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LA CONCEPTION IMMACULEE DE LA VIERGE

par MuRiLLO.

i^JHusée du "Louvre.^

qui, de son côté, avait beaucoup à oublier de ce qu'il tenait de son professeur; et ce mal fut un bien pour Taffranchissement du débutant dont les progrès ne devaient plus dorénavant qu'augmenter dans l'isolement, de la personnalité.

Nous trouvons alors Murillo donnant libre cours à son imagination dans les tableaux que lui commandent, pour la foire, les marchands groupés sinon autour de son talent, autour de sa facilité.

Il acquiert ainsi une pratique du métier qu'il ne lui reste plus qu'à amender d'après nature, et qu'à diriger vers une élévation de pensée que les nécessités de la vie lui interdisent encore. Au surplus, les tableaux conservés à Séville et attribués à cette époque indécise, sont d'un coloris agréable, quoique maniéré ; ils représentent de sages compositions sans idéal et ne laissent guère augurer la gloire future de leur auteur.

Mais l'orientation favorable à notre génie devait lui être révélée par un ancien condisciple nommé Pedro de Moya, de retour à Séville après un voyage d'études en Flandre et en Angleterre.

Et, soit que les descriptions enthousiastes de l'œuvre de Van Dyck aient transporté Esteban du désir de les voir, soit que Pedro ait montré à son collègue une copie magique d'après le grand peintre flamand, voici tout à coup Murillo prêt à partir en Flandre 1

ÎSÎ LM GRANDll MAtTREfl DR L*AI<T

Il ira voir Van I)y(!k ; mais auparavant il /*tii- (liora son (iMivrf»,eii r«^ar<lanl tnivaillpr iVrJroqui a rajjpori.''' du glorieux contact une influ<*nce singulion».

Malhriir»Misompnt Pedro ne clemoure pas lon^'- ((Mups h SiWille et. alors qup Miirillo vient à peine <Ic saisir la largeur du style propre au inailre llaiiiaïul, il est à nouveau df'îscrnpan*.

Sur ces entrefaites, Van Dyck meurt à Blarkliiars, près de Londres, où notre héros voulait .iller le visiter, et c'est un instant jx-nible dans ia vie d'Estehan, dont les illusions sont, hélas, toute \i\ fortune !

Comment se rendre, d'autre part, en Italie, pays des chefs-d'œuvre! Point d'argent ni de protecteur! Mais l'avenir veille sur les vingt-quatre ans (lu jeune homme, et c'est avec confiance qu'il guett»'ra le scintillement de sa bonne étoile.

Kn attendant, pour vivre, le voici débitant des pointures religieuses en plein milieu d'une toile (lu'il a préparée lui-môme et ces "bouts d'œuvre sont acquis aussitôt par des marchands qui en font le commerce avec les Indes.

Cette pacotille, à laquelle son auteur n'attacha guère d'importance, s'envola donc au vent de l'admiration primitive et valut certainement davantage.

Mais le but de l'artiste était de se procurer des res-

sources pour gagner Madrid, pour voir Velasquez!

Et il arrive tôt à ses fins, buvant sans doute amèrement ses larmes avant de pleurer de joie !

De retour à Madrid, Velasquez reçoit son compatriote avec empressement ; il repasse peut-être ses débuts dans l'âme curieuse de beauté de ce jeune homme qui lui confie sa peine et implore son appui.

Aussitôt s'ouvrent alors devant Murillo ces mêmes portes de TEscurial qui avaient souri naguère à Velasquez et, durant deux années. Esteban étudie avec ferveur les œuvres des Titien, des Rubens, des Van Dyck, des Ribéra et des Velasquez.

Au contact de ces maîtres, le jeune artiste sent son génie s'épanouir; il les scrute, il les écoute tant et si bien qu'au sortir de leur divine contemplation, il n'éprouve plus que le désir de les égaler, au mépris d'un métier qui n'est plus rien pour lui.

D'ailleurs, dès son retour à Séville, les Franciscains lui ayant commandé une série de tableaux pour leur cloître, il se place d'emblée parmi les plus grands peintres avec un San Diego avec les pauvres (actuellement à l'Académie de San Fernando) à Madrid, avec une Cuisine des anges (Musée du Louvre), la Mort de sainte Claire^ etc.

Œuvres oii certainement on sent l'influence des

M4 I.ES tjMAMVH MAIIHF.» DE i/aMT

artistes (jn'il consulta h Mrt<lri«I, mais néannioirm d'un stylf? original ««t (J'uno conco|jtion hwAi .1 lui.

Cettn iiinuon<:e jjourtaul incontestable va se dissi|)er au fur ot à nK'Sun* i\uc la facture s'aiïrancliira (lu souvenir v<''n<^rahle des p^e^li^^cs confidences, et elle nous mdna^^e hionlAt celte surprise en se montrant plus tendre, plus agréable, aux yeux des connaisseurs.

Maintenant Murillo est Murillo et, des chef-d'œuvre comme l'Extase de saint François (Académicî de San Fernando), l'Adoration des Bevfjfrs (Musée deMadrid),/a Vierye an chapelet Musée du Louvre) témoignent de la maîtrise purement libérée de leur auteur.

Et Murillo n'est pas mièvre dans sa grâce ; il ne sacrifie pas à la pleurnicherie sentimentale; son élégance n'est pas non plus de mauvais aloi. Sa beauté est charmante, simplement parce que le sujet y prête, de même que le Petit Mendiant, qui est au Louvre, nous inspirera uneFude compassion, presque une répugnance, tant sa représentation exigeait qu'il en fût ainsi. |

Aussi bien, répétons-le, Esteban ne s'est point \ fait une spécialité de l'agréable, du plaisant ; de même que Velasquez et Hibéra, le réalisme l'attirera, et il ne s'y révélera différent que dans l'expression idéale, comme pour sacrifier au caprice de sa palette souriante et morose tour à tour.

LE JEUNE MENDIANT, par Murillo.

i^Musée du Louvre.)

Dans sainte Elisabeth de Hongrie pansant un teigneux^ Murillo nous montre encore avec quel art il sait accommoder le laid avec le beau qu'en autre cas il se plaît à séparer. Et ce n'est point sans raison que l'artiste voulut nous émouvoir en harmonisant l'image aimable de la Beauté avec l'image rebutante de l'affliction; aussi bien il nous semble que le peintre a réuni là son amour du contraste avec la malice de triompher de l'horreur par la Beauté. Et il y a réussi.

On prétend que le duc de Wellington, pendant les guerres d'Espagne, offrit au chapitre de Séville qui refusa, de couvrir entièrement d'onces d'or la merveilleuse toile représentant saint Antoine de Padone^ si on voulait la lui laisser emporter.

Où est donc le temps où Murillo débitait son art aux vendeurs de pacotille !

Maintenant il est sacré par l'admiration unanime et il ne cessera plus de produire des œuvres d'une attrayante impeccabilité — non de cette monotone impeccabililé produite par le métier sûr et sans flamme — mais d'une impeccabilité où dominent seulement des qualités somptueuses sur des défauts de facilité qui n'en sont point, tant ils demeurent inséparables des qualités.

A la chapelle du couvent des Capucins, voici de vastes et superbes peintures : le Christ en croix se penchant pour embrasser saint François d'Assise,

ogr, i.r.w GRAMJH %i\\invj^ DE i'aht

1;, h.;i|hII.' (h' saint Oorjrcs dn la CaricM : U - , /,v//)/>.//// /'• rorhrr, la MnltipUcation des pain^. smnf Jeun ilr Ihni portant un pauvre malade, iW VX c'est Svville toujours qui ganl*; jalousomontson poinln% cV^t f. SZ-vill.» que U*^ arli^l- ,,v,|..nt.mr annnn'nl à la l'nni.-re de ce «t'-ni. j^„„,. ,,„,.,.„,„,, : /. S.„v'-/'' praticien, la fhn Innnn <lu sun<ie «'l l^nl .laiitn's pn^f^s où l'émotion «livino le dispute à l'émoi frreslrc.

Même Tartiste risque parfois une amuselte à l « façon de Veronèse, par exemple, qui mMait à s.-^ plus grandioses compositions, à des fruits disparates autant (juimprcvus, quelque lévrier

caressant.

Murillo aimait, lui, à faire jouer ou dormir dan-^ la majesté de ses scènes, un bichon haviinais, cl celte note familière au surplus n'est point san^ a-rément, d'autant qu'elle ne choque jamais les convenances du décor.

Ouant à renseignement de Esteban, il ^lut être aussi bienveillant que celui de Herrera l'était peu. Au dire de Tllistoire, -notre personnage avait ce doux caractère (lui frappe dans son œuvre et, à l'académie de peinture qu'il fonda à Séville, les élèves vinrent en foule chercher chez bmaître, dans le labeur acharné, le secret qui présida à sa gloire.

MuRiLLO 287

Car si le génie couronne le métier qui n'est qu'une acquisition, le génie sans métier n'existe pas, et Murillo ne cacha jamais rien h ses disciples, des moyens d'expression sur lesquels reposait son génie, et ce moyen initial était l'opiniâtreté au travail dont sa vie demeure l'exemple.

Parmi les élèves d'Esteban, il faut citer Sébastien Gomes dit le mulâtre de Murillo, qui fut à ce maître ce que Pareja avait été à Velasquez.

Gomes, dont le talent cependant s'était écarté de la manière de Murillo par plus d'audace et de vigueur, a donné dans une Vierge et V Enfant, dans un Christ à ta Colonne, au musée de Séville, toute la mesure de sa valeur.

Voici comment cet esclave était devenu peintre : « Un j-GUT qwe Murillo était sorti ainsi que tous ses disciples, laissant sur le chevalet une Vierge ébawehée, le mulâtre cédant k une tentation irrésistible, «'«mpara d'un pinceau et continua lit tête commencée.

Murillo s'aperçut bien qu'on avait ajouté des tmits à sa figura; mais ne connaissant autour de hs pers^onne qtui fût capable de les avoir faits, il <youlut en coniiaitre l'auteur.

11 fallut des menaces pour arracher au mulâtre en aveu qui allait le couvrir de gloire.

Et en effet, quel ne fut pas son étonnement, lor«qu€, au lieu des reproches qu'il attendait, il

288 M!fl GnANDH MaItKKM DR i/aMT

sViil«'ii(lil l'Hlrosgor coh (Joiicoh parolf'H : u Je gui» un iMiimix liMijimr, S<^l»astion, je croyai» ne Hiivoir produira qiK^ duH tableaux et voici t\\H' j'ai fuit un ppiiitrf». >►

A (liilcr (lo ce jour, Ifsclave fut mis au nombre des ébives proférés (De Latour, Etudes sur t lùéjKKjne).

Href, pour terminer cette succincte notice, nous aborderons la lin quasi tragique de notre per-

sonnage.

Durant qu'il exécute à Cadix où il est mandé par les Capucins de cette ville nu M 'triage tmjstique de sainte Catherine de Sienne, sans doute frappé d'une attaque, il tombe d'un écbafaudage, et, dès lors, il ne retourne à Sévill»- (juo pour v végéter et y mourir après deux ans d'inaction, en 16S2.

On prétend que le malheureux artiste aimait à prier longuement devant la célèbre Descente de Croix de Pedro Campana 'qui se trouvait dans l'église de Sainte-Croix, proche de sa demeure, et comme un jour on lui demandait la raison de son culte pour ce chef-d'œuvre et pourquoi il demeurait si longtemps absorbé devant lui, Murillo répondit : « J'attends que ces saints personnages aient achevé de descendre Notre-Seigneur de la Croix. »

Apôtre du merveilleux non sans vraisemblance,

Murillo a regardé à la fois sur terre et dans la nue, voilà pourquoi son œuvre est reposant de célébrer à la fois la vérité crue et l'idéal plausible.

Il a saisi le milieu entre la fantaisie pure et l'expression exacte, pour cela ses peintures gardent un parfum qui persiste encore à travers les siècles.

Rl'BENS

On n rp[)rociic à Kiilt"n> I «'xuliérance de ses c•|lai^^ 1 Aiilaiil coHiJainner chez Bolticelli la rninceiii* (le ses créatures, autant comparer le soleil à la lune !

Va\ v('M'ité il faut ^nùler à un fruit sans lui «lemander un suc autre que le sien, et une pomme ne saurait avoir la saveur d'une orange, fort li»-ureusement pour ces deux fruits.

Tout dépend, au surplus, de l'idéal choisi et tous les idéals occupent des sommets élevés, si toutefois ils correspondent à des vues plus ou moins hautes selon une question de sentiment propre.

Or donc Rubens, avec sa palette rutilante, se complaît à représenter la chair opulente des belles Flamandes qu'il aime, etnousdevonsnous incliner devant cet objectif gras et rose, débordant de santé et de vie, avec autant de plaisir, d'un attrait ditïérent, que nous apprécierons le charme « poitrinaire » des Vénus de Botticelli.

On parlera de naturalisme, de vulgarité souvent

même, devant Tœuvre de Rubens ; d'autre part, on vantera l'ascétisme de Sandro, son symbolisme exprimé en dehors de la nature filtrée, ennoblie ; en tout cas Thommage admiratif fera preuve d'éclectisme en se reportant aux époques diverses où ces œuvres furent conçues et, dès lors, cet hommage sera équitablement décerné.

Mais arrêtons-nous à Rubens. « L'Italie, a-t-on écrit justement, n'avait plus de maîtres secondaires ; les Garrache croyaient succéder à Michel- Ange, l'Albane s'imaginait continuer l'œuvre de Vinci, le Guide prononçait devant ses tableaux le divin nom de Raphaël. Une dernière et glorieuse époque allait pourtant s'annoncer comme la sève d'août. » Et l'auteur auquel nous empruntons ces lignes, cite le nom de Rubens comme dominant celui des Poussin, des Murillo, des Rembrandt et des Claude Lorrain, « par le caractère grandiose de ses créations, par les formes magistrales de son génie ».

Laissant de côté la manie des comparaisons oiseuses, nous reconnaîtrons seulement pour Rubens le bien fondé de cette dernière appréciation. Rubens se suffit à lui-même tout comme Rembrandt, et pourquoi diable ! assembler ces deux noms opposés ainsi que ceux du Poussin à Murillo et de Murillo à Glande Lorrain, paysagiste? Rubens est un panégyriste de la couleur et de la

TM I.K« GHANDH MAlTRKfl DK I.AHT

furiii»', l(<»mljraii(lt join* plutôt avec lu liirniAro,ccs dnix nmîln's n'ont ^IJ^^! dn cornparatiln que leur amour pour la vrril/» ; (|ii.'int aux autreH artisteK, laissons-les sourire, vu l«iir gloire, «l'un»* juxtaposition iii.'illM'iireuse.

Uiiln'us donc e.st un décorateur magnifique, sa couleur est d'une « cuisine » rutilante et robuste, son dessin est large, d'une massiveté puissante; l'œuvre de Hubens d<^l)orde enfin de luxuriance.

« Avec Manetet les peintres à sa suite, écrit K. de Concourt, est morte la peinture à l'huile, c'està-dire la peinture à la jolie transparence ambrée et cristallisée, dont la [emme au chnpfau de paille de Hubens est le type. C'e§t maintenant de la peinture opaque, de l.i peinture plâtreuse, ayant tous les caractères de la peinture à la colle. Et aujourd'hui tous peignent ainsi, depuis les grands jusqu'au dernier rapin de l'impressionnisme. »

Ne cherchons point chez cet artiste un sentiment extérieur, une pensée subtile, regardons simplement ce miracle sans gène de la nature amplifiée, béatitiée.

Le décor des toiles de Rubens est encore d'une richesse somptueuse; le mouvement des fonds participe du geste endiablé des figures; en résumé, ce grand maître représente des splendeurs et des épanouissements caractéristiques avec un amour

LES PAKgUcS h=.i.A.xr i.A jjESTJNEE

DE MARIE DE MÉDICIS, par Rubens.

CM usée du Louvre. "j

de la vie, de la beauté saine et étoffée, qui constituent l'essence même de son génie.

Et ce génie indépendant, dont les tares sont si individuelles, plaît dans tout le beau désordre d'une imagination robuste emportée par l'habileté.

Chez Rubens, point de pureté dans la ligne, point d'élégance dans la forme, mais un galbe virulent, une expression vitale extraordinaire, un débordement de masses savamment ponctuées de lumière vraie, de lumière blonde sur les roses mouillées de lait que sont les chairs.

« Cegrand peintre recueillit l'héritage de ses devanciers, écrit P. de Saint Victor, mais il l'agrandit encore par des conquêtes hardies et inespérées. Rubens était emporté par une ardente et orageuse imagination jusqu'aux débauches de la pensée et de la palette. Avait-il compris que les Flandres, déjà trop bercées par les voluptés matérielles, les Flandres, depuis longtemps endurcies par la religion de l'or, ne seraient désormais émues que par les pages à grand fracas, les drames chrétiens où ruisselle le sang, les sauvages ripailles de la kermesse, les altiers tourbillons de la fête du village, les allégories éclatantes, le faste bruyant des grands seigneurs et la beauté luxuriante des grandes dames?

« Ou bien, en créant ce prodigieux poème de la

2î)t r.FJi GHANf»'< MAÎrnKH df i.'aht

rliair, du inoiivoiiH^nt ci -lu liniit, ou la nature s'élève si haut qu'elhî parvi(>ut juHqu*/i voiler le ciel, liubens obéissait-il à ku nature loul<* païenne? .»

Ce mépris du siijrt qu'il erinohlissait en Icxprimant avec art, siniplnuent, ne pouvait manquer d'être critiqué, parce qu'il succédait à l'hahitude des représentations sacrées; comme si la nature n'était point aussi idéale, en sa diversité, que tout ce que la foi religieuse pouvait inventer I

Uubens enfin était de son époque, et il faut lui savoir gré d'avoir eu le courage de résister à l'usage de certaine noblesse et de certaine piété conventionnelles au profit de la vérité adaptée au goût et à l'esprit de son temps.

Mais entamons la biographie de Pierre-l^aui Uubens.

Obligé de se réfugier en Allemagne pendant les guerres de religion, à cause de son attachement au parti orangiste, le père de notre héros, le D"" Jean Rubens, échevin d'Anvers, vit naître son fils, en 1577, à Siegen (duché de Nassau et non à Cologne comme une inscription placée sur une maison de cette ville voudrait le faire croire

Rubens passa son enfance en cette maison, cela est déjà beaucoup pour l'honneur de Coloiiue, berceau de l'art flamand, et, il parait que cette même maison, par un singulier caprice de la destinée, eut, une soixantaine d'années plus tard.

rhonneur moins radieux d'abriter les derniers jours misérables de Marie de Médicis, Marie de Médicis que le pinceau de Rubens avait luxueusement immortalisée I

Les éludes classiques du jeune homme furent des plus poussées : « à dix ans, on le montrait à chacun au collège comme un phénomène; on ne se lassait point de lui entendre traduire à première vue, soit les beaux vers d'Homère, soit les harangues de Démosthène, soit les plus difficiles passages de Tacite, quoiqu'il ne fût guère plus haut que la jambe ».

Au surplus, à treize ans, il parlait sept langues avec une égale facilité, savait l'histoire, la littérature et les sciences, bref ses études étaient achevées.

C'est alors que sa marraine, la comtesse de Lalain, voulut absolument en faire son page en promettant à la mère du jeune Rubens, qui était veuve, de le lancer dans le monde oii elle disposait de grandes influences.

La grande dame aimait les beaux adolescents et Rubens répondait à cet idéal ; il était doux, pensif, spirituel et doué d'une force physique qui eût au besoin imposé le respect.

La mère voyait déjà peut être son petit Paul général, et la noble marraine en faisait sans doute un ambassadeur lorsque, soudain, le futur peintre,

T()l)i«' Vi'iliai'j^t <Hail un paysagiste que liuh«ii» avait connu clir'/. la conitrssc; de Lalain.

SOO LR8 CnANDA MAtTflEJI DE l'aIIT

froissé (lu luxi* un pr»ii licencieux de nti prolectrice, Iftss^'' lie tct IhMcI, " 011 Ton vivait comme dans nn cabaret » accourut tout rougissant se rc-

fiil^ii'F' cIh/ sa inèrr.

— M(jn p;inv[«» rnr.'inl, ton père est mort ; ou iras-tu sjuis îippiii?

— (liiez Tohie Verhaegt !

I*]t cet aveu décisif dut probablement offenser " l'Amo altière de la digne mère. Songez donc, un noble faire de In peinture!

Après tout, puisque la noblesse de Hubens optait pour la noblesse de l'art, elle ne faisaitque clianger de di^^nité, mais qui pouvait prévoir l'avenir!

D'ailleurs Rubens, au lieu de Verhaegt, entra cbez Adam Van Noort; premier caprice ou bien du jeune homme, ou bien de ses biographes, mais nous opinons pour ce dernier choix, car tous les talents en germe, les Jordaeus, les Sébastien Franck, les Van Balen travaillaient alors aux côtes de Van Noort.

Admettons cependant que le débutant prit à l'artiste original qu'était Tobie Verhaegt, la qualité naïve de ses paysages autant que la science des tons aériens, et, après avoir constaté les liens singuliers existant entre les œuvres luxuriantes de Van Noort et celles de Rubens, nous irons re-

NAISSANCE DE MARIE DE MÉDICIS, par Rubens. [Musée du Louvre.)

trouver ce dernier dans l'atelier de Otto Venins. Otto Venins, surnommé le Raphaël flamand, venait d'arriver à Anvers : Rubens alla à lui et se révéla aussitôt à ce maître, selon la loi commune, presque son égal.

Or donc, pour employer le cliché d'usage, « n'ayant plus rien à apprendre à son élève », Venins conseilla à la comtesse de Lalain d'envoyer le jeune homme se perfectionner en Italie.

Cette fois, un conseil de famille doit s'assembler pour délibérer, et voici en quels termes l'autorisation de partir est accordée à Pierre-Paul. K Les parents de Pierre-Paul Rubens, persuadés de sa capacité et de sa bonne conduite, ne trouvent aucune difficulté à consentir qu'il aille en Italie afin de s'y former dans les politesses à r exemple de son noble père, et aussi de s'y perfectionner dans son art, à l'exemple de son digne et honoré maître Otto Venius. »

Aussi bien le débutant devait être un des princes de la peinture, comme pour ne point démentir complètement les nobles prévisions des siens, et à ce propos, nous emprunterons à E. Muller(/a Jeunesse des hommes célèbres) l'anecdote suivante : (( Toute sa vie Rubens porta fièrement et bravement l'épée de gentilhomme qu'il avait héritée de son père, et un jour vint où les rois s'honorèrent de lui confier des missions politiques.

208 i.K» GiiAND» maIthe» de i/aiit

Une foi» iiiriiH' qu'on faisait grainl bruit de SOD urrivrc h la cour de Jm ne sais quel souverain, il se Inmva, dit-oîi, (M-rlain courtisan assez peu au fait des choses artisliciues pour demander avec une espèce d'luun<iir « (|uel était cet homme dont on semblait faire tant de cas.

— Ehl c'est le chevalier Pierre-Paul llubeub, le peintre.

— Ah '.je vois, dil alors l'ij^noranl gentilhomm*c'est un j^rand seij^jneur qui s'amuse îi faire de la pointure.

— Vous vous trompez, r«'pliqua^-on, c er^t un peintre qui s'amuse à ôtre ambassadeur. .»

La rareté dun grand artiste naissant sous de- M lambris dorés » est h noter en tête de ces page-. Hélas! rillsloire ne nous a guère montré le génie éclos sous d'aussi favorables auspices, et il faut avouer que ,puur KuLens, non peintre amateur, mais peintre par excellence, l'aventure dorée qui Irame sa vie comme son art, n'est point étonnante.

Tant d'emphase du dessin, tant de luxe du coloris, tant de richesse d'imagination semblent s'accorder parfaitement avec la fortune ou la haute naissance de leur auteur, qui sut au surplus, supérieurement froisser les draperies de satin et de velours et mêler Tor des broderies à la lumière fastueuse.

Mais poursuivons. Rubens n'a que vingt-trois ans lorsqu'il part en Italie oii il n'alla, selon Sandrart, que chargé d'une mission par rarchidiic d'Autriche pour le duc de Mantoue, Vincent de Gonzague ; toujours est-il que notre personnage demeure près de huit ans à la cour de ce duc pour lequel il peignit une galerie.

Une anecdote relative à ces débuts : Rubens peint le combat de Turnus etd'Enée. Pour stimuler son génie, il récite à haute voix des vers de Virgile. Vincent de Gonzague entre sur ces entrefaites et parle en latin au peintre qui, à son grand étonnement, lui répond en la même langue avec la plus brillante facilité.

En vérité, A. Carrache, qui prétendait que le peintre ne devait s'exprimer qu'avec son pinceau, eût partagé la surprise du duc, en présence d'une double éloquence qu'il eût peut-être déclarée inutile, tandis que le duc de Mantoue, au contraire, songeait que ce peintre si excellement doublé d'un gentilhomme pouvait le servir autant par son esprit que par son talent.

De là l'origine des missions diplomatiques confiées à Rubens, à Rome, Florence, Rologne, Milan, où l'artiste sut se ressouvenir qu'il n'était qu'embassadeur occasionnel et le prouva en affirmant son génie, entre deux négociations !

Auparavant le célèbre peintre avait été l'envoyé

au «lu.^ un lui ai:ï.l.^»Kiic l'Inlijipo m, lioimeur qui lui valut de faire le porli^il du muiianjue tl de louto> ba cour, »îiU*» préjudice d'ufi buc4-*îs diploluiiliMii^ ^jLcctissmre doul on berail mal aviné d» douter, puib(|ut'. lo duc de liiagance, futur roi d- Puilui^al, supplia un bcign^'ur delacourd K^pagii. d'aiiiener avec Un u l'Auiba^badeur du ducd<î Mau-

loue ») ! '

tu tout cas, les cent uiille piastre» qui rélri huèrent le peintre Hubens, en échange dch ciligK > qu'a peij^uit du roi Philippe et de ?.a Maison ignorèrent l'ambassadeur, à moins qu'ils ue récooipeusa;>sent à la lois Tuu et lautrc.

Il est vrai qu'en échange, le duc de Mantoue méritait le surnom de protecteur des sciences et

des arts.

L'ambassadeur du duc de Mantoue, déférant

donc aux désirs du duc de Bragance, »e rend à Villaviciosa mais avec quel luxe I entouré de

(luelle pompe 1

Au point que, si Ton en croit Descamps, elTra} de la dépense qu'un tel hôte pouvait occasionner, le futur roi de Portugal dépêcha un gentilhomme au-devant de l'artiste, qui n'était plus qu'à une journée de sa cour, ijour le prier de remettre sa visite à UJi autre temps.

Ce contre-ordre s'accompagnait en manière d'excuses de cinquante pistoles p^ur dédomma-

ger Rubens de ses frais et de son temps perdu ; mais la réponse de l'artiste était toute prête : « Je ne suis pas venu peindre, mais pour visiter le duc de Bragance, et m'amuser pendant une semaine à Villavieiosa. Que voulez-vous que je fasse de cinquante pistoles? J'en ai apporté mille pour les dépenser pendant mon séjour ! »

Ce geste de grand seigneur peut être mis en parallèle avec le haussement d'épaules et les mots de suprême dédain décochés plus tard à Abraham Jeanssens, l'un de ses plus acharnés rivaux, qui lui proposait un défi : « Quand vous serez à ma taille, j'accepterai le défi », avait riposté Rubens.

Voici donc Rubens de retour de son voyage d' agrément j mais il va repartir aussitôt; nous en arrivons à l'exécution de la galerie de tableaux dont nous parlâmes, pour le duc de Mantoue.

Et notre héros, converti au calme de ses réflexions artistiques par la beauté des chefs-d'œuvre italiens, prend en dégoût les plaisirs frivoles des cours. Il visite en pèlerin les principales villes de l'Italie et dépose répée d'ambassadeur qui décidément le gêne. Les Titien, les Véronèse les Tiepolo, les Tintoretont aussi des accents d'éloquence qui valent davantage pour le célèbre peintre, que les ambages de la langue diplomatique.

.)()2 LIS ghanda maItreh ne l'art

llii itii iiiof, I artihttî h'alfrancliil d« l'einpnfiiitif familiale et, le « frauc-inaitre de la gloire de saint Luc », titre au iinm (linpicl il <^(ait charge'? de mission, n'existe plu» désormais.

h'autre part, au moment où l'art accapare tellement le génie (lr l'ierre-Paul, survient la mort de sa nW're, Uuhens accourt à Anvers où il n'arrive que pour pliMirer sur un tombeau; sa douleur est immense, son caractère s'imprègne d'une gravité inconnue, et cet homme de luxe, ce rôveur de magnificence, cet évorateur de voluptés parle de se retirer dans une ahhaye !

Fort heureusement un coup de soleil dissipe les nuages noirs sous les traita superbes d'Isabelle Brandt. L'amour entre dans le cœur de celui qui vient d'être sacré peintre de l'archiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas.

(( En vain le prince fait dire à notre amoureux « qu'il ne souffrirait qu'avec peine que Mantoue « enlevât à la Flandre espagnole son précieux ornement » mais, quand Isabelle Brandt lui dit ces simples mots en le regardant avec une naïve tendresse : « Vous partirez? » il demeure. »

Dès ce moment Rubens ne songe plus qu'à parer l'écrin dans lequel il mettra le bijou de ses] rêves ; la richesse de ses visions s'exaspère d'avoir à célébrer la beauté vivante, l'occasion est superbe d'étaler toutes les magnificences.

Nous sommes en 1609, Riibens habite Anvers et, comme son imagination d'artiste embellie par l'amour, réclame un essor de métier, fébrile, ses mains ne suffisent plus.

C'est là l'origine d'une prestigieuse collaboration particulière aux grands génies, le cerveau dicte à des élèves qui, docilement, obéissent de toute la force de leur technique.

L'œuvre est peinte d'après les cartons du maître qui retouche, au point que l'œuvre porte sa marque exclusive. Et le travail chez Rubens s'accompagne d'une extraordinaire fantaisie.

L'Histoire nous dépeint l'artiste « ne saisissant jamais sa palette sans qu'un lecteur ne lui lut deux ou trois auteurs tantôt profanes, tantôt sacrés »; elle nous le montre dormant peu, courant beaucoup à pied ou à cheval, tantôt le monde tantôt les bois, voici enfin, toujours d'après la légende, la description de l'atelier du maître : « c'était un cabinet en rotonde éclairé par en haut, orné de vases de porphyre et d'agate les plus merveilleusement sculptés, de bustes antiques et modernes du plus haut style.

« Toutes les écoles de peinture avaient là leur représentant dans quelque œuvre précieuse. »

C'est cette collection tant enviée des princes, qui fut adjugée au duc de Buckingham pour la somme de soixante mille florins ; Rubens ne s'en

304 LES GBAMtM MaItREA DE i/aRY

dessaisit qu'avr^c un vif ctia^çrin ; il est vrai tju tn retour !«' duc lui vou.i un»- amitié'* inépuisahle...

(Juaiil <i(i reprocfie «i«* ])aro»se qui vient bTnir une production si fc'iconde, nous n»; le partageons pas. S'il est vrai que Rubens emprunta fr/*<|uemnieul pour ses tableaux le concours d'autrui, sa porsonnalit/* toujours dominante se porte j^arante d'une inliiiic contrilnilion (|uo nous voulons trouver suflisante. Au nstc, cela n'est pas la première fois que nous voyons des artistes se faire aider par une élite dont ils demeurent pour ain-i dire le chef d'orchestre.

Si Rubens nous est présenté, en pleine gloire, commandant du haut d'une estrade à ses élèves, cha(|ue élève ayant sa spécialité, il n'en est pas moins vrai que la facture du maître, harmonieusement fondue, apparaît seule, et il nous faut blâmer enlin la détestable jalousie qui dégrada ces élèves, lorsqu'ils osèrent reprocher au mailre de leur cacher le soleil.

A les entendre, ces élèves, sans eux Hubens n'eût été « qu'un pauvre paysagiste, qu'un mauvais peintre de kermesses et un plus mauvais peintre d'animaux ». Qui les crut et qui les croira?

Et d'ailleurs le maître se chargea par lui-même de confondre les ingrats en se montrant, sans leur secours certes, un excellent paysagiste, un peintre de kermesses extraordinaire ;celle qui est

au Louvre fut, dit-on, peinte en un jour!) et un peintre d'animaux remarquable pour Tépoque.

Aussi bieti le génie déconcerte les envieux, et la gloire grandissante de Rubens ne pouvait qu'attiser la haine au cœur des impuissants, lorsque la faveur de la reine Marie de Médicis qui comblait TorgUeil national, réconcilia enfin tout le monde autour du grand homme;

JugeÉ donc, Pierre-Paul était mandé d'urgence à Paris et chargé de décorer la grande galerie du palais du Luxembourg (Musée du Louvre)!

En ce poème épique, Tartiste trouva l'occasion de déployer les multiples désinvoltures de sOn génie. Il y fut étourdissant de verve, allant du roman historique à l'histoire romanesque, mêlant le sacré au profane, le vrai au faux, déployant enfin, à travers des erreurs de goût, les inventions les plus fertiles de sa courtisanerie.

Ce chef-d'œuvre néanmoins, oii l'habileté de la facture, la richesse du décor et Pimagination superbe donnent une impression de vie grandiose et enthousiaste, se rit des subtilités d'un Winckelmann voyant des intentions profanés oh le grand peintre n'a songé qu'à des effets de palette.

Rubens ne mit que deux années pour peindre ces vingt et une toiles éblouissantes^ qu'il exécuta en partie à Anvers et à Paris^ où il devait faire la connaissance du duc de Buckingham.

306 I.KA riRANDH MaItIiKH de i/aRT

Marie <1« McMlicis aimait h. v«*nir voir travaill«T lo peintre do «on (^pofx^e; »a fucilit*^ Hurprenantc. ii la rcnior({iie de radrnirutiun royale, excita bieiilôl relie de toute la cour de France, qui voulut pOî»er devant ce pinreau magique.

Pourlimt huhens devait encore une fois quitter la palette pour reprendre Tépée de rarnhassadfur et maint«'nant, rn pleine splendeur d'intelligence et de vie, ce prince de l'art, aux manières cultivées, peut bien descendre de sou tabouret de à peintre pour lutter un instant de beau langage et de distinction avec les tôtes couronnées.

C'est ce que comprit parfaitement l'infante Isabelle, confiant à Hubens la mission d'aller en Espagne conférer avec le roi sur l^s dangers d'unT guerre plus longue en Brabant.

D'autre part, le roi Charles (*' désireux de voir la bonne intelligence rétablie entre l'Angleterre et l'Espagne, ce fut notre peintre qui, sur les instances du ducde Buckingham, sechargeadecesoin.

Ainsi donc Rubens distribuait à pleines mains la beauté et la concorde indifféremment, et avec quelle déférence l'illustre négociateur était-il reçu !

C'est le roi d'Espagne lui donnant, comme preuve de son contentement, six chevaux andalous, un diamant de prix et la charge de secrétaire du conseil privé avec la survivance de cette charge pour son lils.

C'est le roi Charles V\ pour prouver sa haute estime à cet ambassadeur extraordinaire, lui passant au cou, à l'instant môme, le cordon de son ordre et le créant encore chevalier en plein Parlement !

Néanmoins Velasquez, que Rubens connut au cours de son voyage en Espagne ne dut point regarder d'un œil trop étonné son illustre confrère consentant, ainsi que lui, à sacrifier un instant Texercice de son art à des subtilités de cours, à des révérences, à des courtisaneries, et nous ne verrons Rubens renoncer à la griserie des royales négociations qu'à la mort de sa femme.

Ces coups du sort sont pour notre artiste de cruelles leçons d'humilité. Lui qui peut surmonter tout, égaler tout parce qu'il est riche et génial, doit partager l'affliction des simples mortels

Il est des hommes que la douleur amende; Rubens était de ceux-là. Enfant gâté de la gloire, il devait davantage souffrir des misères d'ici-bas ; aussi la fin de la belle Isabelle Rrandt lui fut-elle des plus pénibles.

En revanche, elle eut le grand mérite de rapprocher davantage Rubens de son art, qu'il ne devait désormais plus quitter.

Le voici enfermé à Anvers, dans cette royale maison peuplée de souvenirs de jeunesse, hantée encore de l'image de celle qui n'est plus et qui

.108 LES CBAND» MAÎTr^feg DE l.'AnT

u Hf" tout son ninotir viviinl, irnmorlnli^i* i»n Uni

Aiisfi, ijhaîkI nouR ns^i^totiB an ninriAge il«» Hnl»*»ns, (Iftux nnf* «pr^» «on clfuil, avpc HélAne Founiiant, no faut-il voir dans celte union que le besoin ilinstallerà nouveau la honwUi à «on chev»*t. (jar H<^l^n(î est belle, et ses seize années, assof^iées i{ I «A lie déjà \\\ÙT du r;élf»bn^ peintre, semblent plutôt céder ;\ la gloire du mari qu'à une passion véritable, tandis que l'âg»* priiilnnier de In belle apporte à celui qui le cueille I bonniiage dun renouveau plutôt id<%l.

Il était d'ailleurs dans le« destinées de cette seconde épouse de poser à son mari toutes ses vier^f s et de se consoler en secondes noces, lorsque celui qui l'avait virginalement poétisée, aur^^it rendu l'àme.

Mais en attendant la fatale écbéance. huben< qu'une passagère infidélité à sa palette ram^n^• à La Haye pour le compte de rarcbiduchejse. travaille à de vastes compositions allégoriquis que le roi Charles I"" lui avait commandées pour la salle des banquets de White-Hall.

Aussitôt expédiées à Londres, ces toiles font place à d'autres aussi importantes, comme le Crucifiement de ^aint Pierre^ sans compter les portraits, les paysages, des dessins de chars et d'arcs de triomphe pour des entrées princières.

Quelle extraordinaire production! Quelle opulence et quelle diversité dans le génie ! Et aussi quelle exubérante santé dans cette expression de nature saine, capiteuse et plantureuse!

Rubens a touché à tous les sujets avec un magistral entendement du pittoresque et du brio de la nature, s'il ne s'est point toutefois préoccupé excessivement de la qualité essentielle du sentiment réservé à chaque représentation.

Son œuvre ^st d'une puissance singulière, d'une « pâte » particulièrement grasse, croustillante, dorée et d'une luminosité de touche bien caractéristique; aussi bien, en terminant, nous résumerons les étapes de cet œuvre suivant la classification de l'Histoire.

Première étape avant l'influence italienne : la Pie ta ^ le Christ mort sur les genoux du Père Eternel.

Période italienne : Erection de la Croix^ sainte Trinité^ sainte Hélène^ Transfiguration (Musée de Nancy).

Période où Rubens retourne à Anvers et avant son second mariage, période oii le génie du maître arrive à son apogée : Visitation de la Vierge^ Adoration des Mages (Musée d'Anvers), Erection de la Croix, Descente de la Croix, Pêche miraculeuse , Kermesse (Musée du Louvre), etc.

Dernière période enfin : Crucifiement de saint

♦'^1'^ » R« (;nA\r)« MAlrnKit hf i.'art

lUrrrrJcs Ihurrury ilr In (iitrrrr,fic.^ P^^^n OÙ N'S admirahirs (|iialilrs du c^Utlro, peintre ro maintioniicnt m j>r<*iiant pciit-iHre plus de (,'rârc.

lUihéiis, frappr^ de la goiitto, mourut à Anvers k l'A^M' de soixante-deux ans et onze moi», le 30 mai lOfO, laissante son fils et à sa fille nn nom f^lorieux et une grande fortune.

Parmi le ^^rand nombre d'élèves formés par ce maître citons : J. Jordaens, Van Egraont, Van (jyck, Simon de Vos, les deuxTéniers, sans ouhlif-r les graveurs Pontius et Holswert, qu'il entraina dans sa manière grasse et lumineuse.

On ne peut mieux préluder à l'histoire de Van Dyck qu'en contant l'anecdote suivante :

Dès que Rubens avait tourné les talons, son domestique livrait l'atelier du maître à l'indiscrétion des élèves, et voici ce qu'un jour il résulta de l'empressement de ceux-ci à contempler la fameuse Descente de Croix.

Tous voulaient voir à la fois l'œuvre en cours d'exécution, tant et si bien que l'un deux, en tombant auprès de la toile, effaça avec sa manche le bras de la Madeleine, le menton et une joue de la Vierge...

Consternation générale, Comment avouer le méfait à Rubens? Comment le lui cacher?

C'est alors qu'élu par le suffrage de ses collègues. Van Dyck dut, tout tremblant d'horreur et de crainte, réparer le dommage. Et il s'en acquitta si parfaitement, nous dit-on, que non seulement Rubens ne s'aperçut point immédiatement de cette « collaboration » imprévue, mais qu'il s'adressa des compliments, au contraire, sur la réussite des parties retouchées.

•'^*^ I KH GflANbA MaItIIES DE 1

Opciid.iiit, ap^^s plu» amp!#» pxam«-ii, la su pif rrheiic fui (l^'v.ul.'.e, Van I))ck fi'licilé cl, i\i's lors priK l'u allrcliori par son rnailrf. dont il «Ji-vint iauxiliair»' lav(»ri.

Il y a id.nlih'. ,.,1 cliia entn; Ituhrji?, .-1 Van Dyck, l>i.n(jur ce dcrnior maître ait montK* en son 'l'UviT un -oi^t [dii^ délira! sinon une majesté l'Iiis hautain»?.

A propos de l{ubens, Heynolds n Vt-il pas dit « qu'il était envoyé du ri<»| pour appr^ndr** aux hommes l'art de peindre»?

l'.t l'aulnir de /a Descente de Croix stimulait d.' la sorte ses élèves lorsqu'ils s'employai.-nt à ses oHivres : « Allez, n'oubliez pas que le'disciple qui peint mal accuse son maître. »

Or la légende ment sans doute encore, lorsqu'elle prétend que Hubens, contrairement à la v.Tsion précédente, efTaça la retouche de Van l>yck et lui ordonna de voyager, car, si l'on peut admettre que Rubens fut jaloux de son élève, il Il y a pas de plus parfait hommage à rendre à ce dernier, et Hubens, diplomate achevé, se fût bien };ardé de laisser percer son ressentiment.

D ailleurs, il nous revient que si le maître manifesta de la jalousie à Tégard de l'élève, l'amour de Van Dyck pour Isabelle Brandt en fut seul la cause vraisemblable, mais n'anticipons point.

De toute manière, Rubens demeure le créateur,

Van Dvctc 3i$

l'initiateur de Van Dyck, apôtre passionné en qui revit excellemment le génie du maître, ce génie qu'il ne cesse de servir avec dévotion sans toutefois sacrifier à l'art flamand, auquel préside Rubens, une parcelle de sa distinction, de son aristocratique flamme. ;*

Sur ce terrain, effectivement, les deux maîtres se séparent; à Rubens seul demeurent les créatures aux chairs opulentes, aux lourdeurs de graisse eia place de grâce, ces maritornes tra|> pleines de santé qui sont l'idéal de ce pinceau exubérant.

Tandis que Rubens s'attarde à l'office oii il ohoiçit ses modèles, c'est dans les salons que Ya% Dyck prend les siens, la distinction est subtile.

Mais. Rubens est plus décorateur, davantage Imaginatif que Van Dyck, ainsi s'excuse la fantaisie outrancière de ses formes féminines, voluptueuses jusqu'à l'indigestion. Au surplus, malgré tes difcV férences qui séparent l'initiateur de l'iiiitié, eonstatous que Van Dyck n'est qu'après Rubens le plus grand peintre de l'école flamande.

ApprofoiiéijSsons maintenant, davantage, ces diifférences.

Si l'on remarque chez Van Dyck une réserve qui contraste singulièrement avec la fougue de son maître, cette réserve vient de son génie moins vaste autant que de la mesure plus délicate de son style.

ni 4 LES GRANDft MAÎTHRll DE i/aIIT

L(» portniitihli! «I«'s grands Heignciirs «•! don f^runiics liâmes seiiiMc J'uiilrc pari, pliiH intiriii<J/; qu'andacicMix; h cela il K^ignc une patience favoral)l<' il la facture moins désinvolte.

Au surplus une simplicité d'exécution sin^MjJi^renit'iil IhIIc r»''poiid ;i la majesté off^ueilleuse de ses modi'les, c'est !»• dessin plus nolde, d'une exti^'uie finesse (|ui sert leur allure hautaine, et lors(ju'il peindra des scènes reli|^ieuses, Van I)vck ne manijuera pas de les voiler d'une teinte de mélancolie, alinde s'adapter pareillementà leur esprit.

Bref, on a dit fort justement que Van Dyck n'avait été que « le Vir^ili' de Huliens : moins de génie et plus de charme, moins de j^ran*liosité et plus de noblesse, moins enthousiaste et plus parfait. »

Antoine Van Dyck, peintre et graveur flamand, naquit à Anvers en 1599.

Son père était peintre sur verre et sa mère excellait à broder au petit point. «Le futur artiste eut d'abord son père pour maître, mais c'est Van Balen auquel revient plutôt l'honneur de l'initiation première, étant donné la décadence du vitrail à cette époque qui laisse supposer que le père ne voulut point entraîner le fils dans la débâcle de son métier.

On prétend même que c'est au gain de la brodeuse plutôt qu'aux ressources du peintre verrier que le jeune Van Dyck dut l'avantage de pouvoi.

entreprendre ses études d'art. La légende est jolie de cette mère préparant la voie lumineuse de son fils, servant dévotement son don à la faveur de son aiguille de fée.

Mais voici Tenfant chez Henri Van Balen, il n'a que dix ans, et déjà son maître applaudit à ses facilités qui ne feront que croître, puisque neuf années plus tard, nous relevons son nom parmi les peintres anversois.

Le bénéfice d'ailleurs de ces progrès rapides ne revient point à Balen; Antoine a vu des tableaux de Rubens et, dès lors, son parti est pris d aller demander au peintre de son jeune enthousiasme les conseils définitifs.

Certes, le premier maître était nourri des meilleures traditions, son érudition, au surplus, n'était point à dédaigner; mais il ne s'agissait point pour notre héros, d'être seulement un disciple attentif i et zélé, il rêvait davantage à travers cet orgueil légitime dont héritent seuls les génies.

Aussi Rubens avait-il été une révélation pour le jeune homme, et dès lors, le véritable initiateur de Van Dyck éclipsa soudain Van Balen, l'élève ingrat de ce dernier petit maître acceptant même la pensée d'être le disciple atténué, amoindri, d'un grand maître comme le peintre de la Des^ cente de Croix.

Et voilà presque aussitôt Van Dyck mêlant son

316 Lr.n chandu maIthrk dk i.'art

pinronii A (cliii de I^iihcns, exécutant rnAmo prcscpift en entier des pn^es que le maître sig^nait après quelques rares reloiirlies.

L'anecdote (jur- nous contâmes en notre d^^'hut. avait diacide de rJKjnnenrde cette collalmration et, (juîint à la pr«''ten(ine jalousie du niaitro vis-à-vis de lVdève,nous «ontinuerons îi la <ié«lai^ner, et mAme s'il est vrai que la beauté d'Isabelle Brandt fut un instant le motif (Tim (jueironque ressentiment entre les deux artistes, il est certain qu'ils ne se séparèrent (jiT.iprès s'être donné l'accolade confraternelle.

Aussi bien V.in Dyck ti-moi^^na-t-il de son amitié la pluscbaleureuse à son maître,, en lui offrant, avant son départ pour l'Italie, le portrait amoureusement caressé de celle qu'il aimait, ainsi que son Ecce Homo etun C/irist au jarc/in des Oliviers, tandis qu'en revanche Rubens attirait l'attention de ses visiteurs et de ses amis, de préférence sur l'admirable portrait d'Isabelle Brandt.

En échange de ses chefs-d'œuvre, voici ce que Rubens aurait dit à Van Dyck : « Si vous n'allie/ pas voyager, je vous conduirais dans mon cabinet et je vous dirais : Choisissez.

« Mais à quoi bon vous donner des tableaux, puisque vous allez en Italie le pays des chefsd'œuvre; j'aime miçux vous offrir le meilleur cheval de mon écurie. »

PORTRAIT I>£S ENFANTS Dil CHARLES l^^ par V..x Dyck. [Musée du "Ecuvre.)

Brftf, Van Pyck part en Italie (i62i); cent amis joints à ses père et mère l'accompagnent sur la route, et lorsqu'il a, au galop de sa monture perdu de vue la flèche de la cathédrale d'Anvers, il s'écrie : « Moi aussi je ferai ma Descente de Croix! »

Hélas ! notre artiste comptait sans les hasards de l'amour dont il était aussi fervent que d'art, et une jolie légende nous le montre soudain épris des beaux yeux d'une servante I

La rencontre a lieu à deux heures à peine d'Anvers; Yan Dyck, qui ne songeait qu'^ se désaltérer, dut aussi céder au charme de celle qui avait étanché sa soif et, son cheval aussitôt à l'écurie, l'artiste renonce à son long voyage.

Van Dyck avait trouvé dans cette servante l'idéal qu'il cherchait, et point n'était besoin maintenant d'aller consulter les femmes de Raphaël et de Titien.

Voici donc Van Dyck installé dans la famille de sa maîtresse dont les parents sont meuniers, au pays de Saventhem oii l'idylle se déroule.

Mais l'idéal du célèbre peintre ne pouvait se borner à l'amour d'une belle fille, il lui fallait aussi sacrifier à l'art qu'elle avait inspiré, et ce fut d'abord un tableau religieux brossé pour l'église du lieu, intitulé la Famille de la Vierge qui célébra à la fois ses deux passions.

.118 I.KS r.llAMih MaItIIEH IiE i/aIIT

/>// lùiinillf ih- la Virrf/r n'était ni plun ni moins que 1«' j>ortrait «l<* na maitrehse et de »«?s vieux parents Puis, comme l'aimée voulait offrira Dien une aiiliM' «jmivh', on PXf)iation sans doute de nc^ tendresses, h' )rinn* Van I)vek [>ei^nit encore un s(ii/(f Martin (hniunnl ht fiuntià de son inanleatt nu ji(iurr(\ où il î?e représenta sous les IrM'" du saint.

Mais, la nouvel le s était Mentot répandue auv alentours qu'un peintre de talent faisait à la foi les beaux jouis d une hell»^ amoureuse et de l'art

Hubens, pressentant qu'il ne pouvait s'agir qn de Van Dyck puisque le mot de chef-d'n'uvi courait sur toutes les lèvres, sauta aussitôt en selle pour se rendre à Saventhem.

Or, \ quelques pas avant d'entrer dans le village, le célèbre peintre reconnut le bennissement du cbeval qu'il avait offert à son élève et, dès lorplus de doute, l'artiste dont la renommée s'était fait Técho était bien celui qu'il soupçonnait.

D'ailleurs, voici le tableau vivant qui s'otTrit ensuite à sa vue : Van Dyck amoureusement couché aux pieds d'une créature charmante, sur les marches d'un moulin.

« Je croyais,. dit Kubens, en souriant au galant que vous vous seriez désormais passé de raaitre>

« Et Raphaël, et Titien et Michel-Auge, et Home et Florence et Venise?»

Alors Van Dyck après avoir embrassé Rubens, s arracha à l'amour de sa maîtresse et reprit son chemin vers Gênes...

Rupture brève et plutôt détestable d'ingratitude, dont nous laissons à la légende tout le poids, afin de ne pas nous attendrir en dehors de notre artiste...

Cependant qu'il chevauche maintenant, Van Dyck doit pourtant regretter un instant le visage délicat de la petite servante abandonnée, dans le cadre délectable oii il passa tant de jours heureux, et le hangar modeste qui, à la façon de Rembrandt, lui servit d'atelier. Mais hast! que faisait parmi les campagnards un gentilhomme d'aussi belles manières !

Pauvre petite servante!

Bref, après Gênes (1628), Van Dyck va'à Rome, et l'on dit même que l'écho de sa renommée s'étant répandu jusqu'en Angleterre, il aurait été auparavant dans ce pays oii il fut attaché au service de Jacques P^

Toujours est-il qu'à Rome notre artiste fait le îiortrait du cardinal Bentivoglio, aujourd'hui au palais Pitti, et qu'à Florence l'église de Monte- Cavallo possède de ce peintre une Adoration des Mages et une Ascension admirables.

Mais lorsque les artistes flamands résidant en Italie, virent arriver Van Dyck, eux dont le talent

:ja() I.E» CflANDS MAlTflKH I»F I.'aMT

s'élail miilinA au contact de» llaliciiM, ils wî rnoii- Irèn'nl nMViis/îs de voir ri^nnUre en toute s|»l»n- (lrurl:i IniiriM» lumin*Mi>e «-t hir^o <1<* hnl.enh.

t*Hsse oncoiMi f)Our nn lîn^»^ns nnuiindri. mais \in Tioiivoan I{iilM*ns !

Au n'Hle, l«s génies seuls résistent à rinilupuc*» des autres génies et Van Dyek avait ajouté à »on maître au point de n'y guftre ressembler, et cet accommodement original lui était donc cause de la haine des copistes, de ceux qui avaient troqué leur propre personnalité pour la vogue d'un autre.

Van Dyck, d'ailleurs, en résistant à la vie désordonnée de ses collègues, avait ajouté à leur» griefs, et il dut In.'ntôt quitter l'Italie pour la Sicile où, dans le r^Mncillement, il exécuta le b«-au portrait de Philippe »le Savoie.

Puis retour à Palermeet départ pour Marseille, Aix et Paris, avant de rentrer en Flandre où, malgré qu'il ait l'honneur d'écrire son nom en majestueux caractères sur les tables de la corporation de Saint-Luc, Thostilité de ses compatriotes italianisés se manifeste do plus belle à son égard.

Même, cette hostilité de professionnelle qu'elle était, s'étend jusqu'à la clientèle...

Les chanoines de Courlray cependant auraient voulu essayer, dit-on, le talent de celui que l'on calomniait peut-être, et leur non clairvoyanc IdiiUil donner raison aux détracteurs du peintre.

VAN mcK 321

« Quel barbouillage ! s'écrièrept les religieux, en voyant le Christ en Croix que Van Dyck av^ii peint pour eux,

Mais l'artiste avait foi en son génie et, nialgré le conseil éclairé d'un brave menuisier, qui consolait l'auteur du Christ en lui faisant observer que la toile ainsi abîmée pourrait être employée à faire des paravents, Van Dyck insista avec fierté sur le respect dû à son œuvre qu'il interdit de décrocher.

Puis, au lendemain, il se rend chez les chanoines et leur déclare qu'ils ont mal vu soji tableau.

Résistance des chanoines qui payent l'œuvre avec 'la plus mauvaise grâce et ne veulent plus en entendre parler...

Fort heureusement des amateurs de passage à Courlray vinrent rendre justice au Christ en Croix avec un tel enthousiasme que la foule s'en étnut et fit chorus avec les admirateurs du chef-d'œuvre.

Ce qu'entendant, les chanoines traités d'ignorants, voulurent réparer leur bévue et après en avoir délibéré, ils convinrent de solliciter à nouveau le pinceau de Van Dyck qui leur répondit ; « Vous avez assez de barbouilleurs dans Gourtiay et aux environs; pour moi, j'ai pris la résolution de ne peindre désormais que pour des hommes et non pour des ânes. »

322 Lfcft «.liAMF^ HAÏTUKh lit', i AllT

Van Dyck n'i'iit jamais d'ailIcMjrh à »c louer <lfs commiiiiaiilés religieiiKes. Ainsi, uyant peint un sfiuif Au(/iistin pour les Augiislins d'Anverh, quand il sa^nl tle le payer, ils lui déclarèrent qu'il avait iiiiil liahillé leur saint, qu'ils le voulaient vêtu de noir et non vôtu de blanc.

L'artiste, dans l'espoir d'iHre payé, clian^'ea riiabit du saint; mais les religieux lui dirent alors qu'ils n'avairiit [)lus d'argent. •« Cependant, hasarda tiniidenicut 1 un d'eux, si vous nous donne/ un Christ de votre main, nous trouverons de quoi vous payer le NY^/// Am/ustin ».

Van l)yck leur donna le Christ pour être pavé du saint!

Aussi hion, le succès du grand peintre llamand ne devait point encore être triomphal, puisque malgré tant d'autres pérégrinations à Londres, à La Haye, à Paris, il ne rencontra point l'admiration qu'il sollicitait. En dépit même de la réception du prince d'Orange à La Haye qui lui avait fait peindre plus de vingt portraits de princes et princesses de la cour, malgré la fortune qu'il amassait, paraît-il, avec plus d'àpreté au gain que d'amour de l'art, son génie ne s'était pas imposé.

Au point que de retour à Anvers, ce fut encore pour des religieux qu'il s'employa. Mais cette fois pour des religieux de l'ordre des Capucins, plus

Van DYdK 3^3

hospitaliers et plus généreux que les précédents Augustins.

Passons rapidement ensuite, sur la légende douteuse d*un mariage refusé par l'artiste avec la fîlle aînée de Rubens, sous prétexte que VanDyck aimait encore passionnément la mère de cette jeune fille... et aboutissons à la gloire enfin consacrée de notre héros.

Ce sont les portraits exécutés à La Haye pour le prince d'Orange qui vont chanter cette gloire en Angleterre.

Pourtant, malgré que Charles 1", enthousiaste du talent de Van Dyck, lui dépêche un ambassadeur pour l'attirer à la cour de Londres, notre peintre demande à rétléchir, tant il garde d'amertume de son premier séjour en Grande-Bretagne.

Puis bientôt, cédant aux sollicitations du chevalier Digby, l'artiste part pour Londres et se présente au roi.

Accueil déférent et gracieux de la part du monarque. Il le crée chevalier du Bain après lui avoir donné son portrait enrichi de diamants et, tout comme Rubens, Van Dyck est assuré d'une pension considérable, somptueusement logé au palais du roi qui taxe lui-même le prix des portraits que toute sa cour avec lui en tête, vont commander au célèbre peintre.

Cent livres sterling pour les portraits en pied

3Î4 I P^ r.iiANDH maItiiks nf. i/aut

ol ciiu|uant<' livres ulerlinjir pour U*» porlraith k micorph. Mais il s<Tîiil injnslr», nvaiil <Jo rorilimiir à (l«''pfiiHlr«' ^«îlto lifiinî <i*apolhiîo«o, de ne poinl \\\vv. un iikjI «le^ porlrails de» prinripaiii arliitt'îi ainatt'iirs «l lilli^raleurs <|uo noire arlisle exT-ciita dans son pays, (^o» eHinies sornptin;u»e«, paruos sous le nom des Ckfii /jortrailë, sont imuwftalis(M's par la ^Maviiro dos arlisln» 1«& plus célèbres, aux(|U(ils Van Dyck avait donné rexenipi»; par «les plan<îlies supi;ri<'ur<'8.

Les portraits encore. <i<' hninrois de Muncade, du duc Wolfyancj de Nenhounf, de Van derCteeit, àWntoine Trient, etc., valent dV*lre placés en t«Mtî du trininplie du grand peintre llamand pour 1 avoir certuinement contribué à la pureté de ce \ triompbe.

Néanmoins, il faut rendre à rAn«:leterre l'Iionneur d avoir particulièrement classé notre génie, de l'avoir placé en le cadre qu'il méritait, de lui avoir donné la fortune en échange de son art.

Tout ce qui fut beau et eut un nom en Angleterre, délila devant le pinceau de Van Dyck, et la familiarité intime dont l'honora au surplus Charles l", semble l'avoir largement indemnisé des longs déboires du début.

Van Dyck dépense dès lors sans compter, il coûte au roi plus cher qu'un premier ministre, il dore tout ce qu'il touche, maîtresses aussi bienque

LA VIERGE AUX DONATEURS, Par Van Dyck.

« varlets », et son ami le duc de Buckingham l'entraîne encore vers la folie qui le ruine.

Voulez-vous une idée des goûts dispendieux du grand artiste flamand? Ecoutez cette anecdote : (( Un jour que Charles V posait devant son peintre (peut-être pour cet admirable portrait que la gravure a immortalisé), le roi, qui venait de parler au duc de Norfolk du mauvais état de ses finances, se tourna vers Van Dyck et lui dit en riant : « Et vous, chevalier, savez vous ce que c'est que d'avoir besoin de cinq ou six mille guinées? — Oui, oui, sire; un artiste qui tient table ouverte à ses amis et bourse ouverte à ses maîtresses ne sent que trop souvent le vide de son cofîre-fort. »

Et cette autre histoire édifiera le lecteur sur l'art souvent intéressé du grand maître.

« La reine Marguerite de Bourbon, fille de Henri IV, posait un jour devant Dyck. Comme il s'arrêtait longtemps au mains de la princesse (il excellait à peindre les extrémités), elle lui demanda d'un air enjoué pourquoi il caressait plus ses mains que sa tête: « Madame, dit-il, c'est que j'espère de ces belles mains une récompense digne de celle qui les porte . , »

Et l'on surenchérit enfin sur ce défaut, auquel nous n'accordons par avance qu'un crédit limité, en citant cet autre mot du grand peintre, à qui l'on reprochait de peindre à quarante ans plus né-

3^fl LES ouandk MAtmn »e l'akt

gligiMiuiiPnt (prh vin^t : • AutrpfoiH, r^^poniiit-il, j'ai travaill<^ jxmr rnn ronomm^*»». anjounlhiii je IravAill»' pour inn fnrhino. »»

\\\h%\ hion on nt* pr^tf» qu'aux riche» ol nous toiirhon» h la niinoHe notre peintre prodi^Mie, let racontars (lAsavantafr«»uK vont «lonc cesser. Noui avons dit <|ui' le duc; de Hnikin^linni avait tdl» ment entiaîin' son ami dans les d<'pen»es qu'il avait eu enfin raison d<* sa fortune.

Voici maintenant comment \<' duc r^^para ses torts viR-h-vis du grand peintre : il !•• maria h ! lille d'un sei^^neur écossais, lord Hutlivi'u qui tie lui apporlant en dot que sa beauté, eut au ini>ins l'avantage de faire rei\oncer Van Dyck à «< ^ coûteuses maîtresses.

Quelques jours apr^s cette union, Van Dyck, désireux de retourner vers la terre natale n^alise en hâte les débris de son ancienne opulence et demeure un moment à Anvers, juste le temps de se convaincre de la résistance de sa patrie à son génie.

Sous le rapport de la majesté autant que sous ceux du style et de l'exécution. Van Dyck n'a rien de flamand, il vient pour la dernière fois d'en faire la cruelle expérience et, en France où il retourne à nouveau, l'accueil est aussi froid.

Il se proposait de peindre la galerie du Lourre pour établir sa fortune, mais Le Sueur Ta devancé

en cette tâche ; force lui est donc de reprendre le chemin de l'Angleterre où là, tout au moins, il retrouvera de chaudes amitiés ; mais hélas, là encore une pénible déception s'ajoute aux précédentes : la révolution a dispersé la famille royale !

C'en est trop, sans sève ni courage malgré sa jeunesse — il vient d'avoir quarante ans — la maladie a aussitôt barre sur ce corps désabusé, sur cette âme désanchantée, d'autant que l'unique fille que lui avait donné sa femme vient de mourir en bas âge...

Aussitôt que Charles I" apprend les souffrances de son peintre, qu'il n'avait jamais cessé d'affectionner, malgré sa soif de l'or et ses prodigalités, il promet trois-cents guinées à son médecin s'il guérissait Van Dyck.

Mais les rois tout comme les génies sont mortels et rien ne put arrêter l'élan de la mort à laquelle succomba le célèbre peintre flamand en 1641 à Blackfriars près de Londres.

On dit que ce génie, frappé en pleine gloire à l'âge de quarante-deux ans, mourut sans trop de regrets, après n'avoir formulé qu'un désir : celui de reposer dans la terre à côté de sa fillette chérie.

Nous terminerons cette notice par Ténumération des principales pages dues à ce grand maître.

Voici à Anvers, le Portement de Croix (Saint-

.TiH I.KS GMANI)^ MaItHE» DE I/aUT

Paiilj, le Christ au totnhrnu^ le Christ en Croty i»t le Christ (if'fiosé de la Croix (Mutée <4*Anvcîrn). Voici iï Bruxelles : le Martyre de saint Pierre, Stlène ivre, saint Antoine de l*adone;k hrii^e«4 : une Sainte ratjiille^hu Miiséo du Louvre, la Virrçr et rEn/(intJa Virrge aux donateurs, le C/tri^f pleuré par la Vierge et par les Anges^ Vénus demandant df's armes à Vnlcuin pour Énée, llrnaud et Ar niide, le portrait de (^liarles !*'« ceux des enfants de ce prince, du duc de Hichmond. du pr/'sid»»!!! Hichnrdot^ de Vaii Dyck lui-iit^nie, à la Naliuiial Gallor\ , les portraits dt* I{ub»*ns,de Charles I*\ dt* Buckin^liam, de Marguerite Lemon, inaîtresse du peintre, etc.

Au résumé, il faut saluer chez VanDy<k la fraîcheur admirable de sa facture ^uuple et bellement finie, cette facture due cerlairiemefil à l habileté, source de la rapidité d'exécution dont il était coulumier.

Elégant, noble et distingué, Van Dyck, surtout dans le portrait, a fait preuve d'un génie supérieur; il ferme le cycle des grands peintres de son pays épuisé, semble-t-il, en enfants sublimes.

On range volontiers Jordaens parmi les élèves de Rubens, bien qu'il n'ait jamais reçu que des conseils de ce maître ; mais aussi la facture de Jordaens, qui possède un si grand nombre des qualités de Rubens, a beaucoup contribué à cette hypothèse.

Même pâte dorée et grasse, pareille exubérance de formes, mais encore ' — combien Jordaens exagère les défauts de Rubens!

Combien son génie est lourd et son esprit pesant! Aussi bien faut-il dire que si Rubens exerça une grande influence sur son ami Jordaens, jamais ce dernier ne put saisir la grandeur dramatique de l'auteur de la Descente de Croix ^ point davantage qu'il ne s'assimila la majesté décorative du peintre de l'Histoire de la reine Marie de Médicis.

Au poitit de vue de la couleur, encore, si toutefois cette couleur est appliquée avec une virtuosité similaire, Jordaens est loin de celle de Rubens, de telle soite que le plaisir d'admirer en l'un de

n^n î.F.H r,nAND« maItrkii db i.'aut

ces maîtres ce que Ton ne peut admirer chez l'autre, nous offre eneon* iiin' foi» de pIuH un attrait varié, à divers sommets de beauté, keulenient.

Kl Jonlaens n'a point les mAmes pr<5tentions

(jllf IÎIiIm'II^.

Jordaens, en matière de peinture reli^'i«*use, est un prodigieux païen ; ses Sativités^ ses Af/or/ttions des berfjers ne sont autres que des pri'-textes à célébrer des luxuriances charnelles vaguement groupées selon la tradition, et, dans l'allégorie historique notre peintre montre plutôt une superbe magnilicence sans rechercher ni reconslitu- j lion ni vraisemblance. *

Point de sentiment caractéristique dans ces pages adornées seulement d'un titre pour rire qui. dans les sujets mythologiques, trouvent plutôt leur prétexte à déborder de sensualité et de fougue.

Car Jordaens est l'apôtre de la santé et du rire gras, ses personnages sont émerillonnés et complaisamment offerts à la brutale caresse des veux: ils s'épanouissent franchement en des nus dont ils ne laissent rien à deviner et, lorsqu'ils sont habillés, ces personnages, ils le sont si peu pour nous plaire et nous amuser!

Ah ! les femmes de Jordaens sont bien sœurs de celles de Rubens par les décolletés truculents et

JÔRDAENS 3âl

les massivités plantureuses et, voyez combien elles revivent sous le pinceau de notre peintre moderne F. Roybet, ces carnations opulentes !

Certes le bon goût est souvent choqué dans ces représentations souvent vulgaires, offertes simplement en ragoût à la palette la plus séduite qu'il soit par le «morceau», mais cela est tellement bien peint et si parfaitement vrai!

Aussi, dans cet œuvre oij la conviction idéale est nulle, malgré de fréquentes visées emphatiques qui ne laissent guère d'illusion, ne doit-on retenir que la qualité essentielle : sa vitalité.

Cette vitalité qui déborde dans les scènes de famille, dans les dîners où les mets et victuailles sollicitent les robustes appétits des convives aussi appétissants, dans les concerts où tout le monde chante et rit, où les enfants sont des colosses déjà épanouis, parmi les fleurs et les brocs d'où la bière coule en mousse.

Tout Jordaens est dans cette dernière expression rabelaisienne qui nous montrev des Flamandes pur sang, aux cheveux de miel, aux chairs rosées qui font éclater leurs corsages, et Ton sent que l'artiste en ses libations dont la propre femme, Catherine, n'est pas le moindre ornement affriolant, trouve ici seulement la liberté d'épanchement qui sied à son caractère joyeux et insouciant.

On aime à évoquer la silhouette rebondie de

f)1î f.RA CnANDfl MAlTfIfbi l)F. I.'aIIT

.lordacns au travail, enfantant du bout (1 un |iinc<;iiii oncliH'ux, citar^» i\v pAlu grsB^o, i^e^ créi^ tnr(>s aux atmirh pruvocanth.

Il n le iîoiirire aux Icvrch, lu {lipc; au ccig ^jc lit Ixiuclitj et ses joueti hont enipourprértî d'avoir vide'' une dernière chope apn-s l)iep d^s pn'^c^*d('nles,entroclia({U(M'ri adniiralifque lui arracln'la beauté luxuriant*» d'un»? « pay>>»î »* dont il scrute lc8 traits, donl il nol»* lus capil<>u> f'i 1*"^ houiTi*lets de la chair complaisante.

Dans le tourbillon dr la facture, la visioi^ voluptueuse précise ses bosses et accentue sîj yie ; un instant on croit à la forme et au modelé mystérieux, mais cria n est que h* mirage de la fumée de la pipe impassible entre les lèvres du peintre flamand au sourire serein.

Car Jordaens, répétons-le, est un peintre de « morceaux »; son triomphe est plulûl subordonné à l'excellence de la facture, et notre pensée doit s'arrêter à ce qu'elle voit, suffiiiamment édiliée.

Devant le spectacle banal d'un repas faniilial où Ton chante bourgeoisement, la bouche pleine, au dessert, on ne peut rêver au delà du plaisir que tous ces bons vivants vous causent et que l'on ne demande qu'à partager.

Au surplus il serait déplorable d'admirer au delà des prévisions du peintre dont léloquencq est claire, franche et nette.

A l'égal des peuples heureux, Jordaens n'a pas d'histoire; du moins la légende semble-t-elle décontenancée par ce visage épanoui, par cette existence dorée, par ce bon garçon de peintre enfin, qui mit tout son esprit sans façon dans son œuvre.

On nous dit que sa vie fut parfaitement régulière et ce simple renseignement suffit à ponctuer cet art sans incident, aux progrès sans heurts, aux résultats joviaux.

Jacob Jordaens naquit à Anvers en 1593, il entra à l'atelier d'Adam Van Noort, dont il épousa la fille.

Van Noort, qui avait donné également des leçons à Rubens, devait subir plus tard l'influence de ses élèves, si loin même, a-t-on dit, que plusieurs de ses tableaux ont été donnés sous leur nom.

Dispensons-nous, donc, de sanctionner par la formule d'usage le triomphe rapide de notre peintre sur son premier éducateur puisque Jordaens, avec Rubens, fut singulièrement le maître de son maître.

Aussi bien Rubens devait enseigner à son ami Jordaens, par l'exemple, ce métier pour lequel il était né, dans une communauté d'exubérance. Et, si Rubens devait dominer son ami et quasi-disciple par la distinction, cette (Jistinctioa dont

334 l.EH GHANDH MaItHES DR l.*AHT

son <^lov(; Van Dyck détacha définitiveiiicnt la 8up^riorit«'*, il iinporlo de louerez»» diver8*;s m**ntalilés, cliacniic h loAir tour, sans jamais qu'on les oppose pour les auioiinJrir«*ntre (îII«*s, puisrju'tHIcs nous servent une satisfaction dilTérente.

Bn*f, Jordaens débute comme peintr»* a la d<'tremp«* et nous le voyons admis h l'Académie de Saint-Luc en 1()16.

Si Van Dyck, en sa manière, est totalement affranchi de l'c^cole flamande, on peut supposer que cela résulta de ses voyages en Italie, qui lui conseillèrent sa liberté d'expression et finalement éclairèrent sa personnalité; mais, pour Jordaens, sa facture nettement flamande provient de ce qu'il ne visita point l'Italie, hypnotisé qu'il semble avoir été par le moyen de Rubens, dont il ne chercha jamais à se dégager.

Jordaens n'a vu que des femmes flamandes: il ignora la sveltesse des formes italiennes et, par là même, sa Vénus est obèse.

Pourtant on aperçoit l'artiste en Suède, mais la robustesse de ces filles Scandinaves ne le change guère de celles de chez lui, et les tableaux qu'il brosse pour le roi de Suède ne se départissent point de leur vision riche et replète, point davantage d'ailleurs, que les toiles-dont il décora la célèbre Maison du Bois, mandé qu'il était à La Haye, en 1652, par la princesse Amélie de Solm.

C'est pour cette princesse que Jordaens a peint son ouvrage capital : le Triomphe^ allégorie de Frédéric Henri de Nassau, et c'est là aussi qu'il aflirma son magistral entêtement à traduire la nature à la remorque de Rubens, avec cependant le parfum de terroir qui lui était propre, puisqu'il n'en connaissait point d'autre.

Entre temps notre artiste travaillait pour les tapissiers bruxellois, exécutant aussi avec l'aide du peintre animalier Fyt de magnifiques cartons pour tentures oii des scènes de cbasses alternaient avec des natures mortes.

Mais insistons sur la beauté caractéristique des œuvres comme le Concert de famille (Musée du Louvre), le Satyre et le Paysan, le Roi de la Féy<? (Musées de Munich et de Bruxelles) l'Enfance de Bacchùs (Cassel), la Fécondité, entre autres ; ces œuvres portent la marque du style étrangement vivace de ce maître, pour qui la nature se montra particulièrement abondante et toujours dans le plein soleil de l'amour et de la joie.

Jordaens mourut à Anvers, en 1678.

DAVID TI-MHkS uut i,r jn;NE)

I/arf sf'mfjîf» (oujonrs avoir consid^^r*'* du liant <lf' sa j^randciir I anocdolf» et r*;xpre8sion «« de genrr », en l'occuirencp le labl^*au ///* genre Ff^pn^ne à s^s sommets dont la prétention ne s'excuse, nii fond, que par lo rhef-d'cpuvre.

Kt cela entraîna les vaniteux à Imi- |>orle, car tous les artistes ne peuvent avoir les ailes de l'aigle. Au surplus, cela est souverainement injuste pour les « amuseurs » de g(^nie, de qui le genre atteignit des cimes parfois inconnues à tant de graves p(Mntures 'historiques, à tant de paysages d'envergure pompeuse!

Pour faire un mot^ quelques peintres sans talent enregistrèrent un beau jour l'art desCélestin Nanteuil,des HatTet, parmi 1'" opérette «-, laissant sousentendre que leurs indigentes compositions seules monopolisaient le grand art !

Mais on ne voulut point les croire et, fort heureusement pour le génie qui a horreur des subtiles classitications, les bmnbochades ont tenu au grand art leurs délicates promesses, malgré le mépris qu'affichait à leur égard Louis XIV.

DAYID TENIERS (piT {.E JEUNe) 337

Bambochade^ dit un auteur du siècle dernier, est le nom que l'on donnait à certains tableaux représentant des scènes grotesques ou triviales (notamment les compositions des peintres flamands).

On les a appelées ainsi de leur premier auteur, Pierre de Laer, que la petitesse de sa taille fit nornmer Bambocçio, qui signifie j3^/i7, par J^s Italien^ chez lesquels il voyagea.

Sa Majesté le Roi Soleil n'aimait pas les bambochades (qù Ton comprenait alors (}es œuvres comme celles des ïéniers).

La première fois qu'où }ui présenta des ouvrages de ce genre : (< Qu'pn ^'ôte ces magpts »,

dit-il.

Et nous nous arrêterons à ces « n^agots », non

sans avpir flétri, gmi pri^alable, celte manie des catégories, qui interdit sottement à chaque cpuvr^ sa vertu propre, mesurée à la somme de sa prétention comuip à la grandenp de l'art président à sa hc'autç.

D'ailleurs, la « peinture de genre », dans 1^ pensée du fat ou du snoh, s'amoindrit encpî*e de son format réduit. Pensez doue, il x\'y a que dans les toiles vastes que le génje est à son aise!

^.utre opinion sectaire : la grande peipture e^t celle qui ^ue l'ennui et qui ne se ven4 p^^. Et cpuime la p^iuture de geure est d'pu esprit plu^ séduisant et d'uu placement plus commode que

33R t.r.n crant>k MAtritEt DE i.'adt

la pi'iiiturc au (intiti, il H*cn8i]it qnVllo d^^choit encore aux youx des impuissants.

(lertes, il ne s'agit point ici de glorifier sous rappellatioii dr piinture de genre les pintes bMises chères au [)ul)lic grossier non plus que de confondre l'esprit vulgaire avec l'esprit df'dirat, et la preuve en est que nous reviendrons à nos «« bamhocliades », qui sont le contraire de cette exjirrs-

sion saugrenue.

Vax vérit<^, l'œuvre des Teniers méritait (•• pn'amhule, car elle témoigne de grands artist»'s dont le g»'nie li.iiila de petites toiles parfaitement spirituelles, tout comme celle des Adrien Brauwer, des Van Ostade, des Jean Stecn autres exquis « bamhocheurs ».

David Teniers dit le Jet/ne par opposition à son père David Teniers dit/e Fiei/x, naquit à Bruxelles en 1610.

L'un de ses frères, Abraham, fut également peintre ainsi que son oncle Julien II. qui paraît avoir été le premier maître de David Teniers dit le Vieux, son père, dans l'art de la peinture.

Sans nous arrêter à l'œuvre paternelle de notre héros, non plus qu'à celle d'Abraham ni de Julien 11, dont les moyens d'identification sont au surplus : impossibles, dans une quantité de tableaux restreinte, nous aborderons en ses grandes lignes la vie de David Teniers dit le Jeune.

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DAVID TENIERS (dIT LE JEUNE) 339

David Teniers fut très probablement élève de son père, h ses débuts, et sans doute de Rubens aussi; quant à avoir passé par Tatelier de Adrien Brauwer, cela est contestable, bien qu'il y ait des liens de génie plus probants entre ce dernier chef et fondateur du genre de tableaux que l'on a appelé tableaux de tabagies^ qu'entre Teniers et Rubens.

Au reste, il ne nous déplaît point de voir revivre l'enseignement large et majestueux du grand maître flamand dans celle du petit maître qui nous occupe^ dans cette œuvre où l'observation remplace l'inspiration en traduisant le ebarmë de la vie intime reposante après la chevauchée grandiloquente des idées.

Et cette observation qui amène Jean Steen, par exemple, à servir « les clients » dans le cabaret où, quelques instants plus tard, le peintre dépouillant le cabaretier, peindra ses clients modèles, nous conduit à évoquer David Teniers hantant aussi le lieu de « beuverie » de son collègue pour y croquer sa part d'ivrognes et de fumeurs pittoresques.

Brauwer encore, devait être du nombre des artistes habitués du cabaret de Jean Steen, et Van Ostade également que l'on compara à Rembrandt ; aussi bien nous apercevons au coin de Pâtre, dans un nuage de fumée, clients et peintres réunis;

'\\0 LE« f;nAM)s maItmp» dp. l'aut

mais cep«'n«iant, tainlis (ju<* la praliqiH* siiipilièn'incnt mîilé»' an nom do. l'art, ruine coDN-Jencieusement le pauvre Jean Steen» voici qu« David Tenicrs n'assiste phisque par alternalive» à ces libations en commun.

C'est que notre p<*iiitre a des «'•chapp- ♦••> vers la peinture religieuse! 11 est vrai que sa piét/; rst singulière, toute portée a la béatification des démons plutôt que des anges, tant revit en ^îIIp l'Ame satanique des Broughels!

Toutefois il emprunte à Breughel dlinfer sa verve fantastique et boulTonne alors que pour la poésie c'est à Br<'ugbel de Velourfi qu'il s'adresse, en épousant !a lille de ce maître, Anne Breugbel.

Mais n'anticipons point et, non sans avoir souri un instant aux nombreuses tentations de saint Antoine exprimées par l'artiste sous le malin prétexte de nous montrer plutôt des monstres hideux et comiques que de nous apitoyer sur la vertu du moine, nous reprendrons notre notice où nous l'avons quittée.

Donc, les archives de Saint-Luc d'Anvers établissent que Teniers fut reçu franc-maître en 1632-1633, un an après Brauwer, et son premier mariage est enregistré à la date de 1637.

Anne Breughel donna à son époux cinq enfants : David 111, dont la marraine fut Hélène Fourment, seconde femme de Bubens, ami fidèle du peintre

DAVID TENIEftS (DÎT LE JEUNE) 34l

des tabagies : Cornélie, Anne-Marie, Claire et Antoine.

Mais, devenu veuf en 1656, David Teniers se remaria la même année à Bruxelles avec Isabelle de Fren dont il eut encore trois enfants, aussi insignifiants d'ailleurs que les précédents pour l'art auquel ils ne contribuèrent pas.

L'Histoire nous montre notre héros fortuné, menant une vie de grand seigneur, suffisant à peine aux commandes qui lui venaient de tous côtés.

D'autre part, sa prodigalité excessive est encouragée par ses succès notamment auprès des cours d'Espagne et des Pays-Bas, à l'exception de celle de France qui, nous l'avons dit, bouda devant les spirituelles bambochades.

Gesbambochadesdont l'influence devait pourtant être si considérable en France, au xvui'' siècle.

Ce fut pour Philippe IV que Teniers brossa toute une galerie de kermesses et de tabagies^ donnant entre temps des leçons de son art à Don Juan d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, passionné de la peinture du maître au point qu'il voulut en tenir les secrets techniques de la main même de son peintre favori.

Et ces augustes leçons étaient données au château des Trois-Tours que Teniers avait acheté et dont il représenta souvent avec tant de fierté dans ses toiles, la magnificence seigneuriale.

Ce clïAtraii, i1«* l.i l«TrasHft «lin|iuî| on rli^coijvrait niH* vue supcrix*, accompagné d'un parc où <lc vasU'8 étangs sillonnés de cygnes fuihaienl conini»

(Ir l.iii:»*^ tachfîs d'argent.

Ail surplus «11* CCS liautfs relations et de coït' existence dorée, les docum<înts donnent au mailr' llamaud le litre de « peintre de la chambre du sérénissime arcliiduc Léoj)(>Id ».

Ce fut, en effet, pour remplir les devoirs dcette char^^e «juil se fixa à Bruxelles, vraisemldablement en 1648.

i)'ailleurs, il apparaît que Teniers ait été trèsensible aux honneurs ; ain>i, dans un portrait du maître, gravé par Luc Vosterman le Jeune, d'âprela peinture de P. Tliys le Vieux, nous ]e voyons, à l'âge de quarante-neuf ans, représenté ave< la clef à'eijuda de cnmora et une chaîne ornéd'un médaillon, présent de la reine Christine de Suède.

Il sollicite d'autre pnrt. par deux fois, des titrer de noblesse dont sa famille porte les armes de la sorte : u d'argent, à un ours au naturel, au chef d'azur, à trois glands d'or rangés... »

Et, en somme, dans son château des Trois-Tour> à Perk, aux environs de Bruxelles, Teniers \\, comme un roi au milieu de sa cour, formée de 1 meilleure société de son temps.

Pour en revenir essentiellement au peintre, en

DAVID TENIERS (dIT LE JEUN^ 343

dehors de la profondeur de son esprit, de sa délicate ironie et de son sens aigu du grotesque, on a célébré l'étonnante habileté de son pinceau, au point que Ton donna à ses toiles qui n'ont qu'une ou deux figures le nom. d'Apre s-dinée de Teniers, comme si l'on supposait qu'elles eussent été faites dans les quelques heures qui suivent le repas.

Une anecdote vient à point appuyer cette réputation de facilité.

« On raconte qu'un jour, étant allé à la campagne avec sa boîte de couleurs, il s'aperçut, au moment où la faim le prit, qu'il avait oublié sa bourse et n'avait pas de quoi payer son déjeuner.

Il entre bravement dans une auberge, et non content de se faire servir son repas, il fait entrer un mendiant qui jouait de la cornemuse à la porte et le fait manger aussi.

Le déjeuner terminé, Teniers se met à peindre le mendiant qu'il vient de régaler et déclare aux curieux qui l'entourent que la toile est à vendi «. . Il trouve de suite un amateur et paye magnifiquement son hôtelier stupéfait, w

Mais cette facilité chez Teniers n'a rien de commun avec ia facture « bâclée », sa touche est fine et large, ony sent l'esprit de la brosse jouant avec les empâtements et la fluidité des « jus »,

.(U I.K» GKAMIH MaItIIKS DE l'aIIT

sans (|iio jamais le fondu vAutr à la période hiiivante, aux Micris et aux Van der Werff, vienne atlt^nuei l'expression intime de cet art.

(Jarles pliysionomiesdes personnages de leniers s'éclairent d'iirH' vie intime qui domine la facture, ses tableaux sont des scènes de mœurs où chacun pense à sa façon avec un type différent à chaque individu.

Et nous voulons parler surtout de I u-nvre essentiel de ce petit maître, de ses fêtes villageoisede ses tabagies et de ses barabochades, où il di meure inimitable par la fantaisie malicieuse • cynique, par la licencieuse inspiration, par !• 8ans-p;6rto de ses évocations « nature ».

On a dit avec justesse que Teniers reproduisit fréquemment certain gros paysan le dos au feu. dont la silh(juette est presque une signature et de fait, on aime à revoir cette notation où Tartistse répéta volontiers, aussi volontiers sans dontque ce gros paysan se trouve en réalité ou imagination, le dos au feu.

D'ailleurs la composition et Teffet d'un tableau motivent des acceptations typiques qui, accompagnées de la facture et du genre, font partie intégrante de la manière d'un maître.

Si Ton examine ensuite les sujets religieux traités par notre artiste, comme /e Reniement de saint Pierre et les Œuvres de miséricorde qui sont

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DAVID TENIERS (dIT LE JEUNE) 345

au Musée du Louvre, on n'éprouve guère la grandeur du sentiment dont ils voudraient témoigner, à- moins qu'ils ne visent point au sentiment en représentant seulement une scène quelconque, enflée d'un beau titre.

En vérité le souftle de Teniers est ingénieux seulement et, dans les hautes réalisations il apparaît gêné et contraint, ce n'est i^omi T Enfant prodigue attablé avec des courtisanes qui, dans le domaine légendaire, nous fera changer d'avis.

Ici la scène est toujours sans grande persuasion évocatrice bien que sa liberté ait été plus favorable et, Teniers dans ses étourdissantes Tentations de saint Antoine, donne définitivement la mesure de sa compréhension des thèmes sacrés^ c'est-à-dire la négation de leur respectueuse acceptation et représentation au profit du pitloresque.

Mais aussi quelle amusante conception incrédule et quelle ironique figuration de l'irréel !

Avec quelle fantaisie géniale l'artiste saris foi, sinon sans forfanterie, nous figura le diable sous ses multiples transfigurations tentatrices autour du saint en prières !

Serpents à figure de vieille femme, grenouilles fumant la pipe, chats et hibous à lunettes déchiffrant de grands livres, autant de comiques et horrifiants grotesques sortis de ce cerveau ardent, pour varier le caprice de cette palette d'un réalisme

'\\f\ i.r.s r;HANr)H MA!TnR<^ dk i.'aht

soiiipliietix d'après nature, lorsqu'elle traduisait d'îuitrr [)jirl, la vie vraie.

Nous n'insisterions point encore sur un Teni^rs conservateur des tableaux composant lacoUertion de rarchiduc Léopold-^juiliaunn*, si h» c/dèbre peintre (laniand n'avait jw'int cette collection ou du moins la galerie où elle li^^urait, sous divers aspects, t/'moin l<*s spécimens du genre visibles aux Musées de Vienne et de Madrid.

De môme les Cinq Spjis, qui se trouvent à Bruxelles, sont un thème allégorique favori du maître dontles kermesses etles tabagies, d'ailleurs, sont multiples et ne se ressemblent guère que pai le titre.

A citer encore un curieux Médecin de village et nous en aurons fini de décrire cet œuvre, à travers ses variétés groupées autour du même objectif d'observation étonnamment exacte sur terre et si ingénieusement fausse dans l'idéal.

« La dernière œuvre de Téniers aurait été le portrait d'un procureur ; on dit que, sentant ses moyens aiïaiblis, il ne voulut plus rien entreprendre depuis.

« Comme on l'engageait à faire quelque chose, il répondit en riant qu'il avait, toute sa vie, fait grand usage du noir d'ivoire et que, pour peindre son procureur, il avait brûlé la dernière dent qui venait de lui tomber de la bouche... (Te-

DAVID TETNIERS (dIT LE JEUN^e) 347

niers avait alors quatre-vingts ans) [L'Education artistique par f Image et r Anecdote, du même auteur).

David Téniers dit le Jeune, l'immortel peintre des bambochades, des fêtes villageoises et des tabagies inaugurées par Pierre de Laerte dit le Bamboccio ^ mourut à Bruxelles en 1694.

Ï^UYSI)AI-t

Nous allons quitler pour un in^t.int les peintre» «le lif^ures et ouvrir notre fenêtre sur un ïn'nii paysage.

[]i\ souffle frais, une vérité placide, un contraste poétique de lumière et d'ombre savamment «listri huées, un»' nature passionnée et mouvante, c'est Huysdaël.

Jacob-Isaac Van Ruysdaél ou Ruysdaël, ou encore Huiysdacl est le plus grand paysagiste de la Hollande, et Ton peut s'étonner que ce titre si légitime ne lui ait été conféré qu'au xix* siècle.

Plus idéal que Hobbema son contemporain, plus varié que Huysmans de Malines, le peintre des forets, Ruysdaël demeure un paysagiste par excellence.

Tandis que tant d'autres artistes d'alors ne considéraient le paysage que comme un accompagnement à leurs figures ou à leurs animaux. Ruysdaël se confina exclusivement dans l étude de la nature- désertée par ses êtres, dans le pittoresque amplement suffisant de ses ciels, de se-

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■v"sràl»;^

L'ENTRÉE D'UN BOIS, par Ruysdaêl.

[Musée du Louvre.)

hUYSDAËL 349

arbres, de ses plaines et de tous les agréments enfin qui constituent sa stricte sérénité.

En envisageant le paysage qui, par les larges baies de son atelier formait comme un vaste tableau, l'artiste aperçut bientôt un cbamp d'études où pourrait se développer son goût pour la rêverie, et il interrogea les ciels variés, passant en les gammes les plus diverses, du sourire au courroux, du soleil à l'orage, et son regard s'égara aussi parmi les grosses branches tortueuses des arbres robustes qui portent des feuilles ténues au bout de leurs rameaux les plus effilés.

Il n'est pas jusqu'aux lacs reflétant le caractère du ciel, ou badin ou boudeur, qui n'intéressèrent la pensée de Ruysdaël, il n'est pas jusqu'aux plaines infinies, jusqu'aux horizons où elle se perdit soudain, cette pensée attardée tant de fois aussi dans la broderie des fonds ouvragés.

Ruysdaël estima que les mouvements du terrain avaient leur vie propre, que tous ces instantanés de la nature sans cesse renouvelée, méritaient une attention particulière non seulement sous la magie de la lumière du soleil et de la lune, mais encore sous la brise caressante et le vent violent.

Aussi bien, en eff'et, les blés ondulaient au gré du zéphir, et les arbres gémissaient, se courbaient, pliaient par la force de la tempête, et l'artiste

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(UHniî^it t\e toutes ci»« physionoiiiieH diverses et (!<• tous («'S caraclfTP», ia nécessité de »*y complaire «•xcliisivernent.

Potirqnoi d'antre part, « arraiij.'<'r " la nature î pensa notre paysajpste, et de fait, si l'on co^npare par exemple, HnysdaPi h Claude Gelée ^que nous ♦»\'aminons plus loiîiy, la différence d'idéal de ces deux artistes marque leur originalité opposée.

(]^au(l<' Gelée fut im «compositeur «de paysages, tandis que Huysdael fut un « emJ)<*ilisseur » et, chez ce dernier peintre, Tobservation de la nature est seulement plus proche de notre objectif moderne.

Donc il naquit, du lait jn^mc de cette spécialisation et de cette vérité d'expression, pour en Devenir à notre artiste, un grand paysagiste que la nature reconnaissante favorisa de ses coquetteries et de sa beauté capricieuse.

Mais cette l)eauté chez Rnysdaèl prend un tour de poésie énergique et pittoresque; l'écorce de l'arbre pour lui n'est point lisse, elle est éventrée.demème (ju'un ruisseau, sous ce pinceau impétueux devient un torrent: tandis que les nuages tourmentés animent le calme d'une prairie, ia réveillent et contredisent enfin à sa quiétude.

Ou bien encore c'est le lac tranquille, c'est Teau dormante, mais toujours brusqués par un contraste soit dans la lumière, soit dans le ciel.

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Notez que si parfois ce maître sentit la nécessité d'animer encore davantage ses compositions, par de petits groupes de personnages ou d'animaux, il fit appel, — de même que souvent Wynants, Hobbema, Van de Heyden, — au talent moins spécialisé d'Adrien Van de Velde, un paysagiste également qui, abandonnant ses propres œuvres, vint en aide à nombre de ses confrères avec le grand talent (jue l'on sait.

Ainsi donc Ruysdaël ne traita jamais la figure que comme un accessoire au rebours de Paul Potter, d'Albert Cuyp, par exemple, dont les animaux furent plutôt entourés d'un paysage; mais il ne faut point voir qu'un simple désintéressement de la représentation des figures dans cette collaboration, puisque, endebors de Van de Velde, notre paysagiste emprunta souvent aussi la main de W^ouwerman, de Van Ostade et de Bergbem.

Et que de paysagistes de nos jours et de tous les temps procédèrent de même, dans l'impuissance qu'ils étaient de peindre la figure !

Et en revanche, combien il y a peu de bons peintres de figures qui n'excellent en le paysage, auquel s ils n'attribuèrent qu'une importance subordonnée à leurs fîaures !

Mais passons sans <( chicaner » davantage les genres entre eux, genres par goût ou... nécessité.

On connaît fort peu la vie de Ruysdaël proba-

Mciin'iil III' a lliiiirlciii, ri Imii su|)|>os(f (|ij il Vfiyajç(;a frrqin'inmrnt, vAnni «lonrn* son fi*ijvr<- «i'.nt riiispiiation nV*mane guère du pays natal.

D'aucuns pr»U<*n(lent que les sites montueux et les torrents que l'artiste repn-senta si souvent, furent p<*ints d'après des paysages que son ami Kvcrdingen avait rapfiortés des contrées septentrionales. Or il ap[)arail bien invraisemblable, selon d'autres historiens. .. qu'un peintre et surtout un paysagiste, se soit contenté sa vie durant, de transcrire la vision d'un autre, et l'on sembbse rallier à l'hypothèse plus rationnelle des voyages de l'artiste hollandais sur les bords du lUiin et de la Meuse, dans la Forôl Noire et les Ardennes.

Au cours de ses pérégrinations, l'artiste dut rapporter des notes dont il s'aida pour ligurer des torrents, des châteaux perchés sur un rocher, des chutes d'eau, etc., tous agréments d'un pittore>que inconnu en Hollande et qu'il rêvait d'évoquer sous le ciel natal.

C'est le fait des imaginations riches d'aller implorer la vision des autres pour meubler davantage la leur propre et en éloigner la monotonie.

Voyez, les peintres de figures flamands émigrèrent pour la plupart en Italie, afin d'y admirer la forme non seulement sous ses aspects dénature différente, mais encore dans son interprétation

LA FORtT, par RuYSDAËr.

[Musée du Louvre.)

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autre, à travers le mirage des mentalités opposées. Gomment, en outre, se rendre exactement compte du caractère propre à un site, si on ne le compare point avec d'autres, et gontez enfin rintelligence de varier son plaisir de voir, en opposant la mélancolie grise et froide des paysages hollandais à la violence rutilante (1 un ciel chaud, comme celui de l'Italie! '

Bref, pour en revenir à notre paysagiste, on croit qu'il fut élève de Salomon ^Ruysdaël, son oncle, et on relève son nom en 16^8 dans lagilde de Saint-Luc.

On le voit ensuite végéter à Amsterdam, où il s'est établi sans doute après les quelques voyages auxquels nous fîmes précédemment allusion ; il aurait vécu là dans un état voisin de la misère, contraint finalement de solliciter une place à l'hospice de la ville de Haarlem où il mourut vers 1628- 1629, obscur et ignoré.

L'existence énigmatique de Ruysdaël semble ajouter au mystère troublant de ses paysages, on aime à évoquer en pensée cette vie de tourments parmi des sites qui sont des paradis et l'on se demande comment une main brûlante de fièvre, peut-être, put évoquer tant de charme et tant de . beauté !

Qui dira l'âme triste des comiques, la neurasthénie du vaudevilliste, l'affliction intime enfin

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