‹ Les Grands maîtres de l'artChapitre 18 sur 29 · U t.HM r.RANh.H MAhUtM DE l.*ART · texte numérisé non relu

U t.HM r.RANh.H MAhUtM DE l.*ART

ses illn^tr.«tinns do VEIofje de la Fottp on il %p repose «Ir la s^th'niiit/' divine et des portraits nchlr-s. Dans /'K/of/r </r fa h'n/ir^ l'artiste s'est laiss*^ aller à la fantaisie la pins mordante et la plus marahre. son esprit épris du pittoresfjue de la l^^ende. fouille riiornlile et l'elTrayant avec une sinjfuliér»malice dont le regard se trouble, tour à tour égasYet attristé.

I^os fresques de lïans ne sont pas moins extraordinaires; voyez fa Ifanse ffes Morts sur les murs de la Poissonnerie, à Bàle, et la f)ansr de la Vie (car l'artiste affectionne les contrastes; sur les murs, du cimetière de cette même ville ; elles témoisrnenl d'une inspiration du fantastique tout à fait supérieure. Kt la Hickesse et la Paurretê, autrei fresques pour la maison d'Orient, illustrent encon ce genre du maître. Rubens a confessé que dam sa jeunesse il avait dessiné toutes les figures d( la I)an'>e des Morls; cela n'est pas un mince éloge.

Mais où Holbein. le plus savant des peintres naïfs, excelle, c'est dans le portrait où son dessin strict veut dominer la pâte de couleurs, un peu sèche, un peu rude, subordonnée au dessin. On prétend cependant qu'il y a un monde entre les œuvres de cet artiste au Musée du Louvre et celles qui se trouvent dans la galerie de Hampton-Court.

Citons en ce genre, d'abord les crayons de ^Vindsor, le Thomas Morusen buste (1527), le des-

sin de la famille Monts, à la plume (Bâle, 152>>) et Henri VIII, le Prince Edouard, les princesses Marie et Elisabeth, etc.

A Dresde voici l'orfèvre Morett ; à Berlin, le marchand Gyzen ; à Vienne, Jeanne Seymour, John Chamhers, etc.; à Florence, Luther et Holbein lui-même, qui s'est représenté encore dans maints croquis visibles à Bàle.

Sans oublier, au Louvre, les fameux portraits à' Erasme, à' Anne de Clèves et de Nicolas Kratzer, astrologue de Henri VIII.

L'œuvre d'Holbein, en définitive, si elle ignore la ligne ondoyante, la souplesse de la pâte qui est le génie de ses contemporains, Gorrège et Titien, s'impose à notre vénération par une correction rétléchie et une froideur admirable, à la façon du Sphinx des Egyptiens, dont le masque rigide garde enfermé dans le granit une pensée profonde et séculaire.

En tantqiio [x-inlit', I)iir('r a peu proiJuit; mais Dliivr est un ensemble de b«*aulé caractt*ristiqu*», troublante ot singulit'^re qui appailient d'un bloc à l'art. Qu'il soit aussi rare sculpteur que peintre ou arcliih^cte, qu'if soit un graveur et un (b's-»inateur abondants, son œuvre est inséparable d'un tout dont l'originalili' ca[)ricieuse et tourmentée, en souvenir d'une pratique de l'orfèvrerie où l'artiste encore excella à ses d<^buls, est la manjU' typique.

Durer n'était pas un coloriste, il préféra le dessin au trait net et le burin à la taille incisive pour exprimer cette couleur ardente que sa pâte mine» et terne n'arrivait point à exprimer. Pas davantage qu'Holbcin, ce grand maître allemand n»tâcba donc de sacrilier en peignant la magie du dessin. Tous deux recoururent plutôt à l'enluminure, et cette volonté prestigieuse du graphique n'est pas la moindre qualité de leur gloire.

L'aspect, d'abord, de l'œuvre de A. Durer esi

inoubliable d'austérité et de complication. Il n'est ni frais, ni léger, il a cette pesante majesté, cette rude et volontaire physionomie qui conviennent à l'esprit teuton, réfléchi et profond.

La tendance naturaliste de ce maître est lourde sur la broderie somptueuse de l'imagination, malgré l'habileté du dessin, car Durer est décidément plutôt un dessinateur de génie, au fur et à mesure que l'on évoque son œuvre dont la science théorique a çà et là des préférences et des caprices inséparables du trait.

Aussi vîmes-nous le peintre plutôt enlumineur, et le sculpteur n'a guère fait que des médaillons et de petits ouvrages en ronde bosse, soit encore et toujours de la forme exprimée par un faible relief, presque un dessin (du moins en ce qui concerne le médaillon), plutôt que de la statuaire réelle où le dessin n'est réduit qu'à des volumes.

Et ces dessins sont exécutés à la plume ou bien aux deux crayons relevés par des touches d'aquarelle ou par un fond de papier teinté, c'est-à-dire que la couleur n'est encore qu'accessoire et secondaire.

Quant à la gravure de A. Durer, sur bois ou sur métal, cuivre, fer ou étain — gravure originale, c'est-à-dire d'après le dessin de l'auteur — elle est le triomphe de ce crayon admirable mué, pour la circonstance, en burin.

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Car l< m.iitn* g»*rmiiin iiiaiiifi son trait vainquriir sur loil-' cuiiuiMi sur toutou autres mali^re», et le coloris en noir attire davantage celte .'Xpn-ssion fonill»'Useet pén^rante plul<*>t triste et anW-n*, celte expression qui li'nt au bout d'une pointe ensorcelante, liallucinanle, ornementale, tout comme un filij^rane.

Reste la manifestation de cet artiste corn Je ar- ^ chilecte : elle n'étonne point rnonumentalemfnt parlant, parce qu'elle tient surtout au dessin et (pi'elle permit plutôt à son auteur d'a{.puyf'r son caprice décoratif sur une base solide, dans l'espril où il concevait ses compositions patientes et précieuses de détails.

Dans une estampe intitulée la Fortune roiai dans fair, on aperçoit, aux pieds de cette inconi tante déesse, un petit village qui passe pour être ui hameau de Bohème d'où la famille de A. Diirer tirait son origine ; pourtant, dans les traits du grand artiste, empreints d'une si impressionnante beauté, on ne trouve point trace du type de la

race slave.

Certes il est bien d'essence germaine le caractère de ce masque énergique, ensoleillé par la grâce hautaine du génie qui n a point de patrie.

Albert Durer naquit, en efifet, à Nuremberg en 1471. Après avoir appris chez son père le métier d'orfèvre, où il ne tarda pas à manifester un talent

LE CHEVAL DE LA MORT, par A. Durer.

{^J^fusée du Louvre.^

précoce, il entra à l'école de Michel Wol^eniuth pour y apprendre la gravure.

Après trois ans d'apprentissage dans cet art qu'il menait de front avec la peinture et la sculpture, il apparaît que notre personnage entreprit de fréquents voyages, notamment de l'année 1491 jusqu'en 1494.

C'était l'habitude chez les artistes, à l'époque, de parcourir un peu au hasard non seulement les pays où l'on parlait la langue natale, mais encore quelques-uns des pays les plus voisins ; ils prenaient ainsi des leçons de naturel en même temps qu'ils fortifiaient leur vision par l'exemple des chefs-d'œuvre réputés.

La gravure sur bois, qui était une des nouveautés du siècle, semble à ce moment déjà retenir plus particulièrement l'attention de Durer entre tous les arts qu'il vient d'effleurer avec cette facilité propre aux génies. Cet effleurement, où l'étude apparaît n'être que superficielle aux mortels, parce qu'elle semble, grâce au don, avoir été approfondie dans une vie antérieure.

Comme sculpteur, comme architecte, notre maître se distingue encore aisément; mais il revient sans cesse au dessin et à la gravure dans lesquels il apportait, naturellement, cette espèce de goût riche et contourné qui lui venait de sa première pratique de l'orfèvrerie. Voici l'artiste dans

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l(»s Pays-Bas, apn's avoir visita lo» divcruft» partîpg «le rAlK'mamn', [)uis en Italie, vor» 1506. \(*n p4r(^^n*iiialions coiitiinuînl, variant IVîludc (H ladocuniontitnt.

Il passe huit mois à V»»niseoù une vastf» planrlip de bois sur laquelle il grava un plan de la vill«»<les Do^cs pris ;\ vol d'oiseau, oru<^ de figures et signé (le son chiiïre, marque encore sa venue. Il va aussi à Bologne.

Les perfectionnements qu'il avait donnf^s h la gravure et au sujet desquels il avait entrepri^^ une J correspondance avec Raphaël, semblent être la I cause de ce Y(^yage au retour duquel il se marie.

Albert Dûrftr épouse en effet, aussit<^t rentrr^ k Nuremberg, Agnès Frey. dont la grande beautf' était, hélas, contrariée par une jalousie et une avarice incorrigibles.

Tout comme son compatriote Holbein, Durer devait ôtre malheureux en ménage, et. en vérité, la coïncidence est étrange des deux mégères pareillement odieuses, se rencontrant sur le chemin de deux génies de même race!...

Holbein et Durer, le plus glorieux duo de l'Allemagne, contrariés par l'acrimonie de leurs conjointes !

Mais Durer a su admirablement stigmatiser sa femme en reproduisant maintes fois ses traits maussades et son caractère sombre. Ainsi donc ses

LA MÉLANCOLIE, par A. Durer.

gravures se chargent-elles de nous apprendre les tourments qu'il endura et, pour se venger, il immortalisa par des chefs-d'œuvre toute l'amertume de sa peine. Voici cette femme clouée au pilori!

C'est la Mélancolie^ couronnée de tleurs, et ployant dans Tombre les ailes qui lui ont été données pour s'envoler vers la lumière, semblant s'engraisser à plaisir d'aigreur, au milieu des instruments dispersés de la science humaine et lisant d'un œil terne, au milieu d'un ciel plein d'effrayants prodiges, le nom du mal qu'elle se plaît sans cesse à exciter.

C'est la Jalousie dont le bras est armé d*une vigueur surnaturelle, dont les dents grincent : c'est M""" Durer !

Sans compter que, dans quelques-unes de ses vierges terrestres, par une singulière vision, le peintre n'a pas oublié encore de flétrir son épouse* on l'exprimant avec une complaisance oii Ton peut suivre toute l'étendue de sa souffrance comme étalée avec résignation.

D'aucuns même prétendent que le malheureux mari s'est représenté dans une de ses gravures les plus renommées : le Cavalier de la Mort! « Il emble que l'on voit là Albert Durer en personne, marchant avec une obstination farouche au milieu des obstacles, des douleurs et des effrois de sa vie. »

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Bref, nous allons retrouver le c<^lèbrc artiste en Itali»* où il va séjourner M 5^X5;. Ses estampes ont n'hamlii sa ^loi^o; voici de quoi le conHoler den (Mimiis terrestres et, lorsqu'il revient à Venise, il se lie avec le vieux Giovanni B*llirii.

Les honneurs, «Tantre part, ne lui manqur-nt pas à son retour dans sa patrie : c'est Cliarles- (Juint, l'emp^^reur Maxinnlien I" et son frère Ferdinand 1", qui saluent le génie et le conihlenl de présents.

Puis, soudain, pour s'affranchir, parait-il, d.- la tutelle rigoureuse de sa femme, voilà que notre artiste entreprend un nouveau voyage dans les Pays-Bas 1

On peut mesurer son geste de découragement à la distance qui sépare les deux pays; c'est d ailleurs dans cette période d'affranchissement, entre Venise et la Flandre, que la carrière de notre héros est la plus active et la plus féconde.

Les tourments du génie ont de ces singuliers coups de fouet, malgré qu'ils ne stimulent point pareillement le moral, à en juger par tous les ouvrages de Durer qui, à cette date, témoignent d'une souffrance profonde I

L'artiste nous a conté lui-môme ses deux ♦voyages, d'un ton morose que ne relève point même l'honneur qu'il reçut, de voir son talent fréquemment employé alors par l'empereur Maxi-

milien, hôte assidu du château de Nuremberg.

Maximilien avait anobli son peintre, voici dans quelles circonstances : Un jour que, dessinant sur une muraille, Diirer avait grand'peine à se tenir sur la pointe des pieds, l'empereur dit à un gentilhomme de lui servir d'échelle pour un instant.

Le gentilhomme représenta humblement qu'il était prêt à obéir, mais qu'il trouvait cette position trop humiliante, et que c'était avilir la noblesse que de la faire servir de marchepied.

Alors Maximilien répondit : « Albert Diirer est plus noble que vous par ses talents; d'un paysan je puis faire un noble, mais d'un noble je ne pourrai jamais faire un tel artiste ! »

Et, sur-le-champ, l'empereur anoblit Albert Diirer!

Nous avons dit une anecdote similaire lorsque nous parlâmes d'Holbein, et il était juste que, marié à une même Xantippe, Diirer partageât les avantages de son malheureux confrère d'infortune vis-à-vis de la considération... des autres.

Et, par surcroît de similitude, les deux génies ne devaient-ils pas mourir au même âge?

Aussi bien, pour en revenir à l'artiste dans les Pays-Bas, ses confrères d'Anvers, de Gand, de Bruges, de Bruxelles acclament ce génie aux tendances nouvelles et les municipalités, à l'envi, emboîtent le pas.

244 LER onANDH maIthkh or i.'abt

Sans (|(H* l'nn sachf^ pourquoi, n<*aiimoins, li r<^gentoMarj;iMril»'(l'Aiilri(:lio, après avoir accu#*illi avec la plus ^^rando bieiiv<Mllaiice le cAlèbre peintr» allemand, ii Malines, lui fait grise min*' ; mai» d'autre part, en com[KMisalion, le roi de Dane mark, Cliri^liMn II, rrtint sur ces entrefaites l'artiste en disgrftce, pour lui faire faire son portrait Pou importent les caprices du g<^nie dont le hut est d(» faire des chefs-d'iruvr^' (Hii survivront l'espèce humaine; voyez aussi comment ils «<• vengent les gt»nies : lorsfjue l'on regarde les nom breuses œuvres où Durer a reprf^'senté les trait antipathiques de son épouse, on ne voit plus qii de la Ixvauté, à travers la cristallisation de l'art.

En vérité M"' Durer est à ce point bellement représentée par sa victime, que l'on douterai* presque qu'elle fût aussi détestable !

Et pourtant, à son retour en Allemagne, les misères conjugales du maître s'accentuent, la rapacité de sa femme l'accule à un travail insensé et, tout comme les croyants suppliciés, il implore l'art, et soudain ses souffrances s'atténuent dans la beauté.

C'est alors que naissent les sublimes figur*^'«î d'Apôtres que Ton voit à Munich (1526).

A sa rentrée à Nuremberg, vers 1524, Tartifte y avait trouvé le protestantisme presque rétabli, et, le portrait de Frédéric le Sage, dont la pro^

tection assura la liberté des réformateurs, celui de Philippe Mélanchthon, le diacre de Luther, et enfin celui d'Erasme qui prépare la réformation, semblent accréditer cette opinion du ralliement de Diirer au nouveau schisme, bien que pourtant le style des ouvrages de Diirer, dans cette dernière partie de sa vie, loin même de porter le cachet de la Flandre qu'il venait de visiter, se rapproche de plu? en plus de la couleur et du dessin des grands maîtres italiens dont il était l'ami.

Et ce sourire au ciel bleu de Tltalie se reflète un instant dans son œuvre, avec des alternatives d'austérité et de rigorisme d'apparence religieuse qui l'assombrissent. Mais l'œuvre d'Albert Durer néanmoins, fortement inspiré de l'esprit tudesqué,, demeure plus généralement fidèle à une lourdeur caractéristique, à une puissance sans grâce, dont la beauté morose et impassible persuade par la pensée sertie qu'elle renferme.

Ce chef-d'œuvre n'est pas serein, il a la grandeur des ciels d'orage.

Albert Durer, dont les forces étaient consumées par un labeur incessant, mourut, dit-on, à la peine, en 1528.

La plus ancienne des grandes pages de ce maître est un retable de la pinacothèque de Munich, dont le panneau central représente la Nativité ; ddnis ce

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même iiius/m* historique (i^ure aussi unf^ /'/r/rj dutik» de 15U0. Le muH^e de Nuremhorg possède (^j^ulernerit un Ihrni/r (itlaijuant les Harpies, qui remontr 'i cctt»? d.il<t. Puis, au inusét; de Vienne, nous voyons une Vierye allaiiant l'Enfant et aux Offices une Adoration des liois exécutée pour Frédéric le Sa^'e t^lecleur de Saxe.

C'est encore les apùtres saint l'/nlippe et sainf^ Jacques^ à Florence, la Fête du liosaire à fVapiue, etc., etc.

Toutefois, si, comme nous 1 avons «lit, l'ji'uvre du peintre est relativement peu important, t(jut comme celui du sculpteur où, en dehors dune Prédication de saint Jean-Baptiste (Brunswick, 4. un Adam et Eve Gotha , un Christ en crois (Munich), et /f^ Trente mille Vierges {scu\\\Ute.% en a^^athe, à Vienne), nous ne voyons guère (jue des statuettes de secondaire importance; quant à l'œuvre de Farchitecte Lornons-le à un Traité :>ur les fortifications et à une Instruction pour mesuïfr au compas et à la règle.

Sans oublier encore de citer un ouvrage très curieux sur les proportions du corps humain. Nous insisterons maintenant sur l'importance de 1 œuvre dessiné et gravé capital d'Albert Diirer.

Le Louvre possède une Tête de vieillard dont le haut style résume bien la marque du célèbre artiste allemand, et quanta donner la nomenclature

AtfeERT DiJREll -247

de cette sphère supérieure du génie qui nous occupe, il n'y faut point songer, elle est innombrable.

Le maître a gravé plusieurs collections d*estampes qui représentent les différentes scènes de la Passion, et Ton est frappé, avant tout, de la force avec laquelle il a rendu la douleur.

« Dans la tragédie, écrit un contemporain, je ne connais pas de poète, hormis Shakespeare, qui ait fait entendre aux oreilles humaines des san glots et des cris de désespoir semblables à ceux qu'on croit ouïr en regardant pendant quelque temps les gravures de Durer. »

Et cette opinion s'accentue au fur et à raesure que l'on examine l'œuvre en entier de ce grand artiste, soit dans ses planches de V Apocalypse, soit dans ses nombreuses têtes de jeunes filles, dans tous ses chefs-d'œuvre enfin, exécutés au crayon et au burin.

Vasari parle de la fureur dans laquelle entra Albert Durer lorsqu'il eut connaissance des copies que le graveur Marc-Antoine Raimondi avait exécutées sur cuivre, d'après des gravures sur bois du maître allemand. Il aurait songé, dit-on, à intenter un procès en contrefaçon au graveur bolonais pour lui interdire, désormais, de continuer à répandre ses estampes dans ces conditions.

D'ailleurs, le graveur célèbre Raphaël Morghen

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arinandiiit presque «oujourb a un clihsinalcMjr «Ir pi-olessioii li»; lui luire une copi.î «le la p^ntiinori^iiialiMjn'il voulait graver.

Notons, m passant, que ce fui Itaphai-l qui répaiulil eu Italie l'uaage (Je la gravure. O-l art, inv^nt»' a Florence au siècle précédent, était enccirr d'une exécution bornée et diflicilc. Cependant Albert Durer l'avait perfectionné en Allemagne.

La correspondance que liaphaël étaldit avec €• grand artiste le mit k môme de connaître ces procédés et de les faire appliquer sous ses propres yeux par Marc-Antoine Uaimondi», qui répandit dès lors dans toute l'Furope, non pas comme on le croit vulgairement, les tableaux de son maître, mais des dessins que celui-ci faisait exprès pour

le graveur.

Albert Durer, qui prit un certain plaisir à ^ représenter maintes lois, séparément ou bien m^ aux personnages de son œuvre, nous appara décidément Tiiomme de son génie; il est trist dès ses premières effigies; sur sa ligure allongé- , maigre, extatique, encadrée dans les boucles de sa chevelure vermiculée, à la façon de celles que peignait Léonard de Vinci, tout est douceur, mélan-

1 On a vu, plus haut, que linterprète-graveur RainKm.li po une fois qu'il sétait permis de s affranchir de Tauton-^ation et hx direction sans doute aussi de lartiste original, eacounit i foudres de A. Durer.

colie, mysticisme. On dfrait une image du Christ dans quelque instant d'abattement et de doute.

De profil, au contraire, les arêtes des lèvres et du menton, le nez proéminent, donnent à cet ovale court une étonnante expression de vigueur et d'âpreté.

Gomment concilier ces deux types qui semblent si différents? Si ce n'est en supposant que l'artiste s'est plu à s'idéaliser dans la souffrance et, pour nous, Albert Durer avait bien une figure de Christ, car, s'il eût possédé en vérité le masque d'énergie qu'à certains moments il aime à nous présenter, il se fût certainement affranchi de Xantippe.

RIBliRA

Le génie de Velasquez et de Murillo seinblo avoir laissé indifTérent l'art de Hibrra.

Car, si lEspar/nolet fut iiii peintre de « morceaux » hors ligne, il n'apparaît point (|ue son imagination ni son goût aient fait merveill»'.

Peintre monotone, au surplus, dont le modelé brutalnment violé de lumière et d'ombre, n est qu'unf formule, Ribera se répète aussi dans s^'S sujets ivec une singulière complaisance.

Cependant, l'artiste espagnol, dont la maîtrise n'est p 4S douteuse dans cette technique où Th. Hibot, netre contemporain, trouva son chemin de Damas, compte parmi les peintres les plus réalistes de l'époque, avec ses fortes qualités qui sont la souj ce, pour ainsi dire, de ses défauts, et c'est à ce r/-alisme auquel nous rendrons particulièrement j»istice.

D'abord, nous sommes à l'heure de la vérité intensi «re, ce sont des types de vagabonds parfaitement copiés qui représenteront des figures d'apôtres ou de philosophes, le titre du tableau

ÎIIÔÉRA 2.) l

seul, tient lieu de vraisemblance; le temps des personnifications naïves ou idéales n'est plus; la peinture évolue, et, au fur et à mesure qu'elle s'affranchit soit du dogme, soit de la tradition, elle tâche de rendre plus frappante Texpressicii de la nature.

Aujourd'hui oii la vérité s'est encore accrue grâce à des procédés de luminosité inconnus, notamment à l'époque de Ribéra, on tente de retourner à l'idéal, voire même au symbolisme, en un mot on révolutionne sans trop savoir pour quelle raison. Alors que le métier de l'art touche à son but extrême, on prône sa négation pour changer, pour être original, et puis parce quel'on s'imagine que seule Texpression folle indique du génie...

Bref, pour retourner à Ribéra, son métier supérieur, non dans la qualité de lumière, noire sans transparence, bornée, mais dans le relief et l'aspect vrais, fatigue à la longue, tandis que jamais on ne se lasse de regarder Velasquez, par exemple.

Gela résulte, répétons-le, du ressassement de ses qualités de réalisme dont les défauts accusent le mauvais goût d'une représentation quelconque.

Où Velasquez eût mis de la fantaisie, du brio et de la flamme, Ribéra ne sait montrer que de l'application dans une formule morne et plate. Il modèle avec un soin supérieur, il dessine la forme aussi

25^ LES GHAM)N .MMIHIN I»». I AHT

Ix'IIp Oïl aussi l/ii<i«* qu'il la u*ncoiilre, au hasanl .1.' lu rencontre, et il fnit un lal)l«*au, en soi. nie, d'une étude magistrale, sans émotion.

(^ette note pareille de clair et d'ombre, non de clair obscur, brusque le regard sans cesse de mAme façon et, le sujet que les scènes de ce peintre veulent dire, n'est jamais persuasif.

Voilà des martyrs, de nombreux martyrs, dont nous voyons les soulTrances rendues avec une ellrayante vérité, et pour nous ces patients n'ont rien de divin, ils ne sont que botes humaines en souffrance.

Point d'auréole sur ces fronts de martyrs, ou bien cotte auréole n'auréole point les têtes audessus desquelles on les « mises; on sait qu'en dernier lieu, pour sauver la face d'une quelconque représentation on a voulu la béatifier avec une circonférence symbolique, et notre émotion ^e borne toujours au métier saisissant.

L'esprit brutal et vulgaire qui, enfin, est la marque supérieure de Ribéra, suffit à nous convaincre d'une beauté caractéristique dont le génie nous échappe, mais dont le talent est extraordinaire.

José Ribéra, dit tEspagnolet. est né à Jativa, aujourd'hui San-Félipe (province de Valence) en 1588.

La tradition nous le représente, à ses débuts,

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