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LA VIERGE ET L'ENFANT, par Tintoret.
{Musée du "Louvre.)
sive facilité au service d'une longue carrière.
Et puis, cette production fiévreuse porte en ellemême les avantages de ses défauts. Ainsi lorsque l'on regarde le Crucifiemenl de Robusti -^ Tune dos plus immenses entreprises de la peinture — on ne peut s'empêcher d'être frappé par la multitude inusitée de personnages qui y figurent. Celte difficulté rompue est miraculeuse au point qu'elle vous cache les lares d'une improvisation débridée, l'absence aussi de l'idée poétique et religieuse, et tant d'autres défections emportées dans l'impétuosité de la création.
Môme observation pour le Massacre des Innocents^ toile vaste et tumultueuse ; observation générale même dans l'œuvre de l'artiste qui nous occupe, particulièrement riche en invention et hardi de conception, enveloppé dans un effet toujours renouvelé, parmi des raccourcis ingénieux, toujours saisissants par l'immensité de la pensée.
C'est là, au reste, la manière du Tintoret, et on ne doit point lui demander autre chose.
Si nous revenons ensuite sur cette incroyable fougue, après en avoir noté les qualités, nous pouvons en dire les méfaits. Tintoret porte en son cerveau l'imagination de cent peintres à la fois, et voici qu'il semble parfois donner dans l'exécution machinale comme si la production dégénérait en be^oia.
iRB Î.E8 GIIANDS MaItIIRS DF I.'aîIT
il ;M((»pt(î tous l(\s truvaux [iqiK^lquc prix (in'ilH soient, il aide ses amis en leurs propres ouvrages», il suit (les maçons chargés de r<^parer les murs de riiorloge d'une citadelle, s'enferme avec eux dans le clocher « et j)eint tout fi l'entour des grotesques, dos animaux, des groupes de ligures, des caricatures, mille rt mille fantaisies, pourdéeharger son cerveau des innombrables pensées qui renlièvrenl et rétouiïent! »
Les historiens même de Tintoret n'ont pu s'empôchcr de laisser percer une pointe d'ironie à son égard. Après ses propres collègues qui l'appelaient un fulmine di penello un foudre du pinceau, ou bien le furieux il furioso! c'est Hidolfi s'excusant auprès de ses lecteurs de s'être longuement étendu en son histoire, parce que « l'on ne peut enfermer l'eau de l'Océan dans un petit vase, ni peindre un géant sur une petite toile », c'est Vasari écrivant que Jacomo était (v le plus terrible cerveau qu'ait eu la peinture » !
« Ainsi toujours, conclut Legouvé, lorsque l'on parle de Tintoret, on n'emploie que des images d'une proportion colossale. >^ Et Annibal Carrache a parfaitement jugé le célèbre peintre dans une lettre où il dit : « J'ai trouvé le Ti-ntoret parfois égal au Titien et parfois au-dessous du Tintoret. »
Toujours est-il que Robusti était devenu un beau jour, le rival du Titien, malgré ses incor-
rections et grâce à son indomptable énergie. La preuve en est que Titien, chargé des peintures de la bibliothèque de Saint-Marc, et n'ayant pas le temps de s'en occuper, partagea cette vaste commande entre Véronèse,Schiavone, Batista Franco, Guiseppe Salviati et quelques autres jeunes gens encore qui étaient réputés par leur habileté, à l'exclusion de Jacomo.
D'ailleurs Titien avait pour ami l'Arétin, dont l'affection s'employait sans générosité à déprécier les peintres rivaux de Vecellio auprès de toutes les cours et principautés de l'Europe.
Et l'Arétin poursuivait surtout de sa haine le génie redoutable du Tintoret, qui n'attendait qu'une occasion pour se venger du Titien et de son fidèle amt.
Mais la critique indécise tombe souvent dans le piège tendu à sa conviction élastique. Ainsi l'Arétin ne sut-il pas refuser au malicieux Jacomo la proposition qu'il lui fit de faire son portrait.
Aussi bien la leçon du Tintoret à son adversaire ne découragea point l'éternelle faiblesse humaine. Témoin l'anecdote suivante qui met en présence le critique d'hier X... et le célèbre peintre moderne J. Bastien-Lepage. « Excédé de servir de cible constante à ce personnage, Bastien-Lepage lui proposa finalement de faire son portrait...
Comment, mon cher maître (c'est le critique
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V partir de cette aventure, où lAreUn
apprécier la force des arguments de Jacomo en môme temps que tout le poids du bonheur de vivre, qui n'avait tenu qu'à un fil entre les mains de « son peintre », les deux hommes devinrent de grands amis, et l'injustice commise lors de la distribution des travaux de la bibliothèque fut quelque peu réparée.
C'est-à-dire que Robusti se vit commander quelques figures, parmi lesquelles un Diogène dont on vante la couleur merveilleuse.
Mais en quelle colère Titien s'emporta-t-il à l'égard de l'Arétin! Jamais il ne le reverrait de sa vie! C'était un crime de lèse-amitié!
Et le fameux satirique qui se targuait de ne faire qu'un avec le célèbre peintre — opinion que l'histoire ne partage point aussi aisément — affecta de rire de la jalousie de son ami, d'autant qu'il y gagnait, en sus d'un chef-d'œuvre, la sécurité de ses jours, puisque Tintoret maintenant l'affectionnait après avoir voulu le tuer!...
L'Arétin connaissait bien d'autre part l'âme du Titien, car, malgré ses serments, ce dernier lui envoyait à quelque temps de là, son inséparable Sansovino pour implorer son pardon et négocier la paix.
Tintoret est donc arrivé à son rêve ambitieux, il a désarmé son rival qui, désormais, ne trouble plus sa gloire sans cependant que le peintre s'in-
i<K) îEB r.nANDS maIthf.h df i.'art
(lin»' tUvahl t <llc lif i écrivain satirique» et rAréliri <|iii lui n-pioiliail ba lougueii.si» int^mp^nince, renubc iuaml«'iiaiil sa liile devant un <li<îf-(J'œuvn* Hij^hé liiilurel.
JacoiHo sur ce» enln'laites, s'eut mari^, et df ct'Uc union une lilk', iMarietla ftohiinti, lui esi w'o.
Mari»'!!.!, |Min!n' «l une ^ruiidi* habih'l»^ parallil, <)l)linl dt'H suixès enivranU, auxquels Jarom*» eul la jui»i du voir buu entant résister, tant elle aimait son père.
Mal};ré les in>lauccs des cmpon-urs Maximili'ii et Pliilippe 11, nial^'ré les pri»>reg de l'archiduc Ferdinand, Mariella demeura en eHel, inébranlable dans sou amour paternel.
Un i)rélend (jue Uobusti alToctionnait si foljpmeut sa lille qu'en son bas âge il rhabillait pu ii;arçon pour la mener avec lui partout où il
allait.
Pourtant l'amour conjugal devait un jour avuir raison de l'amitié tiliale, et Mariettase maria avec un orfèvre de Venise, non sans que les deux époux ne se fussent engagés à ne jamais quilter le (oit du Tiuloret.
liélas, c'est dans la mort que la jolie Marietta, à peine âgée de trente ans, devait faillir à ses engagements !
La douleur du Tintoret fut immense à la perte de cette fille en laquelle il se plaisait à revivre
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TINTORET i91
tous ses beaux succès d'antan, et un tableau célèbre de Léon Coignet a reproduit la scène pathétique de ce père peignant le visage de son enfant sur son lit de mort.
Gomme pour mettre un peu de baume sur cette affliction, un fils naquit auTintoret cinq ans après. Dominique, imitateur trop servile de son père, acquit peu de réputation et ne fournit point une longue carrière dans un art pour lequel il n'avait que des facultés superficielles, périlleuses même à exercer à côté de Jacomo dont il n'était quel'ombre.
Si notre héros avait à l'égard de ses enfants des sentiments très tendres, il apparaît que leur mère partageait ces effusions. Témoin ce récit où nous voyons l'artiste inséparable de son épouse. Guillaume, duc de Mantoue, étant venu à Venise, commanda à Tintoret une suite de dix tableaux célébrant les actions héroïques de son aïeul François de Gonzague.
Or, durant ces travaux, le peintre et le duc se lièrent étroitement d'amitié, tant et si bien que le prince fit proposer à l'artiste, par un ambassadeur, de conduire lui-même les tableaux à Mantoue, pour prolonger encore la cordialité de leurs relations.
J.acomo Robusti eut accepté séance tenante, s'il n'avait désiré faire profiter de l'aubaine <i sa chère moitié qui ne pouvait se séparer de lui » ; aussi
Mibonlonna-t-il sa n'ponte à cclU condition finement 8()U8-<'nlriKiij«', vu ni^mo temps qij'urje aulro r. tison qui »*tait «le n'-ulisor un voyafifo a !i]antouR «l.'puis loii^'tfm[)s [»rojf»t«'; par c»a femme auprès il un <le set» frères habitant «le Mant^>ue.
« Qu'à cela ne tienno. dit f;alanim^;nt l'aniba^sidcur, le duc mon rnajtn' sera enchanté de voir votre feuHne »», et il embarqua Tinturet avec toute la famille.
Ici pouirait-on tour^ljer du doigt peut-^'ln*, le suup(;on d'avarice (jui efdeuru notre personnage, mais nous préférons mettre au compte d'une inséparable aiïectioTî un voyage à deux que d"autn*s voudraient voir économique.
Kobusti eût pu se faire une position superbe auprès du duc de Mantoue dont la générosité à son égard était Somptueuse, mais malgré les honneurs dont il était comblé en échange des magniticences de son pinceau, le célèbre peintre avait la nostalgie de Venise et, au surplus, il lui manquait le stimulant qui avait fait sa gloire : le secret orgueil de lutter contre un Titien !
De telle sorte que Tintoret réintégra ses pénates. Il avait alors soixante ans et, malgré ses cheveux blancs, il accepta de peindre au Sénat dans la grande salle du scrutin, la fameuse victoire remportée en 1571 par les Vénitiens contre les Turcs.
Ainsi la patrie du grand homme acclamait-elle
le retour de l'enfant prodigue en lui offrant une nouvelle occasion de faire merveille!
Malheureusement à propos de ce chef-d'œuvre, la déplorable légende de rapacité voudrait que nous ne goûtions point avec toute la sincérité désirable l'anecdote qui nous montre le vieillard transporté au collège, exposant devant le doge et le conseil assemblé, « qu'étant bon citoyen et ayant toujours en son cœur un vaste besoin de servir la Hépublique, il offrait de retracer le glorieux événement de Lépante, sans aucune rétribution et pour l'honneur seul d'en être chargé ».
En revanche, Tintoret avait ajouté sur la bonne foi des partisans de son avarice: « Je m'engage à faire la chose en une année, et si un autre quel qu'il soit, se sent le courage de la mener à fin en deux fois ce temps, je mettrai son cadre à la place du mien. »
Ce qui était joindre l'insolence presque, à une noble libéralité.
Toujours, hélas, Tintoret se fait une gloire de la facilité d'improvisation qui devait être sa tare de faiblesse, comme si la question de temps en art pouvait ajouter ou nuire à sa valeur! Et cependant c'est là le point d'honneur de Robusti, il y insiste avec l'acharnement d'une vieillesse intarissable qu'il faut alimenter coûte que coûte !
Il sollicite la tâche avec un zèle blâmable, il la
.,„.„,;,„.h' lorsqu'il n'use point m^rnc de m- ,,..111 11 (:iiro valoir on l'imposer.
Ainsi, lors.jir.ii ir»7i H«nri 111 revenant «!*• IN.lof^ne passe par V.-nise, on eonimamle h W-ronèse et Mil Tinton-l la .L'er, ration d'un arc d.? triomplie élevé par Palla.lio.
Oue fait noire peintre? il abandonne le travail h Paolo et se dé-uise en écnyer du dojre, puis il se mMe, accoutré de la sorte, à la suite qui va chercher le roi en rade et exécute furtivement hon portrait qu'il lui envoie le lendemain!
Si cependant on éprouve quelque honte h voir un ^^rand homme s'ahaisser à forcer l'attention du u client», — car le subterfuge réussit au point qn.* Henri 111, captivé par ce portrait miraculeux en commanda aussitôt un plus {irand à son auteur, — il est agréable de mentionner le refus altier du Tintoret à certaine dignité royale que l'artiste jugea indigne de sa valeur.
Nous faisons allusion à la qualification de « chevalier de Sa Majesté » qui, communément recherchée par les courtisans, ne pouvait convenir k la rareté du génie. Voilà pourquoi Tintoret ne voulut point s'agenouiller devant Henri III. malgré la fallacieuse perspective de recevoir l'accolade du monarque après qu'une épée eut frappé légèrement ses épaules avec accompagnement de sacramentelles paroles!
Mais, h^las ! à côté de ce beau geste de noblesse que de bassesses inexplicables de la part d'un tel artiste !
Le voici suppliant le S(5nat que Ton voulût bien lui « accorder le paradis sur terre », c'est-à-dire la commande d'un plafond représentant cet éden en place de celui que Guarinello avait figuré !
Tintoret a soixante-cinq ans et cependant son ffénie demeure tout autant viril, témoin cet immense tableau dont l'esquisse stupétiante est au Musée du Louvre, cette esquisse qui, par son extraordinaire « grouillement » d'êtres, fait songer à un dessin de Gustave Doré î
Comment dès lors ne point excuser un peu ce besoin impulsif, presque maladif, d'exprimer, dont la sénilité ne peut être la cause puisque le résultat de beauté demeure toujours égal à luimême.
Lorsque Ton montra au public cet immense tableau, l'émotion fut des plus vives et jamais le triomphe de Tintoret n'avait été aussi parfait, on embrassait l'artiste dans la rue : laïcs et dévots s'accordaient pour être satisfaits et du sentiment exact de l'œuvre et de son esprit religieux. Autour (lu génie^ les haines et les rivalités s'étaient tues; on un mot le vieux Tintoret goûtait une pure gloire terrestre dont, les larmes aux yeux, il congratulait aussi ses adaiirateurs : u Merci, merci.
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(•Il n<» sp (1orm<* l.uil «h* [winft «jne pour ni<*ritrr 1<h loiiiin^os Hps lir)iinnpn. >»
Ht l'ilhistr»' iM'iiilrc no songeait point à ce moment <nril vivrait dnns la mr'înioirft des homnn-s, hominafi!;e prrfj'Tnbh' à la ^loi^o <ip l'hoiiro !
Dès lors Tintorot n'aphi'i ;\ qiK^'mand'Tdf» chof»d'miivre, on If'ft hii apporte» et. à notre grand soulagement, les liistorienij pr<^cisent le désinléressé*inenl de cette production exasp(?r^e ; » il nirne l'action matérielle de peindre comme un antre a besoin de respirer» et voici que dérid/'meT:t s'envole la légende dont nous faciliterions au besoin l'envol, du propre amour de l'argent de notre h<^ros ou bien dt* l'avarice de sa femme qui l'obligeait à se surmener au détriment de la qualité de son travail.
D'ailleurs, voici une anecdote plaisante qui témoigne que notre artiste avait une âme trop naïve pour être intéressée. Ce trait clôt semble-t-il le débat et c'est à V. Schœlcher que nous l'empruntons. « Se trouvant un jour seul à la maison, privé des conseils souverains de la maîtresse du lieu, il crut faire une opération magnifique en livrant à un brocanteur au prix de trente ducats, une Madeleine de son fils, mais celui-ci, de retour, mena un tapage diabolique : « Jamais, dit-il. un <( de mes tableaux n'a reçu l'affront d'être vendu (c trente ducats; voilà comme vous avez toujours
« fait, comme vous avez avili notre profession ! » Et il jeta tant de clameurs, que le pauvre père, pour réparer sa sottise, fut obligé de prier le marchand de renvoyer la Madeleine^ ou d'accepter en place telle chose de sa main qu'il voudrait. »
Aussi bien, on nous rapporte qu'il ne faisait pas bon troubler le labeur de Jacomo Robusti lorsque la fièvre l'ayant pris, il s'acharnait à son œuvre, qu'il excellait davantage à produire qu'à vendre même ne fut-elle point sienne, ainsi que nous venons de le voir.
Un jour, paraît-il, des prélats qui le regardaient poindre, s'avisèrent de demander au Maître les raisons de sa lenteur d'exécution par rapport à celle du Titien : « Parce que, répondit l'artiste furieux, il ne vous a pas, comme moi, toujours sur le dos à lui rompre la tète ? »
Sans toutefois contester cette anecdote qui nous montre unTintoret « lent au travail », image fausse et que démentit l'œuvre au contraire extrêmement rapide, nous supposons que Tintoret dut ralentir son pinceau en présence des prélats, afin d'ajouter à l'ironie de sa réponse.
Si les historiens se contredisent, c'est que souvent ils accumulent les anecdotes sans en détailler la malice subversive propre aux artistes qui sont des pince-sans-rire et des capricieux à l'égard des profane».
19K LES CnANDA MAlmEA DE L*AIIT
Kt ceiU fois « les profanes m étaient d^s religieux en lesquels TartiHte avait une foi bi profonde, tmt iHMireuseinent, pourleur mansuétude à l'égard il 111) |H'iiitent é^aré dans son fjénie.
Songez i\u ii celte époque le clergé était tout puissant et (jnedarliste à prélats c'était oser beaucoup que de se montrer bourru !
Mais nous allons aborder la (in de notre sujet. Après la peinture de son paradis ^gigantesque, l'ardeur du Tintoret s'apaisa et il se disposa religieusement a mériter l'autre [)aradis.
Mettant de coté sa verve naturelle, la gaieté < en dedans » qui était le propre de son esprit, il n'aspira plus dès lors qu'au recueillement et à Ibumilité chrétienne.
Lui qui, naguère, avait été un fervent de la commedia dell'Arte à laquelle il avait fourni et des canevas burlesques et des costumes bizarres, se renferma soudain dans l'oubli des joies de ce monde en regardant sereinement la mort.
Jacomo Robusti,dit le Tintoret, mourut presque centenaire au dire de certains, et Larousse prétend qu'il n'avait que quatre-vingt-deux ans à l'heure du trépas qui serait survenu à Venise, en 1594. De même certains auteurs prêtent deux fils, Dominique et Marco ?\ au génie en question, alors que nous ne mentionnâmes que Dominique. Peu importe, au surplus, et nous nous consolerons de
ces inévitables controverses, en contemplant Tévidente beauté d'une œuvre immortelle.
Les Offices de Florence possèdent du Tintoret deux admirables portraits et la Résurrection est au palais Pitti. Citons encore à Milan la Déposition du Christ (pinacothèque) ; à Dresde la Femme adultère (Galerie Royale) ; à Saint Pétersbourg la Résurrection des saints (Ermitage), à Madrid, la Cène, le Christ déposé de la Croix (Musée royal) et le Musée du Louvre, enfin, s'enorgueillit de compter dans sa collection Suzanne au bain^ le Christ entre deux anges et le portrait du Maitre.
ANDRr^. MANTHONA
grandi artiste de la premi^rr» Hpnai««anrp rtalir^nne.
KIove de Squarcione, peintre pliit<^t ronnn par ses élèves que par ses o'uvres, Mantep^a fiif <i'»if> rc^alisme singuMèrement charnianl lor^qn'il ^ut éviter Técueil de la trivialité et celui de la sécheresse où son désir de précision, souvent, l'entraîna.
Ce qui frappe en ce maître, c'est l'exécution « t
la pureté de son style, l'expression vivante et forte
de ses personnages et la délicatesse décorative de
ses arrangements.
Certes, quelque raideur dans les formes, quelque disproportion même dans leurs plans respectifs,
peuvent être reprochées à cette conception éminomment antique comme donnée, mais il nempéche queMantegna exergaune heureuse influence sur la plus grande partie de l'Italie.
Doué d'une puissante imagination dirigée de préférence vers les créations austères, il exprime la vie iatense avec un souci extraordinaire du détail, au point qu'il confine à donner à ses œuvres l'aspect délicat et fini d'une tapisserie.
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En tant que graveur, on doit à Mantegna des planches qui valent celles de A. Durer, et il est pénible de constater que le burin d'André fit longtemps le plus grand tort à la réputation de son pinceau, car. bien que les mentalités d'art à multiples expressions soient les marques d une souplesse rare du génie, les spécialités enferment les artistes en un moule fatal, suivant la conception étroite des catégories. Ainsi donc, malgré que tous les artistes italiens de cette époque excellent en presque tous les arts à la fois, il faut que Mantegna, à son temps, soit victime des exclKisivistes !
Passe encore pour notre époque, qui contesta nettement aux illustrateurs le droit d'être de bons peintres et qui qualifia l'œuvre des Gustave Doré, des Vierge, des Emile Bayard, «d'opérette de l'art »; mais à Theure des Léonard de Vinci, df^s Michel Ange, des Mantegna!
Bref, André qui était aussi un dessinateur excellent, n'en déplaise aux rigoristes, apparaît comme un maître complet dont le scrupule de copier vrai, non exempt de violences, parfois môme, étonne l'œil et le charme à la fois.
André Mantegna naquit probablement à Padoue en 1431 et, tout comme Giotto, remarqué par Cimabué en train de garder des moutons, André, le petit berger, attira l'attention bienveillante du Squarcione,
' Nous 1.. voyons o,..ui.. H.lopl.'. ,.r ce .n.l.n-
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A;;rns::uUsa.Uu,aeutsapa,e..p.Ule.a
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ILe^t "son élève, dont les précieux trava.
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figurant l'histoire Je ^-'«^ J'^*^'»"^'.'^' ''î.^ ^ Christophe, bien quen part.e ---' J-^^ devmer la personnalité énergique du jeune a dont le /W..W. ,/. /V,/<.. Sa^,Ue.Ju^>ne^
au Musée Bréra. à MUan, donnait déjà une haute
idée.
Mais le caractère vif et ombrageux de Mantegaa amena de fréquentes brouilles entre son professeur et lui. André, qui, d'autre part, avait rapidement dominé son maître, non sans que ce dernier lui en gardât quelque rancune, rendit la rupture définitive par son mariage.
Gomment Squarcione pouvait-il pardonnera son élève d'avoir épousé la fille de son rival Jacopo Bellini? Songer que cette rivalité s'animait maintenant sous les beaux traits de la fille de Jacopo! qu'elle était son chef-d'œuvre vivant! Dès lors la gratitude s'envole sur les ailes de l'amour et, il n'est plus question du vieux Squarcione, totalement éclipsé au surplus, par le génie de Manttegna.
Signalons vers cette époque un chef-d'oeuvre de Tartiste, un Relable monumental qui figure à l'église Saiut-Zénon de Vérone et dont la Crucifixion^ visible au Musée du Louvre, n'est autre que la prédelle, c'est-à-dire le compartiment inférieur du tableau.
Et un Christ au Jardin des Oliviers^ une Résurrection (Tours), un saint Sébastien di Vienne, et une célèbre Descente aux imbes^ etc.
Mantegna n'avait que trente-sept ans lorsque
le marquis de Gonzague l'appela à Mantoue pour
décorer dans son chAteau le «Caméra degliSposi ».
L'artiste représenta dans cette décoration des
2()i ILS (.IIAM'S M.vilflE.*) 1>K I/aIIT
scènes «Irla vie seigneuriale, des chasses oii ti^iiraient des portraits ; toute une patiente mWc on son ^(^nieetson tali;nt [)n*cieux simulèrent comm** une laborieuse fl riche tapisserie.
Mais TtiMiYre la plus importante que notn* artiste exécuta à Mautoue fut son Triomphe fie César, lonji;ue Irise en neuf tahlcaux peints à la détrempa sur toile pourle tiiéàtre de cette ville. Achet(*s plutard par Charles 1"', ces tableaux sont aujourd liui en Angleterre, au ch;\teau de Hainpton-Court.
Le pape Innocent VIII va maintenant solliciter la gloire de Manlegna, dont le caractère diflicile résiste d'abord à la pensée d'aller à Rome.
Naguère, pour répondre à l'invitation du marquis de Gonzague, il s'était déjà fait tirer I oreille : mais il ne faisait pas bon de s'opposer, à ces moments, aux désirs d'un pape, aussi prit-il le parti de ne pas désobéir.
A Rome, l'artiste peignit la chapelle du Belvédère au Vatican, et à propos de ce travail, nous donnons la parole à Vasari : u Le pape, accablé d'affaires, ne donnait pas d'argent à Mantegna aussi souvent que celui-ci en avait besoin.
« Andréa, pour faire sentir au pape ses oublis, imagina de peindre au milieu de quelques vertus: la Discrétion.
« Sa Sainteté étant un jour allée le visiter, ne manqua nas de lui demander quelle était cette
l\ VIERGE DE LA VICTOIRE, par Andréa Mantéona- {Musée du Louvre.)
figure. « La Discrétion^ répondit Andréa. — Eh « bien, répliqua le pontife, aie soin de mettre à « côté la Prudence. »
Alors Mantegna médita sur les inconvénients de contredire l'infaillibilité et ne souffla plus moi — prudemment.
D'ailleurs, lorsqu'il eut achevé son travail, le pape le renvoya en le comblant d'honneurs et de présents.
Avant de quitter Rome, on prétend que l'artiste décora encore pour Innocent Ylll une petite chapelle qui fut détruite par Pie VI.
En poursuivant l'énumération des œuvres du maître, nous le voyons ensuite peindre pour le cabinet de travail d'Isabelle d'Esté le Parnasse et Minerve chassant les vices^ deux pages superbes en leur originalité et leur pensée singulière, que l'on peut admirer au Louvre.
Signalons enfin, à ce môme Musée, la Madone delà Victoire ei le CAm^ mor^ (Musée Bréra).
Si Ton a beaucoup écrit sur l'œuvre de Mantegna, l'existence de l'homme ne nous a guère été révélée, du moins l'anecdote chôme-t-elle à cet égard et, si nous y perdons au point de vue pittoresque, l'œuvre suffit amplement à notre admiration.
Andréa vit plutôt dans la légende, à la façon de ceux qui, selon l'expression d'Annibal Carrache, w ont parlé davantage avec leur pinceau ».
SOTi i.F.B r.KANns Mhhur.f^ f>F. i/amt
Il srrntilc qu'il ait travniltf'' loin du hruit, (1*011 le r(M:n«'illinn'fil(lr ^ou oMivrcJJiianl^ hon t'\in\\tcwM, elle se rt'siiiiie pliilôt «iiiiis l'olirsiirvation clrs lypes miJt'tleiiif'nt foiiilhîs et approfomli». I^a verve et l'iiHToyahhî forciî d'expression, grûre à laquelle l (luvrc de Manlop^na est immortelle, s'explique pac le canu'tère siuf^ulicr de ce solitaire ombrageux.
Andréa M;int('}:nn iimunil à Maril"iip. ««n f- '"•
CORRÈQE
La facture du célèbre peintre Corrège est sœur de 3elle de Rubens, du moins par la pâte savoureuse, transparente, rose et ambrée, par la vraie chair Bufin, que ces deux maîtres semblent avoir broyée sur leur palette.
Même richesse aussi dans le décor, chez ces deux peintres qui se séparent catégoriquement sur le chapitre du goût, cette dernière qualité demeurant incontestablement acquise au Gorrège.
Car toute la grâce de ce maître puise sa beauté dans le goût, dans la décence aussi avec laquelle il se complaît à exprimer la volupté.
Si Titien, si Véronèse après Raphaël et Michel- Ange, ont exprimé la vie en son aspect souple et vrai, Corrège a apporté dans sa forme et sa couleur une tendresse inédite.
Mantegna avait été réaliste, Allegri fut un idéaliste, et il ignora la naïveté qui frappe toujours dans les œuvres primitives.
Nous avons dit que les premiers maîtres étaient des naïfs sans le savoir ; il nous faut insister, e^
t08 i,F8 r.nANDs MAtrrtpji de i/aht
revanche, sur la non-naïveté de ceux qui, h la n^ani^^e (U^s grands nrlisU;s do la FU*naissance à «on point culminant, surrnt aninicT k» fil de fer du dessin, la sf^'clifrossc de la pointure et la «yriK^'lrie de la composition.
()i\ (l»;[)uis Vinci, la naïvol<'; de Toxpression qui était due auparavant à uno admiralile ignoranc;e, a été voulue à l'égal de toutes les autres traductions liiMuaiues. Et il est incontestable que cette volonté de traduction, due aii j>rogrès né de l'expérience des primitifs, accuse un résultat supérieur.
Dès la Renaissance, les artistes disent enfin ce qu'ils veulent dire, rien n'est remis à l'interprétation du spectateur, du moins, au fur et k mesure que l'expression vraie se développe, peut-on r^ver exactement sur la volonté d'expression des artistes.
Mais le réalisme d'un Mantepna (entre autresi, non exempt parfois de trivialité, pouvait induire certaine tendresse à de la morbidesse ou à de basses traductions sensuelles, et c'est le propre d un Corrège, par exemple, d'avoir cédé à la grâce et à l'amour sans démériter de la grandeur de l'art.
Gorrège fait songer à un Michol-Ango qui aurait condescendu à un peu de manières, c'est dire qu'il dédaigne les rondeurs graciles et les poses eiléniinées autant qu'équivoques, digne cortège