AVANT-PROPOS VII
auteur serait de suite taxé d'ignorance par ceux qui n'ont retenu dans l'Histoire que la bagatelle, la plate et sotte bagatelle! Aussi bien en terminant cet avertissement, nous renvoyons le lecteur à l'évidence de l'Art dont témoignent nos gravures ; c'est par des chefs-d'œuvre que les maîtres victorieusement se défendent contre l'erreur et le doute, en deçà du tombeau.
VJERGE AUX ANGES, par CntABUÉ.
[Musée eu Louvre.j
GIOTTO (DI BONDONE, dit)
Le recul des siècles est particulièrement favorable aux artistes primitifs, lise môle à leur contemplation un tel attendrissement pour leur naïveté, pour le charme de leur ignorance, pour la couleur toujours fraîche de leur coloris que, le snobisme aidant, il semble que l'on exagère le grand, l'immense service rendu à l'art par ces délicats précurseurs.
Ainsi Giotto nous apparaît-il dans une auréole dont la circonférence est bien large, sans qu'elle diminue toutefois la valeur évidente du créateur du naturel ddiiis la peinture.
A ce titre seul, Giotto mériterait certes son immortalité et notre reconnaissance; mais il ne faut pas oublier encore que le talent et, mettons : le génie de cet innovateur, s'imposent par eux-mêmes — non excessivement peut-être de nos jours — mais excessivement pour l'époque. Or, pour juger d'un artiste, il faut se placer à l'heure où il se produisit.
2 LF.H GRANIM MAtTlir.M r>R I AIlT
Kt voici que, à ce point <lft vue, la gloire* (!<• Giolto nous a[)|)nrail fort ju«li<iou»c.
nomonlonsdonc un instant à In gen^sodi* l'nrt ;m moyen âge pour rendre mieux justice h notr»personnage.
I/idé.il est d'abord contamina par raction d«^ barbares; les rapports commerciaux ont anien/*en Italie — moins atteinte par la contagion — l'inlliience des Byzantins, très longtemps Mablis sui son littoral, et l'art se ressent des procr^'d^^s roides»t biératiques, des recettes d'a[)i^s nature, de la convention traditionnelle enlin, de lT)rient.
Trois artistes naissent alors en Italie : Ijiunta de Pise, Guido de Sienne et Ciraabué de Florence : ils imitent consciencieusement les Grecs suivant leur formule et, comme toutes les formules se rencontrent, ils ne perdent point de vue, non plus, les habitudes de Byzance.
De telle sorte que si Cimabué, le père de 1 école italienne, le doyen des peintres, n'avait dirigé son art dans une voie nouvelle, c'est-à-dire s'il n'avait rompu avec les types orientaux, il n'eût pas acquis son meilleur titre de gloire : celui d'avoir été choisi pour maître par Giotto, à qui incombait l'affranchissement décisif de la peinture.
Nous voici donc revenus à Giotto, après avoir esquissé à grands traits la place que ce vieux
maître, toujours jeune, occupe en rdalité dans l'histoire de l'idéal.
Donnons maintenant la parole à Vasari : u Giotto est né en 1266 dans un petit village près de Florence; son père, simple laboureur, nommé Bondone, l'élève aussi bien que le permettait sa condition.
« A l'âge de dix ans, Giotto était déjà connu de tout le village et des environs par son intelligence et par son adresse. Bondone l'employait alors à mener paître, çà et là, des troupeaux ; mais, tout en les gardant, Giotto dessinait sur la terre ou sur le sable, comme par une sorte d'inspiration, les objets qui frappaient sa vue ou les fantaisies qui occupaient son esprit.
a Un jour Gimabué, en allant de Florence à Vespignano, rencontra notre jeune pâtre qui, sans autre maître que la nature, dessinait une brebis sur une pierre polie avec un caillou pointu.
« Gimabué, surpris, s'arrêta et lui demanda s'il voulait venir demeurer avec lui. Giotto répondit que, si son père y consentait, il le suivrait avec plaisir
« Gimabué courut aussitôt trouver Bondone, qui se décida facilement à emmener son enfant à Florence. »
Suivant la formule tant en faveur à l'époque, l'élève ne tarda pas à dépasser son maître. Tel fiit le sort de Ghirlandajo, sur lequel bientôt plana
A hEn on AND» MAÎTriK^ OR i/aiit
Mil lH•l-AIl^i• ; t«ll<*sfiirf'ntleft <JfîHlinée»(le liaplia<l. très vilo snj)<^ri«;iir au l*érijf;in, et celle» d'Aiidn»;! del Vorrocchiu, ahaiidoniiaiit la peinture, de déses- |M)ii- iTi'^trr ilr*]iassé par un enfant buhliniequi b'uppelait L<''t)iiar<l (!♦• Vinri.
Aii>^i hit'ii (iioltd ciïace rapidement le nom de son iii.iilre avec Tadmirahle inconscience^ av<M: 1.1 j»arfaitr in^Matiliidc «ju'excuse le génie. Il roiiH'l loiil d'ahord le portrait en faveur, « posant I»' clirislianisine pour base de la peinture cl delà poésie moderne ».
Dès lors une révolution s'opère dans le monde intellectuel. Stimulé par la piété que Tart avait communiquée aux artistes eux-mêmes, l'idéal prend une forme humaine et se rapproche de Tadmiration de la Nature.
Giotto, d'autre part, est, comme tous les vieux maîtres de son temps, né pour tracer la voie de toutes les beautés à la fois.
N'est-il point l'auteur du dessin d'un superbe tombeau en marbre pour l'évèque d'Arezzo?
Ne lui doit-on pas le campanile de la cathédrale de Florence? Sans compter qu'il sculpta luimême deux des bas-reliefs qui ornent cet édifice, si reconnaissant, d'ailleurs, de ce double hommage rendu à sa magnificence, qu'il valut à son auteur le titre de citoyen florentin î
« Giotto, comme tous les grands peintres de