‹ Les Grands maîtres de l'artChapitre 14 sur 29 · RAPHAËL SAN · texte numérisé non relu

RAPHAËL SAN

dissimulant modestement leur peine pour que celui qui leur t'aisail l'honneur de les employer, en recollât S3ul les lauriers.

Inutile donc d'accuser davantage le mystère de la fécondité inconcevable de Haphaël, et rallionsnous à une uniforme beauté qui émane certainement de Tartiste, seul.

Saluons simplement la foule de tableaux qui sortent entre temps de ce pinceau : la sainte Cécile^ le saitU iV/Zc/f^/ si généreusement payé, diton, par François Vk son auteur, que ce dernier eut la coquetterie charmante de lui olfrir, « en échange de son procédé » une autre toile « par-dessus le marché »!

Inclinons-nous encore devant tant de saintes Familles, devant les portraits de Léon X, de César Borgia, devant des fresques comme V Histoire de Psyché, les Triomphes de Galatèe^ de l'Amour^ devant tant de Vierges entin, au Voihy au Poisson^ à la Chaise^ Vierge de Foliguo et autres innombrables chefs-d'œuvre déconcertants de beauté, de sentiment et de grâce attendrie.

Tantôt ce sont des aquarelles que la tapisserie reproduira et tantôt des cartons destinés à la fresque ; simultanément l'œuvre s'accroît féeriquement diverse et, si souvent on suppose que le maître a recouru à des collaborateurs dans une plus large mesure qu'autrefois, c'est que simple-

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iTKînt son ^('inij* doit parfois se reposer de son vol.

Si les mains se mijllipli<*nt autour de la concejH tion directrice, c'est la partie mat(îrielleàlaqu<'lle lions sommes redevables d'émotions pins nombreuses, tandis que la pens^ie idéale qui rôde sans cesse autour de Tceuvre, l'embellit de rareté.

A. Diirer, le célèbre graveur allemand, est déjà célèbre à Venise |)ar de nombreuses traductions des chefs-d'œuvre peints, Haphaël s'associe à lui. et voici qu'il aide la gravure à se propager, en lui confiant quelques-uns de ses dessins au crayon et à la plume.

Le nom et le génie de Haphaël subitement se répandent dans le monde La lièvre de la production met ce cerveau en ébullition; comment eûtil été possible qu'il suffit seul à la partie (jua-imatérielle de sa tâche?

D'ailleurs Sanzio ne pouvait borner Tessor de son génie créateur. Après avoir prodigué toutes les manifestations de son art, il se révéla grand architecte pour la seule raison que Bramante l'avait, en mourant, désigné comme son successeur et, si l'on en croit des biographes, il mit aussi souvent la main à la sculpture avec un rare mérite.

Voici donc notre personnage chargé parle pape, Léon X sur l'indication de Bramante, d'achever le temple de Saint-Pierre avec des appointements de 300 écus par ani

ftAPHAËL SANZIO ISt

Aussi bien là ne s'arrêtent point les mérites de Raphaël en tant qu'architecte, on lui doit encore des palais délicieux à Florence et h Rome; l'histoire nous montre l'artiste envoyant des élèves en Grèce pour y étudier l'antii^ue, tandis que, personnellement, il fouille parmi les ouvrages d'architecture pour se documenter.

(Juelle admirable façon de comprendre Tart etde l'exercer! Raphaël avait mis tout le monde à ses pieds, il était restituteur des édifices antiques de Rome, conservateur du Capitole, ilvoulait reconstruire par le dessin l'ancienne Rome ensevelie sous les décombres; en un mot Raphaël entreprenait tout dans l'enthousiasme qui le brûlait, au milieu de toutes les déférences et de tous les encouragements.

Sur son seul jugement, déclare un bref de Léon X, Raphaël, nommé président et maître de tous les marbres et pierres qui se tireront des ruines d'alentour, pourra faire condamner à une amende de 300 écus d'or, riche ou pauvre, notable ou de rang médiocre, s'il ne se conforme point à celte loi!

Raphaël rendant la justice! Raphaël pour qui travaillent les manufactures de Flandre ! Raphaël envoyant ses élèves en mission tout comme des ambassadeurs ! Raphaël encourageant la gravure à ses débuts 1 Raphaël maître de Rome antique et de

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lluiuo moJi'.nu' lialjitaal un |>îil<iit» i>oru|ilu(.'UX (i*oiJ purleiil scsordi'tjh, d où jaillit ba peu&ée, d ou bon ^chto piano, (juabi-souvf'j'ain.

Ce ^(3Sitr, qu'il ne tinl qu ù lui de rendra b«Mii5- Si'ur. puisque le papo Léon X avait proniiî» le chapeau de cardinal ii son protégé s'il u'avail nianil'esté le désir de se marier.

Entre parenthèses, le génial iiancé s'il ne dev;iil jamais aspirer ii la poupre, ne pouvant ôlre cardinal sans être ecclésiastique, ne devait pas davantage ôtre époux, sa promise étant morte quelques jours avant la célébration du mariage.

Conçoit-on l'enthousiasme de ees temps où le» artistes étaient plus estimés que les princes? où les plus hautes dignités religieuses pouvaient leur être octroyées lorsque toutes les autres étaient épuisées!

Nous en arrivons à la générosité tant vantée de Raphaël. En vérité Sanzio devait bien cela à la noble corporation qu'il avait illustrée !

Si sa bourse fut ouverte à tous ses confrères, leur cœur, leur abnégation ne lui firent point non plus défaut, du plus petit au plus grand et, précisément, la fécondité inconcevable de Raphaël prend sa source danslombreoù une cinquantaine d'excellents artistes, des maitres même, avaient consenti à s'effacer.

Quel sacrifice superbe que celui-là I Point de

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rivaux, rien que des émules ; qui plus est, le Rosso, artiste pourtant de grand mérite, ayant trouvé et fait voir chez Raphaël des défauts, les élèves de celui-ci, avec les hahitudos de modération de leur siècle, le cherchaient par la ville, Tépée nue, et le voulaient tuer pour prouver qu'il se trompait! On croit rôver lorsque l'on évoque cette cour de maîtres asservis par la supériorité du Maitre, commandant comme un roi à ses seigneurs, une flamme au front, un pinceau à la main en guise de sceptre!

Et cependant, que devenait Michel-Ange parmi ce concert de louanges? Michel-Ange à qui par deux fois on préféra son pâle reflet : Bandinolli! Nous apercevons le grand homme modestement tapi dans Tombre que projette son jeune et lumineux disciple. On ne peut être davanlagî que Michel- Ange, il est bien tranquille dans son repos majestueux, et nous n'ignorons pas les luttes d'amourpropre qu'il entama, pour l'honneur, avec celui qui lui devait tant.

Au reste nous avons dit la maîtrise de Buonarroti plus spontanée, plus originale et en délinitive, peut-être plus géniale. Raphaël était turbulent et fastueux, Buonarroti préférait le silence et vivait comme un pauvre. Décidément le fossé entre les deux homme se creuse de plus en plus et, si la pensée romanesque opte pour la vie de Sauzio, au

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cadrfî llanihoyaiit, la \)(»nh6e recueillie envie davantage l'existence nul** de Michel-An^**.

La nuance du caractère dilîérent chez les d«*ux génies apparaît aussi bien dans leur œuvre : Michel-Ange ignore la grâce, et Hafiliael j>lutôt enclin à la grAce, s'il s'enlle jusqu'à la force en empruntant son souflle à Hu<jnarroli, ne peut égaler son maître.

Kt pourtant I diivre de Raphaël est robuste; mais il plane sur cet œuvre un charme, une volupté auxquels l'auteur du Moïse ne veut point condescendre : voilà pourquoi Sanzio d<'meure plutôt, dans son acception générale, le traducteur d'un idéalisme, d'une iVaicheur et d'une jeunesse représentés par ses chastes Madones.

Nous touchons à la fin de notre héros, fin sur laquelle on n'est point d'accord. D'aucuns prétendent qu'il mourut d'un prosaïque refroidissement et d'autres poétiquement victime de son excus d'amour pour laFornarina, son amie.

Il exécutait des fresques poui'Agostino Chigi et, malgré qu'il s'adonnât à sa tâche avec ardeur, l'œuvre n'avançait pas ; Sanzio va trouver Agostino et lui dit : « J'aime la Fornarina, je ne puis travailler si elle n'est point à mes côtés, faites-la chercher. »

On amène la Fornarina et le travail miraculeusement s'achève.

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