris en dégoût même son génie. La mort exaur;a sa prièn* (ît mil le terme désiré à ses tourments, le 17 février 1563.
Il nous revient, en terminant rette notice, des souvenirs amusants qui réveilleront la tristesse de notre lin. Ces souvenirs ont trait au snobisme de Ions les temps comme la sottise, et à la
critique.
Michel-Ange voulant se jouer du snobisme de ses contemporains, plus disposés à célébrer les morts que les vivants, avait exécuté une statue de Cifpidon dormant qui, jugée admirable par ses intimes, fut, sur le conseil malicieux de ceuxci, enterrée par le célèbre artiste dans une vigne où l'on savait que des fouilles devaient bientôt cire commencées.
Peu de temps après, la figure fut déterrée et vantée par tous les « connaisseurs » comme un des plus précieux restes de l'art antique : mais
Michel-ange 119
Bnonarroti avait brisé un bras de la statue qu'il conservait avec soin et à Taide duquel il prouva aisément qu'il était l'auteur du fameux Cupidon.
On saisit dès lors le désappointement des soidisanl connaisseurs que notre génie ne manquait jamais, d'ailleurs, de « remettre à leur place « spirituellement.
Goûtez enfin ce trait relatif à la personnalité extraordinaire du génie qui nous occupe.
On conte que Buonarroti étant allé visiter Raphaël pendant qu'il peignait /^ Triomphe de Galat/u'r an palais de la Farnésina, et ne l'ayant pas rencontré, prit un morceau de charbon et pour carte, lui dessina sur le mur une tôle d'homme.
AiuliM'a Vanucc/n, Andréa Anfjeli ou d*Af/tio/ fil l'Vfincesco ou Àfjnnio tout court, nous est pin lamilièrement connu sous le nom ou mieux le ^in nom (l'AnMrea f/rf Snr/o, qui lui vint (Je son i*«'t« un pauvre petit tailleur de Florence, où il na«imi en li8().
Andréa savait à peine lire et écrire lorsqu'ou !<• plaça en apprentissage chez un orfèvre.
11 avait sept ans. une jolie figure et une doi.ceur résignée qui lui valurent d'abord rindulj:eii»<' de son patron, à défaut des compliments que sa préférence pour le crayon, en place des outils do Torfèvre, ne pouvait justifier.
Puis, l'indulgence du patron se convertit en inditîérence à l'égard de son apprenti <jui uo .jemande pas mieux de profiler de l'aubaine pour dessiner davantage. La vocation est irrésistible, l'enfant ne fera jamais un orfèvre.
Voilà pourquoi nous le retrouvons chez un m*'diocre peintre nommé Jean Barile, qui a su tout au moins apprécier le bon goût des dessins d'Andréa et ne pas nuire à leurs vertus natives.
ANDREA DFI, SARTO 121
D'ailleurs, Barile ne se fait point d'illusions, le champ de son enseignement est limité et au besoin, les progrès surprenants de de! Sarto se chargeront vite de le lui piouver
Il reste au médiocre peintre la ressource de consoler son infériorité dans la joie de favoriser le génie de son élève; au surpins, comme Barile est un très habile sculpteur sur bois, l'honneur de riniliateur sera sauf.
Barile, qui a cependant gardé trois ans Andréa, s'incline donc devant Pierre de Cosimo, un des meilleurs peintres florentins à l'époque, et lui remet sans rancœur les destinées artistiques de celui qui a si tôt éclipsé ses propres moyens.
De telle sorte que ce fut Cosimo qui recueillit le meilleur de la gloire de son modeste collègue, bien qu'il ne tarda pas lui-même à s'apercevoir qu'il n'était plus à la taille du débutant.
Ainsi se consolent les talents d'être égaux devant Técrasement du génie, surtout lorsqu'ils peuvent, si peusoit-il, s'attribuer le mérite de ce génie.
Comment expliquer l'habileté initiale de Sarto? Cette habileté qui semble être le résultat d'une existence précédente et dont le miracle déconcertant, fortifié par une étude aussi aisément acquise, semble insulter au labeur opiniâtre progressif des autres 1
A pas de géant, avec une audace extrême, ce
! >2 LIS CRAND» MAlTriïlH in: i.'aiit
doux, (M* cniiiillf, !••• tiiiii<l<*, progresse. SarUj a «lu gt'iiir tout (oimiM' Ifs lli'iirs stfnt<*iil bon, haiih sa voir |iniiii|iiMi «L ;iiissilot une grandi* modeslit; iiK.iitr (|r ^(i[i <-(i'ur en reconnaissance de tant d* succès qu'il n'ose déclarer nMTilé».
Au moindre instant de lih«*rté, en dehors des lieures de travail, les jours de fAtes nn'^m*', Andréa va dessiner d'après les cartons de Micliel- Anj^M* ou de Léonard de Vinci, qui l'ont <;mu aux larmes et (|ui seront «lésormais ses véritables ni;iitr<'S.
Se reposant de la piiisbance et de la majesté de Buonurroti dans la grâce hautaine et le charme de Léonard, le jeune artiste communie secrètement avec le dessin, la composition, le sentimeut et la couleur de ceux qu'il a choisis pour leur confier sa flamme.
Silencieusement il monte vers eux et leur arrache leur secret peu à peu, tandis que tant d'autres jeunes gens de la ville et du dehors venus étudier comme lui ces sublimes modèles, semblent n'entendre rien aux mystérieuses paroles échangées.
Il apparaît que cette divine initiation fut la cause de la faiblesse de Sarto, qui, à Tàge oii l'homme se sent ordinairement si fort, si audacieux, éprouvait le besoin de s'appuyer sur un bras plus solide que le sien.
LA CHARITÉ, par Andréa del Sarto.
[Musée du Louvre).
Peut-être était-ce le fruit de sa modestie ou bien encore courbait-il le front sous le poids délicieux des confidences géniales qu'il avait reçues î
Or, ce désir d'expansion conseillé par des sen timents délicats et réservés, devait rencontrer la sympathie d'un nommé Francia Bigio, élève de l'académie, où fréquentait Andréa. Pauvres tous deux, ils mêlèrent fraternellement leur détresse pour la rendre moins douloureuse, ils prirent une chambre en commun et se déclarèrent prêts à exécuter toute besogne de peinture qu'on leur confierait.
Le travail ne leur manqua pas; ils peignirent entre autres les rideaux qui couvraient l'autel majeur des Servîtes, s'employèrent à des raccords et restaurations où l'idéal n'avait aucune part mais où leur faim trouvait le plus souvent son compte.
Bref, les deux amis connurent les longues causeries qui font paraître si courtes les nuits étoilées où le regard s'égare volontiers, lorsque l'on a satisfait aux ravalantes nécessités.
Aussi bien ce fut souvent une longue causerie dart qui remplaça le repas...
Pourtant les membres de la Compagnie des Déchaussés, sous l'invocation de saint Jean-Baptiste, ne tardèrent point à discerner le talent de nos artistes; mais ils étaient peu fortunés eux-
mr-iiifitt, et leur rliiirvoyaiue arlistique devait ffiihMiU'iil Uiur tenir li<Mi de lar^êwWî.
lU g'olïnrent donc le luxe de convier le» deux iiBhuciés 51 orner de dou^e suj«;t8 à freBquc et eu ^ribaille, repr^^bentaiil la vi<* de «aint Jfan-Baplible, le lieu de leur réunion.
litanl (loniH- la nature craintive de del Sarlo, on suppose que Francia dut seul négocier cette alVaire, mais c'est à del Sarto qu il incombait tle renijdacer avantaj^eusenient l oplonib qui lui manquait.
Dès sa [)remièrp composition il lit. dit-on. une «i belle cbo8«' qu'il obtint aussitôt crédit, honneur «t réputation. Tout 1** m<»nde venait voir l'œuvre de del Sarto, tandis que son auteur baissait timidement les yeux comme s'il était étonné et troublé à la l'ois do ces éloges et de la facilité av^c la- (juelle il les avait provoqués.
Dès lors les commaiides aftUièri'nt, et Fran<ia précise à ce moment ses aptitudes commerciales, il entraîne son camarade dans un des plus beaux quartiers de la ville, il liaus-e le prix de la société...
Comment s'étonner maintenant, que la fierlé d'Andréa ait été blessée du caractère singulièrement mercantile de son associé? Voilà l'origine de leur dissentiment et, la démarcation entre les deux talents s'accentuant au fur et à mesure des
commandes, il n'en fallut pas davantage pour que la rivalité n'introduisit la jalousie au sein do cette collaboration et, après la jalousie, la brouille.
D'ailleurs il ne sera plus question maintenant de Francia Bigio, dont le nom est éclipsé totalement par celui de del Sarto. Le tuteur des mauvais jours est mis au rancart, le poussin a brisé audacieusement sa coque, maintenant l'ingratitude lui est légère : les grands hommes ont leur revers.
Voici ensuite, l'étroite amitié d'André pour Jacob Sansovino, sculpteur de talent.
Toutefois, si les mêmes conversations recommencent à glisser sur 1 idéal comme au temps de Francia, il faut avouer que le nouvel ami avait des qualités artistiques plus réelles. Une foi moins vénale que celle de l'associé des mauvais jours stimulait en etlet le dernier confident; la preuve en est que le nouveau groupe hérita d'une égale science qui, étant donne» l'expression technique différente, ne devait aucunement se nuire.
André logeait alors près du couvent des Servites et, si l'audace du jeune peintre s'était accrue dans son art, il n'en était pas de même de «Tliomme d'affaires », qui doit malheureusement doubler quelquefois l'artiste.
G est ce que n'ignorait point le piepx adminis-
tralenr «le ce couvent. Où él<*»-vouH k ce morii. nt iiinii cIhm l''r»n<i;i lii^io?
Sons W coiiv«'rl, donc, de lu ^elI^;lon, c-n «jx.ij^. raiit .-ncore l'^vidonle modestie d«'s moyen» doir le inoiiH? .lisposait, rex|iloitali«in de del Sarto rorn
meiice.
l/église et les cours du couvent de» Servit*.-» n'(^taient qu'à moitié peintes par les premiers maîtres qu'avait eus la ville de Florence: l'occasion rtait superbe pour Andréa de combler cette lacune; cela lui rapporterait une gloire sans pareille d'autant que Francia — le pauvre Francia — sollicitait la commande avec un désintérêtsèment absolu et qu'il y avait intérêt sans doute pour Andréa de ne pas confier à d'autres l'occasion, qui sait, de faire un chef-d'œuvre. ..
Tel est à peu près le discours que le moine tint à son cher voisin. Quant au prix de ces travaux, il n'en était pas question naturellement. Qn'arrive-t-il alors? Andréa pris au piège accepte de faire chacun des tableaux en question pour... dix ducats, à condition, toutefois que personne d'autre que lui ne serait pressenti pour l'aider...
C'est ainsi que Andréa del Sarto se mit à retracer avec son pinceau la vie de saint Philippe, patron 'des frères Servites, en homme qui songe plus à rhonneur qu'à l'argent, et, à mesure quil approchait, la Providence, sans doute pour le ré-
compenser de son désintéressement, exaltait son génie dans des formes toujours plus pures et plus admirables.
Pour être impartial, il faut noter que cette vile spéculation que nous venons d'exposer — spéculation qui, par un retour singulier des basses actions devait tant profiter à sa victime — est plutôt rare chez les religieux à ces époques où, au contraire, ils favorisent l'art de toutes leurs forces et par tous les moyens d'hospitalité et de rémunération généreuses, princières même.
Mais passons, une brebis galeuse ne contamine qu'un troupeau et, au monastère de Saint-Salvi, hors la ville, oùnous retrouvons ensuite Andréa, il n'y a que de pures brebis et... tout n'est que compensation.
Notre grand peintre, en effet, n'a qu'à se louer de ce deuxième travail qui, indépendamment de son gain plus avantageux, va se joindre au premier pour chanter sa gloire et l'établir définitivement.
Voici del Sarto reconnu pour le premier peintre de Florence.
Néanmoins l'histoire insiste sur Texploitalion des moines et sur la pauvreté qui en résulta pour celui qui en était la victime ou mieux, le héros.
La vie d'Andrca del Sarto, au reste est, maté-
Ii8 I.E8 GRANOH MAtmKM OK f. ART
ri'llemonl, mi loiif( ♦•talage de vicissiludch «l, bien que l on vanU loujourb la prodigalité du XV' si^cl»', il n'apparaît point que notre peintre en ait beaucoup l)én<ilicié.
N'est-il pas permis de penser que ton» les artistes de I ('poque en fn^8ent arrivés h seniblabjp extrémité s ils ne sétai»iil d/'fendus contre leurs exploiteurs^? S'ils n'eussent él*», enlin. d habiles iléjjçociateurs?
Aussi bien la nature confiante d'Andréa était la cause de son mallieur; sou besoin dainjer, encore, issu de sa faiblesse et de cette confiance lui présentaient tantôt l'aïuitié et tantôt Tainour commt' autant de déboires et de déceptions.
Son ami Sansovino quitte Florence. Ne pouvant vivre sans aimer, Andréa s'éprend violemment d une femme mariée qu'il épouse aussit-l veuve.
C'était le coup de grâce. On représente cettefemme comme un démon et Andréa l'aime comme un ange. Au lieu de Tàme sœur où le duux artiste comptait s'épancher, il rencontre un cœur . sec, un esprit mauvais, une tète folle.
Et c'est le ridicule qui s'implante sur le front d'un grand homme, sous les auspices de cette compagne dont la beauté est une affiche qu'elle promène honteusement parmi la ville.
Au cours de ses méfaits, cette femme constate
l'aveugleaieiit de celui qui Tadore; elle eu prolile et accentue son dévergondage. Bref cette créature ^^gne en mégère au foyer d'Andréa, elle y fait la loi, gourmandant les élèves du maître ou bien les favorisant extix^nioment.
C'est ce démon qui pose à del Sarlo ses têtes de Madones I Toutes ces tètes ne doivent leur reproche de se ressembler toutes, qu'à l'amour incroyable de ce mari pour cette femme dont la beauté du visag:elui cacbait si extraordinairemcnt la noirceur de son Ame !
Kntre temps, il est vrai, Andréa emprunta à Albert Diirer qui, déjà, commençait à voir ses œuvres se répandre en Italie; mais il ne faut point faire un reproc'ie à un artiste de s'inspirer d'un autre, et la facililé extraordinaire du peintre florentin ne pouvait être suspecte que d'un atlardeinent contemplatif.
On répondra que nous cherchons une excuse à la copie de certains Durer par Andréa et Ton nous rappellera que notre artiste ne se fit pas scrupule, un jour, de se faire bâtir une maison avec les fonds que François l" lui avait confiés pour acheter des tableaux en Italie...
Certes, tout est dans tout, et les artistes de la Renaissance, aussi chrétiens qu'ils soient, ne brillent ni par l'humilité, ni par la douceur, ni peut-être par la reconnaissance; aussi bien con-
430 tRft GflANDH MaITIiK» DK I.AllT
c(^.iirrons-nons qiH? <lnl Sarto ne fut poinl loujoiirl'hoinnu* (i/'sinloroHsé et ' roiil.- m <J«-h MniU.
L'cxpJTicnrï* «1. I;ivic,sfîs bfîRoins, » opposant à réterncll^* «lup^'ric, et c'est justice. Ainsi, avant que notre Florentin ne vînt en Fnmce, son heun- (l'jipolliéose, les manlianils firent fortune avec ses tableaux; on rom.oil Honc qu'à un moment donné l'artiste ail désiré k son tour profiter de
ses parasites.
D'ailleurs, Andréa ne se recommanda pas par lui-môme, il ne l'eût jamais osé, mais ses œuvres s'en chargèrent. Deux de ses tableaux plaisent à . François ^^ qui demande leur peintre; celui-ci hésite devant la beauté de sa femme qu'il faut délaisser, mais ses amis le déterminent.
U va enfin gagner de l'argent ! En attendant, largent doit seul lui permettre de partir et, d.'-s quil l'a reçu, Andréa del Sarto débarque gaiment à
Paris.
Dès les premiers jours, le célèbre peintre florentin est fêté par les Français, dont la manière enthousiaste consiste surtout à être injuste vis-àvis de ses propres nationaux ; on va voir Andréa peindre, tous ses gestes font merveille : il n'y a. au reste, qu'à s'incliner devant le génie brillant de ce maître d'exportation.
Jean Cousin a gardé le secret de peindre à l'huile ; il s'est simplement contenté d'aider au
ANDREA DEL SARtO 431
mouvement de goût et d'idéal qui va dans son pays permettre d'acclamer l'art étranger!
Et encore, à cet instant, ni le Rosso, ni le Primatice,ni BenvenutoGellini n'ont ébloui la France au point qu'elle ne puisse rien voir en dehors d'eux!
Que d'artistes français déjà, cet engouement, môme justifié comme il l'était, dut anéantir!
Bref l'art italien est à la mode; on ne peut douter qu'il soit supérieur, et il nous le fait bien sentir par sa splendeur et son écrasement.
Pour en revenir à del Sarto, sa simplicité et son ingénuité, tellement d'accord avec la limpidité de son art, lui méritent certainement les faveurs qui ne font que croître autour de lui.
Il ne quitte pas néanmoins d'une minute ses chers pinceaux ; il est vrai qu'en peignant sa fameuse Charité (Musée du Louvre), il pense tellement à sa femme que jamais celle-ci ne fut aussi ressemblante!
En attendant l'effet diabolique final, la signora Andréa se résigne à n'être qu'une Muse inspiratrice.
Et l'artiste, à qui son géuie fait comme une couronne, traite de prince à prince avec le roi de France, en lui offrant en présent cette Charité superbe qu'il vient de terminer.
11 était enfin sur le chemin de la fortune, lorsqu'un jour, pendant qu'il travaillait pour la reine
ni/ro h nu Sntuf Jf^rAiiU' en ponitencp, il rp(:iil
iHH' l«'ilro (Iff J^îi fpmmeî
!;o(Tet (le cftll<* l'étiré fut infitantan*"». Ouo rontc-
nait-oll»» ? on i'if^nore, Run» Hontp fjnp^ncft mots
mnpnaicines qui, h flrfanl dnn rapppl formel, ^l«r.
irisèrent Ift cu-nr nu instant pn<lormi «lu nialhoii
rrnx inari ot lui i-on«^pill<Tent d'abandonner I.
^rloire ot Tar^^ent pour laniour.
Toujours est-il qu ap^^î^ avoir Hemandp ^
François l" la permission de s'en retournpr. apr^«
avoir *< j"ro sur rKvan^-ile " de revenir avant
pou de mois, Andréa partit.
De la sorte le Saint Jérôme commencé demeura
inaclievc', et notre grand peintre, après avoir failli h son g^nie, à son serment, puisque jamais plus on ne le revit on France, va de nouveau connaître l'amertume conjugale avec son cortège de pubFKluos turpitudes, tout le désordre enfin de la beauté sans vertu qui devait entraîner la lâcheté de son adorateur.
Qui plus est, Andréa, comme nous Favons dit précédemment, a dilapidé les avances dargent que François l*"^ lui a faites, la débâcle est complète.
Maintenant, la signora Andréa, ses charmes
rehaussés de l'éclat de bijoux tapageurs, continue plus que jamais à traîner dans la boue le cœur de son esclave. Est-ce donc dans lindéUcatesse
SAlNTh FAMJLLE, par Andréa del Sarto.
{^Musée du "Louvre.)
ANDREA DEL SARTO l'i3
conseillée par la lâcheté que del Sarto va sombrer?
Les mémoires du temps sont impitoyables à cet égard ; ils nous montrent le grand artiste incapable de réagir contre sa faiblesse, hésitant à rentrer en France, retenu par la honte et tinalement cloué au sol de Florence.
Un jour, cependant, on croit que del Sârto va se réhabiliter vis-à-vis de son Mécène; il entame un saint Jean-Baptiste qu'il a l'intention d'envoyer au grand-maître de France, pour qu'il tache de le faire rentrer en grâce auprès du roi.
Malheureusement le beau geste est arrêté dans son envol par la fatale inertie coutumière, et le cadeau ingénu du célèbre peintre, dont François I*" n'eût pas manqué d'être touché, se convertit sans doute en un baiser veule, à la promesse d'un ruban.
Et voici que le saint Jean-Baptiste, qui devait plaider le pardon d'Andréa avec la même ferveur qu'il avait désigné le Christ au peuple comme le Messie, fut vendu à Octavien de Médicis.
Dès lors commence pour notre artiste une nouvelle série de déboires; nul n'est prophète en son pays, est le proverbe qu'il devra amèrement méditer. Où sont l'enthousiasme et les largesses des Français?
La misère recommence. Les peintres sont nombreux et les Florentins sont gâtés ; songez que
H. ,n«rd. le Vinci -l Michel-Ange onlp..^|.-
\t t Anan-. «a ,.1 -aite que la re.soon.
!,e repUer le. ..1.» d-^ -u K^nie ponr fa.re -lu
'"'rlq-, n.n,uu.,in«, est favorable . I c.poir. ,e,otlrartse répand. le«n.ou.es rechercha.
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